IV PRÉFACE
En ordonnant ces recherches, le Pontife-Marlyr ne voulaitil pas réunir les documents nécessaires pour que l'Église pût procéder un jour à la canonisation de ces généreux chrétiens, dont la plupart furent immolés en haine de la religion ? Le peuple fidèle ne les appelle-t-il pas du nom glorieux de martyrs ? Ne vient-il pas prier sur leurs tombes ? N'a-t-il pas élevé des autels sur les lieux où ils reposent? A Orange, ainsi que nous le dirons dans cette histoire, la force armée se crut obligée de disperser les foules qui venaient non pas dire des De profundis, mais réciter des Litanies sur les funèbres fosses de Laplane.
Nous voudrions répondre aux désirs de Pie VI en publiant les documents que nous avons recueillis sur les victimes du tribunal révolutionnaire d'Orange. Il ne viendra en la pensée de personne que nous ayons voulu réveiller des haines éteintes ou provoquer à des vengeances tardives. Avant de mourir, ces généreuses victimes ont pardonné à leurs dénonciateurs et à leurs juges; plusieurs d'entr'elles les ont même remerciés de leur procurer le bonheur éternel en échange d'une vie périssable. Comme elles, nous serons généreux et nous éviterons avec le plus grand soin tout ce qui pourrait jeter de l'odieux ou du discrédit sur des familles dont les chefs, en ces jours de terreur, se laissèrent égarer soit par un patriotisme mal
en 4 volumes iD-8°, les Confesseurs de la Foi dans /Eglise gallicane à la un du XVIII^ siècle; M. Aimé Guilloo de Mauléon donna, en 182i,
auatre volumes des Martyrs delà Foi pendant la Révolution française; . Théodore Perrin écrivit, en 1829. les Martyrs du Maine, Dans des temps plus rapprochés de nous, Tabbé Orse a publié, en 1853, les Massacres des prisonniers de F Abbaye en 1792; M. Picot, ancien rédacteur de VAmi de la Religion, a donné, en 1856, sept volumes de Mémoires pour servir à F histoire ecclésiastique pendant le XV III* siècle de 1790 k 1795 ; la môme année. Alphonse Gordier, de Tours, a édité les Martyrs et Bourreaux de 1798 \ M. l'abbé Deramecourt publie en ce moment (1885), ÏHistoire du Clergé du diocèse d*Arras, Boulogne, Saint' Orner, 4 volumes in-4<' ; on a écrit également Thistoire des victimes du diocèse de Séez, etc., etc.
PUéFACE. V
éclairé, soit surtout par la pei/r, qui les rendit délateurs pour n*être pas dénoncés eux-mêmes.
Toutes nos victimes ne furent pas immolées en haine de la reb'gion ; plusieurs furent sacrifiées à des vengeances particulières, ou par aversion d'un parti politique que la Révolution voulait anéantir. Mais, si tous les suppliciés ne sont pas martyrs dans le sens rigoureux que l'Eglise attache à ce mot, ils méritent tous notre respect, ils furent tous innocents ; et l'inique sentence qui les frappa repose sur de prétendus crimes qui ne méritaient pas la mort.
Convaincu que l'histoire ne s'invente pas, et que la meilleure manière de l'écrire consiste à recourir aux sources et aux documents contemporains, nous avons, pendant douze ans de laborieuses recherches, compulsé les états des naissances, les registres des dénonciations reçues par les comités de surveillance, leurs cahiers de correspondance et de délibérations ; nous avons étudié les dossiers des victimes, les minutes des jugements, les procès-verbaux d'exécution et une foule de pièces officielles retrouvées dans les bibliothèques publiques et privées; en sorte que nous pouvons affirmer la vérité de nos récits, qui ne seront le plus souvent que la reproduction de ces documents authentiques.
L'abbé André, dans son livre de la Révolution avignonaise; Charles Souiller, dans son Histoire de la Révolution d'Avignon ; M. de Beaumefort, dans une étude récente sur le Tribunal révolutionnaire d'Orange, ont fait connaître les membres de la Commission populaire et flétri l'iniquité de leurs jugements. Us ont surtout parlé des Juges, nous parlerons des Victimes, complétant ainsi l'œuvre de nos devanciers.
