‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 26 sur 72 · LA GUILLOTINE · texte numérisé non relu

LA GUILLOTINE

saires, en prenant des précautions pour que Tair n'en soit point infecté ;

« 3*» De se pourvoir du nombre d'hommes et de tombereaux nécessaires pour le transport desdits cadavres;

« 4* De se pourvoir aussi d'une quantité de chaux vive suffi' santé pour jeier dans les fosses ;

« 5^ Enfin, cpi'elle procurera un logement à l'huissier attaché à ladite Commission.

« Fait à Orange, en séance publique, le 15 prairial, 2^* année républicaine. » (1)

La municipalité se mit en devoir d'obéir.

La guillotine fut apportée d'Avignon toute rouge du sang qu'elle avait déjà répandu ; (elle avait tranché cent dix têtes, quarante-sept à Avignon et soixante-trois à Bedoin). La municipalité, dans sa séance du 22 prairial (10 juin) (2), délibéra qu^on la placerait sur l'esplanade de Tourre (cours St-Martin), appelée pour la circonstance place de la Justice. C'est une vaste esplanade d'environ 200 mètres de longueur sur 70 de largeur, ombragée à cette époque par des allées de mûriers et d'ormeaux, remplacés aujourd'hui par des platanes. L'échafaud fut dressé vers la partie méridionale sur une estrade de plusieurs mètres de hauteur, afin que la foule pût mieux apercevoir les sanglantes opérations. Les victimes l'avaient en face en débouchant sur le cours par la rue de Tourre. Les têtes tombaient du côté de la montagne Saint-Eutrope, ce qui a fait dire au greffier de la Commission ; « Les têtes en tombant saluent la Montagne. »

Chaque soir, vers six heures, les exécutions commençaient. Le bourreau, Antoine Paquet , coiffé de son chapeau rond orné d'un large ruban tricolore, après avoir lié, insulté et torturé ses victimes, venait les attendre, calme et impassible sur son échafaud, pendant que Viot, le sabre nu à la main, les conduisait en suivant la rue de Tourre, tambours en tête. Les troupes de la garnison formaient le cercle autour de l'instrument fatal, décoré au sommet et aux quatre coins de drapeaux aux couleurs nationales. Après chaque exécution, un roulement de tambours se faisait entendre, et le bourreau montrait la tête sanglante au public qui criait : Vive la République !

(1) Registre des délibérations de l'administration du district.

(2) Registres du conseil municipal d'Orange.

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