CHAPITRE Iir
La brutale exécution des ordres de Maignet et de la Commission populaire amena des arrestations sans nombre. Dans la seule nuit du 18 prairial (6 juin 1794) cinq cents personnes furent arrêtées à Avignon ; ce qui, d'après une lettre du général Dauvergue écrite à Yiot le T messidor (25 juin), porte à deux mille le nombre des détenus dans cette ville. Les prisons du Palais des Papes étant encombrées, on les enferma dans les églises de Saint-Didier et de la Principale, et dans divers couvents.
A Carpentras, les deux comités de surveillance de l'Égalité et de la Fraternité, aidés par la municipalité et l'administration du district, arrêtèrent tous les nobles, tous les prêtres, tous les parents d'émigrés, tous ceux qui n'avaient pas de domicile, ou qui l'avaient depuis moins d'un an.
Les instructions de Maignet étaient précises. « Tous les cidevant nobles sont atteints d'un soupçon qui n'a été que trop fondé, et qu'ils ne peuvent faire cesser qu'autant qu'ils auront donné des preuves de leur dévouement à la patrie pendant tout le temps de la Révolution. — Ceux qui se sont enfermés dans leur nullité doivent être détenus puisqu'ils ont laissé subsister sur leur tête le soupçon. — Les parents d'émigrés sont également soupçonnés d'avoir participé, ou par leurs conseils, ou par leur négligence, à cette émigration. — Tous ceux de l'une ou l'autre classe qui n'apportent point de preuves qu'ils sont étrangers à l'émigration, sont dans le cas de réclusion. — Les membres de l'ancienne municipalité, connue sous le nom de fmmcipaMté Guym, doivent être jugés ; il n'y a pas à balancer à les faire ppomptement arrêter. » Les arrestations s'élevaient
le 28 prairial (16 juin) à deux cent quatre-vingt douze ; parmi les personnes détenues nous comptons vingt-huit prêtres.
A Marseille, à Arles, les incarcérations furent innombrables.
Si Maignet, écrivant à Couthon le 4 floréal (23 avril), pouvait déjà dire : « Je porte à douze ou quinze mille hommes ceux qui ont été arrêtés, » à quel chiffre faut-il les évaluer après ces nouvelles perquisitions ? Nous croyons ne pas exagérer en disant que plus de vingt mille personnes gémissaient dans les prisons des deux départements de Vaucluse et des Bouches-du- Rhône.
Tous ces prisonniers devaient être jugés par la Commission populaire d'Orange. On les dirigea successivement sur cette ville ; ils arrivèrent si nombreux de toutes les communes que les prisons ordinaires ne purent plus suffire à les contenir. Il fallut en créer de nouvelles.
L'administration du district prit alors l'arrêté suivant :
Séance du 15 floréal an II (4 mai 1794).
« L'administration du district d'Orange,
« Considérant que le nombre des personnes de tout sexe que l'on amène tous les jours des différentes communes du distnct dans les maisons d'arrêt, augmente à tel point que les trois maisons qui en servent ne peuvent plus les contenir ;
« Considérant que la trop grande quantité des détenus dans la même maison pourrait occasionner des maladies épidémiques, en y répandant un air létide et corrompu ;
« Considérant qu'il n'y a plus aucune maison nationale dans cette commune apte à recevoir les détenus que les ci-devant églises des Cordeuers et des Pénitents, mais dont l'humidité entraînerait les plus grands dangers pour les personnes détenues;
« Considérant que, lorsque le bien public commande^ tous doivent obéir, et que ce qui peut lui être utile doit lui être offert ;
« Considérant que la maison de Gabriel-Prosper Chièze paraît être, par son étendue et sa sûreté, la seule qui pourrait servir à contenir les femmes et filles que l'on amènera en ce chef-lieu, ou celles qui, n'ayant pu entrer encore dans les autres maisons d'arrêt, parce qu'elles regorgent de détenues, ont été placées provisoirement a la Maison commune ;
« D'après le rapport, et ouï l'agent national,
« L'aaministration arrête que la municipalité d'Orange prendra de suite la maison duait Prosper-Gabriel Chièze, ou la
gartie qui sera nécessaire pour contenir lesdites femmes et lies ; qu'elle procédera de concert avec la citoyenne Chièze, tante dudit Chièze, à faire déblayer les appartements à dési-
§ner, et en faire transporter les meubles dans d'autres de laite maison qui seront dûment fermés ; que ladite municipalité instruira l'administration des réparations à y faire pour la sû-
reté et la salubrité d'ycelle ; qu'elle procédera sans retard à cette opération ; que ladite municipalité fera estimer le louage de ladite maison par experts convenus entre elle et la citoyenne Chièze dont le paiement sera fait à qui de droit, en exceptant néanmoins de ladite maison les appartements qui seront nécessaires à ladite citoyenne Chièze. » (1)
On affecta au même usage la maison de M"**" la baronne de Saunier, qui avait émigré.
Orange eut donc six prisons principales pendant le règne de la Terreur :
!• L'ancien théâtre romain, appelé vulgairement la prison du Cirque,
2* La prison dite des Dames, ainsi nonamée parce qu'elle fut établie dans la maison des Dames religieuses de l'Enfant- Jésus, vouées à l'éducation des jeunes filles (2). (Cette maison, située rue de Tourre, sert aujourd'hui de tribunal de première instance.)