Nous ferons cependant précéder notre Histoire des Vîc-
VI PRéFACï.
times de quelques notions indispensables sur rétablissement de la Commission populaire, sur les juges qui la composaient et sur les diverses opérations de ce tribunal ; et nous donnerons, en terminant, quelques détails sur l'arrestation, le jugement et la mort des membres de cette Commission.
INTRODUCTION
PROTESTATIONS DES ORANGEOIS
Contre la Gommission populaire établie dans leur Ville.
En commençant Thistoire sanglante du Tribunal révolutionnaire (TOrange, nous éprouvons le besoin de repousser, au nom des Orangeois, Todieux que rétablissement de ce tribunal pourrait faire peser sur cette ville calme, tranquille, amie de la paix. Bien loin de se prêter aux exigences des partis, Orange jouissait, à la fin du siècle dernier, de la réputation justement méritée de ville pacificatrice. On avait vu, le 10 juin 1790, sa garde nationale, ayant à sa tête M. Rodolphe d'Aymard, son maire, accourir au secours d'Avignon en révolte, et arrêter TefiFusion du sang qui allait inonder les rues de cette ville. Le 44 juillet suivant, les habitants de Carpentras l'avaient appelée pour leur servir d'intermédiaire dans leurs querelles avec les Avignonais, et c'est dans ses murs que Lescène-des-Maisons, l'abbé Mulot et Verninac-Saint- Maur, commissaires envoyés par Louis XVI, signèrent, le ii juin 1791, les préliminaires de la paix. Sa réputation de bravoure et de sagesse était si bien établie que toutes les communes environnantes, Sérignan, Sainte-Cécile, Camaret, Vacqueyras, Cairanne, Le Rasteau, Uchaux, Sablet, Sarrians et Bollène voulurent se placer sous son patronage et émirent, à l'époque de la formation des départements (janvier 1791), le vœu de faire partie du district d'Orange. (1)
(1) Registre des délibérations du Conseil municipal d'Oraugo en 1790-1791.
VIII INTRODUCTION
Aussi, Orange ne subit qu'en frémissant de honte et par la force de f oppression l'affront que lui infligea le comité de Salut public de Paris par l'établissement de la Commission populaire, qui ensanglanta notre pays. Quelques Orangeois, il est vrai, prêtèrent leur concours aux opérations de cette Commission ; mais la plupart n'acceptèrent des fonctions dans la municipalité, dans l'administration du District, dans le comité de surveillance, que malgré eux et contraints par les circonstances. Etaient-ils libres de refuser, alors qu'on posait en principe que tout citoyen appelé à un poste quelconque était obligé d* accepter sous peine d'être déclaré suspect et traité comme tel? Dans nos recherches, nous n'avons trouvé aucune lettre, aucune demande émanant des autorités orangeoises en faveur de l'établissement de ce tribunal dans leur ville. Ce fut l'œuvre de Maignet ; sur lui seul doit peser toute la responsabilité de ce choix. Aussi, dès qu'il leur fut permis d'élever la voix, les corps constitués de la ville d'Orange s'empressèrent de protester à plusieurs reprises, en leur nom et au nom de leurs concitoyens, contre la Commission populaire et ses iniquités. Ceux qui avaient été mêlés à ces événements déplorables les rétractèrent et signèrent spontanément les actes officiels qui les réprou\ aient. Nous sommes heureux de reproduire ici ces énergiques protestations trop peu connues jusqu'à ce jour.
Le 23 frimaire an 3 (13 décembre 4794), la municipalité rédigea une adresse qui fut envoyée à la Convention nationale, dans laquelle jBlle remercie la Convention d'avoir rendu la paix à notre département par la mort de Robespierre et de ses partisans. En voici la teneur :
« La municipalité d'Orange (1) à la Convention nationale. « Heprésentants,
t II est enfin arrivé le temps où le paisible citoyen, dégagé des serres cruelles des vautours qui le comprimaient, pourra
(1) La municipalité en exercice le 23 frimaire an 3 avait été nommée par le représentant Goupilieau le 14 brumaire précédent (4 novembre).
