‹ Les 14 stations du Salon 1859Chapitre 58 sur 80 · DESSINS · texte numérisé non relu

DESSINS

M. APpian se présente tout d’abord avec quatre fusains : Un Chemin à Crémieux ; — une Écluse à Optevoz ; — Route de Morat ; — Retour du marché. Us sont très-heureux de trait, lumineux , bien étudiés, — peut-être un peu détaillés.

V Oasis du Saarah> souvenir de Tolgae t la Ralit

de M. Bellel, sont deux beaux souvenirs de voyage. Ils expriment bien la fatale beauté de l’Orient. Je n’ai pas besoin de dire à M. Bellel que je les préfère à ses paysages académiques peints.

Dargent (Yan’). Côtes . De beaux rochers , un bel horizon.

Le doux Quentin Matsys a trouvé en M. Didron un interprète intelligent, plein de respect et de foi. Son Ensevelissement du Christ , du musée d’Anvers, nons est montré reproduit avec une touchante exactitude.

Encore deux* patientes reproductions : — l’une, d’après Rembrandt, l’autre, d’après Van der Helst : La Garde de nuit , — - le llepas de la garde civique * La première est la meilleure. Elles sont de M. Zim-

MERMAN.

àmaury-Duval. Portrait de M. Alphonse Kan\ — Bon dessin, — un peu doucement fait. La jolie tête satirique! Ne vous semble- 1- elle pas toujours prête au trait gaulois? Voyez cette barbe en pointe, fréquemment tordue dans la recherche de l’épigramme, — ces yeux bridés, demi-chinois, si vifs , —ces oreilles saillantes et anguleuses, — ce nez goguenard, — cette moustache tombante, mordue par des lèvres... mordantes, — Que d’ironie dans le sourcil ! Et les pommettes repliées, qu’elles sont expies* sivesl... U bonne tête, brave tête, mauvaise tête, — * que l'on a du plaisir' à vous voir en se souvenant de

toutes les jolies merveilles qui ne cessent de s’en échapper pour la plus grande gloire de l’esprit et de la raison humaine...

Voici un dessin un peu noir, mais plein d'effet, d’une habile et vigoureuse exécution : Souvenir de la Corrèze. 11 est signé : Verchères de Reffye.

Regamey (Guillaume). Portrait de M. G. R.,* — Superbe crayon; très-vigoureux. Le travail est original, ardent et facile. Le personnage est singulièrement éclairé — tout entier dans la demi-teinte.

SaNd (Maurice). Le Meneu* de loups. — J’ai uîi faible pour les dessins fantastiques, et j’avoue que celui-ci me plaît. 11 est d’une belle excentricité. Un cornemuseur marche dans la lande déserte, soü* levée, rocailleuse, difficile au pas. La lune, couleur safran, qui se lève à travers les nuages, l’éclaire de rayons furtifs ; un troupeau de loups le suit, au bruit de la diabolique mélodie. Au loin, des pierres noires se dressent, agitant leurs formes acariâtres sur le ciel orageux. C’est l’heure des cauchemars , — et , tenez* je frissonne en écrivant ceci... Mille souvenirs d’enfance s’y rattachent. Hoffman ricanerait de joie de» vant cette étrange scène légendaire. Moi, païen, je me signe dévotement... c’est que j’en ai vu de si terribles !... que d’histoires !... j’en sais plus long que le

meneu de loups , je crois... Madame George Sand ferait les plus beaux récits du monde avec cela...

Les dessins de M. Pasini ont une vigueur, une fermeté d’accent bien dignes d’éloge. Ils sont en outre pittoresques , délicats, charmants par un certain goût de travail qui les distingue des autres. Rien de plus vif, de plus gracieux, — et en même temps , de plus sobre.

Le Cimetière des Guèbres — est remarquable de caractère et d’élévation. O Guèbres philosophes! soyez bénis, vous, dont la mort n’est pas stérile, et qui donnez la vie à ces pauvres oiseaux affamés !...

La Halte d'une caravane — a des qualités de lumière expressives.

De même les Persans enprière , — une grave méditation qui fait penser et s’attendrir. Le Campement des pèlerins à Djeddah vous réjouira par une extrême vivacité , un brillant plein de couleur et d’esprit.

Je dois mille grâces à M. Pasini pour ces belles visions, en attendant mon tour de pèlerinage. Mais la Vie est courte — et les désirs sont immenses...

CtfiFFfjART. Faust au sabbat. — Dessin vagabond. Cela se démène, cela grouille, se roule, s’agite, crie,

hurle, tempête et chevauche, — et gronde avec une effrayante drôlerie. Marguerite, Marguerite! parait au loin, dans l’ombre, pâle et triste, vision lunaire,

— et Faust tombe accablé , — et Méphistopliélès ricane debout, sur un rocher, avec un mouvement de coq qui chante le réveil du sabbat. — Le ciel se déchire.

En bas, l’immensité noire. — Un fleuve de vifargent. — Horreur! horreur! le cœur est navré;

— l’esprit se torture dans cet océan d’effroi. Mais passons au dessin et disons qu’il est plus railleur que profond , — plus violent qu’ému , — plus fou qu’effrayant. C’est Goethe interprété par Gallot, dans le sentiment moderne.

Faust au combat , — tout en gardant les mêmes qualités , donne une nouvelle expression de sentiment. C’est Goethe compris par SalvatorRosa. J’écarte ici toute idée de parallèle, — et parle seulement de l’accent.

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