DIAZ
Le lion est mort ! le lion est mort ! crie-t-on par-
tout : et les fanfaronnades de pleuvoir sur ce roi inanimé; — Nous-mêmes, nous sommes venus le contempler sans nous joindre aux clameurs, en voyant la majesté de cette déchéance et dans le souvenir merveilleux de sa gloire d’hier. Hier, hier! les fautes vont vite... — Le lion est mort! — ou couché : car voici son réveil! Il secoue sa tête, dresse sa taille imposante, — et prend le chemin de la forêt où il vous attend; — les lions demandent aussitôt leurs revanches.
Voilà une juste métaphore, ami, — nous allons donc le suivre, sous les arbres, et nous asseoir sur les bords de cette mare, dans la fraîcheur de l’ombre, — la mare aux vipères, dit un sifflement aigu... Des vipères, — ici! qui l’eût cru... Dans ce lieu enchanteur?... Cléopâtre les a donc gâtées?...
O jolie forêt! voyez ce talus vert si frais et velouté : un» chemin le horde; et dans ce chemin le soleil se jette avec une joyeuse fantaisie. 11 se joue aux troncs, il se joue aux feuilles, aux branches, à l’herbe; il éblouit, il brûle et court, et jaillit, et brille, éperdu d’ivresse, dans les profondeurs de ce poétique et mystérieux asile, — des vipères!... Le ciel est bleu : par petites trouées rn le voit. Une grandé marc luit, limpide, calme, sous les branches tordues, frémissantes, nouées. Le ciel s’y reflète, — mais je n’y vois pas grouiller les vipères... Oh! peintre, vous me faites peur..! Que de mystère! quelle ardeur sauvage. — On entend de doux bruits dans les feuilles... des murmures ailés s’éloignant et revenant — perdus sur l’eau,
perdus dans le ciel comme des violons aériens qui se joueraient de l’oreille. Les vipères sifflent... l’écorce craque, ouvrant l’arbre; la mousse se hérisse, brûlée, comme des broussailles, les branches se cassent. — Quel éclatant et pur asile! — que de grâce sauvage et de poésie! C’est la forêt de Weber : le cor doit y résonner comme une voie harmonieuse avec des modulations charmantes, — en dépit des vipères qui y sifflent sans repos. Longtemps j’en rêverai, — et longtemps j’y entendrai le chœur des esprits d’Oberon, au lever de la lune d’été...
Esprits légers,
Venez.
Un superbe chef-d’œuvre, cette mare aux vipères , — n’y sifflez pas !
Sain. Vieillesse et vétusté. — Bonne femme assise sur le pas de sa porte. Elle compose nn tableau d’une piquante couleur.
Le départ pour V école. — « Bonjour, maman. » — « Soyez sages.'» — « Oui, maman.» — Et la mère, tenant un poupon, embrasse , devant la porte, les deux petites filles.
Douce page, bien simple. C’est la manière anglaise, avec plus de sentiment et de douceur comme enveloppe. Regardez encore, pour vous en convaincre, cette fine églogue intitulée : Le Ruisseau.
Ramoneurs partant pour le travail. — Une jolie bande de. démons rieurs, malins et polissons. Mais je ne ferai pas leur éloge pour ne point leur donner trop d’orgueil. Si vous saviez, ami, le bruit qu’ils font, dans ma rue, le matin! Quel bec aigu et actif! Tamberlick n’a rien entendu...
M. Sain deviendra le poète des enfants ; — il peint bien, en outre, observe avec malice , délicatesse et esprit. En Angleterre, on raffolerait de son talent.
Laugée. Le Repos . — Une petite paysanne, portant des gerbes de blé, se repose sur le bord d’un talus. Tout à fait jolie toile. Du soleil, de la couleur, un charme délicat de nature.
Segé. Les fils d’automne , été de la Saint-Martin. — Un paysage réjoui de fraîche lumière.
Je voudrais émettre une idée, ici, avant de passer à la salle suivante : il me semble que la lithographie fait le plus grand mal à la peinture, — en ce sens qu’elle sert éloquemment de déplorables causes. 11 n’est pas un mauvais tableau qui n’acquière par son secours du relief, de la couleur, — un certain charme. Vous êtes longtemps abusé : le jour où la peinture se place devant vos yeux, grande est votre stupéfaction. C’est ainsi que des très-pitoyables toiles se trouvent faire leur chemin, — et voilà comment le succès s’adresse à des peintres qui en sont indignes. Cette sorte de popularisation accordée à des artistes souvent sans talent, n’est pas une des moindres
causes de l'égarement du public en matière d'art. Elle donne à la peinture les proportions de l’image courante. J’aime son procédé qui est souple, coloré, vivant, — mais je déplore l'emploi banal — plus encore — mortel qui s'en fait, par l’extrême rapidité de l’exécution. Les œuvres sérieuses, acquises, consacrées, devraient seules être jugées dignes de cette familière illustration qui peut concourir à former le goût public.