VICTIMES DE MORNAS
Treize prévenus de Mornas furent amenés en ce jour devant la Commission populaire. Deux furent condamnés à un an de détention : ce sont Euphrosine Violés, femme de Pierre Perrot, 30 ans, et Antoine Coutel, fils, cultivateur, 87 ans ; les onze autres expièrent sur l'échataud le prétendu crime de fédéralisme dont on les accusa.
Mornas, conmie Montdragon et plusieurs autres communes voisines, avait embrassé la cause des Marseillais. La municipalité patriote, revenue au pouvoir, dressa le 8 novembre 1793 la liste suivante de ceux qui avaient concouru à ce soulèvement.
« Liste des personnes qui ont pris part aux rébellions marseillaise, de cette ville de Mornas, avec les notions des faits dont elles sont accusées, et dont la municipalité fournira la preuve.
l"" Guillaume Reynaudy père, dit Brillant, a foit les fonctions de maire et d'oflScier municipal dans la commune de Mornas, nommé par les sections dans le temps des rébellion marseillaises au préjudice de la municipalité légale, qui avait été révoquée par lesdites sections. Il a signé plusieurs actes en cette qualité, tous actes contre-révolutionnaires ; il a été trouvé faisant fonction dans la maison commune, lorsque le capitaine commandant l'avant-garde de l'armée de Carteaux s'est emparé de la commune de Mornas; il fut prouvé alors que ledit Reynaud avait fait fabriquer des cartouches pour Tannée marsâllaise ; la découverte en fut faite en sa présence, malgré qu'il le nia, et à raison de ce, il fut mis en état d'arrestation par ordre dudit commandant, et ensuite le représentant du peuple laxa un mandat d'arrêt contre lui, en vertu duquel il fut traduit dans la maison d'arrêt du district d'Avignon, où il a été détenu plusieurs jours, et ensuite élargi sous caution et promesse de se représenter lorsqu'il en sera requis ; il y a plusieurs autres faits d'inculpation contre ledit Reynaud qui caractérisent un contre-révolutionnaire.
i3 messidor — /•' juillet 1794* Su
t Michel Reynaud, dit Brillant^ son fils, est accusé d'avoir tellement pris part aux rébellions marseillaises que, s'étant enrôlé dans la compagnie des rebelles, il a fait fonction dans cette armée tant à Orange, Avignon qu'ailleurs. Celui-ci n'a plus reparu à Moroas depuis qu'il sert dans l'armée des rebelles ; il a été vu et reconnu par les citoyens de Mornas.
3"» Jean-Joseph Salignon, actuellement détenu dans la maison d'arrêt du district deMontélimar ; il doit être incessamment traduit dans celle du district d'Orange; est coupable des rébellions parce qu'il a fait fonction de lieutenant d'une compagnie de rebelles marseillais ; il a figuré à Orange, Avignon et ailleurs en cette qualité, après avoir quitté les fonctions de lieutenant de l'armée de la République.
4'' Michel Toumillon, actuellement détenu dans la maison d'arrêt du district de Montélimar, que l'on doit traduire incessamment dans celle d'Orange, était président du comité de sûreté générale des sections coalisées avec les Marseillais, et a fait fonction et signé divers actes de contre-révolution dont on a la preuve.
5'* ThomaS'Bemard BlwncheU oflBcier municipal, s'est déclaré traître à la patrie, en se coalisant avec les rebelles dans l'armée desquels il s'est enrôlé avec un grade, où il a figuré tant à Orange, Avignon qu'ailleurs, n'étant plus reparu à Mornas depuis sa sortie, le séquestre a été mis sur ses biens.
6* François Boyer, oflBcier municipal, a également quitté son poste et s'est enrôlé dans l'armée des rebelles, et il y a figuré à Orange, Avignon et ailleurs, et n'a plus reparu depuis sa sortie.
7" Agricol Fvrmin a servi en qualité de sous-lieutenant d'une compagnie de rebelles, ayant figuré à Orange, Avignon et ailleurs et n'a plus reparu.
