VICTIMES DE SORGUES
Agricol Moureau, écrivant à l'agent national à Paris, lui rend compte de cette journée qui coûta la vie à neuf prévenus de Sorgues.
< La Gcmimission, dit41, marche bien ; hier sur douze accusés, neuf ont été condamnés à mort, deux à la déportation, un à six mois de détention. Je croyais que diaprés le décret du iî pravriaU H ^'y o^^O'it phs d^ autre peine que la mort pour les coupables de délits contre la Révolution (i). » C'est ainsi que ce patriote regrette que les douze prévenus n'aient pas tous porté leurs têtes sur l'échafaud.
Les neuf suppliciés furent les deux frères Guigue (Théodose et Basile), Chérubin Tassy, Augustin Avi, Jean-Baptiste Bedoin, grand carme, André Légier, seigneur de Malizay et de Montfort, Jean-Baptiste Bourdy, Pierre Pons, et Etienne Léonard. — Jean-Pierre Moutte, jeune homme de 18 ans, André Simon, . maçon, 38 ans, furent condamnés à la détention jusqu'à la paix et ensuite au bannissement perpétuel, et Biaise Roux, condamné à six mois de prison.
Avant de faire connaître les victimes, esquissons rapidement les événements qui troublèrent cette commune en 1793.
La ville de Sorgues, importante aujourd'hui par son industrie, n'était à la fin du 18"* siècle qu'un village appelé Pont-de^Sorgués, ayant à peine 1000 habitants, la plupart cultivateurs ou tisseurs de laine. La proximité d'Avignon, la fertilité de son territoire traversé par une branche de la Sorgue et par la rivière de l'Ouvèze, avaient engagé les Papes d'Avignon à rétablir le château que leur avait cédé, l'an 1207, le comte de Toulouse Raymond VI, château que le baron des Adrets détruisit en 1562. Un couvent de Célestins y avait été construit, au quartier
(1) Rapport de Conrtdis n^ CXlll*.
de Gentillyt sur les bords du Griffon, au milieu de prairies verdoyantes. Sa population calme et tranquille vit avec effiroi les idées révolutionnaires s'infiltrer dans quelques esprits turbulentSy et n'accepta qu'avec indifférence le décret du 14 septembre 1791 qui unissait le Gomtat Venaissin à la France. La municipalité fit désarmer tous les babitants qu'elle soupçonnait n'être pas attachés à la constitution française. Cet acte arbitraire aigrit les bons citoyens alors en majorité ; ils résolurent de reprendre leurs armes pour se défendre au besoin contre les patriotes. Convaincue de sa faiblesse, la municipalité pria les Avignonais de venir enlever et transporter à leur arsenal des armes dont la présence devenait dangereuse à la tranquillité publique. Les soldats de Jourdan soutenant la municipalité, les papistes comptant sur leur nombre, une rixe s'engagea dans laquelle un patriote fut tué et plusieurs autres blessés. C'était le 18 septembre 1791.
Mais bientôt les agitateurs reprirent le dessus, s'attroupèrent * et firent subir aux citoyens honnêtes toutes sortes de vexations. Basile Guigue, dans un mémoire adressé à ses juges, et dont nous parlerons ci-après, raconte qu'en 1792, il se forma dans Sorgues un attroupement qui, sous le nom de patriotes, fit incarcérer les vrais patriotes, et exigea d'eux des contributions exorbitantes, et qu'une nuit ces gens se portèrent en armes à la maison de plusieurs citoyens, et Us conduisirent brutalement à la maison commune, sous prétexte qu'on les demandait. Là, ils trouvèrent le général Jourdan, escorté d'une nombreuse troupe, qui exigea d'eux une contribution de trente-trois mille livres pour les indemniser, disait-il, des pertes qu'ils avaient éprouvées, lors de leur incarcération, à la suite des massacres de la Glacière. Vainement les opprimés objectèrent qu'ils n'étaient pas la cause de ces pertes, il fallut s'exécuter. Plusieurs sacrifièrent leur fortune pour obtenir leur liberté, d'autres prirent la fuite. Les patriotes triomphaient.
Aussi, quand les fédéralistes marseillais arrivèrent à Sorgues en juillet 1793, on les accueillit comme des sauveurs ; les clubs populaires furent fermés, les sections s'établirent, les honnêtes gens respirèrent, les patriotes à leur tour se virent obligés de fuir ou de se cacher. Mais huit jours après, l'arrivée du général Garteaux, la prise d'Avignon, la dispersion des fédéralistes
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leur firent reprendre courage. Les conservateurs cherchèrent de nouveau leur salut dans la fuite.
La municipalité dressa la liste des fugitifs où nous voyons figurer:
Pierre Guivalet, Antoine Jean, Baptiste Bedoin, Baptiste Mathieu fils, François Brunel, Nicolas Girard, Benoit-Théodose Guigue, Basile Guigue, Michel Guigue, Pierre Avi, Sébastien Pons, Louis Roqueirol, Joseph Perrin, dit Joiseau, Gaspard Gonet, Georges Gonet, Jean Martin, Thomas Martin, François Martin, Jacques Charrasse, le jeune, Thomas Offand, Antoine Bernard, Xavier Commin et Joseph Boulet.
Douze autres qui n'eurent pas le temps de fuir ou de se cacher furent incarcérés ^ Avignon : Jean-Baptiste Bourdy, Jean- Baptiste Qoupet, Pierre Sonnier, Pierre Pons, Jean Simon, André Simon, Nicolas Bon, Chérubin Tassy, Pierre Moutte, Etienne Léonard, Pierre Gleyze et André Légier de Montfort.
Leur jugemeM commença le !•' frimaire (21 novembre 1793); Taccusateur public près le tribunal criminel prononça l'acte d'accusation ;le lendemain on procéda à l'audition des témoins; cent vingt personnes furent entendues tant à charge qu'à décharge ; l'instruction dura cinq jours. A l'audience du 4 frimaire (24 novembre), Mélincourt, défenseur des accusés, dénonça au tribunal les agissements coupables des deux frères P..., qui cherchaient à influencer les témoins, t Citoyens juges, dit-il, en ma qualité de défenseur, en mettant me» efforts à faire triompher l'innocence, je dois toute mon attention à surveiller les intentions malignes de leurs ennemis conjurés. La conjuration a éclaté par les propos odieux et liberticides d'un patriote qui a osé se jacter que si mes prévenus étaient déchargés d'accusation, il les ferait hftcher à leur arrivée à Sorgues. Il y a plus, le tribunal doit être instruit que ce même particulier ne changeait, à chaque instant, d'attitude et de place que pour catéchiser les témoins à charge.
« Comme une telle conduite est répréhensible aux yeux de la loi, je demande en son nom que le tribunal, avant de s'occuper de l'audition des témoins, daigne éclaircir les faits soumis à sa justice et à son amour pour la vérité, sans être trahi par des moyens de passion, de fureur ou de subornation. »
Faisant droit à sa réclamation, le tribunal interrogea de suite le gendarme Long, qui déposa que dans l'audience des 3 et 4
frimaire, pendant Taudition des témoins, les deux frères P.... disaient qu'ils voyaient une foule de témoins qui s'étaient rendus à l'audience pour d^oser en décharge du citoyen Légier, et que ces citoyens étaient aussi coquins que lui, et qu'ils hacheraient Légiec k son arrivée, ainsi que son cousin prévenu, si le tribunal les mettait en liberté ; ils ont dit aussi que le juge de paix de Sorgues, Philibert, qui avait déposé en faveur de Légier, serait cassé de sa place k son arrivée.
Le lendemain, Compagnon, .ofiBcier ministériel, déposa aussi « que P... courait les rangs des témoins à charge leur parlant à l'oreille, et que ce fut dans cette circonstance que les femmes crièrent, séance tenante : « // faut partir; » et qu'il a remarqué que durant tout l'interrogatoire, les deux frères tenaient des contenances marquant leur esprit d'animosité contre les prévenus. »
Les cent vingt témoins «itendus, le tribunal rendit sa sentence le 6 frimaire (26 novembre) ; Bourdy, Légjar, Tassy, Pons, Léonard, Moutte et André Simon furent détenus en prison jusqu'à décision définitive de la Convention ; Cloupet, Sonnier, Bon, Gleyze et Jean Simon furent mis en liberté.
On lira avec intérêt l'acte d'accusation dressé cwtre eux par l'accusateur public le !•' frimaire.
