‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 29 sur 72 · V. Iii4»ne 9 lieu (T inhumation des victimes · texte numérisé non relu

V. Iii4»ne 9 lieu (T inhumation des victimes

Aussitôt que la dernière tête était tombée, que le dernier cri de Vive la République avait été poussé, le bourreau et ses aides jetaient pêle-mêle dans un tombereau ces troncs humains encore palpitants et ces têtes sanglantes. Deux chevaux fournis par la municipalité emportaient ces tristes restes dans un vaste champ appelé Laplane , au quartier de Martignan , à quatre kilomètres d'Orange, près les bords de la rivière d'Aiguës. On pouvait suivre à la trace du sang le chemin parcouru chaque soir. Après avoir longé l'avenue des Arênesj le tombereau prenait le chemin du Planas de Meyney qui aboutissait directement aux fosses de Laplane.

Nous lisons dans l'histoire du Tribunal révolutionnaire d'Orange, qu'une mégère se plaisait à accompagner le tombereau, et qu'arrivée au lieu des sépultures, elle prenait d'une main la tête d'un prêtre, de l'autre celle d'une religieuse, et que, les approchant l'une de l'autre, elle les jetait dans la fosse en disant : « Je vous marie. »

Mais un fait que la tradition locale conserve est celui de la femme Bouiron. Elle habitait une grange au quartier de Meyne; chaque fois que le tombereau passait, elle accourait, faisait arrêter le conducteur, lui offrait à boire, et contemplait avec avidité les cadavres mutilés, attribuant ce besoin insurmontable à l'état de grossesse dans lequel elle se trouvait.

Nous donnons ce fait comme certain. La tradition locale en perpétue le souvenir ; un vieillard décédé en 1878, à l'âge de

b2 LAPLANE.

quatre-vingt-dix ans, m'a raconté qu'étant enfant (neuf ans), il avait eu plusieurs fois la fantaisie d'aller à Laplane, monté sur le tombereau à côté du conducteur (la chose lui était facile, parce que les chevaux étaient logés dans l'écurie de son père) ; il m'a assuré que chaque fois la Bouironne était venue voir les cadavres qu'on transportait.

1" Choix de Laplane.

Il ne sera pas sans intérêt de connaître les motifs qui déterminèrent la municipalité à choisir le champ de Laplane pour lieu de sépulture des suppliciés.

Dès le 15 prairial (3 juin), avons-nous dit, le conseil de la commune, sur l'ordre du district, s'était préoccupé de choisir un lieu propice aux inhumations des futurs condamnés. Il le fallait spacieuXy on parlait de dix mille têtes qui allaient tomber ; il le fallait éloigné de la villey afin que les émanations méphitiques des cadavres de ces contre-révolutionnaires ne nuisissent pas à la santé des bons patriotes. Us pensaient à leur précieuse vie, ces républicains qui allaient faire périr tant de monde !

Une conamission composée de quatre membres fut nommée pour se porter dans le local le plus convenable (sic), le vérifier et faire ensuite son rapport au conseil général. Cette commission indiqua d'abord la terre du Peyron, sur la route de Roquemaure, éloignée d'un kilomètre de la ville, comme réunissant les conditions voulues ; mais l'administration du district fit observer que ce lieu était trop rapproche de la ville, et qu'il y avait du danger pour les habitants.

Une seconde réunion du conseil eut lieu le 22 prairial (10 juin), à la demande de la Commission populaire. Le conseil invita cette fois tous les officiers de santé de la ville à se porter dans le terroir de la commune et à chercher le local le plus propice, en dresser un rapport qui serait communiqué à la prochaine séance. Les officiers de santé indiquèrent un emplacement au quartier de la Garrigue^ à gauche du chemin de Courthézon et au midi du bois de la Perrière, « Ce local, dit le rapport, est très propice à tous les points de vue, soit par son élévation, soit par son éloignemenl de la ville et des communes voisines. » Mais ce projet fut repoussé par le conseil général, parce que « le terrain était trop difficile à creuser, qu'il fau-

LAPLANK.