3* La prison de la Cure, appelée aussi de la maison Curiale ou près du temple de FÊtre-Supràne (3) (C'est l'ancienne maison de l'archidiacre, située place du Cloître, adossée au mûr méridional de l'église Notre-Dame convertie alors en temple de l'Etre Suprême). Elle servit de prison aux Religieuses jusqu'au l" thermidor (49 juillet.)
(1) Registre des délibérations de Tadministration du district.
(2) Ces religieuses s'étaient dis{)er8ées, après avoir énergiquement refasé le serment. Nous devons faire connaître à nos lecteurs la lettre ferme et respectueuse qu'elles adressèrent au Conseil général de la commune en cette occasion : — < Orange, le 24 juin 1791. — A Messieurs
> les Conseillers. — Messieurs. Nous sommes bien affligées de ne pou-
> voir nous rendre aujourd'hui dans la maison commune ; mais nos
> principes ne nous permettent pas de prêter le serment exigé. Nous
> vous prions. Messieurs, d*être bien convaincus que la nécessité
> d'obéir à la voix de notre conscience peut seule nous porter à ne pas
> nous conformer à vos ordres ; nous n'en serons pas moins empres- » sées de donner, dans tous les temps, des preuves de la pureté de nos
> intentions, de notre dévouement au bien de la Patrie, et de notre
> amour inaltérable pour la paix. Nous sommes avec respect, Messieurs,
> vos très humbles et très obéissantes servantes. — Signé : Sœur àn-
> SBLMB, supérieure ; Sœur Garnaud, économe ; Sœur Bon ; Sœur • MouRGUE ; Sœur Prayet ; Sœur Saint-Xavier ; Sœur Saint-Benoit. »
(3) M. de heSiumetOTt (Tribunal révola tionnaire <f Orange), sur une fiiusse indication, en a fait deux prisons distinctes qu'il appelle : Ttaciênoe maison Curiale et la prison du temple de r Etre-Suprême.
4^ La prison des Chiéze (ij, destinée, comme on Ta lu dans l'arrêté de l'administration du district, aux femmes et aux filles. Le !•' thermidor on y transféra les religieuses de BoUène qui, par ordre de Maignet, évacuèrent la prison de la Cure pour faire place aux prévenus arlésiens.
5** La prison de la Baronne, rue de Langes, numéro 39, ainsi nommée parce qu'elle appartenait à la baronne de Saunier.
6* Après la mort de Robespierre, on convertit également en prison l'église des Cordeliers, aujourd'hui Véglise de Saint- Florent,
Quand ces prisons regorgeaient de détenus, on enfermait provisoirement les nouveaux arrivants soit à la Maison commune, soit même dans des maisons particulières, en attendant que l'échafaud leur eût fait de la place dans les prisons nationales.
En ce temps de liberté tout était changé en prisons.
Donnons quelques détails sur ces tristes demeures, appelées avec raison le vestibule de la morty où tant d'innocentes victimes se préparèrent par la souffrance à l'expiation suprême.
Nous ne ferons pas appel à notre imagination pour tracer de sombres tableaux, il nous suffira de transcrire les arrêtés administratifs et les relations écrites par les infortunés qui ont habité ces lieux de douleur.
Le 7 floréal (26 avril 1794) les prisons d'Orange comptaient déjà trois cent trente-six détenus de l'arrondissement.
Les prisonniers jouirent d'abord d'une certaine liberté ; ils avaient la consolation de recevoir la visite de leurs parents qui, d'après la loi, avaient la faculté de pourvoir à leur nourriture. Le Comité de surveillance d'Orange, dont l'œil soupçonneux apercevait partout des dangers pour la République, s'adressa à Abrigeon, agent national du district, et lui rappelant ses devoirs, l'invita à prendre des mesures répressives contre des abus imaginaires.
« Citoyen, lui écrivit-il à la date du 7 floréal, la licence qui règne dans la police intérieure et extérieure des maisons d'arrêts de ce district, attire les regards et l'attention de tous les bons citoyens sur cette partie si essentielle ; il est
(i) Cette maison qui n'avait alors qu'une entrée paria rue Condorcet appartient aujourd nui aux prêtres nussionnaires de Sainte-Garde.
enfin temps que Ton prenne des mesures répressives, et que l'on fasse cesser le relâchement de la police de sûreté générale, et que l'on assure la tranquillité et la paix de tous les bons citoyens de ce district. La loi te confie la surveillance des prisons. C'est donc à toi que nous nous adressons pour t'inviter de considi^rer:
!• Que les prisons regorgent de détenus, et que leur nombre s'élève à 336;
3* Que la facilité coupable avec laquelle on laisse entrer des indîTidHS dans la maison d*arrêt peut avoir les suites les plus fonestes;
3" Qu'il est très facile qu'on leur fasse parvenir d^ armes, et qu'enfin ite peuvent entretenir des correspondances criminelles avec les ennemis de la République ;
^• Que la Convention nationale a rendu, au sujet des communications que peuvent avoir les détenus, deux décrets en date du ... .