« L'accusateur pubUc près le tribunal criminel du département de Vaucluse, expose que les mouvements contre-révolutionnaires qui ont agité les d^artements vendus à la faction de ces députés qui, de concert avec Pic, voulaient renverser la République et donner un Roi à la Fraixce, se sont également manifestés à Sorgues, commune voisine d'Avignon ; que les Marseillais» armés pour la cause du despotisme, ayant envahi cette dcraière ville, le 7 juillet dernier, les hommes qui, dans Sorgues, s'étaient constamment montrés les ennemis 4e la révolution, ou qui jusqu'à ce jour s'étaient couverts du n^anteau du patriotisme, se sont insurgés, ont pris les armes, et ont fait des redierches pour faire arrêter les bons citoyœs ; que ceuxci, pour se soustraire à la fureur des ennemis de la patrie, ont été réduits à prendre la fuite ; que le 9 juillet, ces oontre-révolutionuaires fie sont réunis en section sous la présidence de Thomas (MEàjQd, l'un deux, ont tous juré de ne plus reconnaître la GoQventicm nationale et ses décrets depuis le 31 mai dernier, oïd; adbéré au manifeste soiti de Marseille, ont élu un di^uté
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pour aller dans cette ville nommer une nouvelle administration du département, et nommer des prétendus représentants à Teffidt de former une nouvelle C!onvention à Bourges, délits qui constituent la rébellion ; que là, il a été délibéré de mettre en prison tous les patriotes, qu*on appelait brigands, pour les livrer aux assassins de Marseille connus sous la dénomination de Tribunal populaire, et les faire périr à la guillotine; que ces rebelles ont profité de la nuit pour se porter en patrouilles aux maisons des patriotes, soit dans la campagne, soit dans le village, ont arrêté le républicain François V..., l'ont garrotté, mutilé à coups de crosses de fusils, et traîné ensuite dans les prisons d'Avginon ; que le 12 du même mois, ces aristocrates s'étant de nouveau réunis en section, ont délibéré de fermer le lieu des séances de la société patriotique, d'en murer la porte, de brûler ses papiers, ses registres, et, ce qui est le comble des crimes, de brûler aussi la statue de la Liberté, qui était déposée dans le club ; ont délibéré encore de dresser une liste de patriotes pour les dénoncer aux Marseillais et les faire assassiner ; que le lendemain, 13, dès les quatre heures du matin, ces révoltés se sont portés en armes dans les n^aisons de tous les patriotes, les ont désarmés, ont saisi ceux qu'ils ont pu trouver, ont traité si cruellement la plupart des femmes et des enfants de ceux qui étaient absents, que plusieurs ont été dangereusement malades des suites des cruautés exercées contre elles; que pour donner une apparence de légalité k tous ces actes tyranniques et arbitraires, ces mêmes rebelles ont forcé, en les menaçant de la mort, deux officiers municipaux de les précéder dans ces visites domiciliaires ; que ces rebelles se sont portés dans les maisons de campagne, les ont dévastées, qu'ils ont eu la lâcheté de tirer des coups de fusils sur trœs cultivateurs, qui étaient occupés à extraire des pierres d'une carrière, et sur un quatrième qui cultivait son chan^) ; qu'ils ont enfoncé les portes d'une maison de campagne appartenant à la RépubUque, cmt brisé les scellés qui étaient ^posés, ont pillé tous les efifets qui y étaient renfermés, et ont dévasté le jardin qui y â;ait attenant ; que ce même jour, 13, le président de la section a fait publier que le lendemain il y aurait assemblée primaire pour changer la mimicipalité, et en nonimer une provisoire ; que le soir, lesJMarseillais en garnison à Orange ayaot été repousses par Ji'armé^ d^ la RépubUqiAe» l^ contreHirévQlu-
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tionnaires de Sorgues se sont joints à eux dans leur passage et sont venus à Avignon où ils sont restés, et d'où ils ont fui avec ces mêmes rebelles ; que le 18 juillet, Tarmée commandée par Carteaux s'étant rendue à Sorgues, et la loi y ayant repris son empire, le juge de paix du canton, sur la dénonciation à lui faite par le procureur de la commune, a fait une instruction très circonstanciée sur les mouvements de rébellion qui se sont manifestés dans cette commune ; que d'après cette information, et d'après les mandats par lui lancés, les nommés Jean-Baptiste Bourdy, Jean-Baptiste Cloupet, François Sonnier, Pierre Pons, Jean Simon, André Simon, Nicolas Bon, Chérubin Tassy, Pierre Moutte, Etienne Léonard, Pierre Gleyze et André Légier, prévenus d'avoir été du nombre des cheife de cette révolte, ayant été traduits dans la maison de justice de ce département, un des juges du tribunal ayant procédé à l'interrogatoire de ces prévenus, et l'accusateur public ayant examiné les instructions contre eux faites, il résulte contre chacun en particulier, à savoir:
« Contre Jean-Baptiste Bourdy, qu'ennemi de la révolution, il s'est montré, pendant tout le temps qu'a duré la rébellion à Sorgues, un des zélés partisans de l'aristocratie et du royalisme ; il a fréquenté toutes les sections qui se sont tenues dans cette commune, et y a parlé dans le sens des révoltés ; que le 9 juillet, étant un des premiers à se rendre à la section que l'on devait tenir à l'église paroissiale, et la citoyenne Elisabeth Tourre y étant occupée à prier, il l'a injuriée en lui disant : « Nous ne voulons point de brigand ni de brigande ; » en l'appelant : « foutu dévote hypocrite, * et l'a forcée ainsi à se retirer; qu'ayant harangué dans la section, il a dit qu'il ne fallait plus reconnaître la Convention ni ses décrets ; il a été de l'avis dénommer un député pour aller à Marseille contribuer à former une nouvelle Convention à Bourges ; que dans la séance du ii juillet, il a fait la motion de brûler la statue de la Liberté qui était dans le club, de le murer, ensuite d'en faire apporter par le secrétaire tous les papiers, tous les registres, pour en faire la vérification, et les brûler au milieu de la place publique, en disant à ce sujet : « Toutes les délibérations prises par ces brigands ne contiennent que coquinerie et brigandage », propositions qui ont été délibérées ; que de suite le secrétaire du club ayant été mandé, et pour soustraire aux flammes les
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papiers de la société patriotique, ayant annoncé qu'il les avait brûlés lui-même, ledit Bourdy n'a pas voulu le croire. Ta menacé de le faire mettre en prison, s'il ne rendait pas les papiers tout de suite, est allé avec d'autres rebelles laire le fur dans sa maison pour les chercher, et retournant ensuite en furie dans la section, a accablé d'injures ledit secrétaire en le menaçant des Marseillais, en lui disant qu'i/ était un scélérat, qu'il serait guillotiné, et a tellement excité ses complices de rébellion contre ce patriote qu'il a été obligé de se retirer pour échapper à leur fureur ;
« Ctontre Jean-Baptiste CUmpet, qu'il a fréquenté les sections, y a parlé contre la Convention ; que le 11 juillet, il a maltraité un patriote, l'a traîné à la maison commune, et qu'après l'avoir attaché avec des cordes, il a aidé à le traduire dans les prisons d'Avignon ;
« Ciontre François Sonniei% qu'il a été un des orateurs des seclions, qu'il a clabaudé contre la Convention et les patriotes ;
« Contré Pierre Pons, qu'il a fréquenté assiduement les sections, et s'y est montré par ses discours le partisan des mouvements contre-révolutionnaires qui ont agité le Midi de la France ; que, dans la séance du 12 juillet, il a dit qu'il y avait dans la section des foutu coquins, des brigands qui étaient indignes cTêtre parmi les honnêtes gens, qu'il fallait les expulser de la salle et les faire tous guillotiner; qu'il a fait patrouille avec les autres contre-révolutionnaires de Sorgues, s'est porté dans la maison des patriotes pour les désarmer et les emprisonner; qu'il a été du nombre de ces rebelles qui ont saisi chez lui un patriote, l'ont traduit dans la maison commune, l'ont maltraité, ont voulu le fusiller, l'ont attaché avec des cordes à une fenêtre, et l'ont gardé à vue pendant toute une nuit; que Pierre Pons s'est tourné contre lui, l'a menacé de le percer de sa bayonnette, et ayant posé son fusil contre le mur, l'a lié plus étroitement en resserrant la corde qui le tenait attaché ; qu'il a été de ceux qui, armés de fusils, l'ont traduit ensuite lié et garroté dans les prisons d'Avignon ; qu'il a, par tous ces faits, pris part à la révolte qui a eu lieu à Sorgues ; que par l'acharnement qu'il a mis à vexer les patriotes, et en provoquant les attroupements des révoltés, il s'est déclaré chef de rébellion ;
« Contre Jean Simon, qu'il a opéré avec ses autres complices
en rébellion le désarmement des bons patriotes, s'est porté par des voies de fait contre lem»s propriétés et leurs personnes, a maltraité leurs femmes et leurs enfants ;
« Contre André Simofiy maçon, qu'il s'est toujours montré l'ennemi de la révolution, le partisan de l'ancien régime; qu'il a tenu publiquement des propos outrageants contre la Convention nationale ;
« Contre Nicolas Bm, qu'il a fréquenté les sections;
« Contre Chérubin Tassy^ qu'il s'est montré, depuis le commencement de la révolution, le partisan de l'ancien régime; qu'il a également coopéré à désarmer et emprisonner les patriotes de Sorgues, et a montré beaucoup de fureur dans ces actes arbitraires ; qu'il a été du nombre de ceux qui ont vomi des imprécations contre la Convention nationale et se sont servi contre elle des termes les plus méprisants ; qu'il a gardé chez lui, à cette époque, les clés de la Maison cwnmune, et qu'il a dit en les portant : a Nous sommes maîtres à présent, tous ces foutus coquins sont dehors, se jactant ainsi du tricMnphe momentané de l'aristocratie.
