LA MORT
Ÿa.i recueilli le baiser qui lui était destiné. — Viens : tu seras la fleur cachée de la terre, et seule je te respirerai.,. Entrez , la belle, — cette tombe ouverte est pour vous ; l’herbe et les orties seïont désormais votre parure.
Pauvre enfant! ses cheveux flottent sur l’épaule sèche de la Mort, l’un de ses bras aussi, — et la hideuse, rejetant son suaire, pose une main décharnée sur la cuisse souple de cette mortelle beauté, — de l’autre, elle flétrit son sein fait pour les baisers de l’amour. Belle et sombre poésie, — exprimée d’une manière pittoresque, avec un art coloré et simple,
Chatrousse. Résignation; statue. — Beau marbre sévère, d’un sentiment vrai, abondant et élevé. La tête, qui souffre, qui pleure, respire un mystère douloureux. C’est émouvant et sincère. — L'idée a une nouveauté virile qui me charme.
Protheau. La récolte; bas-relief. — Sorte de pastiche assyrien dans un sentiment moderne champêtre. Une charmante jeune femme marche, portant des gerbes de blé. — La tête a beaucoup de finesse. L’ensemble est naïf et simple, — agréable à voir. On peut donc être intéressant sans avoir recours aux nymphes? Dieu soit loué.
Voilà encore un art perdu, — l’art du bas-relief. On ne l’exprime guère plus qu’avec une timidité, une sécheresse qui ne pourraient convenir à aucune ornementation monumentale. Nous sommes loin du Parthénon et de la colonne Trajane,
Carrier de Belleuse. La mort du général Desaix . — Le général tombe frappé; une main s’appuie, fiévreuse, contre cette vaillante poitrine qui ne battra plus bientôt ; l’autre montre Pennemi fuyant. Il est soutenu par un soldat qui appuie le corps fléchissant sur son genou. Il est inquiet, ce beau jeune homme; sa figure souffre. Il attend un dernier mot... mais le
général vient de râler son cri suprême d’enthousiasme. C’en est fait !
Ce groupe a un vrai caractère dramatique, Quel beau désordre! Quelle vigueur ! 11 restera comme une des belles créations de notre époque. Rien n’y sent la recherche ou l’incertitude. Toutes les lignes s’exposent et s’agitent avec une clarté puissante. Les mouvements ont une véritable noblesse. L’enthousiasme vous gagne devant cette belle et fière agonie. Ainsi doivent mourir les cœurs forts : comme l’arbre frappé par la foudre. L’exécution est faite de verve, — martialement.
La molle inflexion du corps de Desaix est supérieurement exprimée; — le mouvement des jambes a beaucoup de force ; elles se lient dans un ensemble ému. Les parties de chair, les vêtements, tous les détails du costume sont traités avec une manière hardie.
Cette œuvre mérite la plus sérieuse glorification.
Une vestale. — Jolie terre cuite. La disposition en est mystérieuse : la vierge se voile, — une couronne de roses entoure sa tête. Regardez amoureusement ce sourire grec retrouvé.
Desaix; buste, plâtre. — Grande et forte figure, — modelée dans un ton large et neuf. Elle est vivante; son expression singulière et sa vie vous frappent profondément.
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Valette. Le semeur d’ivraie; statue , bronze. — Ali! mauvais semeur! esprit félon ! voulez-vous bien déguerpir!... Quelle ruse dans cet œil! quelle maudite expression dans cette bouche close ! Il passe rapide, — fulgurant. Il sème le mal. Allons, ici cette poignée de grain : — ■ voilà un adultère ; — ici cette autre : ■— voilà un parricide; encore une : ce sera la famine future. O malin démon! Ainsi le mal se fait; mais nous n’avons pas besoin de démons pour cela : l’homme sème aussi l’ivraie, — avec sa grosse main gantée, — souriant d’un sourire d’archange, l’àme pleine de fiel!... Il est beau, cej3emeur ! — très-bien : rien n’est méchant comme la beauté. Vous le voyez, l’idée est charmante, originale, philosophique.
