‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 25 sur 72 · SALLE DES SÉANCES DE LA COMMISSION · texte numérisé non relu

SALLE DES SÉANCES DE LA COMMISSION

ne puis mettre dehors. — Ce n'est que cela ? Rassure-toi ; la nation ne veut pas que tu sois à la rue ; nous allons à Tinslant signifier à tes locataires de déguerpir. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Et des gens du peuple furent ainsi mis à la rue par ces mandataires du peuple, qui faisaient tout au nom du peuple et pour son plus grand bonheur.

Les juges restèrent dans cette maison pendant tout leur séjour à Orange, se servant du linge, de l'argenterie de table, comme s'ils eussent été chez eux ; ils eurent même l'audace d'envoyer à la propriétaire leur linge sale pour le faire blanchir.

Après l'arrestation des membres de la Commission, Madame de Jonc rentra chez elle et trouva tout en désordre. Ses armoires étaient remplies des papiers du tribunal. Femme d'une grande charité, elle crut devoir en conscience livrer ces papiers aux flammes pour faire disparaître des pièces qui auraient compromis bien des familles. Tout en respectant sa louable intention, nous regrettons la perte de ces documents si précieux pour les annales de ces temps bouleversés.

Les juges delà Commission avaient fait placer à la porte de leur habitation une boîte aux lettres où les parents des détenus pouvaient déposer leurs pétitions.

IL Salle ûem «éanceii de la C^mmlMlon.

L'église appelée autrefois des Pères de SUJean (aujourd'hui chapelle St-Louis) fut choisie pour salle des séances de la Commission populaire. A l'époque dont nous parlons, c'était un vaste carré de vingt-deux mètres de côté ; un grand et unique arceau jeté au milieu de l'édifice de l'Est à l'Ouest soutenait la toiture. Deux rangées de tribunes superposées en planches parfaitement travaillées couraient autour des murs. Ces tribunes étaient supportées par des piliers en pierre et garnies de balustrades percées à jour. On y arrivait au moyen d'un escalier en pierre adossé à l'angle Nord-Est de la chapelle. — Quelques vieillards, rappelant leurs souvenirs, disent qu'on avait ajouté un troisième rang de tribunes, à l'époque de la Commission, pour augmenter les places réservées aux spectateurs. Cette disposition permettait de réunir dans ce local environ deux mille personnes.

56 LA GUILLOTINB.

Les juges avaient établi leurs sièges dans le sanctuaire élevé de deux marches au-dessus du sol, formant un hémicycle entouré d'une balustrade artistement travaillée. Le buste de la Liberté coiffée du bonnet phrygien avait remplacé la croix. En face du tribunal se trouvaient le siège du greffier et les bancs destinés aux huissiers, aux gendarmes, aux témoins et aux prévenus. — L'accusateur public avait sa tribune fixée au mur du couchant, sous le grand arceau ; c'est de là qu'il lançait ses foudroyants réquisitoires. — Le reste de l'enceinte était occupé par la force armée chargée de maintenir l'ordre et par le public patriote toujours prêt à applaudir à chaque sentence de mort. — Des places de faveur étaient réservées aux amis des juges et au comité de surveillance révolutionnaire qui, plusieurs fois, assista en corps aux séances, et notamment à celles des 2, 8, 6, 8, 9, 17 et 28 messidor, et des 5, 14 et 16 thermidor.

On pénétrait dans la salle d'audience par deux portes qui existent encore. Celle du levant était réservée aux prévenus amenés par les gendarmes des diverses prisons de la ville ; celle du couchant servait au public.

IIL lia «muotlne.

La Commission populaire installée le 18 prairial (3 juin) devait commencer à fonctionner le l*"" messidor (19 juin). Il fallut pourvoir aux divers services qu'elle entraînait.

Le jour même de l'installation, l'administration du district prit l'arrêté suivant :

« Vu la lettre du représentant du peuple Maignet, du jour d'hier, relative à la (Jommission populaire étabue dans cette commune :

« Considérant que, d'après le vœu du représentant et l'installation faite ce matin de ladite Commission, toutes les autorités doivent s'empresser de lui fournir tout ce qui peut lui être nécessaire pour commencer ses importantes opérations ;

« Ouï l'agent national ; l'administration arrête de charger, conmie elle charge, la municipalité d'Orange

« 1** De l'exécution des travaux nécessaires à l'encaissement de la guillotine;

« 2^ De faire choix d'un local propre à l'enterrement des cadavres des suppliciés, et d'y faire creuser les fosses néc^-

Page 1