‹ LermontovChapitre 53 sur 54 · Le Rendez-vous. Svidanié. 1841. I · texte numérisé non relu

Le Rendez-vous. Svidanié. 1841. I

Derrière les forêts des montagnes

S'est éteint le rayon du soir,

A peine en un filet d'eau bruyant

Brille la source chaude ;

Les jardins de parfums vivants

Se sont remplis ;

Tiflis est plongé dans le silence,

Les «défilés ne sont que nuit et brume ;

Les songes tourmenteurs volent

Sur les mortels pécheurs,

Et les anges gardiens

Conversent avec les enfants.

Là-bas, derrière la vieille forteresse,

Sur le sombre mont,

Au pied d'un frais platane

Je repose sur un tapis,

Je repose seul et je pense (1) :

Ne m'as-tu pas en rêve

(1) Le séjour à Tiflis est insupportable en été et, pour goûter quelque fraîcheur, les habitants vont respirer sur les

LE CAUCASE. LA VIE LIBRE

Pour la morne nuit

Fixé un rendez- vous?

Et à cette heure mystérieuse

Mais douce à l'amour,

C'est toi, mon unique amie,

Qu'évoquent mes songes.

En bas, les feux des guetteurs

Seuls brillent sur le pont,

Et les clochers tout noirs

Comme des sentinelles se dressent ;

Et de leur pas peu hardi,

Des bains, de toutes parts,

On voit sortir en blanches files

Des couples de Géorgiennes.

Voici, par la rue déserte,

Qu'elles errent, se glissent...

Mais sous la longue tchadra

Comment te reconnaître?

Ta petite maison au toit plat

Je la vois de loin,

Le perron aux degrés branlants

Se baigne dans la rivière (1).

Parmi la fraîcheur qui souffle

Sur la Koura bleue (2),

Elle est enveloppée d'un réseau

Verdoyant de lierre.

Derrière le haut peuplier

Je vois là-bas une fenêtre...

hauteurs voisines, près de la forteresse ou vers le ravin où jaillissent les sources chaudes. V. Reclus, l'Asie russe, p. 233.

(1) Voir une description semblable d'habitation géorgienne dans Mtsyri, strophe XIII.

(2) La Koura arrose Tiflis.

Mais une lumière solitaire Ne l'éclairé pas !

J'attends. Dans l'incertitude, En vain mon regard erre ; Impatient, de mon poignard J'ai déchiré le tapis.

J'attends dans un ennui stérile ; Je suis triste, accablé...

Voilà qu'une humidité froide M' arrive de l'orient ; Derrière la brume on voit rougir Les sommets gris, dentelés ; Formés en caravanes sortent De la ville les marchands...

Arrière, arrière, honteuse larme !

Bouillonne, ma colère !

Ta noire trahison, serpent, Elle est claire pour moi !

Je sais ce qui causait la joie De ce jeune Tartare, Qui chevauchait hier comme un fou, Sur le pavé sonore.

Ce n'est pas sans motif qu'il parade Devant ta fenêtre, Et que ton père trouve superbe Son étalon persan.

Je vais prendre ma longue carabine, Je franchirai les portes ; Là, sous un rocher désert Est un étroit recoin.

Jusqu'à midi derrière la chapelle Funèbre j'attendrai, Et vers la route poudreuse Je braquerai ma carabine.

=========================== LE CAUCASE. LA VIE LIBRE

En vain mon cœur tressaille Je me suis couché parmi les pierres...

Écoutez! j'entends un bruit tout proche. Ah! c'est toi, scélérat!

Ce drame saisissant, à l'effet suspendu si tragique, est une « Orientale » dont on sent qu'aucun des traits n'est conventionnel.

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