‹ Les 14 stations du Salon 1859Chapitre 29 sur 80 · BL AISE GO N DO LIN · texte numérisé non relu

BL AISE GO N DO LIN

Et la navigation aussi.

< Matet. Tête d'homme , — étude. — Beaucoup de tournure. Peint avec vigueur. Trop de détails, un peu froid parla résonnance grise de l’ensemble. Les habits et les cliairs sont un peu dans la même gamme. Pauvre homme! il semble mort à la peine à force de poser. — Bonne étude, je le répète; et dans un grand caractère. Diderot aimerait cette belle tête de vieillard si honnête, si digne.

Rousseau (Philippe). Un jour de gala. — Des chiens font irruption sur une table encombrée de victuailles. Une grande barroquerie. Tout se renverse, et rien ne tombe avec vérité. Tout se casse de la même façon, dans un silence glacial. Le vin coule en écharpe de gaze. — Chut; n’éveillons pas ces chiens somnam-

bules.. — Les chairs, les viandes, les chiens se confondent, — respirez-moi, s’il vous plaît, ces lleurs de papier dans ce vase de carton... — Quelle lumière fade, disparate... Le pinceau n’a rien précisé; il gambadait avec les chiens pour avoir sa part des sauces. — Beaucoup d’esprit, mais à vide ; je n’aime pas les peintres spirituels pour ma part. L’artiste a mis sur la table l’épigrainme à son adresse. Avec un peu de sagacité, vous la venez.

M. Philippe Rousseau a nos justes appréciations ailleurs qu’ici.

Holà ! Terburg! holà! Metzu ! on pille votre maison.

Je vous signale le plus incorrigible : M. Brillouin.

Harpignies. Un canal ; vue prise aux environs de Nevers. — Un grand courant d’eau. Une barque le monte; — d’un côté, sur les lives vertes, un homme conduit une brouette. En avançant, on trouve des maisons, des champs, un rideau d’arbres dont Fombre se couche dans l’eau. Le ciel est gris, léger, bien éclairé.

Bon petit tableau, dans un style simple et doux.

Chaplin. Diane. — Ce n’est pas la Diane chasseresse antique qui parcourt les bois et les forêts avec

LES 14 STATiONS DU SALON,

ses meutes aboyantes, l’arc d’argent au dos, — ni la Diane amoureuse, dans les ombres du soir, regardant d’un œil d’envie les amants enlacés, — c’est une petite Diane, modiste ou lingère, qui chante clair, rit gai, parle doux, avec esprit, avec malice.

En revenant du beau pays de Flandres...

Tra, la la, etc.

Elle met des toilettes fond blanc, un petit chapeau de paille, boit la bière comme une Allemande, fume la cigarette • — et se dorlotte à la balançoire en imitant M. Lassagne :

Quand j’étais roi de Béotie...

Elle a le nez retroussé, des yeux gris spirituels, une bouche narquoise ; elle grignotte du pain d’épice, aime la friture et boit le clairet à plein verre...

Consoler mon vieux père

Qui pleure et s’ désespère (?)

Aujourd’hui, elle se baigne, à 111e des Ravageurs, assurément, en compagnie d’amours qui pourraient bien n’être que des canotiers déguisés.

Tont est rose : le corps, l’eau, les amours, les vêtements. Oh! la mignonne décoration! Les commis éveillés, les folles petites Parisiennes qui voient cela, le dimanche, deviennent fous d’ivresse, et courent à

Auteuil et Fontenay sauter et rire comme des perdus. Holà ! pistons, chantez, violons, — soufflez, clarinettes !.

Vive le gai dimanche Des bourgeois de Paris,

Où les femmes sont blanches,

Où les maris sont gris!

Monvoisin. Caupolican, chef des Araucaniens, prisonnier des Espagnols. —

Une conférence de poteries étrusques. Bonne composition, absolument peinte au rebours du vrai.

Palîzzï (Joseph). La Traite des veaux dans la vallée de la Touque ( Normandie ). — La campagne verte s’étend à perte de vue. La mer à droite, tout au loin, soulève ses premières lignes claires ; un horizon léger de collines l’encadre. — La prairie géante est coupée de chemins, incidentée de bouquets d’arbres, de petites maisons aux toits de briques rouges.

Sur le premier plan, au milieu d’un chemin gris* une charrette pleine de veaux s’est arrêtée. Un homme en blouse la conduit. D’autres veaux, à terre, attendent l’installation pour le mortel voyage. On débat les prix. — Une brave femme, d’une tournure originale, tire à elle deux petits veaux; on devine qu’elle vient de loin, pour se trouver sur le passage du marchand. Pauvres êtres, ils attendent patiemment et innocemment le résultat de la sanglante délibération*— Allons, montez, mes amis, et dites adieu,

adieu pour toujours à cette belle vallée qui vous a vus heureux. — Montez vite; — vos grands yeux doux ne peuvent vous sauver de la dent du peuple. Vous êtes son mets préféré, vous êtes la joie de son dimanche.

C’est du veau et d’ la salade Qu’a fait du mal à cY enfant...

Allons, cœurs simples, tendres corps, — montez! — montez, friandises populaires. Demain, l’étal du bouclier vous montrera morts et vermeils : quel pénible régal !

Sur la gauche est un ruisseau traversé de barrières. Des vaches viennent y appuyer leur tête, mugissantes, curieuses, avec une inexplicable mélancolie d’attitude.

Ce tableau est vigoureusement construit, solide et heureux, — plein d’attrait rustique. Avec le temps, il gagnera beaucoup et sera tout à fait bien.

Mazerolle. Néron et Locuste essayant des poisons sur un esclave. — Grande, très-grande toile, courageusement maçonnée . On a parlé de Sigallon, à ce propos... On a parlé de rivalité... Voilà une grosse plaisanterie. Ce sont des abus de souvenir contre lesquels il faudrait tâcher de se mettre en garde. Ces pierres coloriées ne regardent eu rien le vaillant auteur du Réveil de saint Jérôme. La composition ne renferme pa9 le plus léger élément de drame — la couleur est une

crispation — rien 11e remue, rien ne vit. On n’y peut guère remarquer qu’un caractère de dessin. M. Mazerolle a fait preuve de talent — mais c’est un talent en dehors de toute vérité — et par conséquent peu sympathique. Il est dans la situation d’un homme qui parlerait deux heures entières, contre le sentiment maternel, avec les plus belles phrases du monde, et une apparence d’éloquence.

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