‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 52 sur 72 · C... ayant été interrogé répondit que s'il a témoigné contre · texte numérisé non relu

C... ayant été interrogé répondit que s'il a témoigné contre

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Solive, c'est qu'il l'avait entendu tenir des discours injurieux à la probité de quelques citoyens, mais qu'il ne le dénonça que par crainte, et d'après les menaces qu'on lui fit de le dénoncer lui-même.

Les neuf victimes condamnées dans cette séance furent conduites à l'échafaud le même jour à six heures du soir.

9»« Séance

7 Messidor. — Concombre.

(Mercredi 95 juin. — Saint Guillaume de Verceil, abbé.)

VICTIMES DE VELLERON.

Les patriotes qui venaient chaque matin aux séances du tribunal révolutionnaire pour éprouver des émotions, durent être satisfaits ce jour-là, en voyant entrer dans la salle, conduites par les gendarmes, deux femmes en vêtement de deuil. Madame Devillario veuve Rosty soutenait par le bras et guidait les pas incertains d'une pauvre aveugle, presque dans l'enfance. Madame de Gallet, veuve de Vidaud-de-la-Tour, âgée de quatre-vingt-sept ans. Elles avaient été amenées d'Avignon l'avantveille avec Madame de Florans, et écrouées dans la prison de la Cure.

A peine avaient-elles pris place sur les bancs des accusés, qu'arrivèrent de la prison du Cirque, conduits aussi par des gendarmes, huit prévenus de Velleron, parmi lesquels se trouvaient M. Rosty et le comte de Vidaud-de-la-Tour.

En reconnaissant sa vénérable mère qu'il n'avait plus vue depuis le 43 avril, jour de son arrestation, M. de Vidaud se précipita dans ses bras. La plume est impuissatite à décrire ce qui se passa alors dans le cœur du fils et de la mère, se retrouvant en pareille circonstance. Il s'assit auprès d'elle et ne la quitta plus, pas même à l'échafaud. M. Etienne Rosty avait aussi reconnu sa belle-sœur.

L'accusateur public commença sa furibonde harangue, les accusant tous, dans son langage révolutionnaire, du crime de fédéralisme, n'exceptant personne, pas même Madame de Vidaud qui, depuis cinq ans, était tombée en enfance. Ecoutons l'acte d'accusation prononcé par Viot.

« Citoyens juges. Je traduis devant vous et j'accuse :

« Icard, homme de loi, d'avoir été un de ceux qui s'est montré avec le plus d'acharnement l'ennemi du peuple et de la révolution ; il a perverti l'esprit public, égaré les bons citoyens; il a, dans toutes les occasions, manifesté ses principes anti-civiques ; il a occupé, à l'époque du fédéralisme, la place de

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membre et de secrétaire des sections ; il a usurpé les pouvcrirs de l'autorité légitime ; il a servi de tout son pouvoir les projets des ennemis de la chose publique ; il a donc méconnu la Convention nationale, avili les autorités constituées ; il a voulu attiser le feu de la guerre civile, détruire l'unité et Tindivisibilité de la République, substituer aux autorités légales des autorités contre-révolutionnaires, pour opérer la dissolution du régime de la liberté, et ramener avec toutes ses horreurs le règne de la tyrannie, de la royauté et de l'ancien régime.

« Lataur-Vidaud, ci-devant noble, a conspiré contre la République ; il a été le partisan de la tyrannie et de la royauté ; il a été le complice des fédéralistes marseillais dont il a secondé les efforts pour renverser la révolution ; il a tenté d'anéantir le régime de la liberté ; il a détesté surtout la Sainte Egalité ; il a perverti l'esprit public, égaré les bons citoyens qu'il a voulu feire servir à ses proj^ de contre-révolution ; il a voulu allumer en France les feux de la guerre civile, amener l'anarchie avec ses horreurs ; il a par là attenté à l'unité et l'indivisibilité de la République ; il a voulu dissoudre la Convention nationale ; il a méconnu ses pouvoirs pour lui substituer une autre autorité, qui devait faire revivre la tyrannie, anéantir la liberté et la République.

< Gallet veuve Vidaud, aussi ci-devant noble, a partagé avec son fils toute l'horreur pour la Révolution qui fait son supplice ; elle a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République ; elle a perverti l'esprit public, égaré le peuple, qu'elle a tenté d'armer pour servir la guerre civile et ses projets liberticides; elle a voulu détruire la Convention nationale, exciter l'anarchie ; elle est en cela complice des crimes des fédéralistes marseillais ; elle a, en un mot, employé tous les moyens possibles pour recruter en faveur des rois et des émigrés, et par là, elle s'est déclarée leur partisante et leur complice.

« La femme de ViUaaio, veuve Rosty^ est aussi aristocrate que dangereuse par ses principes contre-révolutionnaires ; elle n'a jamais cessé de tenir sur la révolution qu'elle voudrait renverser, les propos les plus insultants ; elle a cherché à corrompre l'esprit public, à tromper les bons citoyens pour les perdre; elle a manifesté dans toutes les circonstances les opinions les plus anti-civiques ; complice des crimes dont le fédéralisme a inondé les contrées méridionales, elle a cherché à recruter en

faveur des Marseillais ; elle a voulu par là avilir la Convention et la dissoudre ; elle a méconnu les autorités constituées ; elle a appelé l'anarchie, provoqué la guerre civile, et attenté à l'unité et à l'indivisibilité de la République.

« Liotardy ennemi juré de la République et de la révolution, a perverti l'esprit public, trompé les meilleurs citoyens, avili les autorités constituées, méconnu la Convention, insulté les patriotes les mieux prononcés ; il est prévenu du crime atroce d'avoir juré de ne plus reconnaître la Convention ni ses décrets ; d'avoir, en qualité de commissaire, été à L'Isle pour assister à un service funèbre que les aristocrates nombreux de cette conmiune célébrèrent en mémoire des contre-révolutionnaires péris à Lyon dans la journée du 29 mai 1793 ; il est, par tous ces faits, coupable du crime de contre-révolution ; il est coupable des maux causés par le fédéralisme ; il est coupable encore d'avoir provoqué l'anarchie et la guerre civile ; il est coupable enfin d'attentat contre l'unité et l'indivisibilité de la République.

« German est coupable d'attentat contre la Répubhque et son unité ; il a conspiré contre elle avec les ennemis de la révolution ; il a, avec les Marseillais rebelles, travaillé à dissoudre la représentation nationale ; il a avili les autorités constituées, menacé les patriotes ; il a été le partisan de la royauté et de la tyrannie ; il a appelé l'ancien régime ; il a méconnu la convention et ses décrets ; il a assisté au service célébré à L'Isle en mémoire des contre-révolutionnaires tués à Lyon ; enfin il a excité la guerre civile, secondé les manœuvres liberticides des Marseillais révoltés, conspiré contre le bonheur et la tranquillité publique. »

« Armandy ci-devant domestique du ci-devant Vidaud-Latour , partage ses principes et sa haine pour la Révolution ; il en a donné des preuves dans toutes les circonstances de sa vie ; il a provoqué et reçu des dénonciations contre les meilleurs patriotes ; il a donné des ordres pour qu'on s'emparât des armes de la commune ; il les a fait réparer des deniers de la municipalité pour en armer ensuite les rebelles ; il a provoqué les meilleurs citoyens qu'il engagea à aller joindre les Marseillais ; il a occupé dans les sections la place de président ; il a engagé le peuple à ne plus reconnaître la Convention et ses décrets ; il s'est emparé de l'autorité qui n'appartenait qu'aux seuls corps

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légalement constitués ; il a par là provoqué la guerre civile, appelé l'anarchie, attenté contre l'unité et Tindivisibilité de la République.