INTRODUCTION
manifesler une opinion jusques ici captive et porter sans contrainte auprès de ses représentants un vœu librement exprimé. La Terreur, cet agent perfide du tyran, ne planera donc plus sur l'asile sacré du père de famille, et le sommeil de Tépouse sensible, de la mère tendre, ne sera donc plus interrompu par des songes de sang ! Comment s'était donc opérée cette métamorphose d'un peuple idole de sa liberté, qui avait tout osé pour elle, en un peuple craintif qu'un vil Catilina conduisait en esclave ?
t Une dictature orgueilleuse allait déjà se levant sur le sommet d'une république oppressée, et nul Français n'osait devenir un Brutus. Vous seuls, représentants, vous seuls, vous êtes levés, et d'un bras vigoureux saisissant la hache nationale, vous en avez frappé le monstre qui s'était perfidement affublé de son manteau... Robespierre a voulu dominer, et Robespierre n'est plus qu'un exemple terrible pour les dominateurs ! Mais l'antra impur dans lequel il avait longtemps exhalé ses vociférations atroces, imprégné de son venin, pouvait encore devenir funeste par ses miasmes contagieux. Votre sagesse, après en avoir balancé la chute, a cru devoir y porter la massue. Puissent sous ces décombres se trouver engloutis tous les tyrans, tous les factieux, tous les agitateurs!...
« Pour nous, victimes échappées à l'horrible tempête dont vient d'être agitée la mer orageuse de notre département, nous venons, à peine remis de notre léthargie, porter à nos libérateurs le tribut mérité de notre reconnaissance. Plus nos périls ont été grands, plus nos transports doivent être sincères.,. » Signé: Richier, maire; Rostang, secrétaire-greffier. » (1)
Une seconde protestation plus énergique lut rédigée le 20 pluviôse an 3 (8 février 1795) par l'État-Major de la garde nationale et par les officiers du bataillon d'Orange. Voici comment ils s'exprimaient :
« Protestation de TEtat-Major de la garde nationale du district d'Orange et des Officiers du Bataillon d'Orange con-
Elie se composait de MM. Richier Joseph, officier de santé, maire ; Paul Goudet, négociant; Bouvier Félix aîné. Calamel Barthélémy, marchand, Perrier-Laval aîné, propriétaire; Catala Pierre Hls, négociant; Viau Joseph, négociant; Turcan Antoine, fabricant de bas; Faux Louis, n^ociaot; Taulamesse Jean-Baptiste, agent national, et Rostang, secrétaire-greffier.
(i) Registres du Goosoil municipal d'Orange.
INTRODUCTION
tre les cruautrs de la Commission populaire, adressée à la Convention le 20 pluviôse an 3.
€ Représentants,
« Enfin le crêpe lugubre qui couvrait nos fertiles campagnes est levé ; nous le devons à la fermeté que vous avez déployée le 9 thermidor. Le couteau fatal, gui ne frappait que l'innocent, a, dans ce jour mémorable, atteint les têtes les plus criminelles, celle de Robespierre et de quelques-uns de ses complices. Grâces soient rendues à la Convention nationale !
< Nous gémissions, avant cette époque, sous leur affreux despotisme; six bêtes féroces, lancées sur nous par ces monstres, dévoraient, après les avoir déchirées, les victimes qu'elles désignaient. Un Tribunal prétendu populaire fut ériffé dans cette commune. Soutenu par le crime, il s'abreuvait du sang de l'homme vertueux ; il le répandit sans preuves de délits, en méprisant les termes les plus nécessaires dans un dernier jugement, le témoignage de ceux qui pouvaient prouver l'innocence des prévenus, et en fermant les débats aussitôt qu'ils étaient ouverts. Nous avons vu ces prétendus juges insulter aux réponses de certains individus par les plus piquants sarcasmes et les sobriquets les plus méprisants, dictés par la méchanceté et l'indécence.
c Le sang du vieillard, de l'adolescent, de l'imbécile reconnu et de l'agonisant coulait chaque jour par leurs mains criminelles, ou du moins par leur ordre. Tout était égal pour eux ; il leur fallait du sang, toujours du sang, rien que du sang. Ainsi se comportait cette horde de juges abominables vomis par l'enfer sur notre sol.