« Contre Pierre Moutte, qu'il a désarmé et emprisonné les patriotes, qu'en faisant des patrouilles dans la campagne, il a tiré plusieurs coups de fusils sur trois citoyens occupés à extraire des pierres;
« Contre Etienne Léonard, qu'il a marché dans toutes les patrouilles que les contre-révolutionnaires ont fait dans la commune de Sorgues ; qu'il a assisté à toutes les sections que les révoltés ont tenues à cette époque; a été un de ceux qui ont harangué les attroupés en disant qu'if fallait murer le club, brSir 1er la statue de la Liberté, avec les papiers de la société pairiotir que, et marcher sur la Convention nationale pour F exterminer; qu'on devait faire une hiaille de Unis ceux qui avaient été dans le cluby qu'ils étaient tous des coquins, des brigands, qu'il fallait les exclure de toutes les assemblées ; que les sections, sur la proposition qu'il en a fait, ayant mandé les deux officiers municipaux qui étaient restés à leur poste, pour leur faire déclarer où étaient la poudre et les piques de la municipalité, et ces officiers municipaux ayant refusé dédire où elles étaient cachées, ledit Léonard a fait la motion de mettre ces officiers municipaux en prison ; qu'il a désarmé des patriotes dont le civisme est reconnu, et insulté leurs femmes et leurs fiUes ; que ce qui
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aggrave ces vexations, c'est que ces désarmements faits en haine du patriotisme se sont presque tous opérés dans les ténèbres de la nuit; qu'il a méprisé la Convention nationale, en déchirant les décrets qui étaient aflBchés, en les foulant aux pieds ; qu'il a été un de ceux qui ont saisi le patriote V..., l'ont garrotté, l'ont conduit à la Maison commune en l'injuriant, et le frappant inhumainement à coups de crosses de fusils, et l'ont traduit le lendemain dans les prisons d'Avignon ; qu'il conste, par tous ces faits, que le dit Léonard a pris une part très active à la rébellion qui a eu lieu à Sorgues, s'est déclaré chef de révolte, soit en se rendant coupable du crime de lèsenatîon par les outrages qu'il a faits au peuple, en foulant aux pieds la manifestation de sa volonté souveraine, soit en se rendant coupable d'emprisonnements arbitraires, et en osant menacer de la prison les oflBciers municipaux de la commune, parce que ceux-ci ne voulaient pas, comme lui, fournir des munitions de guerre à l'armée des rebelles ;
€ Contre Pien^e Gleyzey qu'il a également pris part au désarmement des patriotes ;
« Contre André Légier, que possédé de la noblimanie, et favorisé de la fortune, il a, dans l'ancien régime, employé une partie de ses richesses qu'il a acquises dans le commerce, à acheter une de ces places qu'on disait ennoblir, celle de trésorier de France, et les ci-devants fiefs de Malijay et de Monfort ; qu'il est devenu ainsi seigneur et ci-devant noble ; que, dès le commencement de la révolution, il a feint d'être aux principes ; il a obtenu par sa conduite la confiance de ses concitoyens qui l'ont élu juge de paix, mais semblable à ces hommes qui ne s'étaient couverts du manteau du patriotisme que pour satisfaire leur ambition, leurs intérêts personnels, et trahir la cause du peuple, il s'est comme eux dévoilé lorsque les derniers mouvements fédéralistes et contre-révolutionnaires ont agité la République ; qu'alors Avignon étant au pouvoir des rebelles armés sortis de Marseille, il s'est déclaré publiquement le sectateur du parti de la Convention nationale connu sous les dénominations de vallée, de marais ; il s'est aflQché l'ennemi des sociétés patriotiques, et le partisan des attroupements d'aristocrates qu'on appelait sections; a désigné les patriotes qu'il savait avoir des armes, pour les leur faire enlever ; qu'il a dit, le 9 jtdiiet, dans la première ôection qui a eu lieu à Sorgues :
« Depuis longtemps je n'ai plus assisté aux séances de la société des Amis de la République française établie à Sorgues, attendu que dans cette société on n'entendait jamais faire que des motions incendiaires, et qu'aujourd'hui cette assemblée n'est composée que d^honnêtes gens, je tacherai de m'y rendre toutes les fois que la section s'assemblera » ; a proposé d'écrire au nommé Oflfand, père, qui était alors à Avignon, pour lui demander d'aller voir les commissaires de Marseille aux fins de se conformer aux vues des Marseillais ; ce qui a été délibéré ; qu'il a été chargé par la section de rédiger cette lettre, qu'il a fait l'éloge de la conduite que tenaient les Marseillais en marchant contre la Convention nationale, et a dit : « qu'ils étaient entrés à coups de canons dans Avignon, et qu'il fallait se soumettre à la loi du vainqueur ; » qu'appelé par le choix des aristocrates à aller à Marseille comme électeur de la section, à l'effet de nommer des députés pour Bourges, et des nouveaux administrateurs du département des Bouches-du-Rhône, il a accepté cette mission, et a contribué par ses suffrages à ces nouvelles élections qui établissent la rébellion, puisque bien loin d'être autorisées par la loi, elles étaient au contraire prohibées par elle ; qu'étant à Marseille et ayant rencontré un Sorguain qui venaient de Toulon, il lui a dit : « Tu vas sans doute à SorgueSy je f avertis que tu ne seras pas bien reçu, parce que tu as reçu de H argent pour tes journées comme émigré; tu seras tenu de le rendre comme tous les autres brigands comme toi qui en ont reçu ; les honnêtes gens de Sorgues gouvernent, et tous ces brigands seront punis. Us m'ont fait donner 15000 livres, ils m'en rendront le double ; » que pour tous ces faits, André Légier a pris part à la rébellion, qu'il a prouvé, par tous ces propos, qu'il partageait les principes des révoltés ; que par sa qualité de ci-devant noble, de cidevant seigneur, et comme ayant été juge de paix, il est classé, aux termes de la loi du 5 juillet dernier, dans le nombre de chef de révolte, et doit être puni comme tel.
« D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre Bourdy, Cloupet, etc., pour avoir méchamment, dans des vues contre-révolutionnaires et à dessein, été les auteurs de la rébellion qui a eu lieu à Sorgues depuis le 7 jusqu'au 14 juillet dernier ; et comme tous ces coupables doivent être jugés et punis révolutionnairement, contormément aux lois des 49 mars, 7 et 9 avril, 10 mai et 5 juillet
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derniers, à ces fins l'accusateur public requiert qu'il soit donné acte par le tribunal de la présente accusation. « Avignon, ce !•' frimaire, l'an n de la République. »
Le tribunal criminel, comme nous l'avons dit, par jugement du 6 frimaire, acquitta Cloupet, Sonnier, Bon, Gleyze et Jean Simon, et retint prisonniers Bourdy, Légier, Tassy, Pons, Léonard, Moutte et Simon André.
Bientôt d'autres Sorguains vinrent partager leur captivité : — Augustin Avi fut arrêté le 10 février ; Jean Baptiste Bedoin, le 4 avril, Guigue Théodose, et son firère Basile, le 20 mai. Ils furent tous transférés le 8 messidor (26 juin) dans les prisons du Cirque à Orange. Trois jours après, la CoiMpission populaire les condamna à mort. Ils subirent leur peme le même jour, à six heures du soir, sur le cours St-Martin.
N* 71. Benott-Théodose GUIGUE, cordonnier.
Dossierl02.
Né à Sorgues, le 26 février 1764, de Joseph Guigue et d'Anne Féren, Théodose Guigue était cordonnier de son état. Il épousa Marguerite Sinard, qui le rendit père de deux enfants.
Théodose fut un de ceux qui prirent la fuite, après la défaite des Marseillais, pour échapper aux vexations des patriotes. Avec son frère Basile, il était allé travailler à Orange. Le comité de surveillance de Sorgues en étant informé, écrivit de suite à celui d'Orange pour les faire arrêter. Ils furent saisis lel*' prairial (20 mai 1794) et conduits d'abord à Sorgues, puis dans les prisons d'Avignon (1).