9r JeafirPrançois Wincenty a provoqué des commissaires l'établissement des sections ; par deux fois il a été expressément à Marseille ; il parvint par ce moyen à se faire nommer président des sections à Mornas, où il a fonctionné et signé divers actes de contre-révolution ; plusieurs de ses lettres en contrerévolution ont été interceptées et remises au citoyen représentant Albitte qui a, dès l'arrivée de l'armée de Carteaux, laxé un mandat d'arrêt contre ledit Vincenty de l'exécution duquel fut chargé le lieutenant-colonel des Allobroges, qui vint à Mornas faire la perquisition dudit Vincenty^ aveo un oculàse
322 QUATORZIEME sfANCB.
nombreux de dragons et de gendarmes, qui, ne l'ayant pas trouvé à Mornas, continuèrent leur perquisition dans sa grange à Montdragon, et dans d'autres domaines au territoire du St- Esprit, où il n'a pu être atteint ; ayant appris du depuis qu'il s'était réuni avec Reboul de Montdragon, capitaine d'une compagnie de rebelles, et s'était rendu à Lyon, lors de la rébellion de cette dernière ville, et n'ayant plus reparu à Mornas ; il y a beaucoup d'autres faits de contre-révolution dont ledit Vincenty est coupable.
9"" Jean-François Blanchet a provoqué les commissaires des sec. tions de Marseille pour venir à Mornas, et par ce moyen, il s'est fait nommer procureur de la commune par les sections ; il a été en même temps nommé secrétaire desdites sections, ayant fait fonction en ces deux qualités, et ayant signé divers actes contre-révolutionnaires dont il conste par les pièces justificatives. Cet homme a disparu lorsqu'il a su l'arrivée des Allobroges, et n'a plus reparu du depuis ; le séquestre a été mis à ses biens.
W Joseph jBtewcAer, résidant à Montdragon, coalisé avec les rebelles de Mornas, est venu prendre part aux sections, et y a prêté son ministère en qualité de secrétaire par intervalle.
11* Jean-Félix Firmin a fait les fonctions de vice-président du comité de sûreté générale des sections ; il a signé des actes en cette qualité, il a disparu à l'arrivée des Allobroges, et n'a plus reparu. Le scellé a été mis sur ses meubles.
12® Georges Guichard a paru prendre part aux sections, ayant signé quelques actes, et a disparu à l'arrivée des Allobroges.
13^-14* Etienne Bouchon et son fils ont pris les armes contre la République, ayant figuré dans l'armée des rebelles marseillais, étant auparavant coalisés avec lesdits rebelles pour les faits de contre-révolution, et l'enrôlement fait par eux pour les émigrés. Ces deux honmies n'ont point reparu ; le séquesa été mis à leurs biens.
18* Jean Beau, notable de cette commune, ayant été à Marseille pour avec ses coalisés solliciter des conmiissaires pour venir à Mornas, a quitté son poste et s'est enrôlé dans l'armée des rebelles, et a figuré avec eux les armes à la main contre la République. Cet homme n'a plus reparu, le séquestre a été mis sur ses biens.
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16*» Valentin Amblard, notable de cette commune, a quitté son poste, et a pris les armes contre la République.
17*» Antoine Joussin, notable, comme Valentin Amblard.
18*^ Jean Tramiez*, notable, id. id.
19* Reymond Bénivody, notable, id. id.
20*» Villelongue, fils, chirurgien, accusé de plusieurs faits de contre-révolution, membre du comité de sûreté générale des sections, s'est mis à la tête de plusieurs rebelles pour désarmer les patriotes dans la nuit, et a exercé ces actes avec la plus grande violence dans toutes les maisons des patriotes, disant que s'il les trouvait il les fusillerait ; et à l'arrivée des AUobroges il est parti avec la compagnie des rebelles de Mornas et de Montdragon, où il s'est enrôlé en qualité de chirurgien.