8* Qu'il ne s'agit plus que d'en faire l'application.
En conséquence nous t'invitons à prendre les moyens que la loi met en ton pouvoir pour que 1^ les gardes des maisons d'arrêt ne suivent plus les différentes consignes qui leur ont été données jusqu'à ce jour, et qu'elles les regardent comme contraires à l'esprit des décrets de la Convention nationale ;
2r Qu'elles ne laissent plus entrer, sous aucun prétexte quelconque, nul individu de quelque sexe et quelque âge qu'il soit, dans les prisons d'arrêt ;
3* Qu'aucun oflBcierde suite ne pourra entrer dans les prisons d'arrêt sans au préalaUe s'être présenté au... pour y justifier des causes qui y nécessitent sa présence ;
4* Que les commandants des postes ne pourront laisser entrer les officiers de santé qu'après s'être fait présenter la permission accordée par qui de droit, et qu'ils les feront escorter par deux fusiliers tout le temps qu'ils y seront;
5* Qu'aucune lettre ne pourra sortir ni entrer sans avoir été examinée;
6* Qu'aucun paquet ne pourra entrer ni sortir sans avoir été visité ;
7« Que tout commandant de poste à qui il sera prouvé avoir manqué à un des articles ci-dessus, sera, à la diligence du Comité de surveillance et révolutionnaire, mis en état d'arrestation,
et poursuivi devant les tribunaux révolutionnaires comme réfractaire aux décrets de la Ck)nvention nationale et comme cherchant à favoriser les ennemis de la République ;
8"" Que tout citoyen composant la garde des détenus à qui il sera prouvé avoir manqué aux articles ci-dessus^ sera, à la diligence du Comité de surveillance et révolutionnaire, déclaré suspect et traité comme tel ;
9* Qu'il est rappelé à tout citoyen qu'une dénonciation en matière révolutionnaire est un acte de civisme et un devoir indispensable pour un patriote, et qu'en conséquence celui qui connaîtrait un délit ou une infraction aux lois concernant la police intérieure des maisons d'arrêt et aux articles ci-dessus qui en font l'application, et qui ne les dénoncerait pas, serait dans le cas d'être déclaré mauvais citoyen et traité comme tel ;
10* Qu'il ne peut absolument entrer dans les maisons d'arrêt que l'agent national du district, celui de la commune, et les ofBciers municipaux toutes fois cependant qu'ils seront revêtus de leurs marques distinctives, et les membres du Comité de surveillance et révolutionnaire, quand ils seront porteurs des pouvoirs donnés à cet effet par le Comité ;
H* Que les lois du... et du... seront affichées, avec le présent arrêté qui les applique, au nombre de trois exemplaires, dans chaque corps de garde des maisons d'arrêt (1) ».
L'agent national n'obéissant pas assez tôt à l'injonction du Comité, celui-ci se plaignit de nouveau le 19 floréal (8 mai) du peu de police qui régnait dans les prisons. Il fut cette fois écouté.
Par arrêté de la municipalité du l*' juin, on enleva aux détenus leurs couteaux, ciseaux, canifs, rasoirs, et tous ces petits objets si utiles et si précieux pour des gens obligés à pourvoir à leurs besoins journaliers.
Ensuite, sous prétexte que, pour échapper à la mort qui va les frapper, les détenus chercheront tous les moyens possibles de s'évader, et que leurs amis pourraient, pendant la nuit, forcer les portes des prisons, l'administration du district obligea la municipalité à faire garder les prisons nuit et jour par le ba-
il) Le Comité était plus télé que savant ; on voit par les lacunes de sa délibération qu'il ignorait la date des lois dont il demandait l'application.
taillon de TArdèche, en garnison à Orange, et à faire de fréquentes patrouilles pour empêcher tout rassemblement suspect (1).
Fauvety réquisitionna le 6 messidor (24 juin) le commandant d'Auvergne de donner des ordres afin que trois cents hommes d'infimterie et cinquante hommes de troupes à cheval fussent envoyés à Orange pour le service de la Commission populaire et pour la garde des prisons, attendu que la commune d^ Orange est toute ouverte et offre àlamalveUlance les moyens ff entreprendre sur la tranquillité publique et la sûreté des détenus.
L'accusateur public, Viot, par lettre du 12 messidor (30 juin), fit aussi ôter aux prisonniers encre, plumes, papier, et interdire toute communication avec le dehors soit par écrit, soit de tout autre manière. Les commissaires seuls, en écharpe, eurent la faculté de pénétrer dans les prisons. Dieu sait s'ils allaient y porter la consolation !!! (2)
Dès lors le séjour des prisons devint intolérable. Les détenus furent l'objet de toute sorte de vexations plus odieuses les unes que les autres.
L'encombrement, qui se produisit à la suite des arrestations ordonnées par Maignet, augmenta encore l'horreur de leur position. Ils étaient entassés les uns sur les autres. Les grandes chaleurs qui survinrent en juillet et août leur occasionnèrent de nouvelles souffirances par les exhalaisons fétides des fosses d'aisance et par la vermine qui les dévorait. Mais laissons parler les victimes elles-mêmes ; écoutons leurs plaintes :
« Nous sommes arrivés à Orange le 14 messidor (2 juillet,)
(1) Arrêté da district du 19 prairial (7 juin.)