drait un nombre prodigieux de travailleurs, qu'il en coûterait beaucoup d'argent, et que même les corps ne pourraient pas aisément se pourrir, vu que la plus grande partie de ce terrain n'était composée que de cailloux, à travers desquels, malgré la profondeur des fosses et la chaux dont on pourrait les couvrir, les vapeurs méphitiques qui pourraient s'exhaler de tous ces corps seraient dans le cas d'occasionner au lointain des maladies, et un air insalubre qui compromettrait la commune. »

Un troisième avis fut alors ouvert. Quelques membres du conseil proposèrent la terre appelée Laplane, laquelle se trouve avoir une profondeur considérable en terre douce et facile à creuser, éloignée de la ville et hors de danger qu'aucun vent ne puisse porter les vapeurs sur Orange. Le conseil, « considérant qu'il est du devoir de la commune de veiller, autant qu'il dépend d'elle, à la conservation de ses habitants, voulant se mettre à l'abri de tout reproche, délibéra le 24 prairial (12 juin) d'inviter quatre experts, lesquels séparément, et deux à deux, voudront bien se porter avec six travailleurs chacun, les uns à la Garrigue, les autres à Laplane, pour y commencer les fouilles et reconnaître l'endroit le plus propice ; et à cet effet le conseil nomme une commission de quatre membres, lesquels seront invités dès ce soir à se rendre demain matin, à cinq heures, dans la maison commune pour se rendre ensuite à leurs opérations et dresser leur rapport. »

Nous ne savons pour quelle cause le rapport ne fut fait que le i" messidor (19 juin). La terre de Laplane fut définitivement choisie, et de suite on procéda au creusement des fosses. (1)

On en ouvrit d'abord sept pouvant contenir chacune cent cadavres. Heureusement elles ne furent pas toutes remplies, la mort de Robespierre ayant mis fin au règne de sang.

On fit venir de la commune de Violés deux cents quintaux de chaux vive, destinée à être jetée sur les cadavres. Elle fut déposée dans la grange du citoyen Amie, et deux commissaires devaient tenir jour par jour note de la consommation.

(Ij Délibératioo du conseil des 15, 22, 24 prairial et 1*' messidor.

La terre de Laplane faisait partie de la Baronnie appartenant à M. d'ÂQcezune ; elle passa à la famille des Gramont-Caderousse, fut achetée ensuite par M. Millet, de Gabet.

64 LAPLAME.

2"" Rassemblements sur les fosses de Laplane.

Dès lors le nom de Laplane fut dans toutes les bouches. D'après le registre des dénonciations, les patriotes s'en servaient comme d'un épouvantail et d'une menace contre leurs ennemis : « Nous t'enverrons à Laplane... Bientôt ton mari dormira à Laplane... etc. » Les parents et amis des victimes ne prononçaient ce mot qu'en pleurant. Ils allaient s'agenouiller sur cette terre désormais sacrée qui renfermait les restes d'un époux, d'un père, d'une mère, d'un enfant injustement mis à mort. Ces visites, d'abord isolées et faites en cachette, dans les ténèbres de la nuit, devinrent peu à peu publiques et formèrent, surtout à l'approche de l'octave des Morts de l'année 1794, des rassemblements imposants.

Le nouveau comité révolutionnaire, nommé par Goupilleau, qui, bien qu'épuré, renfermait des hommes hostiles à la religion, dénonça ces rassemblements au représentant du peuple. Mais en attendant les ordres de Goupilleau, il ne resta pas inactif.

Le 10 brumaire an III (31 octobre), il tint une séance extraordinaire, à dix heures du soir, où il fut délibéré « que six de ses membres se porteront à Finstant sur les lieux où ont été inhumés ceux qui ont été suppliciés dans le temps de la Commission, accompagnés de la gendarmerie nationale, pour vérifier s'il s'y forme des attroupements, examiner s'il sont nombreux, quel en est l'objet, pour, sur le compte qu't/ sera rendu par eux aussitôt après leur retour, être pris telle détermination ultérieure que les circonstances exigeront. »

Ne dirait-on pas à cet empressement, à ce ton solennel, que la patrie est en danger, que c'en est fait de la République si l'on vient prier pour ceux qu'on a aimés ? Ce qui suit est plus ridicule encore ; il faut Ure ces absurdités dans les Registres officiels pour y croire.