21* Milliet, agent et associé de Jean-François Vincenty, se fit nommer officier municipal de Mornas par les sections en contre-révolution ; il a fait fonction en cette qualité, et signé des actes contre-révolutionnaires ; il a été à Marseille en qualité de commissaire des sections portant un extrait des délibérations pour la députation à Bourges, et autres actes qui caractérisent la contre-révolution ; il était parti pour Marseille quand les Allobroges arrivèrent et n'a pas reparu.
22* Michel BlancheU fils de Jean-François, a pris les armes contre la République, il avait même quelque grade dans la compagnie de Reboul, de Montdragon ; il a fait des motions incendiaires contre les patriotes dans les sections de Mornas. Cet homme n'a plus reparu, il doit être à Toulon où une partie de ladite compagnie se trouve.
23*^ Alexis Monet, fils à Christophe, faiseur de bas,
24*» François Laatier, dit Marjorène, boulanger, comme Michel Blanchet.
25*» Nicolas Tinely qui était enrôlé depuis un an dans les armées de la République, en déserta, vint assister aux sections de Mornas et s'enrôla dans la compagnie de Reboul.
26*» François Argellier, fils de Michel, a pris les armes contre la République, et s'enrôla dans la compagnie de Reboul ; il a figuré à Orange, Avignon et ailleurs, dans l'armée des rebelles marseillais ; il fut saisi les armes à la main par les Allobroges lors de leur entrée à Avignon, mais il ne fut atteint que sur une montagne aux approches de Barbentane ; il est actuellement détenu dans la maison d'arrêt d'Avignon.
27*» François Pourchet, fils de Jean-Pierre, marchand de soie, s'est enrôlé dans la compagnie de Reboul, et n'a plus reparu du depuis.
28** Biaise Ducord, comme François Pourchet.
29** Denis Beaussan aîné, id. id.
30** Clément Brun, fils d'Honoré, soi-disant écuyer, s'est enrôlé dans la compagnie de Reboul, emportant les armes de la commune de Mornas, ayant joint l'armée marseillaise, dans laquelle il a figuré à Orange, Avignon et ailleurs, et a été arrêté par les AUobroges, les armes à la main, dans les environs de Barbentane avec Argellier son camarade, le lendemain de l'entrée des Allobroges à Avignon, il est du depuis détenu dans les prisons d'Avignon.
« Nous, maire et officiers municipaux de la commune de Mornas, certifions la présente liste véritable ; à Mornas le 8"* jour de la 2"**» décade du 2"** mois de l'an 2' de la République une et indivisible (8 novembre 1793). » Suivent les signatures.
Cette liste envoyée au tribunal criminel de Vaucluse resta d'abord sans efiet, mais quand Maignet eut pris à tâche de ramener Vordre dans le diabolique Comtat, comme il disait, des poursuites actives furent exercées contre ces fédéralistes. Ceux qu'on put saisir furent incarcérés, et le 13 messidor l'accusateur public de la Commission populaire les traduisit en jugement. Onze furent condamnés à mort et exécutés le jour même, à six heures du soir.
N* 87. Joseph-André BLANCHET, père, fabricant d'étoffes.
Dossier 229.
Joseph-André Blanchet (1) naquit à Mornas le 29 novembre 173S de Michel et de Madeleine Martin. Il gagnait sa vie en fabriquant des étoffes de soie et de filoselle. Sa femme étant morte, son fils âgé de 28 ans étant parti pour l'armée, il vint demeurer à Montdragon chez sa fille, mariée dans cette commune.
Il fut accusé d'avoir signé le 1*" juillet 1793, en qualité de
(1). Les actes de catholicité l'appellent Blanchier ; la liste dressée par la municipalité le nomme'B/aiic/fer; actuellement ses descendants se font appeler Blanchet.
