‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 31 sur 72 · MONUMENT EXPIATOIRE · texte numérisé non relu

MONUMENT EXPIATOIRE

Ce pieux projet fut favorablement accueilli par le pays tout entier, et des souscriptions nombreuses permirent de commencer les travaux. Les plan et devis dressés par M. Caristie, architecte distingué, avaient été approuvés par le gouvernement. Le conseil municipal d^Orange, voulant s'associer à cette œuvre de réparation, vota, sous la présidence de M. d'Aymard Rodolphe, son maire, dans la séance du 27 février 4825 (1) , la somme de quinze cents francs et, en outre, la fondation à perpétuité de deux services religieux qui devaient être célébrés chaque année le 19 juin et le 4 août, jours anniversaires du commencement et de la fin des exécutions.

Survint le gouvernement de 1830. La vue du monument expiatoire, dressé sur l'emplacement où la guillotine avait fonctionné, était un reproche pour des gens ^qui revenaient au pouvoir. Pendant une nuit d'orage, un réfugié italien, instrument coupable d'agents plus coupables encore, pratiqua une mine sous la porte d'entrée de l'édifice et, la remplissant de poudre, fit sauter les bases des colonnes et ébranla le reste. La police ferma les yeux.

Dans les séances des 23 novembre 1831, 13 mars 1833 et 14 novembre 1834, le conseil municipal demanda à l'autorité supérieure la démoUtion de ce monument, s'appuyant « sur l'illégalité de cette construction qui, contrairement à l'autorisation donnée, avait été faite sur le cours SainIrMartin , alors qu'elle devait s'élever à Laplane sur les lieux où reposent les restes des victimes, — sur le peu de solidité du monument qui menace ruine par suite des pétards qui ont enlevé aux colonnes leur soutien ; — considérant aussi que M. Millet, père, de Gabet, a satisfait au but religieux qu'on s'était proposé dans le principe, par la construction d'une chapelle bâtie sur le lieu même où reposent Us victimes révolutionnaires (sic).

Enfin, le 14 mars 1848, le conseil municipal, profitant de la Révolution de février qui venait de s'opérer, prit la délibération suivante:

« Le maire rappelle au conseil qu'un monument contre-révolutionnaire avait été illégalement élevé sur l'un des cours de la ville, qu'il était temps que ce monument disparaisse; le conseil, considérant que le monument sur le cours Saint-Martin a été

(1) Voir cette délibératioD» page XIV.

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élevé dans une pensée hautement exprimée de haine contrerévolutionnaire ;

< Que la République de 1848 ne peut laisser subsister un monument construit dans la réaction de 1829 et 1830, et qui peut raviver des haines (jue tous les bons citoyens doivent au contraire chercher à éteindre ;

« Considérant que, sous le rapport de Part, ce monument est nul (1), qu'il est inachevé, et que les deux colonnes d'entrée ont été détruites en partie par Tindignation publique, après la révolution de 1830 ;

« Que d'ailleurs, Fart fût-il même intéressé^ il est de toute nécessité que ce monument disparaisse ;

« Est d'avis de demander, comme il demande, la démolition de ce qui existe du monument projeté sur le cours St-Martin,... et charge M. le Maire de poursuivre activement l'accomplissement de ce vœu. »

Le 21 avril suivant, on mit à l'adjudication la démolition du monument expiatoire au prix de 2,000 francs. Un seul acquéreur se présenta et obtint les matériaux au prix de 2,005 fr. (2)

Ainsi disparut sous le marteau démolisseur un monument destiné à rappeler aux générations futures les excès d'un gouvernement qui opprima la religion, et se joua de la vie des citoyens honnêtes et vertueux.

(1) Ce coDsidéraot n'est pas flatteur pour M. Garistie, dont le mérite a été recoDDU dans le coDgrès archéologique tenu à Orange eu septembre 1882.

(2) Registres du conseil municipal d'Orange.

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