‹ Les 14 stations du Salon 1859Chapitre 26 sur 80 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Emmenez-moi, cher maître, avec vous dans ce beau paysage où la fantaisie vous conduisit un jour, — j’y voudrais vivre. L’air est pur , — le ciel est doux comme l’àme d’un enfant ; — les arbres frémissent avec un bruit caressant, — l’herbe est onctueuse au corps, — ce petit ruisseau jase avec harmonie... Partons : Je m’ennuie tant dans nos maisons blanches!...

Emmenez-moi, cher maître, avec vous, je grimperai sur ces collines lumineuses, je cueillerai de beaux bouquets pour la petite ingrate que j’aime, j’irai laver dans cette eau pure mes mains barbouillées d’encre, je ferai des sonnets panthéistes qui rendront bien jaloux M. de Laprade, et je luti= nerai ces blanches filles qui jouent et se poursuivent derrière les arbres, — qui jouent à cache-cache , sans doute leur aimable méchant petit cœur... Partons : Je m’ennuie tant dans nos rues noires!...

Emmenez-moi, cher maître, avec vous, je voudrais bien entendre causer ce philosophe à demi-nu, couronné de roses, qui vide si noblement sa coupe. 11 doit parler en homme et

en poêle. C’est si rare aujourd’hui pareil bonheur... Je voudrais aller sous cette grotte sombre interroger ceux qui s’y reposent, sur les avantages de la paresse et du dédain de la vie. Oh! le délicieux groupe d’enfants nus! que font-ils, couchés sur l’herbe, et que disent leurs bouches innocentes?,.. Partons : Je m’ennuie tant dans nos cafés bien éclairés!...

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