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secrétaire de la section fédéraliste de Mornas, une lettre adressée au comité général des 32 sections de Marseille : « Les factieux, est-il dit dans cette lettre, font encore des efforts ; nous venons d'en donner avis au commandant des troupes de notre département, en lui observant que nous croyons nécessaire de mettre de la célérité dans l'opération. Dans nos cantons, l'opinion générale est pour les sections, mais dans plusieurs endroits, elle n'a pu se prononcer, parce que les factieux régnent encore. Nous mettons toute l'activité et le zèle possible au soutien de la chose publique. »
Le comité de Mornas le porta sur la liste dressée le 8 novembre (voir n** 10).
Après l'installation de la (Commission populaire d'Orange, le comité de surveillance de Montdragon décerna, le 22 prairial (10 juin 1794), un mandat d'arrêt contre lui, l'accusant de fédéralisme et de contre-révolution. Il fut arrêté le même joiu* et conduit dans la prison du Cirque à Orange. Sept jours après, ce comité dressait son tableau de renseignements dans lequel on lit « qu'il est prévenu d'avoir été nommé secrétaire de la section rebelle de Mornas, d'avoir signé en cette qualité plusieurs actes contre-révolutionnaires, et entre autres une lettre liberticide que la section de Mornas écrivait au comité général des 32 sections de Marseille ; — pour avoir conduit dans la maison des patriotes des gendarmes envoyés par la fédération pour saisir et emprisonner ceux qui étaient attachés aux principes de la Montagne, et pour avoir dissuadé la mère d'un volontaire d'envoyer le diplôme de la société de Montdragon que son fils lui demandait. »
Viot reproduisit contre Blanchet tous ces griefs, et le fit condamner à mort, comme complice de la rébellion.
Une tradition conservée à Mornas relate que Blanchet fut hissé sur un âne, le visage tourné vers la queue.
N' 88. Jean-Michel BLANCHET, cordonnier.
Dossier 231.
Jean-Michel Blanchet, neveu du précédent, était fils de Jean- François et de Louise-Rose Salard ; il naquit le 8 mai 1758. Nous le voyons accusé de fédéraUsme dans la liste du 8 no-
326 QUATORZIÈMB SÉANCE.
vembre, ainsi que son père, son oncle, et un autre de ses parents.
Après la dispersion des Marseillais, il se retira à Toulon, où il s'enrôla dans la 11"* compagnie de l'armée de l'Italie au camp de Porquerolle. Son capitaine lui délivra le 24 germinal (13 avril 1794) un certificat comme servant audit bataillon depuis sa formation, en qualité d'appointé, ayant toujours rempli ses devoirs avec zèle et exactitude, en vrai militaire et bon républicain.
Il revenait dans son pays natal, quand la maladie l'obligea d'entrer le 18 floréal (7 mai) à l'hôpital de Port-la-Montagne (Toulon), où il demeura jusqu'au 21 mai.
A peine arrivait-il à Mornas que le comité de surveillance lança contre lui un mandat d'arrêt, daté du 13 prairial (1*' juin), pour avoir pris les armes contre la République, et le fit traduire dans les prisons d'Orange. Le 7 messidor (25 juin), le comité de Montdragon transmettait au grefiîer de la Commission d'Orange les renseignements suivants : « Michel Blanchet, veuf, âgé de 36 ans, ayant deux filles, l'une de 8 ans, l'autre de 3 ans, détenu pour avoir recruté en faveur de l'armée rebelle de Marseille, avoir passé des engagements à ceux qui voulaient s'enrôler, et avoir lui-même servi dans ladite armée en qualité de caporal ; — cafetier (1), sans fortune, lié avec les aristocrates, il a toujours manifesté des opinions contre-révolutionnaires. »
Viot l'accusa conune fédéraliste et contre-révolutionnaire, et demanda sa tête. Elle tomba, avec celle de son oncle, sous le couteau de la guillotine, le mardi 1*' juillet 1794. Sa mort rendit orphelines deux enfants déjà privées de leur mère.
N*" 89. Jean-Joseph-Georges GUICHARD, bourgeois.
Dossier 230.
C'était un riche bourgeois de Mornas, né le 22 avril 1743, de M. Jean-Pierre Guichard et de D"' Marie-Eléonore Jacomin.
