LA SYMPHONIE DES MOUETTES
Nous sommes les perles de l’Océan; avec sa blanche écume nous nous berçons sur la cime des vagues bleues, nous nous berçons — plus blanches et paresseuses que les illusions des poètes.
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de trou* hier Tesprit de M. Penguilly. — * Hi.
Que nous importe le flot courroucé qui gronde et se roule en un seul bond d’horizon à horizon, — nous le suivons et raillons sa colère insensée... Que nous importe la tourmente
sifflante qui nous prend dans ses serres et ne peut rien sur notre joie^ — nous la laissons se démener dans l’espace; — le nuage d’hermine s’inquiète-t-il du vent? ..
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de troubler l’esprit de M. Penguilly. — Hi.
Que nous parlez- vous de l’hirondelle qui traverse les mers d’un vol furtif et n’ose regarder la belle nappe de cristal ondulant sous elle; notre vie se passe à courir leurs mystérieuses immensités. — Jamais lassées, toujours joyeuses, nous sommes les filles des eaux, lestes, coquettes, vives, — et nous raillons l’albatros pesant qui nous jalouse.
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de troubler l’esprit de M. Penguilly. — Hi.
Notre voix est perçante ; elle peut couvrir le bruit de la mer furieuse. — Nous avertissons du danger par l’inquiétude mélancohque de nos cris, et le dernier appel du naufragé se confond avec notre adieu plaintif.
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de troubler l’esprit de M. Penguilly. — Hi.
Quand le soleil fuit, rasant le flot reposé, pareilles à des cygnes aériens, nous causons avec les grands poissons aux écailles d’argent, et sur la plage blonde, posant nos pieds roses, troupe de coquillages allés, nous venons boire l’eau du ciel à l’ombre des falaises.
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de troubler l’esprit de M. Penguilly. — Hi!
Sur les rochers pointus, à mine renfrognée , tombant du ciel comme des flocons de neige, — nous nous reposons : on
dirait des rochers en fleur! — nous pleuvons toutes à la fois, battant des ailes, criant, enlacées et gracieuses, pour égayer leur morne solitude.
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de troubler l’esprit de M. Penguilly. — Hi.
Nous sommes les perles de l’Océan ; notre cœur est bon, notre chant joyeux, — et, comme les pensées des poëtes , nous volons rapides dans l’infini rayonnant de notre caprice.
Hi, hi, qu’il est bon de passer sa vie sur l’eau et de troubler l'esprit de M. Penguilly. — Hi.
Les approches des montagnes. — Un cavalier fait
boire son cheval... il pense ! L’eau baigne des talus roux, pierres solitaires rongées par une flamme intérieure. Bas collines, dures au regard, enflammées, bleues, s’arcboutent rigidement sur le ciel obstrué de nuages. Le cheval boit... les pieds dans l’eau bleue...
LE CAVALIER
Oh ! triste la vie !... mon cœur est plein d’amertume.:. l’eau.
Morne cavalier des solitudes, qu’as-tu?
LE CAVALIER
Où sont les jours heureux... qui dit jours heureux dit jours sans larmes... — Ma peine est grande ! mon ombre est ma dernière illusion... Comme ces montagnes âpres, mon âme s’est durcifiée,
l’eau.
Regarde-toi dans mon miroir caressant; je console les yeux rougis de larmes.
LE CAVALIER
Les rides des passions sombres ont fait mille blessures à mon front ; — la solitude est dans mon cœur et je ne le sens plus battre sous l’épaisse armure qui emprisonne ma vie errante...
l’eau.
Ton cheval me trouble,, et pourtant je reprendrai tout à l’heure ma première pureté... C’est que j’ai toujours les yeux tournés vers le ciel. . . Créature de la terre, regarde moins souvent à tes pieds : tes vices y rampent...
LE CAVALIER
Dans tes nappes profondes et claires, je vois mon néant, — tu peux monter jusqu’à mes lèvres et noyer mon sein : tu n’en éteindras pas la flamme mortelle!...
Rien de curieux comme ces peintures . Rien de pareillement faux, — rien de pareillement grand et original. C’est le mystère même de l’étrangeté.
Quel poète M. Penguilly-L’Haridon !