Le 29 prairial suivant (17 juin), le comité de Sorgues dressa les tableaux de renseignements de tous les prisonniers. Il est dit dans le tableau de Théodose Guigue « qu'il a été arrêté par ordre du comité pour avoir pris les armes lors de l'insurrection
- (1) Od lit dans le Registre des séaDces du comité de surveillance d'Oraoge : c 29 floréal. Un secrétaire donne lecture d'une lettre du comité de Sorgaes et d*un mandat d'arrêt du même comité contre Théodose Gaigue. Le mandat a été remis au commandant de gendarmerie pour être mis à exécution. > Bt dans le registre des correspondances on lit : < 1«' prairial. Au comité de Sorgues. Aussitôt votre lettre reçue, nous avons fait arrêter Théodose Guigue. »
28o DOUZIÈME SÉANCE.
des infâmes Marseillais, et pour n'avoir produit aucun certificat de résidence pendant sa fuite de Sorgues depuis neuf à dix mois, et ne s'être jamais montré partisan de la révolution. — Peu riche ; — ne fréquentant que Taristocratie, et porté plutôt pour les aristocrates que pour les patriotes. »
Il fut transféré à Orange le 8 messidor (26 juin), et trois jours après, Viot l'accusa « de s'être rendu coupable d'attentat contre la sûreté et la tranquillité publique ; d'avoir, à l'époque où les Marseillais fédéralistes tentaient d'opérer la contre-révolution, pris les armes en leur faveur avec les ennemis de la chose publique pour désarmer les patriotes ; de les avoir maltraités cruellement; et oar là d'avoir concouru aux manœuvres des rebelles marseil^p, d'être devenu leur complice et d'avoir partagé tous leurs crimes. » Il fut condamné à mort à l'âge de 30 ans ; le tableau de renseignements ne lui donne que 27 ans, et le registre des décès lui en donne 31.
Deux témoins seulement déposèrent contre lui.
N* 72. Pierre-Basile GOIGOE, cultivateur.
C'est le frère aîné du précédent ; il naquit le 26 mars 1762, et épousa Marie Dumas, qui lui donna trois enfants.
Comme son frère, il chercha son salut dans la fuite après la dispersion des fédéralistes, et fut arrêté à Orange le 20 mai 1794. Il raconte lui-même les injustices dont il a été victime, dans un mémoire qu'il adressa d'Avignon, le 2 messidor (20 juin), à la Commission populaire qui allait le juger.
« Mémoire de moi, Pierre Basile Guigue, citoyen du lieu de Sorgues, contenant les forfaits et injustices qu'un certain nombre de citoyens dudit lieu ont exercés contre moi et contre une infinité d'autres honnêtes citoyens.
« Il y a environ deux ans qu'il s'est formé un attroupement dans Sorgues qui, sous le nom de patriotes, mettent leur but à faire incarcérer, contribuer et assassiner les vrais patriotes et bons républicains.
« Us ont commencé par de petites contributions, par intervalle, mais la plus surprenante fut celle de 33000 livres. Pour y réussir facilement, ils employaient la violence, venant dans
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la nuit avec sabres, fusils et pistolets, nous prendre à nos maisons, sous prétexte qu'on nous demandait à la maison commune. Tout de suite nous nous y rendîmes sous leur brutale conduite. Etant assemblés là, cet attroupement ainsi que le cidevant général Jourdan qui était à leur tête et qui les soutenait dans tous leurs forfaits, nous dirent avec violence qu'il était juste que nous les indemnisions des pertes qu'ils avaient faites lorsqu'ils furent incarcérés à Avignon, au sujet du grand assassinat qui se fit dans cette ville dont le dit Jourdan était le chef (les massacres de la Glacière). Alors nous leur répondîmes que nous n'étions pas la cause de leur emprisonnement, ni de leur fuite, et que nous ne devions pas contribuer, attendu qu'ils avaient été incarcérés par ordre des commissaires envoyés à Avignon. Alors cet attroupement, tous bien armés, avec leur chef Jourdan, nous dit avec grandes menaces que nous ne sortirions pas de là jusqu'à ce que nous leur eussions compté les 33000 livres. Alors, pour éviter de plus grands maux, nous sacrifiâmes notre petite fortune pour satisfaire à leur demande et pour garantir notre vie. Et tous ceux qui n'avaient pas voulu contribuer et qui avaient fui, lorsqu'ils ont pu les avoir, ils les ont assassinés ainsi que plusieurs autres. Après, ils ont poussé leur barbarie bien plus avant. Après tant de contributions exorbitantes, ils ont formé le complof d'assassiner tous ceux qui n'étaient pas de leur parti. Pour mieux réussir dans leur entreprise, ils s'absentèrent du village. Au bout de quelques jours, ils annoncèrent leur retour par des coups de fusil tirés par les fenêtres. Quelle ne fut pas la consternation des vrais citoyens de Sorgues de se voir ainsi assaillis ! Cnacun faisait en sorte d'échapper à leur furie. Plusieurs ont quitté leurs foyers, ceux qu'on a saisis ont été incarcérés. Je fus du nombre de ceux qui ont pris le parti de fuir. Je suis allé travailler de mon état de cultivateur à Séguret, à Mollans, à la Garde-Parréol ; j'ai des certificats de toutes ces communes. Ensuite je suis venu travailler à Orange. On a profité de mon absence pour s'emparer de mes récoltes, ainsi que des récoltes de ceux qui avaient fait comme moi ; on a pillé nos maisons, on a incarcéré violemment nos femmes après les avoir fait contribuer à plusieurs reprises. Ensuite le comité de Sorgues, qui était du parti de cet attroupement, m'a fait prendre ainsi que mon frère, par les gendarmes à Orange, où nous travaillions
282 DOUZIÈMK SÉANCE.
pour nourrir nos familles ; ils nous ont conduits à Sorgues, où ils nous ont extorqué de l'argent, selon leur coutume, et ensuite ils nous ont menés dans les maisons d'arrêt d'Avignon, avec plusieurs autres honnêtes citoyens.
« Je passe sous silence plusieurs autres faits dont le récit serait trop long ; mais il est certain qu'ils sont la ruine de plusieurs familles, dont les chefs sont en fuite ou en prison, et les terres que nous avons restent incultes, et ils pillent le peu qu'elles produisent.
« Voilà l'état pitoyable de tous les vrais citoyens de Sorgues, le tout par les mauvais procédés de cet attroupement.
« A Avignon, aux maisons d'arrêt du ci-devant palais, le 2 messidor de l'an II de la République française.
« Signé : P. B. Guigue. »
Ce mémoire ne changea rien au sort qu'on lui préparait. Le comité de surveillance avait, trois jours auparavant, dressé son tableau, dans lequel on lit : « qu'il a été arrêté pour n'avoir pas produit de certificats de résidence depuis sa fuite qui remonte à neuf ou dix mois, et pour s'être montré partisan des Marseillais ; peu riche, suppôt de l'aristocratie et méprisant les patriotes. »
Exagérant toiJ|5 ces faits, Viot, le H messidor, l'accusa de fédéralisme et de contre-révolution.
Cinq témoins à charge, parmi lesquels figurent trois femmes, déposèrent contre cet honnête cultivateur.
N* 73. Chérubin TASSY, cultivateur.
Dossier 94.
La municipalité de Sorgues le fit arrêter au mois de septembre 1793, « pour avoir pris les armes en faveur des fédéralistes marseillais, avoir aidé à désarmer les patriotes, les avoir insultés, ayant pour arme une fourche ou trident sur le cou. » On le conduisit dans les prisons du palais des Papes, où le 26 brumaire (16 novembre), Robinaux, juge au tribunal criminel, l'interrogea. Il avoua avoir été une fois à la section, mais n'y avoir point fait de motion ; — n'avoir jamais été en place, ni tenu des propos inciviques ; — s'être trouvé à Sorgues quand
II messidor — 2 y juin I7g4. aS'i
les Marseillais y arrivèrent, et avoir un fusil que lui avait remis, pour faire patrouille, Perrier, capitaine de la garde nationale.
Tassy, après avoir subi un premier jugement à Avignon le 6 frimaire (voir l'acte d'accusation ci-devant), fut amené, le 8 messidor, dans les prisons du Cirque à Orange, et traduit trois jours après devant la Commission populaire qui le condamna à la peine capitale. Quatre témoins furent assignés, et Viot l'accusa « de s'être montré l'ennemi de la République et de la liberté, au moment où le fédéralisme menaçait la révolution d'une destruction prochaine ; on l'a vu courir en armes les rues de Sorgues, tenir les propos les plus indécents sur la représentation nationale, dire publiquement qu'il allait marcher avec les Marseillais pour la détruire ; on l'a vu menacer de maltraiter les patriotes, et s'est ainsi prononcé en faveur de la rébellion ; il est constant qu'il a provoqué par là la révolte et la guerre civile, et qu'il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
Nous lisons dans le tableau de renseignements dressé le 29 prairial par le comité de surveillance « qu'il était marié, sans enfants, peu riche, s'étant toujours montré partiAn de l'aristocratie et enragé contre les patriotes. »
Il périt à l'âge de 62 ans (1).
La veille de sa mort, on arrêta à Sorgues, comme fédéraliste, son frère Alexis, âgé de 45 ans.
N* 74. Augustin AVI, journalier.
Dossier 104.
C'était un pauvre cultivateur, sans fortune, vivant au jour le jour. Il s'était engagé volontairement dans le !•' bataillon des chasseurs de Vaucluse. Le comité de surveillance de Sorgues le fit arrêter le 10 février 1794, « pour avoir pris les armes du temps de l'insurrection marseillaise, pour avoir aidé à désarmer les patriotes, les avoir maltraités, et avoir pris part à la lacération des décrets de la Convention affichés sur les
(t) Né à Sorgues, le 15 jaovier 1732, de Jacques Tassy et de Marie- Aone Simooet.