Gomme on le lit dans la note contre les fédéralistes de Mornas, n» 12, M. Guichard prit la fuite à l'arrivée des Allobroges,
(1) Le registre des décès dit qu'il était cordonnier.
i3 messidor — j*^ juillet I7g4. $27
et se retira à Villeneuve-Iès-Avignon, où il obtint de la municipalité, le 15 juillet 1793, un sauf-conduit qui contient son signalement : « Taille 5 pieds 6 pouces, cheveux gris, sourcils châtain , gros yeux châtain , grand front, visage maigre et ovale. »
Fuyant devant la persécution, il se rendit le 18 juillet à Beaucaire, le 29 à Bagnols ; le 8 août, une maladie l'obligea à séjourner à Uzès jusqu'au 18 octobre ; il partit ensuite pour Remoulins où il demeura un mois, puis il revint à Uzès ; sa santé fut gravement ^rée par les privations et les chagrins. C'est dans cette dernière ville qu'il fut saisi par la gendarmerie, au mois de juin 1794, sur Tordre du comité de surveillance de Montdragon qui avait découvert sa retraite ; il fut écroué à Orange dans la prison du Cirque.
Le 6 messidor (24 juin), le comité de sa commune dressa son tableau de renseignements dans lequel on lit que : « Guichard était garçon, bourgeois, ne fréquentant que des aristocrates et des fanatiques ; aristocrate lui-même, n'ayant jamais aimé la révolution ; détenu à Orange pour avoir été membre du comité des douze, ayant correspondu avec le général des fédéralistes, ayant tous les jours, pendant le temps de la rébellion, commandé des patrouilles pour le désarmement des patriotes, et n'ayant point produit de certificat de résidence depuis son départ. »
L'accusateur public le dénonça d'après ces renseignements et le fit condamner à mort en vertu de l'article 4 du code pénal du 6 octobre 1791 ; ses biens furent confisqués au profit de la République.
N*' 90. Guillaume REYNAOD, entrepreneur des ponts et chaussées.
Dossier 232.
Il naquit à Mornas le 15 juin 1720 de François Reynaud et d'Honorée Gasche. D'abord négociant en soie, il devint entrepreneur des ponts et chaussées.
Ghastel, commandant l'avant-garde de Garteaux, le trouva en fonction à la mairie, en qualité d'oflScier municipal, et le mil en arrestation par l'arrêté suivant : « Le 13 juillet 1793,
Règne de la loi. Vive la République démocratique une et indivisible !
« Nous, Michel Chastel, capitaine dans la légion franche allobroge et commandant l'avant-garde de l'armée française, m'étant emparé de la commune de Mornas, et m'étant transporté à la municipalité, j'ai appris que la municipalité en fonction s'était coahsée avec les reoelles ; je m'en suis informé très particulièrement, et j'ai appris que la municipalité légale avait été destituée par le parti des rebelles qui s'était constitué en assemblée primaire le 30 juin. Je me suis aloA fait représenter les registres de cette prétendue assemblée primaire, et j'y ai trouvé une coalition parfaite avec les Marseillais; j'ai cru ne devoir point reconnaître cette prétendue municipalité, et ai donné les arrêts dans la salle commune à Guillaume Reynaud, officier municipal nommé par la section, et donné ordre de mettre en état d'arrestation François Blancher^ procureur delà prétendue municipalité. Signé : Chastel. »
M. Reynaud fut conduit dans les prisons de Montdragon, puis dans celles d'Avignon ; mais sur une pétition de Pierre Raby, d'Orange, son gendre, le représentant Rovère le mit en liberté sous caution par arrêté du 6 août 1793.
<r Les Représentants du peuple français, délégués dans les départements méridionaux de la République,
« Considérant d'après la représentation qui leur a été faite dans une pétition signée Raby, et notifiée vraie par la municipalité d'Orange, et d'après les attestations données par les membres du district d'Orange et de la société populaire, que le citoyen Reynaud, dit le Brillant^ n'a donné lieu à aucune inculpation de rébellion ou d'incivisme notoire ;
« Arrêtent que la municipalité d'Avignon donnera de suite les ordres nécessaires pour que le citoyen Reynaud, dit le Brillant, soit mis sur-le-champ en liberté.