A deux heures du matin, les six commissaires reviennent au comité resté en permanence, et rendent compte de leur mission. « Il résulte de leur rapport (nous transcrivons textuellement), qu'il s'est formé cette nuit au quartier de Martignan, dans l'emplacement des fossés qui renferment les cadavres de ceux qui ont été suppliciés, plusieurs rassemblements d'hommes

et de femmes, dans lesquels étaient des hommes armés ; — que ces rassemblements contenaient environ cinq ou six cents personnes ; — qu'ils ont entendu, les uns s'entretenir des personnes jugées par la Commission, les autres faire des prières ; — que n'ayant que deux gendarmes avec eux, il eût été imprudent d'entreprendre une dispersion ; — que conmie le temps où nous sommes actuellement s'appelait VOctave des Morts lors du règne des prêtres, il est vraisemblable que les rassemblements qu'ils ont vus ne sont causés que par le fanatisme, et qu'il est bien à craindre que la nuit prochaine ils ne soient plus considérables :

« Le Comité, considérant que ces rassemblements, qui se font dans la nuit auprès des fossés qui renferment les suppliciés, sont occasionnés par le fanatisme ;

« Considérant que ces attroupements produiraient des effets funestes s'ils étaient tolérés ;

9 Considérant qu'il est urgent de prendre des mesures pour arrêter le progrès du fanatisme qui se manifeste dans la commune d'Orange ;

« Arrête à l'unanimité :

« Article !•'. Les municipalités dePiolencetChâteauneuf-Calcemier seront requises de fournir un détachement de vingtcinq gardes nationaux chacune ; celle d'Orange sera reauise de fournir un détachement de cinquante hommes, lesquels détachements seront assemblés, formés et rendus devant le comité à 8 heures du soir, il du présent mois, où ils recevront les ordres du comité.

« Art. 2'*^ Il sera nommé deux commissaires, membres du comité, pour se porter sur les lieux où se font les rassemblements fanatiques, pour surveiller et diriger cette opération, et employer tous les moyens que la loi met entre leurs mains pour dissiper les attroupemente.

« Art. 3"*. La force armée sera tenue d'exécuter les ordres desdits commissaires sous sa responsabilité. »

De plus,on invita les commandants de gendarmerie de Cécilela-Montagnarde et de Bédarrides à envoyer leurs brigades, avec c^te recommandation : « Tous ces hommes seront rendus à Orange aujourd'hui H brumaire, à 8 heures du soir ; ils doivent être tous bons républicains, car il s'agit de l'exécution d'une mesure de sûreté générale. »

Tous furent fidèles au rendez-vous. Le représentant du peuple, Goupilleau, vint lui-même d'Avignon ; il se mit à la tête de la force année, et à neuf heures du soir, ce bataillon de bons

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républicains se dirigea en ordre de bataille vers les fosses de Laplane.

Combien dispersa-t-on de personnes ? Le rapport fait au comité ne le dit pas ; mais il relate « que le représentant du peuple a parlé aux rassemblés pour leur faire apercevoir le danger auquel ils s'exposaient ; et après leur avoir dit tout ce que son caractère a pu lui suggérer, tous les attroupements ont été dissipés sans aucun inconvénient fâcheux. Les gardes nationales et la gendarmerie ont fait leur devoir d'une manière distinguée. Le comité délibère d'écrire une lettre de satisfaction à la municipalité de Châteauneuf et de Piolenc pour la beUe conduite de leur détachement. »

Fier du succès remporté, le Comité rédigea une adresse pleine d'impiété et de grands mots sonores, qui fut imprimée à 1200 exemplaires et envoyée à toutes les communes et aux sociétés populaires du district, ainsi qu'à celles d'Apt, de Tarascon, Beaucaire, Nimes, Uzès, Pont-Saint-Esprit, Montélimar, Nyons, Arles et Bagnols.