284 DOUZIEME séANCE.
murs de la maison du citoyen Pierre André. » On le conduisît dans les prisons d'Avignon, puis le 8 messidor (26 juin) dans celles du Cirque à Orange.
Dans son tableau de renseignements du 29 prairial (17 juin), le comité nous le présente « comme un mauvais sujet, tantôt pour les uns, tantôt pour les autres, mais cependant plutôt porté pour les aristocrates qui le faisaient manger, »
Voilà un aveu précieux et bien instructif; de tout temps les honnêtes gens ont secouru les pauvres, tandis que les soidisant patriotes les laissent souffrir.
Quand Avi parut devant la Commission populaire, quinze témoins, et .parmi eux huit femmes, furent appelés à déposer contre lui ; Viot le dénonça à ses juges « comme l'ennemi de la République et la liberté ; c'est surtout, dit-il, dans les crises violentes qui ont agité la France, qu'il a manifesté sa haine pour la Révolution, en juillet 1793 ; il a fait avec les aristocrates de Sorgues de fréquentes patrouilles en armes ; il a été un des plus acharnés au désarmement des patriotes ; il les a maltraités ; il a pillé leurs maisons, brisé leurs meubles, enlevé leur argent ; il a tire des coups de fusils sur les républicains qui fuyaient la persécution ; il a dit qu'il ne voulait plus reconnaître la Convention nationale ; il a arraché et foulé aux pieds ses décrets; enfin, il est en tout le complice des fédéralistes sortis de Marseille. »
Il mourut âgé de 26 ans (1), et laissa en mourant une jeune fille de 2 ans, Marie-Anne, qu'il avait eue de son mariage avec Marguerite Bernard.
N' 75. Jean-Baptiste BEDOIN, Grand-Carme.
Dossier 100.
Jean-Baptiste Bedoin (2), de Sorgues, avait fait profession religieuse dans le couvent des Grands-Carmes d'Avignon (3). La
(1) Né à Sorgues, le 7 mai 1768. de Pierre Avi et d'Blisabeth Berbiguier.
(2) Son nom est généralement écrit Bédouin, mais son acte de naissance porte Bedoin, et il signe Bedoin ; nous conservons cette orthographe.
(3) Le couvent des Grandts-Carmes était situé rues Garreterie et Infirmières. Les bâtiments furent vendus pendant la Révolution à divers particuliers.
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loi du 13 février 1790, qui supprima les ordres monastiques, l'obligea à se retirer dans sa famille.
A l'arrivée des Marseillais à Sorgues, la section fédéraliste le désigna aux fonctions de secrétaire qu'il ne remplit jamais. Son titre de religieux plus encore que son emploi de secrétaire lui attira la haine des patriotes. Pour échapper à leurs poursuites, il se cacha et fut porté sur la liste des émigrés. Mais on parvint à découvrir sa retraite, et par ordre du comité de surveiU lance, il fut arrêté le 15 germinal (4 avril 1794) et conduit dans les prisons d'Avignon. Il y languissait depuis deux mois quand on songea à l'interroger. Le 17 prairial (5 juin), il fut amené en présence du tribunal criminel de Vaucluse.
— Interrogé sur ses noms, surnoms, etc., il répondit s'appeler Jean-Baptiste Bedoin, âgé de 30 ans, né à Sorgues, y domicilié depuis la suppression de son ordre.
— Interrogé par quel ordre et depuis quelle époque il a été arrêté, il a répondu que c'est par l'ordre du comité de Sorgues, depuis deux mois.
— S'il connaît le motif de son arrestation ; a répondu qu'il ne le connaît pas précisément, mais qu'il croit que c'est à cause du fédéralisme et parce que l'assemblée des sections l'avait nonmié secrétaire, fonction qu'il n'a jamais remplie. »
On allait continuer l'interrogatoire, quand l'accusateur public observa que l'accusé était prévenu de délits contre-révolutionnaires, et que la Commission populaire d'Orange était seule compétente pour cet objet. Faisant droit à son observation, l'interrogatoire fut suspendu, et M. Bedoin fut ramené dans sa prison, en attendant sa translation à Orange.
Elle eut lieu le 8 messidor (26 juin) ; neuf jours auparavant, le 17 juin, le comité avait dressé son tableau de renseignements où l'on dit : « qu'il a été arrêté pour avoir occupé la place de secrétaire dans la section; pour s'être montré zélé partisan sectionnaire, et n'avoir pas produit de certificat de résidence depuis neuf à dix mois qu'il a fui de la commune ; vivant de sa pension, ne fréquentant que l'aristocratie, ne s'étant jamais montré pour la révolution. »
Six témoins à charge déposèrent contre lui dans l'audience où il fut condamné ; Viot le dénonça comme fédéraliste et con^ tre-révolutionnaire. « Bédouin, difr-il, ci-devant grand-Carme, a servi la contre-révolution ; il a été secrétaire d'une infâme
section ; il a commis des excès contre les patriotes ; il a publiquement loué les principes des Marseillais rebelles ; il a maltraité et battu les patriotes ; il leur a tenu les propos les plus injurieux ; il les a traités de coquins et de brigands ; il a proposé de murer la salle de la société populaire, de brûler la statue de la Liberté et les règlements de la société ; il est devenu par là le complice des Marseillais ; il a partagé leur révolte, et a enfin conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. » Le même jour, à six heures du soir, la guillotine lui tranchait la tête. Il était âgé de 30 ans et 8 mois, étant né le 16 octobre 1763 de Paul-Antoine Bedoin et de Claire-Ehsabeth Richard (1).
N* 76. André DE LÉGIER, seigneur de Malizay et de Montfort,
Dossier 93.
Il était né à Ghâteauneuf de Gadagne le 30 octobre 1736 de Jean Légier et de Jeanne GeoflBroy.
Dans deux actes, passés l'un à Carpentras, (Terras notaire,) l'autre à Orange, (Abrigeon notaire,) 17 juin 1784, on lui donue les titres suivants : Messire André de Légier, chevalier, seigneur Baron de Malizay et de Montfort, Conseiller du Roi, trésorier général de France en la généralité de Provence, procapitaine viguier du Château et de la Baronnie du Pont-de-Sorgues pour N. S. P. le Pape et pour le Saint-Siège apostoUque.
M. de Légier était fort riche. Le comité de surveillance de Sorgues le fait remarquer dans son tableau de renseignements dressé le 29 prairial, probablement afin d'attirer sur lui l'attention de la Commission populaire : « André Légier, bourgeois vivant des revenus des grands biens qu'il possède en divers endroits, ci-devant baron, et capitaine viguier de Sorgues ; très riche avant et depuis la révolution. »
Le comité fait ensuite l'énumération de ses biens.
(1) M. GaillOD, dans Les Martvrs de la Foi. lui consacre une courte notice dans laquelle il dit qu'il rut immolé le lendemain de sa condamnation. Son jugement porte, il est vrai, qu'il sera exécuté dans les vingtquatre heures ; mais, comme nous Tavons déjà dit, rexécution de toutes les victimes eut lieu le jour même de leur condamnation ; on était pressé de jouir du supplice des condamnés.
// messidor — 2g juin iy94, 287
« A Sorgues, manufacture de papiers ; moulins à farine, à huile, et diverses habitations y attenantes ;
Une grange avec son tènement de terre et vignobles dont on ignore la quotité ; trois divers prés dans le même territoire ;
Une maison de campagne dite Malizay, située municipalité de Joncquières, et une partie de terre y attenante située commune de Violés, avec diverses rentes et pensions qui en dépendent ;
Une maison dans la ville de Carpentras, quartier de la Porte de Mazan, et deux petites y attenantes dans lesquelles sont trois locataires ;
D'autres biens en Provence, provenant de sa femme et appartenant à ses enfants ; plus une créance de 40 000 livres sur la ville de Nyons, dont les arrérages lui sont dûs. »
Sa fortune et sa noblesse furent la cause de sa mort ; il fut néanmoins pour la forme accusé de fédéralisme. (Voir l'acte d'accusation que nous avons donné ci-devant.)
M. de Légier fut arrêté à Carpentras par une patrouille dans la nuit du 1" au 2 septembre 1793. Interrogé le 8 par la municipalité de Carpentras sur l'époque et les motifs qui l'avaient conduit à Marseille, il répondit « qu'il est vrai qu'il a été à Marseille vers le 15 juillet, mais qu'il est notoire que les Marseillais pénétrèrent par la force des armes dans le district de Vaucluse le samedi 6 juillet, qu'ils s'emparèrent d'Avignon, d'Orange et des autres lieux qui sont sur la route ; qu'étant dans la ferme persuasion que dans tout pays ainsi conquis, les habitants sont d'abord forcés de se soumettre provisoirement à la loi du vainqueur, il fut obligé d'y obéir lui même et de se rendre aux vœux des habitants de Sorgues déjà constitués en sections depuis plusieurs jours avant l'invasion des Marseillais, et d'après l'invitation réitérée qui avait été faite par le crieur public, et par ordre de la municipalité actuelle, qui avait reçu des instructions des autorités constituées du département, et d'aller en conséquence remplir auprès de l'assemblée électorale convoquée à Marseille pour le 10 juillet, la mission que ses concitoyens lui donnèrent.
