SALON CARRÉ
De Curzon. Une jeune mère , souvenir de Picmesca .
— Une jeune femme, un rouet sur les genoux, file des laines. Près d’elle, un enfant dort dans un berceau, — un petit cercueil vert. Contre le mur gris de la chambre, où rampent des brindilles de lierre, sont accrochés un tambour de basque, des castagnettes, une quenouille.
Tableau aigre, incolore, — peu de fermeté, peu de vie. La gamme générale est dans un ton violet tout à fait irascible au regard. Cherche le style et n’atteint que la manière. Ne sé sauve guère que par la distinction et la délicatesse de la pensée.
Psyché. — De la grâce. Une vision poétique assez heureuse. Peu de dessin, — peu de peinture, — une sculpture mignarde échappée au ciseau de Canova ,
— moins la vie. La tête , malgré sa finesse, est d’un caractère chétif. L’accent général s’offre effacé, froid et raide. Le cerveau a tout fait, — l’œil n’y est pour rien. La peinture ainsi comprise reste invariablement dans les termes des bonnes illustrations littéraires. • — Mais alors, je les demande noires.
J’en dis autant pour les Femmes de Mola, — une charmante idée, au surplus, mais beaucoup plus rêvée que peinte.
On ne saurait trop engager M. de Curzon à faire une vigoureuse battue dans la nature. Il y créera de sérieuses toiles. Son goût , sa distinction , sa sûreté d'intonation et son accent tout spécial, mélange de tristesse et de solennité, de tendresse et de puritanisme, lui promettent une forte personnalité. Qu'il jette un coup d’œil sur ses toiles et constate la distance énorme qui sépare ses paysages de ses tableaux de genre.
Je le prie de ne pas oublier que Près des murs de Foligno , — Près de Civita-Caslellana, — et Chapelle du couvent de Saint-Benedelto, dont nous avons parlé si affectueusement, sont des œuvres excellentes.
Ceci soit dit sous forme d’humble conseil, — il n’est pas permis d’ignorer que l’homme a ses volontés capricieuses et ses raisons souvent déraisonnables auxquelles il tient beaucoup , et dont il vous sait mauvais gré de vous occuper.
Biaise Gondolin prétend qu’il n’y a pas d’autre peinture possible en France, où l’on ne tient aucun compte du sentiment d’art pur, mais seulement du llième peint.
A l’appui de son idée, il me cile les trois noms définitivement illustrés par l’acclamation populaire, et qui représentent les trois principaux modes de controverse intellectuelle, — par le récit, par le drame, par le souvenir classique.
MM. Ingres, — le thème grec.
Delaroelie, — le thème historique.
Horace Vcrnet, — le thème militaire.
Je trouve que cette remarque paradoxale a un grand sens, et prie les hommes d’art de s’en faire un bouclier d’indifférence contre les erreurs de la foulé, des jurys et des critiques.
Gérôme. Le roi Candaule. — Elle se déshabille. — Ah ! Nyssia ! Elle vient d’ôter sa tunique rose, et sou» lève d’un geste effarouché sa chemise de lin. — Ah î Nyssia! Ses pelits pieds reposent sur une peau de lion, ses pieds blancs. — Ah ! Nyssia ! Les gros dieux d'or au ventre gonflé, à la longue trompe, regardent impassibles. Candaule, déjà couché dans le grand lit d’ivoire aux courtines bleues , au fond de l’alcôve mystérieuse, sourit dans sa barbe en roi et en mari. — Ah! Nyssia! Les lampes brûlent à côté, dorant l’alcôve de reflets rouges; les parfums brûlent dans les cassolettes d’or; tout brille, tout resplendit : la nuit sera douce, parfumée, amoureuse.— Ah! Nyssia! Dans ses cheveux, le myrte s’enlace; elle se retourne... — et Gygès qui regardait, ivre de volupté, palpitant , heureux songeur une fois transporté en pleine vie devant son idéal, Gygès frémit... Ah ! Nyssia ! que ne t’ai-je vue pour raconter au monde la magnificence païenne de tes formes !... Ah! Nyssia! combien je t’aime ! — mais point ici, hère et pudique princesse. Les archéologues vous ont fait bien du mal, ô ma beauté, — et M. Gérôme les a aidés. Un seul poète vous a vue, — un seul qui fut peut-être Gygès : Théophile Gautier. J’en suis bien jaloux , blanche Nyssia!