(^ Il De faut pas oublier qu'à leur arrivée les prisonniers étaient fimiUés et dépouillés de leur argent et de leurs assignats ; on ne leur hissait guère que des vêtements en mauvais état. G%st pour s'être approprié une partie des effets des détenus que l'huissier Nappier fut condamoée à six ans de fers. Il n'était pas le seul coupable. Le bourreau, sa femme et son aide accusèrent du même délit Viot et autres. M. fierriat StPfix raconte que les femmes de Viot, de Fernex et de Ragot venaient au greffe ûdre leur choix, s'emparant des dentelles, du linge un, des boucles de souliers en argent Le commis chargé d'enregistrer ces objets, trouvant sa responsabilité compromise, avertit le président. Fauvety vint au greffé, se cacba dans unearmoire ;pui8 surprenant les citoyennes qui faisaient leur main, les obligea à tout rapporter : c Nous sommes couverts, leur dit-il, d'un abominable vernis, mais je n'entends pas y ajouter h léputation de voleur ; vous connaissez mon pouvoir discrétioonaire, il raut que tout soit rendu* >
écrit M. de Mougins (t). Orange ! quel effroi ce nom nous inspire ! quels souvenirs horribles il nous rappelle ! Il existait alors dans cette ville une Commission populaire. Ciommission populaire ? quel abus de mots ! Ce tribunal, digne émule de celui que Robespierre commandait à Paris, faisait traîner tous les jours à. la mort des citoyens par vingtaine. Nouô paraissions être des victimes amenées sous ses coups. Il nous semble encore entendre ces accents douloureux qui s'élevalieiït jusqu'à nous aux approches de la ville : « Malîreureux vous êtes perdus si vous allez au tribunal d'Orange ! »
« L'aspect de la prison (du Cirque) est hideux. C'est un de ces édifices antiques, bâti en pierres noires. Elle est au-dessus d'une vingtaines de degrés ; une porte s'ouvre devant vous : quel spectacle ! Cest une cour fort peu spacieuse. Au bout est un tas de paille rempli d'ordures. Plus de deux cents personnes, la pâleur de la mort sur le visage, l'âme abîmée de désespoir, attendaient le moment fatal. Ils n'ont d'autre asile que cette misérable cour pour le jour et la nuit. Là, à la fois, ils mangent et satisfont aux besoins de la nature....
« Quel repos goûter dans un pareil repaire ! Au milieu de tant d'angoisses, exposés aux injures de l'air empoisonné par une odeur pestilentielle, et où, ce qui achève ce tableau incroyable mais vrai, où chacun n'a pas même une place pour s'appuyer sur une muraille dégoûtante ; ce n'est qu'en se pressant et se gênant qu'on parvient à étendre par terre une femme malade qui n'a pas la force de se soutenir !
« Sur les sept heures, un bruit de chaînes frappe nos oreilles. La porte s'ouvre. Paraissent encore dix-huit malheureux condamnés à mort et remis au lendemain (2). Qui le croirait ? ils étaient escortés par l'accusateur public lui-même, homme dur et cruel, tout à la fois juge, sbire et geôlier ! Que t'en aurait-il coûté de remplir l'ofiBce de bourreau !!!
c Quittons, quittons cette odieuse demeure ; quittons cette ville où l'âme est tant froissée ! Adieu, nos infortunés compa-
ct) RelatioD du voyaiKe de trente^un dtoyens du Var traduits à Paris le 6 messidor, par M. J. tt.de Hoogins.
(2) Ce sont les victimes de Gabrières, dont le jugement, commencé le 17 messidor, fut remis au lendemdn.
gnons ; un triste échafaud vous attend , mais vos malheurs vont finir, et nous allons encore traîner les nôtres. *
Dominique Ghaussy, lieutenant de gendarmerie, conduit par ordre de Maignet dans les prisons d'Orange, raconte ainsi ses souffirances et celles de ses compagnons :
« Le 19 prairial (7 juin), dit-il, je fus chargé de fers, ainsi que le secrétaire du commissaire des guerres (Coste), et tous deux nous fûmes conduits (d'Avignon) à la prison du Cirque, accompagnés de vingt-cinq gendarmes.
« Là, jetés dans un cachot affreux, couvert d'un peu de paille pétrie de vermine, nous fûmes oubliés jusqu'à dix heures du soir, mourant de faim et de soif. Enfin les portes du cachot s'ouvrent, mais ce n'est que pour remplacer mes menotes par des fers pesant cinquante livres, qu'on met à mes pieds avec la dernière barbarie.
« Dès le lendemain je fus traduit devant la Commission populaire composée des plus cruels ennemis des patriotes de 89 • Que d'insultes, que d'outrages n'ai-je pas eu à essuyer de ces lâches assassins ! L'un m'accablait de questions perfides et insidieuses ; l'autre me reprochait mes liaisons avec les meilleurs patriotes ; un autre voulait faire le tableau de ma vie
« Malgré l'acharnement qu'ils mettaient à me perdre et la perfidie de leurs manœuvres, ne trouvant pas encore de prétexte plausible pour colorer la noirceur de leur projet, ils me renvoyèrent dans mon cachot, où je fus de nouveau chargé de fers.