« Arrêtent de plus que le citoyen Reynaud sera tenu de donner une caution reçue par la municipalité d'Orange, et un certificateur.de caution ; qu'il se présentera devant les autorités constituées d'Orange ou autres qui lui seront désignées, toutes les fois qu'il en sera requis.
« Le présent arrêté sera transcrit sur les registres de la municipalité d'Orange qui est requise de se conformer en tout aux conditions exprimées.
i3 messidor — i^^ juillet t'jg4, 329
« A Avignon, le 6 août (1793) l'an 2* de la République. Signés : Jean-François Rovère, Magnon, secrétaire de la commission. »
Les ennemis de M. Reynaud virent avec peine son élargissement et intriguèrent contre lui. De nombreuses dénonciations furent faites devant l'assesseur du juge de paix de Mornas.
François B..., ancien soldat au régiment Dauphin, dit « que Guillaume Reynaud est venu le trouver, dans le temps des sections, pour lui ordonner de venir à la maison commune faire des cartouches ; que Reynaud apporta un sac de poudre et un panier d'osier où il y avait des balles ; il en fabriqua jusqu'à onze heures, puis alla diner ; pendant ce temps l'armée de Carteaux arriva et mit Reynaud en arrestation. »
Antoine B... déclara « que Reynaud l'envoya chercher vingt livres de balles chez Vallier, chaudronnier à Orange. »
Antoine G..., fourrier de la commune, déposa « que Reynaud l'avait envoyé à Sérignan pour acheter 28 livres de poudre, et que Reynaud et François Blancher lui commandèrent impérieusement d'aller chercher les écharpes des municipaux légitimes, et qu'il les leur apporta. »
Toutes ces dépositions furent consignées dans la dénonciation faite le 8 novembre contre les fédéralistes, et envoyées le 7 germinal (27 mars 1794) aux administrateurs du district d'Orange, avec la lettre suivante :
« Giloyens administrateurs. Nous ne devons pas vous dissimuler que le nommé Guillaume Reynaud, dit Brillant, natif de notre commune, accusé des déhts les plus graves de contre-révolution, en est coupable, puisque la preuve matérielle en existe dans la délibération et par d'autres pièces authentiques. Vous avez le détail des accusations dans la liste des coupables que nous vous avons fait passer dans son temps. Cependant cet homme est dans vos murs fort tranquille, tandis que des malheureux cent fois moins coupables que lui sont incarcérés ; les délits dont il est accusé, et dont nous avons la preuve, sont des plus graves.U a été à Marseille au commencement de juin, et y a provoqué des commissaires pour venir à Mornas ; ces commissaires arrivèrent au nombre de cinq, et furent saisis par les AUobroges. Il se fit nommer officier municipal par les sections, en faisant révoquer la municipalité légale ; à peine en fonctions, il prend l'argent dans la bourse de la commune, et en achète des munitions de guerre qu'il fournit aux ennemis de la révolution ; il fait partir des jeunes gens en les pressant pour joindre l'armée marseillaise ; il fournit et signa comme officier municipal des passe-ports aux contre-révolutionnaires ; il fut pris en flagrant délit par un détachement des Allobroges, lorsque ce détachement s'empara de notre maison commune ;
33o QUATORZIÈME SÉANCE.
il fut arrêté par le commandant du détachement et conduit dans les p^^'^ons de Montdragon ; il eut l'adresse d'en sortir, revint à Mornas où il fut saisi de nouveau et conduit à Avignon dans la maison d'arrêt. Après plus d'un mois de séjom* dans cette ville, il fit solliciter son élargissement par le citoyen Raby, son gendre, qui, sur de faux exposés, obtint un élargissement provisoire ; le faux exposé trompa Rovère. C'est le temps, citoyens, où les républicains doivent être exacts sur l'exécution des lois qui sont contre les factieux déterminés tel que Guillaume Reynaud. Nous osons espérer que vous prendrez notre lettre en considération. Il y a déplus ; nous devons vous dénoncer que le citoyen Alliey, autre gendre de Reynaud, vient journellement ici faire des menaces, et chercher des querelles. » Suivent les signatures.