César. — Le voilà donc, ce maître du monde, ce patricien débauché . chauve à trente ans , qui se fit grand capitaine pour échapper à l’oisiveté, aüx mollesses de la vie romaine , et se voyant ruiné , plein d’ennui et de dégoût , attaqua la fortune avec cette épée aventureuse qui, après avoir fait le tour du monde et brillé comme l’éclair sur la tête de tant de héros vaincus , vint se briser en plein sénat contre le poignard d’un conjuré.
Le voilà, cet ambitieux, ce grand esprit si hardi, si profond, si judicieux, ce cœur aimant qui versa des larmes sur la mort tragique de Pompée , son rival ; ce délicat, ce voluptueux, qui jouait des hommes comme il avait joué de sa jeune vie ; cette âme profonde, ce héros ! — Le voilà ! grand comme le monde qu’il avait fait esclave , — petit comme un misérable cadavre à son tour esclave, — et vil esclave de l’univers grouillant. Qu’il tombe ! l’homme ne veut pas de maître. Ainsi périssent les grandes vertus et les grands vices, — la même tombe s’ouvre. Partout fleurissent les cyprès et les saules !... L’homme est une mauvaise herbe qu’un souffle couche à terre. Dieu veuille qu’il ressuscite fleur dans un autre monde...
Il s’est couvert de sa toge consulaire. « Et toi aussi, Brutus! » Les poignards labouraient sa poitrine. «Et toi aussi, Brutus! » Cette parole si amère et si grande jaillit de sa bouche, le sang coule à flots de son corps partout frappé, — il tombe !
« Et vous aussi, M. Gérôme, » — vous l’avez mor-
tellement frappé de votre pinceau , — le grand César, — avec de très-bonnes intentions sans doute, mais il n’en est pas moins tombé à terre , expirant et vous pardonnant. Quelle raide attitude ! (le bras droit relevé vers le cadre, et crispé , créait tout un effet dramatique fort simple.) Voyez le corps dérobé, la tête cuite , le parquet et les murs fumants , ternes , farineux, n’ayant la consistance ni du marbre ni de la pierre. — Ce petit désordre, — cette absence complète de franchise comme lumière et comme ton, — et ce qui pis est, ce manque absolu de caractère.
On ne trouve là ni fermeté, ni ardeur, ni mystère, ni intérêt, ni terreur. Le sang même vous laisse froid. C’est rigide, calme, apprêté, compassé. Un devis romain. Une petite peinture de genre transportée dans un grand cadre. La composition, en outre, n’a aucune harmonie d’ensemble.
Ave, César imper ator, morituri te salutant. — Encore une reconstitution archéologique. Un De La Berge architectural, moins la peinture. Je ne veux pas en nier l’intérêt historique, mais il est nul pour le sens d’art, d’un ton criard et opaque, d’un faire lourd, colorié pour les besoins de la ligne.
Comme les gladiateurs je vous ai salué, monsieur, avant d’aller combattre pour la vérité.
Quelques mots de M. (Jondolm ;
M. Gérôme a un talent reconnu ; il compte parmi les délicats, les curieux, les intelligents; il est habile.
Malheureusement, son habileté se met au service d’une manière par trop factice et corrompue. Il perd chaque jour de ses qualités de peintre pour en arriver à l’image érudite; sa peinture prend de l’obésité. Son esprit s’acharne après le détail pour sauver les misères de l’ensemble. U devient flasque, lourd, inélégant. Son succès tient aux formules nouvelles ressuscitées à Pompéï, mais il a trop d’esprit pour ne pas comprendre que cette collection de médailles commence à s'user. Il préoccupe le public, c’est vrai; beaucoup plus cependant par la singularité de ses idées que par la qualité de sa peinture.