« Arrive le jour des proscriptions. Le moderne Sylla a donné des ordres, et les dépositaires de ses complots s'empressent de les exécuter. Le t**^ messidor, commence l'horrible boucherie ; onze victimes, appelées devant le tribunal de sang, n'y paraissent que pour entendre prononcer leur arrêt de mort. Chaque jour depuis, un nouvel appel, fait le matin, désigne les victimes qui doivent être sacrifiées le soir. Bientôt les prisons d'Orange ne peuvent plus contenir les malheureux qu'on y traîne de toutes parts. A la prison du Cirque , plus de cent malheureux de tout âge, de tout sexe, sont réduits à coucher dans les basses-cours jonchées de vermine et infectées de l'air pestilentiel qu'exhalent les ordures amoncelées des prisonniers. Bientôt l'hôpital regorge de malades et fait craindre une maladie épidémique.
« Mais rien n'adoucit la férocité de ces tigres altérés de sang humain. De combien d'atrocités n'ai-je pas été témoin par le trou de mon cachot ! Jamais, jamais je ne pourrai rendre tout ce que j'ai vu et entendu. Le souvenir m'en fait frissonner d'horreur.
« Ces juges, non, ce n'étaient pas des juges, ces monstres ont fait comparaître devant eux et condamner à mort deux citoyens de L'Isle, dont un mourant et l'autre paralytique (1). Des malades, hors d'état de se soutenir et de parler, sont arrachés de l'hôpital pour entendre leur arrêt de mort. Une citoyenne, âgée de 85 ans (2), dont l'esprit était aliéné depuis plus de six ans, est condamnée à mort. La mort, la mort était le seul mot qui sortait de la bouche de ces bêtes féroces : ils avaient juré d'égorger la moitié des habitants du Midi.
t C'est dans la petite cour, en avant de mon cachot, qu'on déposait les prisonniers arrivants. Mais, avant de les confondre avec les autres, l'huissier de la Commission venait lui-même les dépouiller de leurs meilleurs effets, et surtout de leurs porte-feuilles, qui auraient pu leur procurer de quoi les aider à manger un pain fort noir et presque toujours très amer.
« C'était aussi dans cette cour qu'on menait les condamnés, en attendant l'heure de leur supplice. L'accusateur public Viot les accompagnait, les manches retroussées, le sabre nu à la main. Là, assisté de l'huissier, il les faisait dépouiller et se rendait lui-même le dépositaire de l'argent et des effets que les parents ou amis de ces infortunés leur avaient fait passer, ou qui avaient échappé aux premières perquisitions. Une ou deux heures après, il revenait, dans le même appareil, les conduire au supplice avec le ton le plus insultant et le plus féroce.
t Que n'ai-je pas souffert chaque jour en entendant les malheureuses victimes prendre le ciel à témoin de leur innocence, et gémir sur le sort réservé à le^u^ familles et à leurs concitoyens ! Tous disaient que le tribunal n'avait pas voulu entendre leuf justification et n'avait admis que les témoins à charge, et aucun à décharge. De sorte que deux scélérats payés suffisaient pour faire périr le citoyen le plus innocent et le meilleur patriote.
(t) François-César Villard et Gaspard Liély. (?) M- de VIdaad.
c J'ai passé quarante-sept jours dans ces angoisses, et j*ai vu périr dans cet intervalle trois cent trente-deux personnes, attendant à chaque instant celui où je devais être sacrifié » (4).
De Pays d'Alissac (2), de Valréas, incarcéré pour avoir dit dans une réunion qn'U n'aimait pas le style lâche et diffus de Robespier/'ey raconte ainsi ce qui se passait dans la prism des Dames:
...« Mis en prison le 25 germinal (16 avril), j'arrivai à Orange, où je fus conduit dans le ci-devant couvent des Dames de la Croix, Une cour assez vaste, un jardin latéral, une fontaine, une allée d'arbres élevés, me firent espérer quelques jouissances. Un logement spacieux et commode s'offrit à ïna vue ; trois ou quatre vieu$ gardes, assis dans la cuisine autour d'un flacon de vin, me parurent de bonnes gens, plus empressés de nous servir que de nous garder.
« Le nombre des détenus ne s'élevant guère au-dessus de soixante, il nous fut d'abord facile de maintenir la propreté et la salubrité de l'air. Mais au bout de quelques jours la prison se remplit. A chaqme instant on amenait des prisonniers de tous
(1) Récit rédigé par le frère de DomiDique Gbaussy et sons sa dictée, et envoyé à toutes les sociétés populaires de la République, le 12 fructidor an II. (Bibliothèque du Musée Galvet.)
(2) Giément-Joseph de Pays d'Alissac , fils atné de noble et illustre seigneur messire Joseph de Pays d'Alissac et de noble et illustre dame Marie-Françoise de Galvet, naquit à Valréas le 12 juin 1746. Il entra dans la seconde compagnie des Mousquetaires en janvier 1763, où il servit jusqu'au licenciement de ce corps. Bn 1773, il épousa demoiselle Jeanne- Anne- Dorothée de Gruel. issue d'une famille illustre du Dauphiné. De ce mariage naquit, le 4 septembre 1774, Joseph-André- Tite d'Alissac, nommé plus communément Titus d'Alissac.