« Rosty a participé à tous les complots que les ennemis de la chose publique ont tramés contre la République et son unité ; il s'est emparé de l'autorité légitime, en occupant la place de président des sections fédéralistes; il a égaré le peuple qu'il voulait assassiner ; il a conspiré contre la liberté et la sûreté du peuple français ; il a été l'un des membres de la criminelle assemblée qui prétendait élever autel contre autel, créer à Rourges une nouvelle Convention nationale ; il a, en cette qualité, touché une indemnité ; partons ces faits, il est constant qu'il a cherché à avilir la représentation nationale et à la dissoudre, qu'il a voulu allumer la guerre civile, perpétuer l'anarchie, et qu'il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la RépubUque.

« Chauvet n'a cédé en rien aux contre-révolutionnaires de la commune les mieux prononcés ; il les a peut-être surpassés tous en audace et en crimes ; c'est lui qui a fomenté des troubles ; c'est lui qui a dit publiquement, au milieu de ses concitoyens, qu'il ne'fallait plus reconnaître la Convention nationale ni obéir à ses décrets ; c'est lui qui a proféré contre le maire qui voulait qu'on se ralliât autour d'elle, des menaces et des injures ; c'est lui encore qui a cherché à exciter la fureur du peuple contre-révolutionnaire contre la municipalité patriote ; c'est lui enfin qui a provoqué l'anarchie, excité la guerre civile, et qui a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République française.

« Dany a été aussi l'ennemi du peuple et de la révolution ; il a été, à l'époque de la contre-révolution marseillaise, l'un des membres du comité formé par les sections; il s'est emparé des pouvoirs du peuplé, qu'il a usurpés ; il a égaré l'esprit public, persécuté les bon$ citoyens ; il a par là organisé la guerre civile, excité la révolte contre la Convention nationale, méconnu ses décrets ; il a été complice de la rébellion contre l'autorité légitime. »

Viot avait parlé ; après un semblant de débats, la Commis sion envoya tous ces prévenus à la mort.

N"" 51. Antoine-Jérôme ICARD, avocat.

Dossier 108.

Il naquit à Orange en 1760 de M. Esprit-Jérôme Icard, docteur en médecine, et de dame Marie Granjeon. A l'ôge de vingttrois ans, il fut reçu docteur en droit, mais il n'exerça jamais ses fonctions d'avocat. Il se maria le 23 juin 1784 à demoiselle Marie Dupérier de Laval, qui le rendit père de trois enfants.

Dans les premiers mois de 1792, il quitta Orange pour se fixer à Velleron, où il s'adonnait à la culture de ses terres.

Après la défaite des Marseillais par l'armée de Garteaux, les comités de surveillance de Velleron et de L'Isle reçurent plusieurs dénonces contre lui.

Le 20 août 1793, on le dénonça conune ayant été secrétaire du comité secret, et étant monté à la tribune de la section pour nommer lui-même les administrateurs provisoires. — Michel R... dit, que « coupant un jour du blé pour Icard, celuici lui dit: Que croyez-vous, Michel ? dans notre parti, il n'entre pas toute sorte de monde, il n'y a que les honnêtes gens, nous ne voulons point entendre parler de ces coquins de patriotes.»

Le !•* septembre, Barthélémy B... déposa qu% « dans le temps des sections Icard alla chez Dany et lui dit : « Nous sommes bien ; le parti de Barbaroux aura la victoire et emportera le laurier ; le parti de la Montagne sera écrasé, et nous jouerons aux boules avec la tête de Marat. »

Sur ces dépositions, le comité de Velleron lança contre M. Icard un mandat d'arrêt ; le 28 septembre à minuit, deux volontaires vinrent l'arrêter, et le 3 octobre il fut transféré dans les prisons d'Avignon.

kprès trois mois et demi de détention, le 28 nivôse (17 janvier 1794), Faure Laurent, juge au tribunal criminel de Vaucluse, lui fit subir un interrogatoh^e.

Il déclara s'appeler Jérôme Icard, &gé de quarante-trois ans, demeurant ordinair^oo^nt à Orange, et résidant depuis deux ans à Velleron. •-> Il nia avoir tenu les propos qu'on lui imputait, comme aussi d'avoir proposé de destituer la municipalité. — Il avoua avoir été aux sections, mais n'y avoir jamais tenu des propos contre la Gonvration ni contre ses membres. — Quant à la nomination des administrateurs provisoirest il expliqua

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que le maire et plusieurs officiers municipaux ayant donné leur démission, il les exhorta à rester à leur poste, et que s'ils voulaient absolument se retirer, il fallait, pour que la chose publique ne restât pas en souffrance, nommer provisoirement à leur place des citoyens tranquilles. — S'il accepta les fonctions de secrétaire du comité, ce fut par force, car il avait déclaré au procureur de la commune qu'il ne voulait plus remplir ces fonctions. — Enfin il répondit qu'ayant reçu au comité des dénonciations contre les patriotes, il avait décidé les dénonciateurs à brûler leurs dépositions ; ce qu'ils firent deux jours après. »

Le 5 pluviôse (24 janvier), l'accusateur pubUc le traduisit en jugement comme chef de révolte. « Il résulte, dit-il, de l'interrogatoire contre Jérôme Icard, qu'habitant Orange dans l'ancien régime, il a été, en qualité d'homme de loi, agrégé à l'université de cette ville ; — qu'étant à Velleron, il y a manifesté des principes aristocratiques ; — qu'à l'époque de la rébellion de cette commune, il s'est montré un des plus acharnés pour la cause du fédéralisme ; que ses sentiments anti-civiques lui ont valu la confiance des rebelles et sa nomination à la place de membre et de secrétaire du comité de la section ; — qu'il a en cette qualité, exercé les pouvoirs de la municipalité qui avait été destituée. » Puis, malgré les dénégations d'Icard, l'accusateur public lui impute tous les propos dont on l'avait accusé ; et il conclut « que par tous ces délits, ledit Icard s'est constitué chef de révolte et des mouvements contre-révolutionnaires. » Le tribunal criminel le condamna à la détention jusqu'à ce que la Convention nationale eût statué sur son sort.

Bien que la Convention eût rien statué, M. Icard fut amené à Orange devant la Commission populaire, qui le condamna à mort le 7 messidor. Neuf témoins furent assignés pour déposa contre lui. Il subit sa peine à six heures du soir.

N» 52. Jean-Jacques da VIDAUD-DE-U-TOUR, fils. N« 53. Jeanne-Madeleine DE GALLET yauye SE VIBAOD, mire.

Dossiers 87, 88.

La ville d'Avignon gardera longtemps le souvenir de la respectable famille de Vidaud, si connue par son esprit de charité,

sa généreuse bienfaisance et son profond attachement à la religion. Jean-Jacques de Vidaud-de-la-Tour fut livré au bourreau de la Commission populaire d'Orange, non seulement sans aucune charge sérieuse, mais malgré le témoignage écrit et verbal d'une foule de patriotes reconnaissants de ses bienfaits.

Il était né à Grenoble, le 27 octobre 1737, de noble Joseph- Gabriel de Vidaud-de-la-Tour, comte de la Bathie, baron d'Anthon, seigneur deBiviers, de la maison forte de Montbives et autres lieux,et de haute et illustre dame Jeanne-Madeleine de Gallet, native d'Ancône (1). Il épousa, le 23 février 1773, dans la paroisse de Saint-Agricol d'Avignon, noble et illustre demoiselle Marie-Joséphine-Louise de Gambis, seigneuresse de Fargues, marquise de Velleron, dernière descendante de la famille des Cambis-Velleron, issue de celle des Pazzi, de Florence (2).