Ses toiles ne sont plus des peinture?, mais des fouilles; ses personnages plus des créatures vivantes , mais des momies dans de beaux cercueils coloriés. M. Gérôme semble renoncer à la palette en faveur du tire ligne. En attendant qu’il la reprenne, gardons nos approbations pour le Combat de coqs et le Duel de Pierrot . Le monde antique, le monde moderne : deux délicieuses fantaisies.
Hébert (Antoine-Auguste). Rosa Neraà la fontaine. — Pourquoi Rosa Neva, qui est-elle? Est-ce une image, un souvenir, une pensée, un symbole, une illustration— cette belle rose noire si triste, si affligée, et rêveuse dans sa morne douleur ?.... Oh! pauvre enfant qui êtes-vous ? quelle énigme cruelle avez-vous donné à deviner à mon esprit, cher peintre? Car je
LES 14 STATIONS DÜ SALON, la regarde, je souffre pour elle, je la plains, et mes lèvres murmurent tristement ces deux mots si doux dont le sens funeste me pénètre d’inquiétude: Rosa Neral Rosa Nercil Elle va puiser de l’eau et ce sont peut-être ses larmes qu’elle puise, des larmes tom» bées de seS grands yeux souffrants. Pourquoi la montrez-vous à la fontaine ? Est-ce la que sa peine éclate plus amère, peut-être au souvenir de l’absent qui venait y mentir divinement de longues heures, aulrefuis?.,. Orpheline, tr'ste amante, ou fleùrtoucliéé par un souffle empesté, je la plains; et c’est avec une bien grande mélancolie que je la vois se mirer dans l’eau sombre et se sourire, les yeux en pleurs, avec la tristêsse résignée des agonisants. Qui es-hp chère enfant, quel parfum s’échappe de ton sein, ma belle rose noire , et qui te connaîtra jamais.... Je suis épris de l’énigme dé ta beauté et de ta douleur, et je sais gré au peintre de cette mystérieuse émotion.
La fontaine forme une voûte obscure continuée par un mur gris; à terre, se creuse une coupe d’eau bordée de pierres d’un ton violet froid. Des femmes attendent leur tour pour puiser de Peau, une petite fille en jupon rose, s’avance, lève la jambe pour aider sa petite taille, avec un mouvement plein de grâce, et tend le chaudron. Une autre, le poing sur la hanche, regarde devant elle. Deux commères, accroupies au pied du mur, jasent sans doute de Rosa Nera ..... O vilaines ! que disent-elles ?... MouDien! que je voudrais les entendre... pauvre enfant! L’une'd’elle's, la main contre la joue dirigeant la voix pour donner plus
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de mystère aux paroles, le coude sur le genou, sourit, sourit avec une finesse, une malice curieuses.
L’autre, embrassant ses genoux des bras, écoute avidemment.
Mais Hosa Nera où est-elle ? Tournez vos yeux, là, dans celte ombre, assise sur le rebord de la grotte, les yeux fixés devant elle, vêtue d’habits sombres, la tête penchée; elle laissera passer les autres les premières pour s’en retourner seule. Voyez sa peine!... Gretchen aussi allait, triste, à la fontaine!....
Il y a une grande uniformité de ton dans ce tableau. La gamme bleue y domine, prise, reprise, montée, atténuée, toujours belle et expressive, juste à n’en pas douter, harmonieuse, avec une nuance de douce crudité qui plait à voir. Le grand dommage est que le peintre se soit trop complu dans un travail nonchalant, endormi, bercé, qui appelle le détail et y revient avec une véritable ténacité. Que cette partie soit froide, cela ce conçoit, mais elle llotte, indécise, elle détonne en mille nuances claires, d’un effet un peu aigre pour la tranquillité lumineuse des autres parties.
J’aime profondément ce tableau pour sa rare poésie, son naturel exquis (j’ai parlé des deux femmes accroupies, un trait charmant), sa gravité fière, son maintien noble, avec une grandeur que ne comportent pas d’habitude les petites toiles ; je l’aime pour sa couleur, son admirable lumière, sa vivacité, ce charme étrange de la pensée du peintre, et surtout, surtout, pour sa familiarité superbe d’expression: du soleil, desjaseuses, une jeunefemme rêvant l’amour,
une autre te pleurant peut-être, une vieille femme puisant l’eau de son ménage avec indifférence, une
enfant amusée par lejetcristalin Que d’intentions
vraies et peu prétentieuses, — ainsi la vie !
