‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 28 sur 72 · IV. Anioine Paquet» Bourreau · texte numérisé non relu

IV. Anioine Paquet» Bourreau

Le bourreau, avec sa femme (1) et ses aides (2), fut logé par les soins de la municipalité dans une maison de la rue du Pontillac, appelée alors rue des Jacobins. L'ameublement et les autres choses nécessaires lui furent fournis par le district (3).

Antoine Paquet, de Lyon, le cruel exécuteur, âgé de trente ans, était arrivé de bonne heure dans Orange, avec son outillage. Le 21 prairial (9 juin), il souillait déjà la ville de sa présence. Cet homme débauché et cupide ne se contentait pas de donner la mort, il tourmentait ses victimes avant l'exécution pour leur extorquer de l'argent; il s'appropriait leurs dépouilles, et quand leurs vêtements ne répondaient pas à sa convoitise, il les injuriait, les traitait avec la dernière barbarie.

Les dénonciations qui suivent le feront mieux connaître.

t Du 2 ventôse an III de la République (20 février 1795).

* Par-devant nous, membres du comité révolutionnaire du district d'Orange, est comparu le citoyen Joseph-François-Armentaire Benoit, juge du canton de Piolenc, séant à Sérignan, lequel a dit qu'il vient dénoncer Antoine Paquet, ci-devant exécuteur auprès de la Commission populaire établie à Orange pour la destruction de tous les vrais patriotes de cette contrée, comme un monstre qui mutilait les victimes qui lui étaient livrées par l'infâme tribunal. Il a cité le fait arrive au citoyen Fabre, notaire à Camaret, qui, pour avoir été mal habillé, essuya les reproches de ce bourreau, comme voulant le priver de sa dépouille. Le malheureux eut beau alléguer qu'il n'était pas riche. « Tu t'en repentiras », répartit la bête féroce, et de suite il lui lia les mains derrière le dos, à bras tendus, ce qui disloqua les os et déchira douloureusement les chairs dudit Fabre. Il lui

(1) La femme du bourreau se nommait Victoire Gatioot, 24 ans, native de la Rochelle ; eUe déposa le 8 décembre 1794 contre Yiot, Nappier et les juges de la Commission.

(2) Au nombre des aides da bourreau, se trouvaient Jean-Âlexis Munier, qui déposa le 8 décembre 1794 contre les jugçs de la Commission par-devant le tribunal criminel de Vauciuse, et Jean-Joseph Terras, de Chamaret-le- Maigre. Ce dernier resta seulement vingt-six jours au service du bourreau, qui le dénonça et le fît incarcérer ; Goupiileau le fît élargir le 22 fructidor (8 septembre 1794).

(3) Le 21 prairial, le conseil nomma les citoyens Olivier et Grangeon pour chercher une maison propice pour loger l'exécuteur de la justice nationale avec sa femme et ses adjoints. Quant à la demande que fait Texécuteur des meubles et autres choses nécessaires à sa maison, il fut dâibéré d'écrire an district pour les lui fournir. (Extrait des Registres du conseil municipal d'Orange.)

6o ANTOINE PAQUET, BOURREAU.

cassa ensuite les poignets d'un effort de cenou. On ajoute qu'il le guillotina à trois fois. Le même exécuteur insultait aux cadavres des filles et des femmes guillotinées. On prétend que Fabre n'est pas le seul qu'il ait ainsi mutilé, et qu'il en a tait autant à Pierre Latour, de Camaret. Signé : Benoit-Paillonne. »

Le récit de Dominique Chaussy et la proclamation des officiers de la garde nationale d'Orange confirment cette déposition.

Saisi de cette dénonciation, le comité de surveillance d'Orange décerna, le 7 ventôse (25 février 98), contre le bourreau un mandat d'arrêt, qui fut expédié avec la lettre suivante au comité révolutionnaire d'Avignon, où Paquet s'était réfugié, le 12 septembre précédent.

« Au Comité révolutionnaire d'Avignon.

« Citoyens collègues. L'être le plus vil, le plus infâme qui ait jamais souillé la surface de la terre, empoisonne encore votre commune de son souffle impur. Vous jugerez facilement que nous voulons parler du nommé Antoine Paquet, ci-devant boucher de chair humaine, qui tenait un étau de chair humaine à la place de Vinjustice d'Orange. Extraordinairement surpris qu'un scélérat qui doit suer le sang par tous les pores, respire encore, nous venons de décerner un mandat d arrêt contre lui, que vous trouverez ci-inclus, ainsi que la dénonciation qui nous a été faite et qui ne contient qu'une esquisse des actions les plus barbares et les plus atroces qui aientjamais pu être commises par un mortel. Nous nous flattons que vous voudrez bien prendre à son égard les mesures qu'il est bien étonnant qu'on n'ait pas adoptées plus tôt envers cet anthropophage. Salut et fraternité, » (i) Suit le mandat d'arrêt : <f Les membres du comité révolutionnaire du district d'Orange mandent et ordonnent à tout exécuteur de mandement de justice de conduire dans la maison d'arrêt du district d'Orange Antoine Paquet, cy devant bourreau du peuple auprès de 1 infâme Commission, prévenu d'avoir disloqué les os et déchiré douloureusement les chairs du citoyen Fabre, de Camaret, d'avoir ensuite d'un effort de genou cassé le poignet du même, au moment où il allait l'assassiner au nom de la loy par ordre du jugement de ladite Commission, et des autres crimes semblables et dont l'humanité aurait à rougir s'il fallait les nommer ; mandons au gardien de ladite maison d'arrêt de le recevoir, le tout en se conformant à la loi. A Orange, le 7 ventôse an III de la République. »

Ne recevant pas de réponse à cette dénonce, le comité d'Orange insista de nouveau le 13 ventôse (3 mars), et demanda au comité avignonais quelle suite on avait donnée à son man-

(1) Registres des dénonces du comité d'Orange.

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dat d'arrêt. Mais le bourreau, craignant une juste punition de ses forfaits, se tenai . caché.

M. de Beaumefort pense que le bourreau avait réellement miyagé de la chair humaine, et qu'il en avait vendu, et que les termes de la lettre du comité d'Orange ne doivent pas être pris au figuré. Il cite, à l'appui de son assertion, le témoignage d'une personne digne de foi qu'il a connue, et qui lui a assuré ce fait. Nous avons peine à croire à tant de monstruosités, bien que cela ne soit pas sans exemple dans l'histoire des aberrations hiunaines ; et volontiers nous redisons le mot de M. Louis Blanc : « Ce qui est certain suffit et au delà ! »

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