« Robespierre, dans ses projets destructeurs, les avait réunis; il avait choisi l'élite des assassins consommés; il avait extrait de divers départements tout ce qu'il y avait de plus impur et de plus barbare; ils répondaient aux vues du dictateur en faisant couler des flots de sang dans une commune
qui n'en avait jamais vu répandre Ces juges cannibales, se
croyant plus forts que la Convention, faisaient des lois. La déportation ou la réclusion que les lois prononcent contre les insermentés, était une peine trop douce ; la mort était celle dont ils frappaient; trente-deux ex-religieuses et beaucoup de ci-devant prêtres l'ont subie pour ce seul crime.
« On a vu. Représentants, et vous en frémirez, on a vu la femme d'un laboureur dont les haillons annonçaient la misère, traînée à ce Tribunal inique, allaitant un de ses enfants, et un autre âgé de 4 ans à ses pieds. On a vu ces barbares, prêts à prononcer son arrêt de mort, ordonner l'enlèvement de ses enfants ; ils sont arrachés inhumainement des bras de leur mère qui demandait en grâce qu'on lui permît de donner la dernière goutte de son lait à son enfant, tout lui est refusé;
INTRODUCTION
dans les sanglots du désespoir, ils sont portés à la mai&on de bienfaisance aux cris de la mère et des enfants; à cette séparation, les enfants y expirent vingt-quatre heures après et la mère est condamnée à mort.
« Chaque jour, à trois heures, se terminaient leurs jugements et, à trois heures, commençaient leurs orgies; leur table était couverte de tout ce que peuvent produire de plus recherché la mer, Vaucluse et les forêts; il semblait que tout leur dut un tribut. Ils avaient l'audace criminelle de se rire des réponses, des gestes, de la faiblesse ou de la fermeté qu'avaient apportés leurs victimes dans leurs interrogats, ou à la prononciation de leurs jugements. Bientôt, repus de sang et de vin, ils volaient aux exécutions qu'ils avaient ordonnées insulter par leur présence au public et aux condamnés, et recueillir avidement des yeux un sang qu'ils avaient versé.
< Viot, accusateur public, le sabre nu à la main, on dit même le bras retroussé, précédait aux prisons le bourreau qui liait les malheureuses victimes. Viot, qui n'aurait dû être là que pour l'observation de Tordre, tolérait les impudiques regards du bourreau et ses paroles libertines.
€ Le prétendu vengeur du peuple, toujours en présence de Viot, jouissant l'un et l'autre du caractère le plus féroce, désespéré de ne pas hériter d'un haillon dont avait disposé un de ces innocents, lui casse, lui brise les poignets en le liant. (1)
« Ainsi s'acheminent vers l'instrument fatal huit, dix, douze de ces victimes, quelques fois plus ; ainsi se consomme l'ouvrage d'un iour de ces brigands décorés ; ainsi se répète-t-il pendant cinq décades...
« L'Orangeois, jadis si énereique, sort à peine de son apathie le 18 thermidor, jour de la suspension de cet infâme Tribunal, tout tremblant encore ce iour-là; il se cache pour pleurer, pour verser des larmes sur la tombe des 332 victimes immolées sur son sol. Ce n'est qu'au sein de la famille qu'il mêle aux cris de la douleur les élans de l'espérance ; il se rappelle avec indignation, mais dans le secret de sa maison, que le couteau fatal prêt à tomber sur les premières victimes, on enleva à la Société populaire son serment (les membres de la Commission présents) de ne jamais s'apitoyer sur le sort
Sue leur préparait la Commission, de ne point manifester sa ouleur sur la perte d'un parent, d'un ami, et de laisser tranquillement s'opérer leur destruction...
t Malheureuse cité, avais-tu mérité le sort que t'avaient fait Robespierre et ses suppôts? Quel était donc ton crime pour te condamner à recevoir le sang innocent de tant de victimes, à voir dans ton champ leurs cadavres amoncelés, à
(1) 11 s'agit ici de Fabre, notaire à Gamaret.