Les Cervarolles (États-Romains). Deux jeunes filles descendent les escaliers d’une grotte renfermant cette perle précieuse des montagnes enchâssée dans les flancs sombres des rochers, — une fontaine. Une vieille femme est tout au haut, le dos tourné. Des deux jeunes filles qui descendent, l’une a quinze ans, peut-être, — l’autre sept. Cette dernière porte à la taille nn petit baril : c’est la mesure d’eau dévolue a ses forces. Elle ouvre de grands yeux effarouchés et joint ses petits pieds rougis parle froid des pierres avant de descendre; - car, vous le savez, les enfants descendent les escaliers à pieds joints. La plus grande en robe blanche et tablier bleu, les jambes nues, un coussinet sur la tête, porte de travers sa cruche de cuivre. Il n’y avait donc plus d’eau? — Mais pourquoi la vieille s’obstine-t-elle à monter? Est-ce une épigramme contre la vieillesse raisonneuse ? — piquante contradiction. La jeune fille descend, le haut du visage dans l’ombre, les cheveux ébouriffés, la bouche entr’ouverte laissant voir les dents. Elle est élégante, gracieuse, un peffmaigre, la jolie mignonne,
— avec un ton nonchalant et sauvage qui la fait adorer. La vieille est fort belle de gravité.
Urne semble vous avoir dit, ami, que lès personnages sont de grandeur naturelle.
Avec des qualités puissantes, cette toile a de grands défauts. J’y signalerai tout d’abord le procédé agrandi des terrains dans la Posa Mer a. Tout le monde a fait, ici, cette remarque que le détail absorbait un peu l’ensemble. Les pierres ont presque la valeur de définition des figures; — le travail n’en est pas ferme, — il se confond, il se brouille. — Les gammes violettes des pierres, mêlées de tons verts, bleus, roses, composant une palette criarde, arrêtent trop le regard qui leur consacre ses premières préoccupations. La petite fille est un peu large d’épaules, quelques tons de chair manquent de souplesse et d’animation, — de fraîcheur encore. — Je prie M. Hébert de se tenir en garde contre ces malheureux tons violets dont je le trouve un peu préoccupé en ce moment.
Mais quelle tournure d’ensemble! qu’il est élevé, pathétique... et qu’il vous intéresse! C’est qu’en vérité je me suis surpris à regarder deux ou trois heures cette jeune fille qui descend la rude pente des montagnes, moi assis sur le velours de la corbeille. J’étais Romain, le pape me bénissait, et je demandais mon chemin à la petite Cervarolle, rien que pour cnentendre sa voix.
Portrait de madame la marquise de L... — Trèsbeau, plein de vie. — Le dessin a beaucoup d’ampleur; la peinture pèche par certains côtés de coloration et de modèle. L’admirable rayon de ce portrait, ce sont les yeux, — ces yeux qui parlent, — qui sou-
rient, — qui s’imbibent de lumière, si doux, si intelligents, — si fatalement vrais qu’on ne peut en détacher sa vue et que l’on regarde fasciné.
L’àme! l’âme est derrière. Le peintre et le poète ont parlé tous les deux.
M. Hébert me tient au cœur. Singulier artiste : sa vie semble se passer à ‘souffrir ses toiles. — Quel rêve noir le déborde? — quelle mélancolie plane sur sa tête pensive?... Il a le sourire des amertumes infinies, — la grâce de la douleur, — une joie résignée et solitaire qui navre, — cordial et solitaire, — familier et farouche, — plein de bonté intime avec une apparence d’orgueil misanthropique ; — ainsi je le vois par sa peinture. On y découvre une étonnante personnalité; son âme y vibre sans cesse; son émotion l’envahit, — sa force rêveusa y fait obstacle à l’élément purement naturel.
'' Est-ce en fuyaut dans cette barque échappée à la mal' aria qu’il a pris, pour n’en guérir jamais, cette maladive expansion d’âme qui est sa faiblesse, — mais encore plus sa force : le témoignage d’un esprit qui alimente son œuvre de la pure flamme de sa vitalité?... *
Cabat (Louis). L'Etang des bois. — Un joli effet, — un peu sec, un peu noir. L’eau est belle. Les ombres bien définies. Sentiment délicat de nature.