A l'âge de vingt-un ans, M. Jean-Jacques de Vidaud entra au parlement de Grenoble, où il exerça successivement les fonctions d'avocat général, de procureur général et de premier président. Il fut nommé en 1775 conseiller du Roi, titre qu'il garda jusqu'au mois de juillet 1789. Il se démit alors de ses fonctions et vint résider à Avignon, où il arriva le 21 octobre de la même année. Les propriétés qu'il possédait à Velleron l'obligeait à de firéquents voyages dans cette commune, il s'y fixa définitivement avec sa famille au mois de mai 1790. Dans cette nouvelle position, son temps était partagé entre les soins donnés à sa respectable mère, âgée de quatre-vingt-sept ans, dont plusieurs attaques successives avaient affaibli l'intelligence, l'éducation de Gabriel, son fils unique, et de Jean-Jacques Guyon, son neveu, et l'amélioration de ses terres par l'application des procédés nouvellement découverts.

M. le comte de Vidaud (3) était riche et bienfaisant : deux choses qu'on ne pardonnait pas sous le régime de la Terreur. Aussi rencontra-t-il parmi les ouvriers qu'il employait, et même parmi les serviteurs de sa maison, des âmes basses et viles qui le dénoncèrent, lui et sa mère.

Lel*' septembre 1793, Joseph G... déclara devant le comité

(1) Regifitres de l'état civil de Grenoble.

(2) Registres de la paroisBe St«Agricol d'Avignon.

(3) Beauconp de documents l'appellent Marquis, il portait le titre de Comte.

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de surveillance de Velleron que, pendant qu'il montait la garde à la maison commune dans le temps des sections fédéralistes, le citoyen Vidaud lui dit : « Vous pouvez vous aller coucher vous autres qui travaillez, nous autres nous sommes assez forts. »

Un malveillant d'Avignon le dénonça au comité pour avoir été président du parlement de Grenoble et conseiller d'Etat sous Tancien régime. Ne trouvant pas dans cette dénonce un motif suflBsant d'arrestation, le comité d'Avignon écrivit le 22 septembre à la municipalité de Velleron, pour demander des renseignements. Il reçut la réponse suivante :

« Velleron, ce 22 septembre 1793.

« Citoyens frères et amis. En réponse à la lettre dont vous nous avez honorés en date de ce jour, nous devons vous dire

3ue, pendant tout le temps que le citoyen Vidaud-Latour a resté ans notre commune, il s'y est toujours bien comporté, qu'il a soulagé les pauvres et les a fait travailler, quoique nous soyons persuadés que son opinion n'est pas égale à la nôtre, par la raison que son intérêt nousparaît être opposé au nôtre. Nous ne pouvons pas répondre de sa conduite depuis l'arrivée des Marseillais à Avignon, que le citoyen Vidaud quitta Velleron pour aller résidera Avignon. Nous sommes bien cordialement, citoyens frères et amis, le Maire et les officiers municipaux de la commune de Velleron. »

Le 26 septembre, Jean-Baptiste D.... déposa qu'étant employé dans le château où il charriait les eaux nécessaires pour le service, la citoyenne Latour lui dit : « Si vous quittiez les patriotes, nous ferions votre bonheur, mais je vois qu'il ne faut pas vous parler de cela, parce que nous voyons que vous êtes un des plus enragés, » et qu'alors on le mit hors de la maison, parce qu'il ne voulut pas se rendre à ces idées. »

Le même jour, sa femme déclara que la citoyenne Latour lui disait : « Si vous vouliez quitter la patrie (lisez le parti), nous vous ferions une petite pension. » — Un autre dit que Vidaud avait méprisé les assignats.

Le 11 pluviôse (30 janvier 1794), l'accusateur public du tribu i nal criminel de Vaucluse lança contre M. de Vidaud un mandat d'arrêt qui fut immédiatement mis à exécution. A trois heures après midi, Joseph-Ignace Félix, directeur du juré, procédait à son interrogatoire, et dressait contre lui un acte d'accusation, qui devait être présenté aux jurés. Mais le tribunal criminel, dans une réunion préalable tenue le 15 pluviôse (3 fête

vrier), déclara qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre et que Vldaud devait être élargi.

Mais les dénonciations recommencèrent bientôt. Le 29 pluviôse (17 février 1794), Joseph C... dénonça que, « se trouvant à la grande bastide à faire des tas de gerbes avec Armand, agent du ci-devant seigneur Vidaud, Vidaud est venu dire à Armand : « Nous avons la supériorité, il ne faut pas manquer les patriotes ; sans les tuer, les faire beaucoup souffrir. »

Le comité reçut encore trois autres dépositions insignifiantes, constatant que Vidaud avait fait des patrouilles.

Sur ces dépositions, Maignet lança contre M. de Vidaud un mandat d'arrêt, le 24 germinal (13 avril 1794), qui fut mis k exécution par Dominique Chaussy, cadet, lieutenant de gendarmerie (1), accompagné de trois gendarmes. On arrêta le charitable comte, à midi précis, dans sa maison d'Avignon, rue Calade. Jourdan, alors chef d'escadron de la 12« division de la gendarmerie nationale, en transmit la nouvelle à Maignet par ces mots : < Vidaud est dans la grande boutique nationale. »

Dès que cette arrestation tut connue, les patriotes d'Avignon s'émurent ; ils envoyèrent à Maignet une pétition relatant tous les bienfaits du prisonnier.

« Citoyen représentant, lui écrivit-on, les soussignés sans-culottes de ce canton d'Avignon viennent te témoigner avec confiance qu'ils ont été on ne peut plus surpris de l'arrestation de Jean-Jacques Vidaud, qui fut toujours le partisan de la Révolution, et le sauveur de bien des patriotes dans le temps de leur persécution ; ils imaginent bien que tu n'as pris cette mesure que parce que tu l'as crue nécessaire ; mais tu peux avoir été mal instruit ; il faut donc que tu prennes un moment sur tes travaux extraordinaires pour écouter leurs représentations.

il) Voici l'acte d'écrou delà maio de Cbausey. « L*aa II deTère republicaioe et le 24 ([ermiDal, dous Dominique Gbaussy, lieutenant au corps de la gendarmerie nationale en ressidence en cette ville en vertu ae Tordre a nous donné par le citoyen Jourdan notre comendant Envoyé par le BepréseDian du peuple prés le département des Boucbes-du-Rh6ne et de Vaucluse portent mandat d'arrêt pour semparer de la personne de Latour Vidaud cy devant noble nous nous somme transporte cbes lui et lavons constitué prissonier et ecroué sur le livre de geôle et remis entre les mains du citoyen Ducand, conssierge pour en être responsable et le représenter toutes foy que bessoin sera ; fait a avignon les au et jours que dessus et avons signé Gbaussy cadet. »

En marge de Técrou, on lit : Traduit à Orange pour être jugé le 5 messidor.

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« Vidaud est très instruit et pi-ofesse depuis trop longtemps la philosophie pour n'être pas révolutionnaire. Aussi avons-nous toujours entendu dire qu'il fut Tennemi de l'ancien régime, qu'il en détesta les abus insignes et qu'il fut toujours le défenseur des opprimés. Mais ce que nous pourrons dire de plus pour ravoir vu par nous-mêmes, c'est qu'à peine la Révolution se développa-t-elle ici, qu'il s'en montra l'appui. Personne n'ignore ce qu'il fit pour les patriotes qui combattaient contre les aristocrates du ci-devant Comtat et ceux surtout de Carpen- Iras. Il donna plus de vingt mille livres pour le soutien de cette guerre de la liberté contre l'esclavage et pour l'indemnité due aux braves défenseurs qui la faisaient. Bientôt après, il fit don de son argenterie pour le soulagement des pauvres patriotes, que les riches, en cessant les travaux qu'ils faisaient faire, cherchaient à décourager. Il a d'autre part, donné tantôt dix, tantôt six mille livres. Il n'y a pas longtemps même qu'il envoya h la Société populaire une partie d'argenterie fort considérable ; enfin il a donné le reste qu'il en avait, ensuite de la proclamation que tu as faite à ce sujet ; et nous sommes sûrs qu'il n'aurait pas tardé à faire ce don sans cela, parce qu'il a toujours été au devant des besoins de ses concitoyens, amis de la liberté.