Clément d'Alissac était demeuré à Valréas pendant la Révolution. Ayant dit un jour dans une réunion qu'il n'aimait pas le style lâche et diffus de Robespierre, il fut dénoncé et emprisonné à Orange ; une partie de ses biens fut confisquée au profit de la République et vendue à vii prix. Sa femme Dorothée de tiruel se distingua en 1791, dans la plaine de Sarrlans, lors de la bataille des Avignonais contre l'armée de Sainte-Gédle ; elle s'enferma dans Garpentras pendant le siège que cette ville soutint contre les patriotes d'Av&noo, et fut constamment sur les remparts, encourageant les assiégés. Cette conduite héroïque la désigna à ta naine des patriotes. Pendant que son mari gémissait dans les prisons d'Orange, elle chercha un asUe d'abord en Suisse, puis en Polog;ne, enfin en Russie, où l'empereur lui fit l'accueil le plus distingué et lui accorda une pension. Son fils Titus, sous-lieutenant de hussards à l'âge de seise ans dans la compagnie Mirabeau, reçut sent blessures et fut fait prisonnier dans la funeste journée du 18 thermidor, et ne trouva son salut qu'en feignant la démence. Il épousa en 1799 demoiselle Henriette More!, de Goorthézon, dont le père et le frère avaient péri sur l'échafaud d'Orange.
4B LIS FRISOUS.
les lieux des départements des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, et même des départements voisins. Nous fûmes bientôt au nombre de deux cent cinquante, et par conséquent les uns sur les autres. Parmi les détenus, plusieurs, sortant des cachots, nous apportaient toutes les horreurs qui peuvent blesser la délicatesse et détruire le germe de la vie. Cette immense population nécessita des précautions cruelles: l'usage de la cour et du jardin nous fut interdit ; les fenêtres furent murées aux deux tiers de leur élévation ; les portes furent hermétiquement fermées ; une garde de vingt hommes fit le service de ce poste. La chaleur insupportable de la saison rendit la privation d'air plus funeste et produisit l'infection dans cette demeure. Des latrines placées au centre du bâtiment répandait un méphytisme affreux, fixé, sans issue, dans toutes les partis de la maison. La difficulté d'a> voir de l'eau, la saleté de celle qu'on apportait strictement deux fois par jour, dans des baquets où tout le monde trempait les mains pour y puiser, nous faisait trouver dans cet élément salutaire un nouveau germe de corruption. Les habitants d'Orange craignant de se compromettre en fournis^nt des aliments aux détenus, notre nourriture était difficile à trouver, très malsaine et horriblement chère. On nous priva de nos rasoirs, couteaux, ciseaux ; des vieillards et des gens privés de leurs dents mourraient de faim sur des tas de pain et de viande dures. Ce ne fut qu'après dix-sept jours de supplications que nous obtînmes d'être rasés. On nous interdit toutes communications avec nos parents et nos amis, même par lettres ; et à l'horreur d'ignorer le sort de ceux que nous aimions, se joignait celle de ne pouvoir les instruire de notre existence, leur exposer nos besoins et leur demander des pièces justificatives, si nécessaires à la veille d'un jugement. Nos écritoires, papiers et plumes nous furent enlevées.
« Tant de dégoût, tant d'ennuis, nous rendant les journées aussi longues qu'insupportables, nous faisaient désirer la nuit et implorer le sommeil comme notre unique consolateur. Mais le bruit des verrous, des écrous et des clefs qu'un épouvantable geôlier faisait retentir en fermant nos chambres, nous rapportait le réveil et le sentiment de nos maux. Si la fatigue nous permettait de nous rendormir, les portes se rouvraient au milieu de la nuit avec un épouvantable fracas; une douzaine de gardes, les uns avec des torches, les autres avec des fusils ou des sabres
nus, entraient dans nos chambres avec des cris et des jur^i^nts effroyables, entouraient nos lits et y touchaient insolemment pour s'assurer que nous y étions encore: cette affreuse clarté, ces hurlements de la rage, ce cliquetis des armes, Tépouvantable figure de la plupart de ces hommes, l'heure de cette scène, le sursaut du réveil, tout redoublait l'horreur de nos sensations.
ff... J'ai vu quelques hommes plongés dans cette prison par quelque vil calomniateur : un reproche juste, une résistance courageuse, une fortune aisée, une jolie femme, tels étaient souvent les vrais motifs de leur détention. Il y avait une foule d'agriculteui^, d'artisans, de jeunes volontaires couverts de blessures, qu'un mandat d'arrêt avait arrachés à leurs bataillons.
€ Pour finir le tableau de cette prison, j'y ai vu trois mendiants dont la nudité était à peine couverte de haillons les plus dégoûtants ; j'y ai vu quatre aveugles, cinq estropiés, ne faisant depuis plusieurs années quelques pas dans leurs chambres qu'au moyen de leurs béquilles ; j'y ai vu deux hommes exactement nonagénaires, ne pouvant sans danger se remuer sur leurs chaises ; enfin, j'y ai vu deux insensés, dont la démence était aussi ancienne que l'existence. Tels sont les suspects que j'ai vus dans la prison d'Orange où je me trouvais.