€ Il n'accepta cette députation ordonnée par le comité général de Marseille, que pour éviter à ses concitoyens les cruels effets des menaces des Marseillais, et notamment des grenadiers de la section n^" 22 qui, passant à Sorgues, le 11, pour aller à
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Gaderousse, les renouvelèrent de la manière la plus impérieuse dans le cabaret de la Croix Blanche où ils déjeunaient.
« Indépendamment de ce motif, il alla à Marseille pour échapper à la vengeance d'un citoyen de Sorgues qu'il avait été obligé, en sa qualité de juge de paix, de faire traduire dans les prisons d'Avignon, lequel revenait avec l'armée marseillaise, à laquelle il avait tout lieu de craindre qu'il ne le dénonçât pour le molester.
« Il avait un autre but dans ce voyage. Il espérait aller jusqu'à Beausset et Soullier où l'appelle souvent l'administration des affaires de son épouse ; mais il ne crut pas prudent d'y aller, ayant été informé des troubles qui avaient éclaté à Toulon, dans les environs duquel sont situés ces deux endroits.
« Il n'arriva à Marseille que le 14 juillet au soir, et alors l'objet de cette assemblée était presque rempli. Après s'être occupé dans cette ville de quelques affaires personnelles, bien plus que de ce qui se passait dans cette assemblée dont il commença à reconnaître l'illégalité, il n'eut rien de plus pressant que d'en sortir; mais il luiftillait un passeport qu'il sollicita le 18 auprès du comité général qui le lui refusa. Le passeport lui fut enfin acèoï*dé ïe 22, et il partit sur-le-champ. Le 23, il coucha au Pont-National oii il apprit la prise de L'Isle; le 24, il retourna à Lambesc; le 25, il partit pour Monnieux où il séjourna jusqu'au 29, d'où il est parti pour revenir en son domicile à Carpentras.
« Sa santé étant débile, le citoyen Delestre, médecin, lui conseilla d'aller prendre les bains de Saint-Laurent, et le 3 août la municipalité de Carpentras lui délivra un passeport pour faire ce voyage, d'où il a été de retour le 29,
« Il espère être à l'abri de toute atteinte par la bonne conduite qu'il a constamment tenue depuis la révolution et dont il offire la preuve dans le certificat de civisme que lui a accordé la municipalité de Sorgues et dont il demande la transcription dans le présent interrogatoire, à quoi la municipalité a obtempéré.
Teneur du Certificat:
« Nous maire, officiers municipaux et membres du conseil général de cette ville de Sorcues, attestons à tous qu'il apparuendra que le citoyen André Légier, électeur de ce canton de Sorgues, ftt ancien juge de paix, a donné les preuves les plus
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insignes de civisme : qu'il a soutenu et propagé l'amour de la liberté et de récalite, tant par son exemple que par ses discours ; que penaant respace de temps qu il a exercé la charce de juge de paix, il en a rempli les fonctions avec autant de zèle que de probité, et qu'il s'est toujours empressé de fournir les sommes que notre commune lui a demandées toutes les fois qu'elle a été dansle besoin d'acheter du bled pour le soula-
(çement des citoyens et pour prévenir la disette. Fait à Sorgues, e 29 mai 1793. y»
Après cet interrogatoire, la municipalité de Carpentras le renvoya au tribunal criminel d'Avignon, comme fédéraliste : mais en même temps l'administration du district écrivit à la municipalité de Sorgues pour demander des renseignements sur sa conduite. On répondit de Sorgues à la date du 43 septembre. « Citoyens administrateurs. En réponse à votre lettre du 11 du présent mois, nous vous faisons passer tous les renseignements que vous pouvez exiger de notre amour pour la République. 1*» Légier est prévenu de contre-révolution par plusieurs dépositions dont deux portent, l'une en date du 28 août 1793, que le nommé Légier, ayant assisté à deux différentes séances de la ci-devant section de Sorigties où, après avoir tenu des propos en faveur des rebelles marseillais, accepta, dans la séance du 10 juillet, la commission d'aller à Marseille assister à l'assemblée électorale pour faire une seconde Convention à Bourges, conformément à la lettre du comité central des sections de Marseille. L'autre qui confirme que ledit Légier a rempli sa commission, puisque, ayant aperçu dans Marseille un citoyen de Sorgues, il lui dit que les honnêtes gens gouvernaient dans Sorgues. »
Conduit dans les prisons d'Avignon, M. de Légier fût de nouveau interrogé le 16 octobre par Fouque, président du tribunal crixninel, et persista dans les réponses faites à la municipalité de Carpentras. I^e tribunal le condamna à la détention, en attendant que la Convention eût statué sur son sort. Le 8 messidor suivant (26 juin 1794), après dix mois de détention, il fut amené dans les prisons du Cirque à Orange. Trois jours après, la Commission populaire le faisait asseoir aux bancs des accusés. Huit témoins déposèrent contre lui ; Viot, renouvelant l'acte d'accusation du 1*' frimaire, le dénonça c comme le plus dangereux ennemi que la chose publique eût à redouter dans Sorgues; il avait été autrefois, dit-il, l'un des membres de la
société populaire, mais au moment où la contre-révolution s'organisait, il s'empressa de l'abandonner, et vint déclarer à la section où il fut applaudi et reçu, qu'il ne voulait plus paraître au milieu des patriotes qu'il traitait de brigands et de scélérats, et qu'il venait pour se faire recevoir dans la section qui n'était composée que de bons citoyens et d'honnêtes gens. En effet, il ne parut plus à la société et assista régulièrement à la section qui le députa à Marseille à l'assemblée soi-disant électorale, chargée de réunir à Bourges une nouvelle Convention nationale ; il a, par tous ces faits, voulu dissoudre la représentation nationale, allumer la guerre civile, tromper le peuple, et a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République.»
Après les débats, il fut condamné à mort en vertu de l'art. 4 du titre 1", section 1" de la 2^ partie de la loi du 8 octobre 1794, et de l'article unique de la loi du 16 décembre 1792.
Le même jour, à six heures du soir, il marchait à l'échafaud avec ses compatriotes.
N"" 77. Jean-Baptiste BOURDY, propriétaire.
Dossier 96.
M. Jean-Baptiste Bourdy, riche propriétaire de Sorgues, embrassa le parti des fédéralistes, qui se proclamaient les protecteurs des personnes et des propriétés. Constamment menacé par les patriotes qui exigeaient de lui de fortes contributions, il salua avec bonheur l'arrivée des Marseillais. Aussi fut-il le premier mis en état d'arrestation par la municipalité, le 18 juillet 1793, et conduit dans les prisons d'Avignon.
Après quatre mois de captivité, il fut interrogé par Robinaux, juge du tribunal criminel. Il avoua dans ses réponses « avoir assisté une seule fois à la section, y être resté une heure et demie, n'y avoir fait aucune motion, et avoir demandé qu'on apportât à la section les registres de la société populaire pour mettre la paix; il nia d'avoir proposé de murer la porte du club. »
Le tribunal criminel le condamna le 6 frimaire (26 novembre) à la détention, en attendant que la Convention nationale eût statué définitivement sur son compte ; mais après l'établissement de la Commission populaire, on le transféra dans les
II messidor — 2g juin 17^4. 191
prisons du Cirque à Orange, pour entendre prononcer sa condamnation à mort.
Le 11 messidor, neuf témoins à charge arrivèrent de Sorgues; Viot l'accusa t de n'avoir jamais servi la révolution , d'avoir au contraire toujours fait son possible pour la renverser ; à l'époque du fédéralisme, il fut un de ceux qui désarmèrent, vexèrent et battirent les patriotes ; il a enfin eu l'impudence, au milieu des sections dont il était un des plus chauds partisans, de proposer de murer la société populaire, de lui enlever ses registres et de les brûler sur la place ; par là il est constant qu'il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
Son sort était prévu ; le comité de surveillance, dans son tableau du 29 prairial (17 juin), l'avait désigné à l'attention des juges, en disant : « que Bourdy avait été arrêté au temps du règne des sections, dont il était grand partisan ; qu'il avait été toujours très riche avant et après la révolution ; ^ qu'il ne s'était jamais montré partisan de la révolution, mais au contraire qu'il avait toujours tâché de la contrarier^ » L'acte d'accusation, ainsi que nous l'avons dit, le présente comme partisan de l'aristocratie et du royalisme ; la mort seule pouvait expier ce crime. Il laissa en mourant son vieux père Charles Bourdy en prison, sa femme et ses deux filles en butte à la persécution de ses ennemis. Il était âgé de 46 ans. (1)
N« 78. Pierre POMS, cultivateur.