« Quant à sa vie privée, elle fut toujours fort modeste ; nous l'avons toujours vu professer l'égalité. Il reçut le pauvre comme le riche, et mieux encore celui-ci parce qu'il pouvait lui être utile.

« Eh ! quel bien n'a-t-il pas fait aux patriotes opprimés ? Au temps de la contre-révolution opérée ici par l'infâme Choisy, qui avait sous ses ordres le régiment de la Marck, il se montra ouvertement pour eux : aussi fut-il regardé par les soi-disant honnêtes gens, ces scélérats qui sont entachés de tous les crimes, comme un brigand et traité comme tel. Il sauva pourtant, malgré eux, chez lui, la plupart des patriotes poursuivis. La nommée Thérèse Pouhn, veuve de François Fontaine, qui a perdu dans la Révolution son époux et deux de ses enfants, et dont l'aristocratie a si souvent mis la tête à prix dans toutes les contre-révolutions momentanées qu'il y a eu, lui a les plus grandes obligations, comme tant d'autres qu'il sauva des dangers qu'ils couraient.

t On l'a vu aussi du temps des sections des fédéralistes, parce qu'il se présenta avec assurance pour défendre les patriotes ses

IG

23o NEUVIÈME SÉANCE.

frères, subir toutes les injures et toutes les vexations possibles ; il fut meurtri de coups par des aristocrates qui lui tombèrent dessus, le terrassèrent, le traînèrent dans la boue, et l'auraient massacré, s'il n'avait fait pitié à des forcenés vis-à-vis desquels il réclama la loi.

« Alors sa maison était pleine de patriotes qui se cachaient, mais dont la plupart furent découverts, parce qu'on s'imagina qu'il était trop leur ami pour ne pas les avoir chez lui. Ce fut dans ce même temps que sa maison fut pillée et dévastée, et qu'on y brisa de gros meubles qu'on ne pouvait emporter.

« Tel est l'homme que tu as fait mettre en arrestation dans le Fort. Serait-ce donc un crime que tout ce qu'il a fait pour les patriotes ? Il l'est lui-même, on ne saurait lui disputer cette qualité, si l'on est de bonne foi envers lui. Tu ne souffriras pas qu'il soit privé plus longtemps de sa liberté ; il est incapable d'en faire un mauvais usage, parce qu'il ne veut que le bien public, et l'unité et l'indivisibilité de la République. Nous attendons donc que tu donneras des ordres pour le faire élargir.

« Les sans-culottes soussignés ne prétendent point contrevenir à la loi parjla pétition qu'ils te font. » Suivent trente-quatre signatures.

Cette pétition dénature sans doute les intentions qui faisaient agir M. de Vidaud ; il était trop attaché à l'église et trop dévoué au Pape, son souverain spirituel et temporel, pour approuver les patriotes du Comtat, et les aider dans la guerre déloyale qu'ils firent aux Carpentrassiens ; mais il fallait, pour lui être utile, donner à ces actes de générosité une couleur révolutionnaire. Quoique de nature à toucher un cœur républicain, cette pétition n'eut aucun résultat. M. de Vidaud fut maintenu en prison, et traduit à Orange, le 5 messidor, dans les prisons du Cirque. Le surlendemain, il comparaissait devant la Commission populaire. 11 avait, la veille, adressé à ses juges une longue requête dans laquelle il expose sa conduite ; il rappelle ses dons patriotiques, il explique la malencontreuse phrase que la municipalité de Velleron avait glissée dans sa réponse au comité de surveillance d'Avignon. Tout cela fut inutile, sa mort était décidée.

Pendant l'audience, une femme au cœur reconnaissant, à laquelle M. de Vidaud avait rendu de grands services, celle qui avait déjà fait signer la pétition adressée à Maignet, Thérèse

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Poulain veuve Fontaine, se déclara hautement son défenseur^ Elle eut la hardiesse d'inviter le président de la Commission à déposer sur le bureau la pétition qu'elle lui avait remise quelques jours auparavant et à ordonner que lecture en fût faite. Fauvety demanda à la pétitionnaire si elle avait été assignée en témoignage. Sur sa réponse négative : « Hé bien, lui dit le président, si tu n'as pas été assignée, tu n'as pas la parole. » M. de Vidaud, entendant ces mots, lui dit : ^ Thérèse, on ne veut plus rien entendre ; c'est fini. » Alors Thérèse se retira, laissant échapper cette exclamation indignée : « On n'écoute que les faux témoins et les assassins. » Un second patriote ayant aussi voulu parler en sa faveur, reçut de Fauvety la même observation, et le comte lui fit signe de ne plus insister. (1)

M. de Vidaud fut condamné à avoir la tête tranchée.

Sa mère, arrêtée au mois de prairial, fut condamnée avec lui dans la même séance, bien qu'elle fût âgée de quatre-vingt-sept ans, et que trois médecins, JuHan et Blanchard, de Pernes, et Bouge, d'Avignon, eussent attesté qu'elle était, depuis quatre ans, tombée en enfance. (2)

Viot eut l'impudence de l'accuser, comme nous l'avons dit, de complicité avec les fédéralistes marseillais, et d'avoir employé tous les moyens possibles pour recruter des soldats en faveur des rois et des émigrés.

Huit témoins avaient déposé contre la comtesse et onze contre son fils.

Quand le moment de l'exécution fut venu, le même jour, à six heures du soir, M. de Vidaud prit par le bras sa mère bienaimée qui n'avait rien compris à sa condamnation, et qui ne se rendait pas compte de ce qui se passait autour d'elle. « Mon ami, dit-elle à son fils, où allons-nous ? où nous mène-t-on ? — Au ciel, ma mère, répondit M. de Vidaud, comprimant sa douleur. — Mais, mon ami, continua la bonne dame, où souperonsnous ce soir ? — Avec les anges, ma mère. » Arrivés au lieu de l'exécution, quand il fallut gravir les marches del'échafaud. Madame de Vidaud croyait monter dans sa voiture pour faire des visites. Craignant de laisser après lui cette pauvre infirme

(1) Registre des déooociatioDB du comité de surveillance d'AvignoD

(2) Od peut lire leurs attestations dans rflistoire de la Révolotic d'ÀTigooD par Gh. SooHier. Tome II, pages 383 et suivantes.

livrée à la brutalité du bourreau et à la dérision des assassins, son fils demanda qu'elle mourût avant lui ; il Faida à monter sur réchafaud, surveilla la manière dont elle fut attachée sur la fatale machine, et ne cessa jusqu'à la fin de l'exhorter et de l'entretenir de Dieu. Il se plaça ensuite lui-même sur la planche fumante du sang de sa mère, et en invoquant le Dieu qui s'était laissé clouer sur la croix, il reçut le coup qui lui trancha la tête.