Voici cette pièce curieuse :

Le Comité révolutionnaire d'Orange aux habitants des communes de son arrondissement

« Lorsque la République triomphante au delà même de ses limites donne des lois au Batave étonné ; que la Convention nationale, honorant la vertu, protégeant l'innocence, sans épargner le crime qu'elle poursuit jusque dans ses antres, fait jpâlir les tyrans par une attitude imposante et vraiment digne d elle ; lorsque la paix intérieure vient enfin ramener le bonneur dont nous étions privés depuis si longtemps, le fanatisme, abattu par les progrès de la raison humaine, essayait déjà de secouer dans notre arrondissement le brandon qui ravagea si longtemps les champs de la Vendée. De nombreux rassemblements a'hommes et de femmes, égarés par des traîtres, au mépris des lois, osaient se porter sur les lieux où reposent les mânes des sup-

Sliciés à Orange. Cette commune était donc destinée à servir e principal théâtre aux désorganisateurs pour le jeu de leurs scènes liberticides. Le feu qui couvait sous la cendre allait devenir un incendie que rien n'aurait pu arrêter ; nos contrées où la nature a prodigué les trésors avec plus de profusion que partout ailleurs, après avoir été témoins de toutes les horreurs qu'entraîne la guerre civile, fussent devenues la proie des briçands. Des flots de sang auraient rougi nos terres, notre ruine était assurée.

« Sans cesse veillant à la sûreté du peuple et au salut de la patrie, nous avons vu, le cœur navré de douleur, les maux qui s'accumulaient sur nos têtes ; et dès lors notre sollicitude s'est

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tournée absolument vers cet objet. Des justes mesures ont été promptement prises pour faire cesser ces rassemblements criminels.

« Des valeureux républicains pris dans les communes d'Orange, Châteauneuf-Calcernier et Piolenc. les brigades de gendarmerie d*Orange, de Bédarrides et de Cécile-la-Montagne ont secondé notre entreprise avec un vif empressement.

t Le monstre qui relevait sa tête hideuse a perdu toute espérance, et sa nouvelle chute n'a laissé à la malveillance que le temps de se dérober à l'œil vigilant des citoyens vertueux. Les attroupements ont été dissipes dans un instant, sans l'effusion d'une seule «outte de sang, grâce au zèle et à l'énergie du représentant au peuple GoupiUeau, en mission dans ce département.

€ Ce pays est donc sauvé ; les scélérats qui cherchaient à le déchirer vont être poursuivis et jucés. La loi fera tomber sur leurs têtes coupables la vengeance terrible qu'exerce un peuple libre contre ceux qui attentent à son bonheur.

« Citoyens d'Orange, qui avez si bien servi la chose publique, qui avez tout fait pour la Révolution, le fruit de vos travaux allait dîspars^tre en un moment par l'effet d'une crédulité inconsidérée, amenés au bord du précipice par les astucieuses insinuations des intrigants. Le son réservé aux communes rebelles eût été votre partage, si la présence d'un représentant vertueux ne se fût puissamment opposée au torrent ouvert par les malveillants qui vous auraient mfailliblement entraînés dans le péril qu'ils vous préparaient sans pitié.

€ Revenez de votre égarement; dépouillez- vous de toute teinte de fanatisme; rejetez sans retour son souffle empoisonné; c'est en évitant ses atteintes terribles que vous vous conserverez dans l'opinion publique auprès de laquelle vous étiez sur le point de démériter.

« Paisibles habitants des campagnes, vous que l'erreur séduit et qui abhorrez le crime, veillez sans cesse sur vousmêmes ; fuyez les conseils de ces hommes atroces qui, sous le manteau du patriotisme, ne se plaisent que dans le trouble et les horreurs dont ils sont les instigateurs. Sachez apprécier ces êtres vertueux qui, marchant sans détour dans le chemin de la révolution, ne vous prêchent que l'amour de la patrie, la haine pour les tyrans, le respect et la soumission sans borne pour nos lois.

« Et vous, citoyens, qui. resserrés par les nœuds de la société, et dont l'oisiveté fait le partage, même dans les jours que la loi ne désigne pas pour suspendre le cours de vos travaux, rentrez dans le sein de vos familles, employez utilement votre temps ; les circonstances l'exigent, veillez sur vos enfants, occupez-vous à former leurs cœurs aux vertus républicaines ; ne laissez pas filtrer dans leurs âmes le poison de la superstition, et inspirez-leur le respect et la reconnaissance envers la Convention nationale qui leur prépare pour l'âge mûr la jouissance du vrai bonheur.