Dossier 98.
La Commission populaire venait de condamner un prêtre, un noble, un bourgeois et un artisan, mais sa soif de sang n'était pas encore assouvie. Pierre Pons, cultivateur , sans fortune, vivant au jour le jour, ne trouva pas grâce devant elle. Il avait été prévenu de fédéralisme, arrêté le 10 août 1793 par la garde nationale de Sorgues et jeté dans les prisons d'Avignon. Interrogé le 26 brumaire (16 novembre) par Robinaux, juge du tribunal criminel de Vaucluse, il nia avoir porté les armes avec les Marseillais; — avoua avoir assisté une fois à la section,
(1) Né à Sorgoes, le 7 joilltt 1748, de Charles Bourdy et de Jeanoe- Marie Pochy.
mais n'y avoir fait aucune motion et n'avoir tenu aucun propos injurieux envers les patriotes; — il convint également qu'il se trouvait de garde à la Maison commune quand on amena
François V et qu'il lui dit qu'il le conduirait à Avignon pour
le faire punir s'il était coupable, et élargir s'il était innocent; et cela parce que ce patriote était la cause de l'incarcération de son beau-frère.
Après son interrogatoire, Pons fut condamné le 6 frimaire à la détention dans les prisons d'Avignon, comme partisan des mouvements contre-révolutionnaires qui avaient agité la commune de Sorgues.
Traduit le 8 messidor (26 juin) dans les prisons du Cirque à Orange avec ses compagnons d'infortune, il comparaissait avec eux, trois jours après, devant ses juges. Fauvety avait fait assigner huit témoins contre lui. Viot le présenta comme un fédéraliste dangereux : « Pons, dit-il, a toujours été le partisan de la tyrannie et de l'aristocratie ; il a tenu dans le temps des sections fédéralistes des propos tendant à exciter la rébellion ; il a contribué et assisté au désarmement des patriotes, a enfoncé leurs portes, pillé ou brisé leurs meubles et volé leur argent ; il a voulu par là allumer la guerre civile, perpétuer l'anarchie; il a été le complice des Marseillais rebelles ; il a enfin conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
Pons était âgé d'environ 41 ans quand la peine de mort lui fut appliquée. Il était né le 10 septembre 1753 de Claude et de Marguerite Féren. C'est à tort que l'acte d'accusation et le registre des décès lui donnent 44 ans.
N' 79. Etienne LÉONARD, foulonnier.
Dossier 97.
Etienne Léonard était né à Sorgues en 1742 de Claude et de Françoise Belon ; il avait épousé Marguerite Moucan, dont il eut cinq enfants. Son état de fouleur d'étoffes lui suflBsait pour nourrir sa nombreuse famille. Les patriotes le soumirent à de fortes contributions ; il versa 150 livres pour sa quote-part le jour que le général Jourdan vint à Sorgues pour soutenir les prétentions des patriotes. Aussi salua-t-il avec joie l'arrivée des fédéralistes marseillais qui devaient mettre fin à ces exactions
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arbitraires. Plus il avait souffert, plus il éprouva le besoin de se venger contre les auteurs de ses maux. S'il faut en croire l'acte d'accusation, il fut un des plus ardents à désarmer les patriotes ; comme Pierre Pons, dont nous venons de parler, il fut accusé d'avoir maltraité un patriote et enfoncé les portes de Candy. Après la défaite des Marseillais, craignant pour sa vie, il prit la fuite. Mais la garde nationale de Sorgues le découvrit à Courthézon dans les premiers jours d'octobre, et l'emmena prisonnier à Avignon.
Le 28 brumaire (18 novembre), Robinaux, juge au tribunal criminel, procéda à son interrogatoire dans lequel il dit « qu'il croyait avoir été arrêté pour avoir désarmé le maire ; il avoua avoir été dans sept ou huit maisons de patriotes ; avoir été deux fois à la section, mais n'y avoir fait aucune motion ; il nia avoir tenu les propos qu'on lui attribuait. » Le tribunal criminel le condamna à la prison, en attendant la décision de la Convention nationale.
Pendant qu'il gémissait dans les cachots du palais des Papes, le comité de surveillance de Sorgues dressait son tableau de renseignements, avec celui des autres prévenus, le 29 prairial (18 juin).
Léonard essaya, mais inutilement, de fléchir ses juges, en faisant l'exposé de ce qu'il avait souffert, et de ce qu'il avait fait en faveur de la révolution. Une main amie écrivit sa pétition, parce qu'il était illîtéré.
« Aux citoyens juges. Le citoyen Etienne Léonard, cultivateur et foulonnier de la commune de Sorgues, vous expose qu'il a toujours servi la patrie avec zèle, qu'il a été au camp de Monteux, avec sa charrette, pour porter les provisions nécessaires, qu'il a donné pour le besoin du même camp 24 livres, et qu'il est resté huit jours au camp pour travailler avec sa charrette ; qu'il a donné pour une contribution forcée que Jourdan fit faire 150 livres ; qu'il a donné très volontiers pour don patriotique 100 livres ; que dans le temps des Marseillais, quoiqu'occupé à fouler des étoffes pour la République, et ayant grand besoin de son fils, il se gêna à travailler plus qu'il n'aurait fait, pour envoyer son fils à Avignon, où il demeura cinq jours pour repousser les scélérats marseillais, et après il a demeuré encore treize jours avec l'armée de Carteaux ; et qu'à son retour un patriote... voulait noyer son fils.
294 DOUZièMB SÉANCE.
« Le citoyen Léonard a su, depuis qu'il est en prison, qu'on lui a pris une salmée de blé, et toute sa récolte de vin, et un grand tonneau. Cependant le citoyen Léonard a toujours respecté les lois et les autorités constituées ; depuis l'heureuse époque de la révolution, quoique très pauvre et surchargé d'enfants, il a toujours coopéré, tant qu'il a pu, au plus grand bien de la république. Aussi il espère de votre justice et de votre humanité que vous voudrez bien le mettre en liberté pour travailler pour la patrie et pour alimenter sa famille qui soufiBre considérablement de sa détention.
Il espère cet acte de justice de votre humanité. Ledit Léonard illitéré. »
Conduit dans la prison du Cirque le 8 messidor, il comparut le H devant la Commission populaire. Dix-sept témoins, dont neuf hommes et huit femmes, furent assignés en témoignage contre lui. Viol, accusateur public, le dénonça en ces termes : « Léonard fut de tout temps aristocrate, et par conséquent ennemi de la révolution et de la liberté ; il a assisté, au moment où les sections fédéralistes obligeaient les patriotes à luir, à leur désarmement ; il les a maltraités, battus, pillé leurs meubles et volé leur argent ; il a tenu sur la révolution les propos les plus injurieux ; il a été le compUce des Marseillais ; il a partagé leur révolte ; il a conspiré contre l'unité et l'indivisibiUté de la république. »
La peine de mort fut prononcée contre Léonard.
Après la lecture de la sentence qui les condamnait à l'échafaud, les neuf prévenus de Sorgues furent reconduits dans la cour du Cirque, en attendant l'heure de l'exécution. M. Bedoin, grand-Carme, l'un d'entre eux, les prépara à paraître devant Dieu.
A six heures du soir, le cortège funèbre s'avançait par la rue de Tourre vers l'échafaud en permanence sur le cours St-Martin (1). Le bourreau, après avoir garrotté les victimes, était venu les attendre sur son alfreux tréteau. Il n'avait pas travaillé la veille, jour de décade. Bientôt la fatale machine eut achevé son
(1) On nous a raconté qu'une bouchère de Sorgues, Biadame Julien, étant venue à Orange pour y faire des achats, rencontra les victimes allant an supplice. Bile fut si épouvantée de ce spectacle qu'elle repartit immédiatement pour Sorgues, courut affolée tout le long du chemm, se mit au lit en arnvant chez elle et mourut quelques jours après.
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œuvre de destruction, et le tombereau ensanglanté transporta les neuf cadavres vers les fosses de Laplane.
Raphel, président du tribunal, fait ressortir l'illégalité de ce jugement en ces termes : « Le tribunal criminel de Vaucluse avait renvoyé à la Convention plusieurs accusés de contre-révolution, tels que Bernard, Légier, Bourdy, de Sorgueset autres, dont les faits qu'on leur imputait n'avaient pas été prévus par la Convention, et contre lesquels la loi n'avait prononcé aucune peine. Viot, accusateur public, les emmène devant le tribunal de sang qui les condamne à mort, sans que la Convention se fût expliquée à leur égard; par conséquent, les juges de la Commission d'Orange ont entrepris sur l'autorité de la Convention ; par conséquent, ils ont assassiné les individus, en les condamnant à la mort, dès que la loi ne leur infligeait pas cette peine (1).