Le lendemain de l'exécution, Thérèse Poulain, à qui Fauvety avait refusé la parole en faveur de M. de Vidaud, étant venue à l'hôtel de la Commission pour remettre une pétition en faveur d'un de ses parents de Camaret, le président lui dit : « Que voulais-tu dire de Vidaud que tu avais demandé la parole ? — Je te voulais dire que Vidaud n'avait fait que le bien et point de mal, et que ceux qui venaient témoigner contre lui n'étaient que des assassins et des faux témoins ; que ces témoins avaient assassiné mon frère et s'étaient mis à la tête des Marseillais ; que des témoins de cette espèce ne devaient pas être entendus. » Le président répliqua froidement : « Hé bien, il y a passé; il n'était pas moins aristocrate et riche, et nous savons tout le bien qu'il a fait. »

Nous lisons dans le jugement du 7 messidor an III (25 juin i795j qui, par un juste retour, envoya à l'échafaud les juges d'Orange : <r Ils ont condamné à mort la citoyenne Gallet, veuve de Latour-Vidaud, pour des prétendus propos contre-révolutionnaires. Cette femme était âgée de 84 ans, et il était généralement reconnu que, depuis plus de cinq ans, elle était dans une démence parfaite. Aussi demanda-t-elle à son malheureux fils qui l'accompagnait au supplice, lorsqu'on lui fit monter les escaliers de l'échafaud, si on allait la mettre en carrosse ; aussi tint-elle des propos si contraires au sens commun, lorsqu'on l'attacha sur la planche fatale, que tous les assistants, quoique accoutumés à voir répandre le sang, versèrent des larmes sur cet assassinat horrible. »

En mourant, M. de Vidaud laissa un fils âgé de dix-huit ans, M. Gabriel de Vidaud, qui continua les traditions de vertus et de piété héréditaires dans sa famille. Il est mort le 5 mars 1834 à l'âge de 58 ans, après avoir fait l'édification de tous ceux qui l'oût connu. Sa vie a été écrite par le P. Poujet, de la Compagnie de Jésus, sous le titre de Modèle des chrétiens dans le

7 messidor — 25 juin 17^4 233

monde. On a également publié, en 1881, une étude très intéressante sur M. Gabriel de Vidaud, intitulée : Un saint Pénitent gris (P Avignon (1).

N^ 54. Thérèsd-Catherine-Marguerite DEVILLARIO, veuve ROSTY.

Dossier 118.

Elle naquit à Carpentras, le 19 juillet 1744, de Joseph-Louis- Marc Devillario, notaire, et d'Anne-Thérèse-Claire de Jeaume. On lui donna pour parrain et marraine deux pauvres de la Charité, Jérôme Lamour et Françoise Paradis. Elle épousa, le 22 juillet 1763, Claude Rosty, de Velleron. Quatre enfants naquirent de ce mariage, un garçon et trois filles. La mort lui ayant ravi son mari le 12 juillet 1781, elle trouva en son beaufirère, M. Etienne Rosty, dont nous parlerons au numéro 58, un protecteur et un soutien pour sa famille.

Fortement attachée aux principes catholiques. Madame Rosty blâmait hautement les prêtres qui avaient eu la faiblesse de prêter le serment. Aussi fut-elle dénoncée, le jeudi 22 août 1793, par Catherine G..., qui déclara au comité de surveillance que Rosty-Devillario lui avait dit que si elle allait à la messe des prêtres assermentés, elle commettait un grand sacrilège.

Elle fut dénoncée encore pour avoir désiré le triomphe des fédéralistes. Le 22 août 1793, Marie-Anne M... déposa que, dans le temps des sections, la nommée Devillario lui avait dit: « Ne parles pas contre l'armée de Marseille; car si je t'entends parler contre cette armée, je te ferai mettre en prison ; car cette armée n'est composée que de messieurs, de prêtres, de moines et de toutes sortes d'honnêtes gens qui ne viennent ici que pour mettre le bon ordre et pour ranger ceux qui ne veulent pas se soumettre aux lois. » — Cette même femme déposa encore, le 1*' septembre, qu'allant un jour prendre du feu chez la nommée Rosty, elle l'entendit dire à Randoulet « qu'il fallait emprisonner tous les patriotes, qu'elle avait du seigle pour les nourrir. » — Une autre, Thérèse B..., rapporta qu'elle avait dit : que si les Marseillais venaient, elle et sa maison ne risquaient rien.

(1) Par M. Joies Bonoel, chanoine honoraire ; chez ilobanel frères, 1881.

I^ 14 octobre, Jacques D... déposa devant Teste, juge de paix, que, dans le temps des sections, la nommée Rosty lui dit qu'il fallait aller avec les frères de Marseille ; le déposant lui répondit qu'il ne voulait pas y aller. Alors elle lui dit « qu'il était un lâche et qu'il devait partir avec son fils. » Alors elle le lui répéta, en le prenant par son gilet qu'elle était au point de le lui déchirer; mais le déposant l'envoya faire f... — Signé: Teste, juge de paix.

Marie G... vint le même jour déclarer que la nommée Rosty lui avait dit : « Il faut conseiller à votre mari de quitter le parti de la patrie et de soutenir le parti de nos bons frères marseillais, parce que c'est le bon parti. Si ce parti gagne, comme il y a toute apparence, nous serons heureux. » Elle parla dans le même sens à son mari. »

En conséquence de ces dénonciations, la municipalité de Velleron lança contre Madame Rosty un mandat d'arrêt, et elle fut conduite dans les prisons d'Avignon, le 19 floréal (8 mai 1794). Le 29 prairial (17 juin), le comité de surveillance dressait son tableau de renseignements que la municipalité approuva. Il est conçu en ces termes : « Thérèse-Catherine Villario, veuve de Claude Rosty, domiciliée à Velleron environ dix mois avant son arrestation, âgée d'environ 80 ans, quatre enfants dont un mâle d'environ 20 ans, émigré, et trois filles, une mariée à Velleron, 30 ans; une autre, 22 ans, absente, et la troisième, 14 ans, à Velleron.

^ Elle est détenue dans la maison de justice à Avignon depuis un mois, prévenue de complicité avec les rebelles de Marseille, et de fédéralisme pour avoir recruté pour leurs armées, comme il conste par la procédure (déposée) au tribunal criminel d'Avignon, el faite arrêter par ordre de la municipalité de Velleron. — Bourgeoise. — Environ 600 livres de revenu. — • Aristocratique et révolutionnaire. — Une fine politique, quoiqu'on ne puisse pas juger entièrement de son caractère, de ses opinions, que l'on croit cependant avoir toujours été aristocratiques. »

Par ordre de Viot, Madame Rosty fut transférée, le 5 messidor, des prisons d'Avignon dans celles d'Orange, où le brigadier Dyonnet l'écroua à la Cure avec les dames de Florans et de Vidaud-de-la-Tour.

7 messidor — 2S juin i/f)4. 2 35

Le surlendemain, elle était condamnée à mort avec les prévenus de Velleron. Les neuf personnes qui l'avaient dénoncée furent appelées en témoignage.

N*" 55. François- Etienne LIOTARD aîné, chirurgien.

Dossier 109.

Nous voici encore en présence d'un innocent qui paya pour le coupable, si coupable il y avait. De même que M. Borty père avait été condamné à la place de son fils, M. Etienne Liotard aîné fut envoyé à la mort pour des dépositions faites contre Louis-Toussaint Liotard, gendre Rosty, son frère cadet.

Ce dernier fut dénoncé comme fédéraliste et pour avoir assisté au service funèbre célébré à L'Isle en mémoire des citoyens qui avaient péri à Lyon le 29 mai 1793. Louis-Toussaint ayant pris la fuite, on s'empara de son frère aîné, et, malgré ses réponses négatives à toutes les interrogations que lui adressa Laurent Faure, juge au tribunal criminel, malgré les dépositions des témoins, qui, toutes, visaient Liotard cadet, on le maintint en prison pendant sept mois, puis on le traduisit à Orange, où l'inique Tribunal l'envoya à la mort.