« Accablés de souffrances et de douleur morale, si nous implorions les secours de la médecine, li fallait plusieurs jours de maladie et de supplications pour les obtenir. Lassés d'une telle existence, nous demandions souvent : Quand est-ce qu'arrive la Commission populaire ? Cette Commission fut installée le 20 prairial (1). Nous apprenons aussitôt que la guillotine est établie en permanence et que quatre mille muids de chaux ont été commandés aux communes voisines pour consumer les cadavres de ceux qui tomberaient sous la hache nationale. Ces funestes préliminaires répandirent l'alarme dans notre cachot.
t D'après le tableau que j'ai fait de la prison, on n'imaginerait pas que les juges de cette Commission eussent pu augmenter l'horreur de son régime ; ce fut pourtant ce qui arriva. Dès lors tous ceux qu'on y amenait furent fouillés à leur entrée et hnpitoyablement dépouillés. Des hommes accoutumés à un superflu devenu nécessaire par habitude, apportaient des porcin fi 7 a erreor ; ce Ait le 15 prairial que rinstaUation eut Heu. Le pre-> ' -jugOBiait fuirendu Je piimidide lapramièfeidéQaia dam^amior.
5o LES PRISONS.
tefeuilles très bien garnis, ils leur étaient enlevés; les montres, les étuis, les boucles, les tabatières avaient le même sort. Tous étaient soumis à ce règlement, le pauvre comme le riche.
« Celui que les malheureux n'implorent jamais en vain fut notre seul secours. L'esprit et le ton de cette maison oflfîraient l'image d'un stoïcisme religieux. Le silence, le recueillement, la méditation et le courage y régnèrent généralement ; et j'atteste ici que pendant deux mois de crise que j'ai à peindre, je n'ai entendu aucun propos brutal, ni aucune dispute ; je n'ai eu connaissance d'aucune action malhonnête : parmi 950 infortunés, (la plupart sans éducation, presque tous étrangers les uns aux autres, le plus grand nombre habitant les provinces méridionales), ont invariablement régné la douceur, la tolérance et Fenvie continuelle de se servir les uns les autres. Pendant tout ce temps, aucun mouvement de désespoir, aucune menace contre leurs persécuteurs, aucun blasphème contre la Providence rCa échappé à leur âme déchirée : l'égalité d'humeur, la douceur, la gaité même, faisaient de ces victimes entassées un spectacle digne des égards et du respect d'un philosophe. »
L'auteur continue ainsi :
« Tai vu entraîner les victimes à ce tribunal de sang. Tous les prisonniers savaient le sort qui les attendait, et ils ne se faisaient aucune illusion. A peine l'huissier de la Commission était-il venu faire l'appel, que le geôlier s'emparait de tous les effets de ceux qui devaient être condamnés à mort. Les prévenus étaient encore dans la cour de la prison, que leurs effets étaient enlevés à leurs yeux ; et cette mesure les instruisait, eux et leurs compagnons d'infortune, du jugement qui devait être prononcé. Non-seulement les hommes, mais les femmes montraient de jla fermeté dans ces moments suprêmes. La plupart de ces victimes étaient de jeunes personnes aimables et intéressantes, ou des mères de famille vertueuses. Quels étaient leurs crimes ? il est aisé de le deviner. »
Ne semble-t-il pas qu'on assiste aux souffrances de ces pauvres prisonniers 1 Celles de d'Alissac eurent un terme à la révolution de thermidor.
Nous sommes heureux de constater avec de Pays d'Alissac que ces prévenus traités de scélérats, de contre4*évolutionnaires, de conspirateurs, d'ennemis de la patrie, étaient d'une
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patience admirable, pleins de prévenances les uns pour les autres, et confiants en Dieu, leur unique soutien ; aucune pensée de désespoir en présence d'une mort injuste et certaine, aucune menace contre leurs persécuteurs, aucun murmure contre la Providence !... Qu'aurait écrit d'Alissac s'il avait été témoin de ce qui se passait dans la prison de la CurCj et dans celle des Chièze, où les Religieuses de BoUène étaient enfermées ? C'était le calme, le recueillement, le silence de la solitude ; c'était la vie des anges se préparant à monter au ciel. Ce tableau est si ravissant que nous en ferons l'objet d'un chapitre particulier quand nous parlerons de ces saintes filles.
Pour soutenir les prisonniers dans leurs épreuves, le Seigneur leur avait ménagé de grandes consolations (1). Il y avait dans chaque prison des prêtres zélés, détenus eux-mêmes, qui, par leur vie édifiante et par leurs discours, soutenaient le courage de leurs compagnons d'infortune et disposaient à une mort chrétienne ceux qui allaient périr. Dans la prison du Cirque, c'était M. Esprit-Thomas Didier, chanoine d'Orange; dans celle de la Baronne, les vénérables MM. de Chièze, et M. d'Hugues, de la Compagnie de Jésus ; nous verrons dans la prison des Dames M. Boyer, de Rochegude, ancien vicaire général d'Orange, qui fut dénoncé par un détenu parce qu'il les exhortait à la ré- 8ig;nation. Ces saints prêtres s'étaient mis en relation , au moyen de personnes d'une prudence consommée, avec M. l'abbé Queyras, plus connu sous le nom de Père Thomas (2), capucin, qui se tenait caché à Orange dans la maison des filles Moulet, repasseuses. De sa cachette, il leur envoyait, comme aux premiers siècles du christianisme, dans une boite d'argent, des hosties consacrées pour la communion des prisonniers. Puis, quand les victimes marchaient au supplice, elles étaient Infor-
(1) Les détaili) suivaDts ont été recneillis des lèvred du Père Thomas Dar M. Jalat, alors curé de Gamaret, et plus tard curé-doyen de Tlsle-sur- Sorgues.
