‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 48 sur 72 · I08 PREMIÈRE SÉANCE · texte numérisé non relu

I08 PREMIÈRE SÉANCE

prisons du palais des Papes. Trois jours après, il était transféré avec ses compagnons d'infortune dans la prison du Cirque à Orange, et le lendemain, envoyé à Técbafaud par la Commission populaire qui inaugurait son œuvre de destruction.

Le tableau des renseignements fournis sur son compte par le comité de surveillance nous apprend « qu'il était père de trois garçons âgés de cinq ans, trois ans et deux ans, — n'ayant de relations et de liaisons qu'avec les ennemis du bien putdic, et n'ayant d'autre caractère et opinions que ceux des ennemis du peuple. » C'était le langage des révolutionnaires de l'époque pour exciter l'irritation populaire contre les amis de l'ordre, les hommes honnêtes, les défenseurs du trône et de l'autel.

Les registres des décès donnent quarante-quatre ans à M. Clauseau-Pitoy; il en avait quarante-trois.

N* 2. Jean SAGE, ouvrier en soie.

Jean Sage, d'Avignon, ouvrier en soie, âgé de cinquantequatre ans (1), fut nommé, le 20 juillet 1793, membre du comité général avec Mas et Courtois pour délivrer des billets de sortie. On lit, de plus, sur la couverture de son dossier cette annotation : « Il a signé la réponse à Carteaux. * Nous trouvons dans ce dossier trois pièces intéressantes qui nous indiquent ce qu'il devint après la défaite des Marseillais.

S'étant rendu à Montellier, canton de Chabeuil (Drôme), pour retirer une créance qui lui était due, il fut dénoncé par le cabaretier, où il avait pris logement, au comité de surveillance de cette commune, qui le fit arrêter et conduire dans les prisons de Valence, le 28 nivôse an II (17 janvier 94).

« Ensuite du rapport que nous a fait Pierre Blache, membre du comité de Sûreté générale, averti par Pierre Guillet, cabaretier de cette commune, il existe chez lui depuis une douzaine de jours un quidam qui dit avoir été membre du comité contre-révolutionnaire qui existait à Avignon, lors de la rébellion contre l'armée du général Carteaux, et qui ne se trouve

(i) Le registre des décèR ne loi donne par erreor que quarante-quatre ans. U était né dans la paroisse St-Sympborien, le i9 avril mO. de M. Marc Sage et demoiselle Lucrèce Jousserane.

/•» messidor — i g juin. 109

nanti d*aucun certificat ni papier qui puisse constater qu'il a tenu une conduite républicaine et patriote; nous, membres du comité de Sûreté générale, avons arrêté que le quidam dont il est parlé ci-dessus sera mis en arrestation. En conséquence, avons requis le citoyen Etienne-Cirille RoUet, capitaine de la garde nationale, de donner des ordres pour le faire arrêter et traduire dans la maison d'arrêt de cette commune pour de là être transféré à Valence. Fait et arrêté le 28 nivôse an 2. »

Arrivé à Valence, Sage fut interrogé, le 2 pluviôse (21 janvier), par Pierre-Claude-Benolt Vignon, accusateur public. 9 il déclara s'appeler Jean Sage, d'Avignon, tafifetassier, âgé d'environ 54 ans; — qu'à l'arrivée des Marseillais en juillet 1793, les au. torités constituées avaient été remplacées, et qu'il fut formé un comité de sûreté générale dont il fut nommé membre par sa section, et en son absence, et qu'il fut forcé d'accepter cette place ; que lorsque les Marseillais abandonnèrent Avignon, il en sortit avec eux par frayeur, qu'il alla à Tarascon, puis à Beaucaire, où, avec plusieurs autres, il se présenta chez un notaire nommé Varon, devant lequel ils firent protestation et désaveu de tout ce qu'ils avaient fait à Avignon, comme y ayant été forcés ; et que cet acte est du 26 ou 26 juillet. De Beaucaire il alla à Nîmes, où il est resté jusqu'à Noël et qu'il est sorti de Nîmes pour venir à Montellier retirer une somme de 400 livres qui lui est due par Bruno Allier; —qu'il est allé loger chez Guillet, où il est tombé malade depuis sept à huit jours. »

Après son interrogatoire. Sage fut dirigé sur Avignon avec un déserteur du 11"' bataillon de la Drôme. D'étape en étape, il passa par Loriol, arriva à Montélimar le 23 janvier, où il séjourna jusqu'au 29; le 30 il coucha dans la prison de Pierrelatte, le i*' féATier dans celle d'Orange; le lendemain, il fut écroué dans les prisons du fort d'Avignon (palais des Papes); il y demeura jusqu'à sa translation à Orange, où la Commission populaire l'envoya à l'échafaud.

N"" 3. Bonaventure MAS, aine, iaffètassier.

Dossier N*» 6.

Gomme Sage, son compagnon d'infortune, Mas était taffetassier. n naquit à Avignon (paroisse St-Pierre) le 23 janvier 1721,

irO FRXMlèRE séANCE.

de Pierre et de Marie Gartoux« Il fit partie de la municipalité provisoire installée le H juillet 1793; avec Phily et Rodes, il signa, le 17 juillet, la réquisition suivante : < Nous, membres du conseil général, réunis à rasseiirii)lée permanente, indignés de Tinsoucianee criminelle et de la pusillanimité de plusieurs de leurs collègues ne se rendant pas habituellement à leur poste, et considérant qu'il est instant d'obvier au retour d'un pareil abandon, ont délibéré d'envoyer à leurs sections le n<HQ de leurs délégués respectifs, avec invitation aux dites sections de les remplacer sur le champ par des hommes nerveux et prononcés, et qui aient quelques lumières. » Signé : Rodes, membre du comité général ; Mas, membre du Comité général ; Phily, président. »

Ce fut là le crime qui le fit périr sur Téchafaud à l'âge de soixante-treize ans.

N"" 4. Vlnowt RICARD, sous-brigmiier.

Dossier 58.

Il était âgé de quarante-six ans (1), natif d'Avignon ; il avait servi comme sous-brigadier de chevau-légers dans l'armée papale. Nommé membre de la municipalité provisoire, il entra dans la composition du bureau militaire. En cette qualité il signa la réponse à Carteaux. Le comité de surveillance le fit arrêter le 16 floréal (4 mai 1794), ainsi que le certifie le tableau suivant :

« Vincent Ricard, 54 ans, célibataire, détenu dans la maison d'arrêt depuis le 15 floréal, par mandat d'arrêt du comité, pour avoir pris part à la rébellion marseillaise, en exerçant la place d'administrateur provisoire, et avoir, en cette qualité, signé la réponse à la sommation de Carteaux, dans laquelle il est dit : c Nous ne reconnaissons plus la Convention ni ses décrets depuis le 31 mai. »

— Ex-chevau-léger de l'agent ultramontain.

— N'ayant d'autres revenus que ceux que ses parents lui procurent.

(i) Le tableau de reoseigoementehii donne 54 ans; c*est une erreur. Vincent Ricard était né dans la paroisse St-Symptiorien, le 22 décembre 1748, d'Ignace et de Constance Rochas.

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Vincent RICARD

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