M. François-Etienne Liotard était né à Velleron, le 10 juillet 1757, de M. Antoine Liotard et de demoiselle Thérèse Rodes. Chimrgien, il consacrait son temps et ses peines au soulagement des malades.

Le 8 frimaire an II (28 novembre 1793), Etienne P... déposa au comité de surveillance que, le 21 juillet dernier, étant entré avec un volontaire du Var chez Gerlet, pâtissier à L'Isle, il trouva dans une chambre Liotard, de Velleron, gendre de Roustie (lisez Rosty), avez Crozet, son beau-frère, ci-devant notaire. Le déposant ayant montré ces deux aristocrates au volonlontaire, le volontaire se mit à dire : « Ah bougre ! les aristocrates gouvernent à présent, mais cela ne durera pas ; il en reviendra des volontaires qui sont aux frontières qui leur foutront la tête à bas. » Alors, ledit Liotard se mit à dire : « En attendant, on tient un de ces brigands qui est détenu à Lyon, et qu'il sera bientôt guillotiné lui el tous ceux qui lui ressemblent. » — Le même jour, Joseph B... et Joseph M... déclarèrent que, « huit jours avant l'arrivée des Allobroges, une discussion

s'engagea sur la place entre Liotard, gendre Roustie, et Joseph M... au sujet du blé qui valait 9 livres à Carpentras et que la municipalité avait taxé. Alors Liotard dit qu'on faisait bien de ne plus croire à la Convention, parce que c'était une troupe de foutus coquins et qu'il fallait y tomber dessus. » Ledit M... dit que s'il croyait bien faire, (il) fit ce qu'il jugerait à propos, et que, dans peu de temps, il aurait le plaisir de le voir courir dans les montagnes, et qu'il se préparât à avoir de bons souliers tachés (ferrés). » Liotard lui répondit : « Hé bien, nous verrons qui tétera le meilleur lait. »

A la suite de ces dépositions, ordrefut donné àla gendarmerie d'Avignon, renforcée par la gendarmerie de L'Isle, de se saisir de Liotard, gendre Rosty. Ne l'ayant pas trouvé, les gendarmes se transportèrent à Velleron, et arrêtèrent Liotard aîné son frère, qu'ils traduisirent dans les prisons d'Avignon, le 28 novembre 1793.

Le 27 nivôse suivant (16 janvier 1794), Faure, juge au tribunal criminel, procédait à son interrogatoire.

« Il répondit avoir été arrêté le 28 novembre, mais ne pas connaître le motif de son arrestation. — Il nia avoir dit qu'il était temps de dénoncer les patriotes ; n'avoir point invité Jean Philip à venir faire des dépositions ; — n'avoir point été député par les sections pour assister au service des Lyonnais, et ne point connaître ceux qui le furent ; — n'avoir assisté que deux fois aux sections, et n'y avoir jamais fait des motions relatives à la Révolution ; — n'être pas entré le 21 juillet dans la maison du pâtissier Gerlet, que c'est son frère qui est le gendre de Rosty, de Velleron ; -- qu'il n'a point pris les armes contre les armées de la République, et qu'il n'est pas venu à Avignon; -- qu'il était à Pertuis, chez son beau-frère, pendant les troubles qui éclatèrent dans sa commune. »

Malgré ses dénégations, l'accusateur public, dans son réquisitoire du 5 pluviôse (24 janvier 1794), lui imputa tous les délits dont son frère avait été accusé, et le tribunal le retint en prison par jugement du 11 pluviôse (30 janvier).

Pendant sa captivité, les dénonciations continuèrent, mais toujours contre Liotard cadet.

Le 29 pluviôse (17 février), Guillaume M... déposa que « Liotard cadet, setrouvant dans l'assemblée des sections, apostropha un étranger en lui disant : « Si vous êtes porteur des

7 messidor ~ 25 juin iyg4. 23y

décrets de la Convention, vous pouvez vous retirer, nous ne voulons pas la reconnaître, » Et il dit à Armand, agent du seigneur de Vidaud, de faire prêter le serment de ne plus reconnaître la Convention. »

Enfin, le 11 germinal (31 mars), François M... déclara que, se trouvant à L'Isle, Liotard cadet lui dit que, « dans quelques jours, la municipalité serait destituée, qu'on nommerait des administrateurs provisoires, et que le maire et toute la municipalité seraient guillotinés. »

Conformément aux ordres de Maignet, le comité de Velleron dressa, le 29 prairial (17 juin), le tableau de renseignements d'Etienne-François Liotard. On y lit : « qu'il était domicilié à Velleron cinq mois avant son arrestation, veuf, sans enfants; — détenu comme complice des rebelles de Marseille, et comme député à L'Isle à un service fait pour les aristocrates morts à Lyon ; — qu'il possède environ 300 livres de revenus ; — que ses relations étaient tantôt avec les patriotes, tantôt avec les aristocrates ; — et qu'il s'est montré aristocratique. »

Tout cela pouvsit s'appliquer à son frère, mais pour lui, il était innocent.

Traduit à Orange, il fut écroué dans la prison des Dames, et le 7 messidor la Commission populaire le condamna à mort,

Cinq témoins furent assignés contre lui.

N* 56. Etienne GERMAN, menuisier- tonnelier.

Dossier 110.

Etienne German, menuisier-tonnelier, de Velleron, était âgé de soixante ans (1) quand il fut condamné ù mort.

Les dépositions nous le montrent comme un ardent fédéraliste. Le 23 août 1793, Jean-Pierre B... et Thomas J... le dénoncent pour avoir dit, en retournant de L'Isle : « J'ai du bon papier dans ma poche pour exterminer tous les patriotes, leurs femmes et leurs enfants. » — Le 29 novembre, il est accusé d'avoir assisté avec Armand, Dany et Icard, au service célébré à L'Isle pour les Lyonnais. — Le 9 décembre, François F... dépose que German lui a dit : « Veux-tu jouer douze livres

(1) Né le 20 jDiiiet 1734, de Joseph German et de Madeleine Bacalard.

que dans deux mois d'ici, le roi soit remis sur le trône ? » Jacques D... rapporte qu'un soir, se trouvant à la section, quelqu'un demanda de la lumière, et que German s'offrit pour aller en chercher; mais Dany lui dit de ne pas prendre celte peine, qu'on allait y envoyer un enfant, mais German répondit: « La peine ne me coûte rien, quand il s'agit de travailler pour les frères de Marseille ; je suis prêt d'aller égorger dans le moment tous les patriotes, si on veut venir avec moi. » — - Pierre G... ajoute que du temps des sections, German apporta une lettre pour la section et dit qu'il fallait tuer tous les patriotes, femmes et enfants, qu'on était les maîtres, et que la Convention nationale n'avait plus de force. »

Sur ces dénonciations, la municipalité lança contre lui un mandat d'arrêt, et six gardes nationaux vinrent l'arrêter au Thorchezsa sœur, le 28 novembre 1793, et le conduisirent dans les prisons de L'Isle.

Ordre fut donné de le transférer à Avignon. Le 11 décembre, le lieutenant de la gendarmerie nationale annonçait aux juges du tribunal criminel Tarrivée du prisonnier en ces termes :

« L'Isle, ce 21 frimaire an II de la République une et indivisible.