Muller (Charles-Louis). Proscription des jeunes Irlandaises catholiques en 1655.
Un joli 5e acte. Si vous me demandez le pourquoi, — je vous dirai que les personnages sont empruntés, — que l’eau n’csi pas liquide : j’y vois les flots -voyous en activité d’épaules. Tout s’annonce par des violences terribles de gammes aussitôt fondues dans un effacement brumeux où mon expertise naturelle de regard se perd. Les ombres, les lumières sont les mêmes partout ; — chairs et types se confondent. On ne voit que des poupées pleureuses. C’est un piège à larmes. Ce qu’il y a de manifeste,
— c’est que, malgré le dramatique terrible du sujet, on n’est pas le moins du monde attendri. Je ne vois de sérieux que le mouvement des groupes. L’art se sauve «à pleines voiles dans le vaisseau que l’on voit à l’horizon.
Portrait de madame la supérieure des filles de la Compassion . — Cette dame, vêtue de noir, avec un grand col blanc rabattu sur la poitrine, est assise et tient un livre sur ses genoux. Cette peinture est bonne,
— quoiqu’elle ait plus d’accent et d’effet que de véritable force; — d’accent, parla tournure du personnage qui est sévère ; d’effet, par de brusques oppositions de noir et de blanc. Ici, le blanc crie un peu. Les chairs sont molles comme précision de touche, L’ensemble est remarquable, — dans une manière sage et tranquille pleine de sincérité et de bonhomie. — Le parquet rouge est harmonieux. Le fond n’est pas suffisamment assujetti.
Pour conclure, cet ouvrage est de tout point supé-
rieur au précédent du même peintre. Son talent ne peut que gagner à s’engager dans cette voie de vérité qui est la seule pour tous les esprits sérieux dont l’avenir tiendra compte.
Leleux (Armand). Le dessin; intérieur. — Une jeune femme donne une leçon de dessin à une petite fille. Peinture charmante. Le fond d’appartement avec la bibliothèque est fort joli. — De même la table de travail. J’aime moins les personnages. — Les deux robes, violette et rose, ne se fondent pas ensemble, — - la lumière glisse rechignée. — Néanmoins, il est clair, il sourit, — il plaît.
Jeune fille endormie ; intérieur suisse. — Charmante peinture qui caresse le regard. Piqaante, vive, alerte — toute émaillée d’incidents lumineux du plus réjouissant effet. Et qu’elle est jolie cette blonde fille î trop jolie peut-être — et trop bien mise... Ah! ne crions jamais contre les joies des belles surprises de la nature. Cela charme au possible. Imaginez la belle coupe de la poésie romantique sur un thème réaliste. On peut vivre en tête à tête avec cette peinture. Ce n’est pas un mince éloge, ce me semble. Qu’en ditesvous? ami Gondolin... Mais ne m’avez-vous pas dit vous-même avec une tranquille émotion : Regardez ce petit joyau, — joyau, en effet, le mot est juste.
Browne (Madame Henriette). Une sœur. — Aimable petite toile. De jolis détails de nature morte. Trèsblond, très-doux. Peint grassement.
pbS 14 STATIONS DU SALON.
La toilette. — Petite fille habillant un petit garçon. Un bon détail d’intérieur sur lequel il ne faudrait pas trop s’appesantir. Il mérite le sourire bienveillant de Greuze.
Portrait de M. de G... — Une vaillante peintmc bien attaquée. Un peu d’uniformité dans les tons du visage. Les mains sont boursouflées.
La pharmacie ; intérieur . — Oh! les bonnes, les charitables sœurs, quelle activité dans leurs gestes, leurs allures. « Tenez, ma sœur, cette fiole. — Pilez ces amandes, ma sœur. — Qu’avez vous fait du sirop de mûres? — Vite, ma sœur, une boule de charpie. — Ma sœur, ma sœur, pesez ces grains d’aloës. — Et la tisane de guimauve, et le séné? — Donnez, ma sœur... » Ainsi elles parlent, — ainsi elles courent, agiles, au service du pauvre qui atttend dans le couloir. On l’entend tousser, geindre, remercier et bénir. Diligentes consolatrices, elles sont partout à la fois, grondant pieusement, encourageant, — multipliées par leur sentiment de charité.
