Le Poignard, Kinjale
Je t'aime, ô mon bon poignard d'acier fin, Compagnon à l'âme limpide et froide.
Un Géorgien pensif t'avait forgé pour la vengeance, Le libre Tcherkesse t'a affûté pour la lutte terrible.
Une main de lys t'a confié à mon bras Comme souvenir d'adieu, à l'heure du départ, Et ce n'est pas le sang qui t'a baigné pour la première
fois, Mais une larme claire, perle de la douleur.
Et des yeux noirs, arrêtés sur moi, Se sont remplis d'un mystérieux chagrin ; Comme ton acier dans le feu qui pétille, Ils se sont assombris, puis ont lancé des flammes.
Tu me fus donné comme viatique, gage muet d'amour, Et pour le pèlerin tu fus d'utile exemple : Non, je ne changerai pas, mon âme sera ferme, Comme toi, comme toi, mon brave ami de fer.
LE CAUCASE. LA VIE LIBRE