« La commune de Velleron fit conduire le nommé Estienne German dans nos prison, un de ces contrerévolutionaireyje vous le fait conduh^e avec quatres déposilion qui, je le crois, le cofiduirons à la guillotine. Salut et Fraternité et gloire k la République. »

Dans son interrogatoire qui eut lieu le 16 janvier suivant, il nia toutes les paroles et les actes dont on l'accusait. L'accusateur public les lui reprocha quand même, et l'accusa d'être chef et instigateur de révolte et de mouvements contre-révolutionnaires, ainsi qu'on le lit dans l'acte d'accusation du 5 pluviôse (24 janvier), et le tribunal criminel le condamna le 30 janvier à la détention, jusqu'à ce que la Convention nationale eût statué sur son sort.

Le 29 prairial (17 juin), le comité de surveillance de Velleron dressa son tableau de renseignements. On le note comme « toujours très acharné contre les patriotes, et lié avec l'aristocratie ; son caractère et ses liaisons ont toujours été contrerévolutionnaires et perturbatrices. •

7 messidor — 2 S juin ijg4' ^'^9

D'Avignon, on l'amena dans la prison du Cirqm à Orange ; il fiit condamné et exécuté le 7 messidor.

Neuf témoins avaient déposé contre lui le il pluviôse (30 janvier) ; ils furent de nouveau assignés par la Commission populaire.

N"" 57. Pierre-David ARMAND, domestique de M, de Vidaud.

Dossier n** 113.

Armand était né à Die (Drôme), le 27 décembre 1740, de Pierre, journalier, et de Catherine Viret. Il habitait Velleron, en qualité de concierge du château de M. de Vidaud de-la-Tour, avec sa femme et ses quatre enfants. Quand éclata le soulèvement marseillais, et que les sections fédéralistes furent établies dans la conmiune, Armand fut nommé président, et paya en cette qualité, la réparation faite à huit fusils par Lavant, armurier de Saumane. Le reçu que lui délivra Tarmurier, fut cause de sa mort. Il était ainsi conçu : « Je déclare avoir reçu du citoyen Armand, président du comité, la somme de 16 livres en assignats, pour avoir accommodé huit fusils servant à l'usage de la patrouille, dont le travail m'a été commandé par le citoyen maire de Velleron, de concert avec le citoyen Armand. Pour acquit à Velleron, le 14 juillet de l'an 2* de la république française, et le 1" de la sûreté des personnes et des propriétés. Signé : Lavant, armurier. *

Le 22 août 1793, Sébastien G... déposa en présence du comité avoir entendu dire à Armand parlant à Denis Feuillet : « Quand était-ce que vous partez pour Paris, pour nous apporter la tête de ce coquin de Marat ?» Et Feuillet répondit : « Si je ne l'apporte pas toute entière, j'en apporterai au moins la moitié. »

Le 26 septembre, Jeanne F... dénonça la femme d'Armand pour avoir dit : que le parti (des patriotes) était des monstres, et que les aristocrates étaient les enfants du bon Dieu. »

Armand, ainsi dénoncé, fut décrété d'arrestation ; et le 3 octobre 1793, il alla se constituer prisonnier à Avignon.

Dans l'interrogatoire que lui fit subir le 16 janvier 1794, Faure, juge au tribunal criminel, il dit « être âgé de cinquantedeux ans, domicilié depuis quatre ans, à Velleron, être domes-

tique salarié de Vidaud, faisant les fonctions de concierge sous le traitement annuel de 180 livres en argent, le logement et la faculté de cultiver et semer une portion de terre pour sa nourriture et celle de sa famille ; — s'être rendu en prison le 3 ou 4 octobre, parce qu'il avait appris qu'on l'avait mis en état d'arrestation ; — il avoua avoir été trois fois aux sections dont on l'avait nommé président ; — mais il nia avoir désiré le succès des Marseillais, et qu'au contraire il s'était opposé au départ des volontaires demandés par le comité de L'Isle. Le départ eut lieu à minuit mais sans l'ordre du comité ; — il nia également tous les pi'opos dont on l'accusait ; — et que s'il ne s'est pas joint aux patriotes pour repousser les Marseillais, c'est qu'il ne pouvait pas abandonner sa femme et ses quatre enfants dont l'un est aveugle, et parce que la municipalité ne fit aucune réquisition à cet effet ; — il dit que les patrouilles dont il fit partie n'avaient point un but politique, mais seulement pour sauvegarder les gerbes contre les maraudeurs. )>

Traduit en jugement le 5 pluviôse (24 janvier 94), l'accusateur public lui reprocha d'avoir fait réparer les armes de la commune pour les remettre aux rebelles venus à Avignon ; d'avoir provoqué les jeunes gens à marcher contre la Convention nationale, etc. Tous ces délits joints h sa qualité de domestique du ci-devant seigneur de Vidaud, le constituent chef et instigateur de révolte. I^e tribunal criminel le maintint en prison. Transféré à Orange, il fut écroué au Cirque, d'où les gendarmes le conduisirent devant la Commission populaire qui rendit contre lui une sentence de mort le 7 messidor (25 juin). Il fut exécuté avec M. de Vidaud, son maître.

Le comité de Velleron avait dressé son tableau de renseignements avec celui des autres prévenus de la commune, le 29 prairfal (17 juin). On le qualifie de procureur ou agent de M. de Vidaud; dans son interrogatoire, il dit être simplement con- -cierge du château.

N* 58. Etienne ROSTY, propriétaire.

Dossier n*» 114.

M. Etienne Rosty avait quarante-trois ans, quand il fut trainé au tribunal d'Orange. Né à Velleron le 24 janvier 1851 de M. Dominique et de demoiselle Marguerite Deleuze, il vivait en

7 messidor — 25 juin I7g4' M'

famille avec Claude, son frère aîné, et sa belle-sœur Madame Devillario, dont il fut le soutien et l'appui. En 1793, il prit parti pour les Marseillais, dont la devise était : Respect atix personnes et aux pi'opriétés, et il vint à Bompas pour conférer avec leur capitaine. Après la dispersion des Marseillais, il fut dénoncé comme fédéraliste par cinq de ses concitoyens. Mis en état d'arrestation, il prit la fuite, mais il fut saisi le 28 septembre à Aulan (Drôme), près Montbrun, dans une ferme où il cherchait un asile, par la garde nationale qui le ramena à Velleron.

Conduit immédiatement dans les prisons d'Avignon, il fut interrogé par Faure, juge, le 27 nivôse, (16 janvier). Il déclara « n'avoir accepté la place de président de section qu'à la condition que la municipalité resterait en fonction, et que l'on agirait de concert; — n'avoir jamais fait de motions contre la Convention, ni méprisé ses décrets ; — qu'il était membre de la société populaire de Carpentras, et qu'il avait formé à Velleron la garde nationale dont il fut commandant ; — il avoua avoir cru que les Marseillais étaient dans les bons principes, et avoir engagé les citoyens à les soutenir et à se joindre à eux, mais qu'il n'a pas appuyé cette motion dans la section.»

Le tribunal le condamna le 5 pluviôse (24 janvier) à la détention jusqu'à décision ultérieure de la Convention nationale, comme étant un des instigateurs de la rébellion marseillaise.

Le comité de surveillance de sa commune dressa le 29 prairial (17 juin) son tableau de renseignements, dans lequel on lit qu'il a toujom's été ligué avec l'aristocratie.

Il fut traduit à Orange dans la prison du Cirque^ et le 7 messidor la Commission populaire l'envoya à l'échafaud avec ses compatriotes et sa belle-sœur. Cinq témoins avaient déposé contre lui.

N*» 59. Pierre CHOOVET, marécbal-ferrant.

Dossier 112.

11 était né à Velleron le 27 décembre 1752 de Pierre Chouvet (1) et d'Anne Délaye; comme son père, il exerça la profession de maréchal-ferrant.