Le petit tableau dit bien toutes ces tendresses chrétiennes, — et son harmonie claire semble procéder de leur âme pure et jeune. Il est gracieux, plein de soleil, il est paisible ; il charme. U est bien peint (c’est le meilleur), bien peint, sans supercheries, sans faiblesses, avec une scrupuleuse naïveté. Enfin, il a tous les bonheurs à la fois, — même celui de faire aimer la charité qui est ici toute fraternelle.
Travaillez, travaillez, bonnes petites sœurs, — le travail qui profite à ceux qui souffrent est un travail doublement béni.
Plassan. La lecture du roman. — Du marivaudage peint. Une rose gentillesse. Des dragées... qu’on ne mange pas.
(Voir pour les autres tableaux du peintre le cabinet de figures en cire précédemment indiqué.)
Dubuffe (Édouard). Portrait de Madame A ... Portrait de Madame de G... Portrait de Madame la comtesse de L... Portrait de Madame la comtesse de M...
— Mon Dieu que de chefs- d’œuvres gâtés? Imaginez, ami, les plus charmantes femmes, les plus idéales, — des caprices de nature, — des surprises de haschich.
— C’est à devenir fou de bonheur. — L’imagination reste confondue devant un tel assemblage de féeriques attraits. Oh! pauvre ami, ne regardez jamais dans les yeux madame la comtesse de M... Ils ont la fatalité des mortels enchantements.
Eh bien, si vous croyez que le peintre s’en soit ému le moins du monde, vous êtes un grand sot.
Comme à l’ordinaire, il a brodé ses variations innocentes sur le canevas de son vieil esprit, Peinture de grisette ou d’aquarelliste mondain. Elle semble faite le cigare à la bouche, — et par conséquent à travers le voile d’une poétique fumée.
Ce n’est plus par mode, décidément, qu’on vient à M* Dubuffe, — homme aimable s’il en fut, — mais
par toquade. — Les jolies femmes se déconsidèrent.
Robert (Alexandre). Portrait de M . le comte de Morny. — Peinture raide, sèche, sans grandeur. Est-ce l’homme, monsieur Robert ? — Vous pouvez en douter avec moi, je pense.
Landeu-e. Portrait de madame F... P... — Elle a une robe bleue et une pelisse. M. Landelle semble voué au bleu. — Portrait assez simple , mais cru, heurté, dur. Cela 11e peut venir de la daine qui est charmante, — et calomniée, je le pressens, par la palette.
Pils. Portrait de M . de Castelnau d’ Essenault. — Officier de Hussards. Habile petite toile, — trop facile. M. Pils abuse des fonds gris et des touches tapageuses. La nature pourrait lui donner un bon conseil à ce sujet. Que 11e regarde-t-il encore ses deux grands portraits si beaux de tournure et de vie.
Vetter (Jean). Une halte à V hôtellerie , — Femme à sa toilette pour la promenade . — Trois porcelaines très-réussies. Aimables faux-bonshommes qui séduisent le public. C’est de la peinture de sphinx, — une charade gracieuse que je ne saurais comprendre. M. Vetter a un grand talent de diction, — pas une idée. Il phrase à vide. Il chante une cavatine aux oi- ‘eaux qui passent.
Clère. Portraits de famille. — Bon intérieur, intelligemment groupé. De la force et de' la grâce.
Genty. Portraits de madame E . G. et de sa fille. — Excellent dessin. Le pinceau en a fait une peinture noire.
MOI
Que pensez-vous de cette toile, monsieur Gondoîin? j’avoue que je suis bien embarrassé.
BLA1SE GONDOL1N.
Quoi, cette toile de M, Isabey? Eh bien, une cheminée qui tombe dans la cuve d’un teinturier. Le teinturier, fou de terreur, sonne l’alarme.
MOI
Vous plaisantez... Le talent de M. Isabey mérite une sérieuse appréciation.