Le mouvement du dos , en avant , et celui de la cuisse gauche sont d’une piquante grâce. C’est une vive figure, fort bien étudiée, — très-entendue dans son élan symbolique. Elle surprend et offre une singularité d’art du plus vibrant effet : l’homme est bien choisi pour ces pirateries idylliques.
Gemery. Un moissonneur ; statue , bronze . — Belle figure, sérieusement faite, — - énergique d’accentuation, malgré sa douceur. La tête est vivement caractérisée. On y remarque un art supérieur.
Marcellin. Le corps deZénobie retiré de l’Araxe; groupe , marbre. — Un grand style, — une fière tour-;
nure. Largement traité, vigoureux. Comme allure de groupe, il y a un intérêt profond. L’homme est penché avec une naïve émotion ; la jeune femme fléchit dans un sentiment d’une rare beauté qui est presque une hardiesse. C’est la familiarité et le ton d’un vers d’Homère. Elle est bien intéressante ainsi, Zénobie, — elle exprime admirablement l'idée de la beauté dans la mort.
Œuvre de haute lignée.
La Jeune fille tressant une couronne est une figure heureuse, — d’un fin caprice. — N’aimez-vous pas, ami, cette jolie tête, ce corps élégant?... Regardez ce beau sein , ce dos si pur de contour , ces bras délicats, ces mains ! — Ah ! le fin bijou à bercer entre ses bras!...
Moreau. La fileuse ; statue, bronze. — Elle file bien; un peu en femme qui se sait regardée et belle, La tunique s’échappe des épaules et descend sur ses bras nus. Elle file assise, les jambes croisées. La tunique dessine son corps ferme et souple, très-vivant. La tête sourit avec amabilité. Le corps a une secrète saveur. Et la poitrine, comme elle résonne bien! Le cou s’attache flexible et délicat.
C’est un fort remarquable morceau d’art.
Maindron. Geneviève (le Jfrabant. — Qui ne connaît, celte bucolique légendaire?... 1/ iniste l’a exprimée par une jeune femme appuyée sur une biche qui
allaite l’enfant et lèche le talon de sa maîtresse. Ge^ neviève est nue; ses cheveux flottent; elle regarde derrière elle avec un accent triste et rêveur.
Ce groupe est charmant, très-hardi de conception. Il s’agence bien, de tous les côtés, avec simplicité. La biche est toute mignonne; l’idée de sa caresse a les séductions d’un rêve. Le corps de la jeune femme est beau de forme; et de sa figure s’échappe une lueur particulière qui vous surprendra. Les bras sont gracieux; le dos s’arrondit bien; les hanches accusent ce bel élan de la force mélodieuse qui fait les royales démarches.
Ce superbe groupe, d’unsentiment si individuel, fait le plus bel honneur à M. Maindron. Il établit encore une fois le caractère attendri et fort de sa personnalité. J’aime deux fois ce grand artiste : pour son courage et pour son talent supérieur méconnu.
Allasseur. Moïse sauvé des eaux ; marbre . — La royale fille égyptienne s’est approchée, animée par un doux sentiment maternel. Peut -on voir plus heureux sourire, plus vive tendresse?... Elle se penche, demi-nue, sur l’eau, et retire l’enfant qui flotte. Sajoiese peint bien dans sonmouvement. Elleestcouchée sur un rocher; — mais avec quelle harmonieuse souplesse ! — l’œil est ravi. On ne saurait l’oublier.
Cette séduisante création, tout à fait supérieure, est rendue dans un mode d’art caressant et pur.
Butté. Episode du déluge. — Massacre des inno -
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cents. — Beaucoup de science, mais une grande confusion dramatique. La disposition conique des deux sculptures n’a rien d’agréable pour l’œil. Ces trous, ces pointes, ces aspérités ne charment guère. J’y vois, séparément, de très-belles [figures qui demandaient un cadre plus vaste,
Fremiet .Cheval de saltimbanque. Petit cheval, nerveux; il doit bien trotter, manger peu, boire moins. Il va partir pour la prochaine foire. Sur la selle sont des marionnettes et un hibou.
le HIBOU.
Ainsi donc, vous égayez l’homme en imitant ses ridicules?