(2) Le Père Thomas était né à Queyras (Hautes-Alpes) en avril 1761 ^ il fat envoyé par ses sapériears vers 1/89 au couvent des capucins d 0range. Sur une dénonce des amis de la Constitution, la municipalité l'invita le i5 juillet 1791 à se choisir une autre résidence. Il se relira à Gamaret, mais au fort de la Terreur, il revint à Orange où il pensait que son ministère serait plus utile. Pendant quelque temps il s'était eachéà Tbôpital ; ensuite, déguisé en soldat, il se rendit chez les filles Moulet où il demeura environ deux mois, exerçant son zèle à travers mille dangers.
mées qu'elles recevraient une dernière absolution. A l'extrémité de la rue de Tourre que parcouraient les condamnés en allant à réchafaud, se trouvait une maison faisant saillie sur la rue (1) ; du haut d'une fenêtre et placés derrière un rideau qui les dérobait à la vue de la foule, le Père Thomas et M. Boussier, curé d'Orange, se partageaient ce consolant mais périlleux ministère.
Pour être complet, disons un mot des concierges préposés à la garde des prisonniers.
Noble (Jean-Charles), de Sainte-Euphémie (Drôme), était concierge du Cirque depuis le 13 août 1793. Il voyait avec peine sa prison se remplir d'innocents. Il fut l'objet de trois dénonciations. Le 18 pluviôse (6 février 1794), deux patriotes de Châteauneuf-Calcernier le dénoncèrent au comité de surveillance d'Orange pour avoir refusé d'écrouer un fugitif qu'ils amenaient, et pour les avoir laissé insulter par plus de cent détenus de sa prison qui les menacèrent de les mettre aux fers dans les basses fosses, et que l'un de ses détenus eut même la témérité de leur dire : « Vous êtes des coquins, vous amenez les honnêtes gens ici ; c'est maintenant votre tour, le nôtre viendra bientôt. »
Le 9 ventôse suivant (27 février), on l'accusa devant la municipalité de donner des libertés aux détenus confiés à sa garde.
Enfin, le 28 prairial (13 juin), un volontaire du 4"^' bataillon de l'Ardèche en garnison à Orange déposa que, se promenant autour de la guillotine avec quatre citoyennes qui disaient qu*eUes languissaient de voir jouer la guillotine pour voir comme ça se faisait, le citoyen Noble les accosta et leur dit : qu*U ne fallait pas souhaiter ça ; que ceux qui passaient là étaient intKh cents. En conséquence de ces trois dénonciations, cet honnête gardien fut cassé de sa place le 1*' messidor (19 juin), incarcéré et condamné le 16 thermidor (3 août) à six mois de détention.
André Nicolas^ dit Bourguignon , le remplaça (2) ; mais il
(1) Cette maison a été reconstruite et mise à l'alignement ; la fenêtre a disparu dans la nouvelle construction.
(2) i«' messidor an II. L'administration du district d'Orange, sur la présentation de la municipalité, nomme pour concierge de la prison de justice et de la prison du Cirque André Nicolas, dit bourguignon, personne d'un civisme épuré, et qui réunit le patriotisme ei l'intelligence qu'exigent les fonctions délicates de concierge. (Registre des délibérations 00 district d'Orange.)
n'eut pas un meilleur sort. Accusé de négligence dans son service, il fut révoqué le 24 thermidor (H août) et conduit dans les prisons d'Avignon.
Joseph Urlot était concierge à la BaronnCy et Charles Goudan à la prison des Dames. Le 11 vendémiaire an III (2 octobre 1794), le nombre des détenus étant considérablement diminué par suite des exécutions et des mises en liberté ordonnées par le représentant Goupilleau, la Baronne fut supprimée, et les quelques détenus qui s'y trouvaient furent transférés aux Dames avec Uriot, leur gardien, et Goudon fut congédié.
Etienne Choix fut nommé concierge à la prison des Chiè%e.
Une femme dont nous ignorons le nom fut d'abord préposée à la garde de la prison de la Cure; mais le 19 messidor (7 juillet), le conseil municipal, considérant qu'une femme ne peut surveiller comme un homme, délibéra de proposer à l'administration du district Charavm^ dit Mautrate. Il paraît que ce choix De fut pas agréé, parce que nous voyons Jean Dardun, désigné parles documents oflBciels comme gardien de cette prison. Dardun passa plus tard à la prison des Chièze^ et c'est en cette dernière qualité qu'il déposa dans le procès des juges d'Orange.