« Diront-ils, ces hommes avides du sang- humain, ajoute le rapport de Raphel, que d'après leurs instructions, ils pouvaient condamner ceux que leur conscience leur désignait comme coupables? Ah! monstres! Aviez-vous donc cru que le comité du Salut public put disposer à son gré de la vie des Français! Avezvous jamais pu vous persuader que des pouvoirs de cette nature vous autorisaient à assassiner les citoyens ? Eh quoi ! votre conscience. ne vous a-t-elle jamais parlé ? Est-elle toujours resiée muette pendant que vous commettiez toutes ces horreurs? Mais les instructions du comité, celles de Maignet étaient-elles une loi ? Et si elles ne l'étaient pas, comment avez-vous pu vous permettre tant de crimes ? (2) »
(t) Jugement du 7 messidor an III qui condamne à mort les membres de la Commission populaire.
(2) Rapport de Raphel sur le procès et le jugement de la Commismission d Orange.
13™« Séance
12 Messidor. — Artichaut.
(Lundi 30 Juin, — Commémoraison de Saint Paul).
Treize prévenus de diverses communes furent amenés des prisons du Cirque pour entendre prononcer leur jugement dans cette treizième séance. Six étaient d'Avignon : Pical, Allier, 3Ieynier dit Baudran, Antoine Requien, SiflFrein Bigonet et Toussaint-Benoit Domergues ; cinq d'Orange : Delonges, de Limoge, Blachère fils, Jean Bertout et Louis- Antoine Bertout; les deux antres, Roustan et Rive, étaient deMontdragon. Viot les accusa tous de fédéralisme. La Commission populaire acquitta Bigonet et Domergues, condamna Requien, Blachère et Jean Bertout à six mois de prison, Antoine Bertout à la détention jusqu'à la paix, et envoya les sept autres à l'échafaud.
N* 80. Guillaume-Christophe PICAL, bourgeois.
Dossier 9.
C'était un riche bourgeois d'Avignon. Il avait été amené des prisons de cette ville dans la prison du Cirque à Orange le 18 juin 1794. Le numéro de son dossier indique qu'il devait être jugé lel'' messidor avec ses compatriotes ; mais il n'y avait aucune charge sérieuse contre lui. Viot qui, à son début, n'était pas encore familiarisé avec le crime, n'osa pas d'abord le traduire en jugement ; mais quand, deux décades après, le sang innocent de quatre-vingts victimes eut étouffé en lui toute pudeur, il demanda la tête de M. Pical, malgré les témoignages authentiques de son innocence.
Claire Cheylan avait déposé en effet, le 9 novembre 1793, pardevant André Peyrant, juge de pai^ du canton d'Avignon, que Pical, bourgeois, l'avait accablée d'injures dans une visite domiciliaire ; puis, se ravisant, elle déclara que Pical n'était pas chef de la patrouille, et qu'au lieu de la maltraiter, il avait empêché qu'on lui fît le moindre mal.
Le 17 octobre, Xavier Ruffier avait attesté en sa faveur que
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Pical et son épouse lui avaient offert un ssile dans leur maison pour le soustraire à la fureur des Marseillais.
Palet, lieutenant au 3"*» bataillon de Vaucluse, déclara également que Pical l'avait prévenu que la section des Doctrinaires l'avait décrété de prise de corps pour avoir trouvé dans les commodités de sa maison un fusil de chasse, un sabre et une paire de pistolets, et qu'il le cacha chez lui.
Robert et Bassagette déclarèrent que dans le temps que les rebelles marseillais souillaient de leur présence le sol d'Avignon et se portaient à toutes sortes d'excès, les patriotes ont toujours trouvé un protecteur dans Pical ; les uns se sont réfugiés dans sa maison, les autres ont reçu de lui dans les endroits où ils étaient cachés des avis salutaires sur les dangers qu'ils pouvaient courir ; et que même il a empêché des dommages qu'on voulait causer à leurs propriétés. C'est pour lui en témoigner une faible reconnaissance qu'ils lui délivrent la présente attestation le 17 octobre 1793.
Fesles, commandant, déposa aussi que Pical l'avait averti qu'il avait été dénoncé à la section, et lui avait recommandé de se cacher s'il voulait se soustraire aux poursuites qu'on allait faire.
Toutes ces attestations favorables étaient entre les mains de Viol, et il ne rougit pas de dénoncer M. Pical à la Commission populaire « comme ennemi de la révolution et de la République ; à l'époque des sections, dit-il avec impudence, il prit les armes, courut dans les maisons des patriotes ; il les traita de la manière la plus indécente ; il demanda entre autres à la nommée Claire Cheylan qu'il insulta en lui demandant où était son mari, qu'il voulait l'avoir mort ou vif, et la menaça de l'assassiner ellemême si elle ne lui indiquait pas le lieu où il s'était retiré ; il est constant par là qu'il est le complice des Marseillais qui assassinaient les patriotes, et qu'il a partagé leur rébelUon. »
Et l'infortuné et bienfaisant Pical entendit prononcer sa sentence de mort. Trois témoins avaient déposé contre lui.
N"* 81. Félix-Nicolas ALLIER, cordonnier.
Dossier 42.
Voici un de ces infortunés que la Commission populaire envoya à la mort sans motifs, sans charges, uniquement pour
298 TREIZIÈME séANCC.
faire nombre. Son dossier ne porte que cette annotation : « Philippe-Nicolas Allier, détenu à Avignon, attendre des renseignements. » Nous ne savons pas si les renseignements arrivèrent, mais le dossier n*en contient pas.
Viot fit comparaître quand même ce malheureux cordonnier devant la Commission et l'accusa d'une manière vague « de s'être déclaré l'ennemi de la République et de la révolution ; d'avoir toujours conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République ; d'avoir sans cesse tenu les propos les plus contrerévolutionnaires ; d'avoir pris une part active à la rébellion marseillaise, en acceptant une place de tambour qu'il a exercée d'une manière à mériter la confiance des rebelles. »
Quel crime ! II a été tambour ! Viot ne prit pas même la peine de vérifier son nom. Le dossier porte Philippe Nicolas Allier, et Viot accuse Félix Nicolas Allier.
N* 82. Jérôme MEYNIER, dit BAUDRAN, père, propriétaire.
Dossier 85.
Encore un innocent, victime de la cruauté de la Commission populaire ! M. Jérôme Meynier, marchand de bois à Avignon, était père de cinq enfants, dont trois garçons et deux filles. A l'époque de la fédération marseillaise, il fut nommé inspecteur des travaux publics. Il se retira, après la dispersion des fédé- . ralistes, aux Angles, près le château des Issarts, ainsi qu'on le lit dans un certificat de résidence, que lui délivra, le 10 messidor, la municipalité de cette commune, sur la déclaration de Catherine Serguier, chez qui il logeait.
C'est dans ce village qu'il fut arrêté le 27 floréal (16 mai), par «uite d'un mandat d'arrêt lancé par le comité de surveillance d'Avignon, « pour avoir pris part à la rébellion marseillaise, en fournissant de l'argent aux rebelles, pour avoir assisté constamment aux sections, et pour être porté ainsi que son fils sur la liste des émigrés. »
Dans la première instruction faite à Avignon le 29 prairial (17 juin), les témoins assignés déclarèrent au bas de l'exploit qui leur fut adressé, * que les dépositions qu'ils avaient à faire ne portaient point contre Jérôme Raudran, père, mais contre André Meynier, dit Baudran, son fils, non détenu ». On lit sur
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la couverture du dossier de Jérôme: « Les témoins qui avaient été assignés dans cette affaire, étaient pour le fils et non pour le père. — Demander à l'accusé s'il n'est pas vrai que, par amour pour la contre-révolution, il a fourni de l'argent pour alimenter les révoltés. — Voir le registre du conseil général de la commune, où il est nommé inspecteur des travaux publics par les rebelles. — Il faut assigner T , perruquier à Avignon, et P L'huissier en assignera d'autres, si le comité
d'Avignon lui en désigne. »
Les incertitudes qui régnaient dans cette affaire, ces renseignements à compléter, ces témoins à assigner qu'on ne connaît pas, cette déclaration des témoins aflQrmant que leurs dépositions concernent Baudran fils et non son père, auraient dû faire hésiter les membres de la Commission et suspendre tout jugement ; mais l'accusateur public, malgré ces annotations qu'il avait sous les yeux, accusa injustement M. Jérôme Meynier, père, comme il avait accusé Pical et Allier, de contre-révolutionnaire et de fédéraliste. « Jérôme Meynier dit Baudran, père, n'a jamais montré que des principes anti-civiques ; il fut toujours l'ennemi de la République et de la liberté ; il en a donné des preuves à l'époque du fédéralisme ; il a été un de ceux qui ont assisté régulièrement aux sections ; il a été nommé par les rebelles dont il avait la confiance, inspecteur des travaux publics ; il est aussi prévenu d'avoir fourni de l'argent pour alimenter la rébellion ; il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. » La peine de mort fut prononcée.
Tous ces faits ne méritaient pas l'échafaud. « Mais, dit Raphel dans son rapport, il fallait des victimes aux juges. Jérôme Baudran passait pour riche, et Jérôme Baudran est condamné à mort. »