XII INTRODUCTION
y voir creuser huit fosses assez vastes, assez profondes pour en recevoir trois mille et plus encore, par le projet d'en ouvrir nombre d'autres ? t
Suivent les signatures de l'État-Major de la garde nationale du district, et des Officiers du Bataillon d'Orange.
Le 18 mars 1816, la ville d'Orange fit, pour la troisième fois, retentir son cri de réprobation contre les atrocités dont ses murs avaient été les témoins attristés. Sous l'inspiration de son maire, M. de Sausin, le Conseil municipal déclara, après avoir protesté contre l'assassinat de Louis XVI et de Marie-Antoinette, n'avoir souffert que par la force de F oppression Véchafaud révolutionnaire. Nous citons en entier cette délibération.
Protestation contre la mort de Louis XVI, de Marie-Antoinette ET l'établissement DE LA COMMISSION POPULAIRE.
« 18 mars 1816. M. le Maire a ouvert la séance et dit :
f Messieurs. Après trente ans de service dont la récompense a été un signe honorable qui m'aurait journellement rappelé mes devoirs, si j'avais pu les oublier un instant, il m'était réservé de remplir une magistrature qui devient ellemême une récompense, puisqu'elle me fournit l'occasion aussi heureuse pour nous tous que flatteuse pour la ville d'Orange de donner un libre cours à des sentiments trop longtemps étouffés par les divers genres de tyrannie sous lesquels nous avons vécu. Quelques cités ont déjà fait une abjuration solennelle de toute participation même intentionnelle au meurtre du Roi Louis XVI et de la Reine Marie- Antoinette. C'est pour imiter ce noble exemple que vous êtes rassemblés. Je vous invite. Messieurs, à donner vos avis. »
< Sur quoi, le Conseil municipal d'Orange,
t Considérant que l'hornble attentat commis sur la personne du Roi qui aima le plus son peuple, fut l'œuvre d'une faction ténébreuse qui profita de l'abattement où elle avait plongé la France entière, pour consommer cet épouvantable sacrilège; que les fauteurs de ce crime évitèrent l'appel au peuple dans la crainte de voir son courage se relever, et s'armer pour la défense de son prince légitime; que cette combinaison d'un parti destructeur justifie le peuple français en général ; que la ville d'Orange, dont le malheur fut plus
INTRODUCTION. XIII
grand encore par l'apparente prédilection que lui donnèrent ces cannibales, en plaçant dans son sein un de leurs tribunaux de sang, en a d'autant plus nourri Tamour et le respect pour ses souverains légitimes qu'elle les a fait éclater avec cet élan du sentiment le plus vrai, lors de la première Restauration, et qu'après la révolte de 1815, elle a repris les couleurs du roi légitime, lorsqu'entourée encore d'ennemis et de factieux, elle pouvait voir fondre sur elle tous les fléaux, sans espoir d'être protégée et secourue.
€ Proteste à l'unanimité contre l'assassinat du Roi Louis XVI, de sainte mémoire, et de la Reine Marie-Antoinette d'Autriche, son auguste épouse ;
« Abjure ce crime comme une œuvre étrançère au peuple français, et machinée par des monstres qui n appartiennent point à la terre, mais aux enfers ; ^
t Déclare avoir souffert par la force de roppreÈsion Véchafaud qui fit tomber dans ses murs les têtes de tant de sujets fidèles... »(1)
Le conseil délibère ensuite que le registre restera ouvert pendant cinq jours, afin que les habitants d'Orange soient admis à émettre leurs vœux, et qu'on imprimera à cent exemplaires cette délibération qui sera affichée dans la ville.
Cent cinquante personnes les plus honorables s'empressèrent de signer cette protestation.
