‹ Les 14 stations du Salon 1859Chapitre 30 sur 80 · YVON · texte numérisé non relu

YVON

La gorge de Malakoff. —

La courtine de Malakoff. —

Du camp de Pliilisbourg, 3 juillet 1734.

C'est ici que Ton dort sans lit.

Et qu’on prend ses repas par terre;

Je vois et j’entends l’atmosphère Qui s’embrase et qui retentit De cent décharges de tonnerre ;

Et, dans ces horreurs de la guerre,

Le Français chante, boit et rit.

Bellone va réduire en cendres Les courtines de Philisbourg,

Par cinquante mille Alexandres Payes à quatre sous par jour :

Je les vois, prodiguant leur vie.

Chercher ces combats meurtriers.

Couverts de fange et de lauriers.

Et pleins d’honneur et de folie.

Je vois briller au milieu d’eux

Ce fantôme nommé la Gloire,

A l’œil superbe, au front poudreux.

Portant au cou cravate noire.

Ayant sa trompette en sa main.

Sonnant la charge et la victoire,

Et chantant quelques airs à boire,

Dont ils répètent le refrain.

Jamais Voltaire ne fut mieux inspiré. Les jolis vers! Il faut les entendre dire par Biaise Gondolin : Ce sont autant de fusées éclatantes.

Avec des cygnes — des enfants — des nymphes — des agréments étrusques, ne croyez- vous pas, ami, que Bon pourrait faire un délicieux tableau?...

Plaignez M. Picou qui, en voulant l’essayer, s’est perdu dans les marécages de Philostrate où toutes ces belles choses se trouvaient réunies.

Baron Henri. Entrée d'un cabaret vénitien oà les maîtres peintres allaient fêter leur patron saint Luc. — De l’eau — une maison avec balcons et escaliers de pierres. Venise dans le lointain, telle que l’indiquent les romances à gondoles. Beaucoup de jeunes femmes — beaucoup d’hommes; du brillant, du clinquant, du spirituel, de l’agréable — du Véronèse sous verre. Un grand talent d’assimilation, peu de nature personnelle. M. Baron est un aimable rêveur d’impossibilités.

Brion. Porte d'église pendant la messe. — Voilà l’é-

glise, grise et massive. Les chants y résonnent. Heureux les diligents qui ont pu se grouper autour du chœur et dans les tribunes. Il n’y â plus de placé pour les derniers venus. Ce sont ceux-là que le peintre nous montre, agenouillés, debouts ou assis sous le porche que soutiennent de massives poutres, et en dehors, contre les pierres tumulaires couchées dans l’herbe où reposent les morts pour qui l’on prie peutêtre en ce moment. Des terrains, dans la lumière, Se disposent plus loin, sous le ciel orageux par le haut — • vert pâle à l’horizon. Les figures se détachent en silhouette sur ce fond clair.

On ne peut qu’admirer cette belle page sobre, tranquille, si doucement émue. Il y a une remarquable impression de plein air. L’homme agenouillé dans l’angle du mur est superbe; et comme il prie avec ferveur! La ligne des femmes est charmante. Oh! bonnes âmes ! que de sentiment dans leurs têtes penchées...

Ce tableau est complet: il charme, il repose et fait penser.

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