LA GUILLOTINE
Un grand nombre de personnes assistaient chaque soir à cet affreux spectacle : les unes par crainte d'être dénoncées, les autres par ordre de l'autorité qui forçait même les instituteurs et les institutrices à y mener leurs élèves (1). Sur la demande de l'accusateur public, il fut décidé qu'un membre du conseil municipal assisterait d'office à chaque exécution pour maintenir le bon ordre (2).
Les membres de la Commission y venaient aussi se repaitre du spectacle des assassinats qu'ils avaient ordonnés. « Des femmes de la société de Maignet, dit M. de Beaumefort (3), se rendaient en parties de plaisir d'Avignon à Orange pour y jouir de la souffrance des pauvres condamnés... On voyait également accourir des communes voisines des gens de bas étage que la vue du sang réjouissait... Le soir, les patriotes faisaient la farandole en chantant le Ça ira, et jouaient la sérénade devant les maisons des victimes, insultant ainsi à la douleur de leurs familles. »
Après la suppression de la Commission populaire, la guillotine était restée sur le cours St-Martin ; le conseil municipal, sur l'invitation du représentant du peuple Goupilleau, la fit démouler le 26 fructidor (12 septembre) par les ouvriers qui l'avaient dressée. Les planches, déposées provisoirement dans l'ancienne glacière (4), furent brûlées le 22 février suivant, ainsi que le tombereau qui avait charrié à Laplane les cadavres des victimes.
(1) J*ai connu une personne décédée en 1872 quim'aassuré y avoir été conduite, ainsi que ses jeunes compagnes, par son institutrice, qui leur recommandait de ne pas pleurer, parce qu'on ferait de la peine k leurs parents.
(2) Le 2 messidor ; par leUre de ce jour, Faccusateur public demande qu'un commissaire de la municipalité assiste à l'exécution des jugements de la Commission populaire pour y maintenir le bon orare et pour y veiller à ce que la tranquillité ne fût point troublée ; le conseil, ouï l'agent national, a délibère qu'un chacun des membres de la Commission assistera à son tour toutes les fois et quantes il se fera des exécutions. (Registre du conseil municipal d'Orange.)
(3) Tribunal révolutionnaire d'Orange, pages 106-108.
(4) Registre du conseil municipal.
ANTOINE PAQUET, BOURREAU. Sq