Enfin le 27 février 1825, comme acte solennel d'expiation, le Conseil municipal vota la somme de quinze cents francs pour l'érection d'un monument expiatoire en mémoire des Victimes, ainsi que la fondation à perpétuité de deux services religieux qui devaient être célébrés chaque année aux jours anniversaires du commencement et de la fin des exécutions. Nous transcrivons cette pièce qui honore la ville d'Orange et soulage la conscience publique :
(1) lia municipalité de 1816 était composée de MM. Gbristophe-Louis de Sausio, maire; Ravanier Joseph, adjoint; Meyoard fils, adjoint; Artaud Hilarion ; Abrigeon Joseph-François; d'Aizac Louis; Besson Blzéar; Borel Pierre; Bouyer Bruno; Bouvier Félix ; Dumas Honoré; Pavier André ; Féraud Joseph ; Godefroy de Jonc ; Jourdan Jacques ; Marquis Pierre; Martin : Monier Raymond ; Patin Simon ; Paillet Henri ; Rabulon Frédéric ; Roumette Joseph-François ; Richier Joseph ; Saint- Privât Camille ; Souchière Louis et de Vôdrille Pierre-Georges. (Registres du Conseil municipal d*Or$nge.)
XIV INTRODUCTION
t L'an 4825 et le 27 février, à 3 heures après midi, le Conseil municipal d'Orange étant réuni dans le heu ordinaire de ses séances, M. le Maire (Rodolphe d'Aymard), présidant rassemblée, a pris la parole en ces termes : « Messieurs, il est bien peu de villes qui, nendant la Révolution, n'aient eu ses désastres; la ville d Orange, plus malheureuse que toute autre, vit avec effroi^ mais sans pouvoir s'y opposer, établir dans ses murs cette infâme Commission révolutionnaire de Fan 2 {il 94)^ qui, exerçant ses fureurs sur les amis du Trône et de la Religion, immola un si grand nombre de victimes,. Il n'est aucun de vous. Messieurs, qui, dans ces jours de deuil, n'ait eu à pleurer la perte d'un parent, d'un ami ; la faulx révolutionnaire frappait indistinctement toutes les classes de citoyens ; il suffisait d'être homme de bien pour ^re frappé de mort. Mon intention n'est pas de rappeler ce temps de douloureuse mémoire ; je craindrais de rouvrir des blessures qui saignent encore et sur lesquelles la Religion peut seule verser un baume salutaire.
« C'est par une suite de ce sentiment religieux que des hommes de bien ont conçu l'idée pieuse de faire élever, sur les lieux mêmes où sont déposés les restes des victimes, un monument expiatoire. Tout annonce que le monument, à l'érection duquel sont appelées à concourir toutes les communes du département, sera digne de son objet.
« Les plans et devis ont été confiés à M. Caristie jeune, qui, chargé par Son Excellence le Ministre de l'Intérieur de venir explorer nos monuments antiques, s'est acquis, dans cette partie et dans les arts, une réputation méritée. Le projet a reçu l'approbation du gouvernement et ne tardera pas à recevoir son exécution
« Je propose au Conseil d'arrêter que la ville y contribuera pour une somme de 1500 fr., payables en trois années.
c Le Conseil, adoptant à l'unanimité les propositions de M. le Maire, délibère qu'une somme de 1500 francs sera affectée spécialement, pour le contingent de cette ville, à l'érection du monument qu'on se propose d'élever aux victimes de la Commission révolutionnaire établie en celte ville en 4794.
« Le Conseil vote, en outre, à perpétuité, une somme annuelle de 50 francs pour deux services religieux qui seraient célébrés, l'un le jour anniversaire où les exécutions commencèrent, l'autre le jour où elles cessèrent.
•eni, 1 autre le jour ou elles cessèrent. « Fait à Orange, les jour et an que dessus.
Signé : D'Aymard, Jonc, Saini-Privat, le chevalier Paillet, de Serre, Payan de Champié, Bouyer, Castan Saint-Privat, F. Dumas, baron de Saint-Jean, Favier aîné, Bayle, d'Aymard fils. Bouvier, F. Sautel, Joseph-François Remette, Jacques
INTRODUCTION. XV
Jourdan, Durand, Védrille, Elzéar Besson, P. Nicolas, F. d'Hugues, Louis Souchière. »
II reste donc bien établi, par ces documents officiels, que la ville d'Orange a été complètement étrangère à l'établissement du tribunal révolutionnaire, et que ce ne fut qu'avec effroi et douleur^ mais sans pouvoir s'y opposer, que ses habitants, dont dix-huit furent condamnés à mort, virent s'établir dans leur ville la Commission populaire.