« Reposez-vous, citoyens de notre arrondissement, sur notre vigUance et notre activité ; désignez-nous les agitateurs, les

meneurs ; ils sont vos ennemis, nous voulons vous en délivrer. Fermes à notre poste, sans nous étonner des dangers, soutenus par ramour de notre pays et la haine que nous avons jurée aux tyrans et aux préjugés, nous poursuivrons avec acharnement les mauvais citoyens, et nous travaillerons sans relâche pour affermir nos lois et le triomphe de la raison. Vive la République ! Vive la Convention nationale !» (1)

Trois personnes furent dénoncées à la suite de cette fameuse expédition : René Marchand, qui haranguait la foule, présidait aux prières et récitait les litanies sur les tombes des victimes ; Barbe fils, qui menaça un garde national, et Marie Vagne femme Roussin. Ils furent incarcérés le 18 brumaire (8 novembre) par ordre du comité, (i)

(1) Registre des délibérations du comité révolutioDQaire.

(2) DéDODce contre fiarbe fils et la femme Roussin, extraite du Registre du comité de surveillance :

t 13 brumaire (3 novembre 1794). Le citoyen Gaspard G... dénonce qu'il fut commandé pour être du détachement qui devait se porter la nuit du 11 au 12 brumaire pour dissiper les attroupements qui se faisaient auprès des fossés des suppliciés de la ci-devant Commission. Le déposant nous déclare que lorsque le détachement fut arrivé auprès des foî^sés, il reconnut le citoyen Barbe, fils, teinturier de cette commune, pour être un des chefs de ces attroupements ; que lorsque le déposant s'est élancé pour saisir celui qui faisait les prières, Barbe fils, tenant son sabre nu à la main, lui dit : € Ab ! te voilà, scélérat, ton règne est uni, tu as assez gouverné, et c'est actuellement à notre tour,» Malgré les résistances viofentes de Barbe Ois. qui le menaçait de lui percer le corps avec son sabre, il a saisi celui qui faisait les prières, mais il a été onligé de le lâcher pour se soustraire aux menaces violentes de fiarbe Gis.

c Déclare encore que la femme Roussin, ci-devant détenue, le saisit par la veste, en disant : c i>célérat, tu ne remmèneras point. Car per^ sonne ne nous empêchera de nous assembler à f endroit où nous voudrons, » 11 offre trois témoins pour être entendus sur les faits ci-dessus énoncés. »

Dénonce contre René Marchand :

c Du 18 brumaire (8 novembre). Bntrope R.... déclare que le 11 da courant avant appris qu'un détachement allait disperser l'attroupement qui avait lieu sur les fosses des suppliciés, et sa curiosité l'ayant porté à Y aller, il prit les avances, et ayant vu un si grand rassemblement, il fut surpris et se retourna. Ayant rencontré sur ses pas Gaspard G... qui l'engagea à retourner sur les fosses avec lui, et y étant arrivé, il entendit que le nommé Marchand disait aux femmes qui y étaient rassemblées : < Mes bonnes sœurs, vos larmes, etc., et les litanies. » Mais lorsque ledit Marchand eut dit les litanies, le nommé Gaspard G... lui donna un petit coup sur l'épaule en lui disant : Camarade, riens avec moi ; lorsqu'au môme instant, ils virent sortir le nommé Barbe fils, ayant le sabre nu à la main, qui s'approcha d'eux, et en s'adreseant à Gaspard lui dit : c Scélérat, tu as assez gouverné, en ton temps, c'est le moment où il faut venir tirer le sabre avec moi, en lui tenant toujours le sabre sur le sein. >

Marchand (ut mis en liberté le 7 janvier suivant par ordre dn coqoité.

CHAPELLE DE LAPLANE. -— MONUIIENT EXPUTOIRE. 69

Les foules continuèrent à venir s'agenouiller et prier sur les fosses. Le l*' nivôse (21 décembre), un membre du comité dénonçait à ses collègues de nouveaux rassemblements ; on délibéra de s'assurer du fait ; mais le remplacement de Goupilleau par Jean Debry ne permit pas de se livrer à de nouvelles vexations.

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