(1) L'acte de Daissaoce porte Chouvet; dans d'autres documents il est appelé Chauvet; les registres de la Commission populaire l'appellent toojours Càauvet,

Après la défaite des Marseillais, il fut accusé de complicité avec les fédéralistes.

Le 20 août 1793, Jean-Pierre M... le dénonça au juge de paix pour avoir dit au milieu de la place : « Que faisons-nous de la municipalité ? Il faut monter à la Maison commune, leur ôter les clés et les écharpes, et les f... dehors comme on a lait à L'Isle. » Trois jours après, Thérèse G... se plaignit que Chauvet l'avait traitée elle et son mari de brigands et qu'il les ferait tuer le même soir; — qu'il allait à L'Isle chercher ses frères les Marseillais. »

Jean-Baptiste T... déposa « que le maire étant monté à la tribune pour annoncer qu'il allait afficher les décrets de la Convention, Chauvet s'écria : « A bas les brigands ! nous ne voulons reconnaître que ce qui vient de Marseille. »

Le 1*' septembre, Gaspard M... déclara « qu'un soir, pendant les sections, André Lacour ayant dit que le grand village de Paris était pris et que la Convention nationale allait passer à la guillotine, Chauvet s'exclama : «Nous sommes heureux ; notre affaire ne pouvait pas mieux réussir. »

Décrété d'arrestation à la suite de ces dépositions, il fut saisi le 28 septembre 1793 par la garde nationale, et conduit dans les prisons d'Avignon.

Laurent Faure, juge au tribunal criminel, l'interrogea le 27 nivôse (16 janvier 1794). Après avoir donné ses nom et prénom» il répondit « avoir été fusilier dans la garde nationale ; — avoir fréquenté les sections comme les autres, mais n'y avoir jamais motionné ; — il nia les propos que lui attribuaient ses ennemis, et choisit Mélincourt pour son défenseur. » L'accusateur public le dénonça, le 5 pluviôse (24 janvier), comme un de ceux qui ont montré, lors des sections, le plus d'acharnement en faveur de la cause des rebelles ; — qu'il a tenu en public les propos les plus séditieux contre la Convention et ses membres ; — qu'il a cherché à provoquer des émeutes contre la municipalité légitime ; — que par tous ces crimes, il s'est déclaré chef et instigateur des mouvements séditieux et contrerévolutionnaires. »

Le tribunal, sur cet exposé, le condamna à la prison, jusqu'à décision de la Convention nationale.

Dans son tableau dressé le 29 prairial (17 juin), le comité dit : « que sa femme et ses deux enfants (un garçon de 16 ans et

7 messidor — 25 juin 1794. 243

une fille de 12) sont domiciliés à Carpentras ; — qu'il était toujours en relation avec Taristocratie ; — que son caractère et ses opinions ont toujours été imposantes et contre-révolutionnaires. »

Il fut transféré d'Avignon à Orange, et écroué au Cirque. Le 7 messidor, il ne parut devant la Commission populaire que pour entendre sa condamnation à mort. Cinq témoins à charge furent assignés.

N* 60. Jacques DANY, cultivateur.

Dossier 111.

Jacques Dany était né à Velleron le 7 juin 1738 de Pierre et de Marie Bressy. Il vivait tranquille avec sa femme et ses quatre enfants du produit de son travail, exploitant de seize à dixsept salmées de terre qui composaient toute sa fortune. L'estime publique dont il jouissait l'avait fait nommer consul de la commune en 1786, puis électeur et notable en 1791, et colonel ' de la garde nationale.

Plusieurs dénonciations le firent arrêter comme fédéraliste.

Le 22 août 1793, Sébastien G... le dénonça pour avoir dit aux Marseillais qu'il fallait exterminer toute cette canaille de brigands, qu'il ne connaissait à Velleron que seize honnêtes gens.

Le l"" septembre, Marguerite B... l'accusa d'avoir crié : « Vive nos frères marseillais ! nous avons la victoire, nous avons emporté le laurier. »

Le 26 du même mois, Pierre C... déposa qu'il lui avait entendu dire à Carpentras : « Il faut tâcher de mettre tous les patriotes dehors des autorités constituées, et prendre garde qu'ils n'y entrent jamais plus. »

Ces dénonciations furent transmises à l'accusateur public, qui, au mois d'octobre, donna à la gendarmerie de L'Isle ordre de l'arrêter. On le saisit dans sa maison de Velleron, et on le conduisit à L'Isle et bientôt après à Avignon. Etant tombé malade, il entra à l'hôpital où il resta jusqu'au 17 janvier 1794, jour de son interrogatoire par Faure, juge du tribunal. Il avoua dans ses réponses « avoir accepté la place de membre de la section, après avoir toutefois observé que ses occupations à la campagne ne lui permettaient pas de s'en charger ; — que les

décrets de la Convention étaient observés, mais qu'on était obligé aussi d'observer les arrêtés envoyés par le département des Bouches-du-Rhône; —qu'il n'avait assisté que trois fois aux séances et qu'on n'y parla ni delà Convention, ni de Marat, ni des patriotes ; — il nia les propos qu'on lui imputait, et après avoir choisi Mélincourt pour son défenseur, il fut reconduit non plus à l'hôpital, mais à la prison du Fort. »

L'accusateur public, sans tenir compte de ses dénégations dit, le 6 pluviôse (24 janvier), que Dany, par ses propos, s'était déclaré chef et instigateur de rébellion et de mouvements contrerévolutionnaires ; et le tribunal criminel, par jugement du 11 pluviôse (30 janvier), le retint en prison. Son tableau, dressé le 29 prairial, ne contient rien de remarquable.

Il fut transféré dans la prison du Cirque à Orange, et le 7 messidor la Commission populaire le condamna à l'échafaud avec ses compatriotes. Dany avait 56 ans; le registre des décès lui en donne 58.

Cinq témoins déposèrent contre lui le jour de son jugement.

Les dix condamnés de Velleron furent exécutés le même jour, à six heures du soir.

Cinq jours après leur mort, la municipalité de la commune prit la délibération suivante : « Du 12 messidor an II (30 juin 1794). Cejourd'hui, le conseil de la commune de Velleron, assemblé dans le lieu ordinaire de ses séances, présent et requérant l'agent national près ladite conmiune ;

« Informé que le juge de paix du canton de L'Isle, auquel l'agent national a fait passer ce matin une réquisition par écrit pour se transporter dans cette commune, pour y mettre les scellés sur les meubles et effets des individus de ladite commune, condamnés à mort par le jugement rendu par la Commission populaire établie à Orange, le 7* du courant, par lequel jugement tous les biens desdits individus ont été déclarés confisqués au profit de la nation, ne peut pas se rendre audit Velleron par suite de maladie ;

« Considérant qu'il est urgent de mettre les scellés dans la maison desdits individus, et autres opérations pour la conservation et assurance des meubles et effets et autres choses existants dans lesdites maisons ;

« A unanimement nommé et nomme pour commissaires les

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citoyens Jean-Baptiste Testanière et Pierre Beauchamp, officiers municipaux, pour se transporter de suite avec l'agent national, le secrétaire greffier de la commune, aux maisons des individus condamnés à mort, situées dans ledit Velleron, pour y mettre tous les scellés nécessaires, faire tous inventaires, et établir des gardiens solvables pour les garder, et du tout en faire dresser procès-verbal ; et ont, les assemblés, signé ceux qui ont su avec l'agent national et le secrétaire greffier. »

246 DIXifcMB SÉANCE.

iO»« Séance

8* Messidor. — Echalotes.

(Jeudi 26 Juin. — Octave de la Fête-Dieu).

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