En même temps le comité de surveillance de Mornas insistait auprès de celui d'Orange, qui lança contre le prévenu un mandat d'amener.
Il comparut devant le comité, déclara « qu'il n'avait jamais eu l'intention de faire du mal à personne, qu'il n'avait rien fait contre la révolution, qu'il alla, en qualité d'oCBcier municipal, à la Maison commune pour recevoir les Allobroges, que s'il s'était senti coupable, il n'aurait pas attendu, comme il l'a fait» leur arrivée; et que Rovère et Poultier, convaincus de son innocence, l'ont élargi. »
A la suite de cet interrogatoire, le comité d'Orange délibéra, le 8 germinal (28 mars), que Reynaud pourra demeurer librement à sa volonté dans cette commune en se conformant exactement à l'arrêté du représentant du peuple.
Cette fois encore, les ennemis de M. Reynaud furent trompés dans leur attente ; ils devinrent furieux et provoquèrent de nouvelles dénonciations.
Le 2 floréal (21 avril), deux ménagers, Claude P... et François G..., se présentèrent au comité et dirent que Reynaud les fit appeler à sa maison dans le temps des sections, et qu'après avoir bafoué et ri de la municipalité patriote, il les invita à extinguer un capital qu'ils devaient à la commune, ce qu'ils ne purent faire parce qu'ils n'avaient pas la somme suffisante.
Après l'installation de la Commission d'Orange, les poursuites recommencèrent. L'accusateur public lança contre le proscrit de Mornas un mandat d'arrêt sous la date du 27 prairial (15 juin). Il fut mis à exécution par Peytavin, commandant de la gendarmerie nationale d'Orange.
i3 messidor — i*^ juillet tjg4, 33 1
M. Reynaud, le lendemain de son arrestation, porta plainte contre ses ennemis par la lettre suivante :
« Aux citoyens juges composant la Commission populaire à Orange.
« Guillaume Reynaud, citoyen septuagénaire de 18^ commune de Mornas, s'adresse à vous, citoyens juges, pour vous faire connaître qu'il est une de ces victimes que les intrigants de sa commune ont dépouillé de leurs biens, et préparé par des manœuvres som*des, et par des calomnies adroitement ourdies, l'arrestation ordonnée hier par l'accusateur public.
« La privation de sa liberté n'affaiblit pas en lui les sentiments républicains qu'il a toujours professés ; il sait, il n'ignore pas que, dans une grande révolution, l'homme probe est quelquefois troissé, mais il se console de souffrir pour la patrie, bien convaincu que son innocence percera le voile obscur de l'intrigue et de la méchanceté, et qu'il n'en méritera pas moins l'estime des bons républicains.
« Mais en attendant le jugement qu'il désire, il est un acte préparatoire : c'est de lui rendre les meubles et denrées qu'on lui a pris par des actes arbitraires émanés de la municipalité de Mornas, ou de connivence avec elle ; c'est de le faire jouir de ses biens dont il a été dépossédé par des actes de violence dignes de répréhension et de châtiment. C'est enfin le temps de mettre un terme à tant de vexations qui durent depuis deux ans.
« Les accusations dont il est victime ne sont pas plus fondées et légitimes que la dépossession de ses biens ; l'une et Tautre tiennent à des haines et des passions particulières.
« Vous ordonnerez donc, citoyens, que la municipalité de Mornas soit tenue de me procurer, dans le délai de trois jours, les meubles et effets qui ont été pris dans ma maison, les denrées et les récotes qui m'ont été enlevées, et que le délaissement de mes biens-fonds et récoltes me sera fait dans le même délai ; à quoi faire tous les détenteurs seront contraints par les voies de droit.
« A Orange, le 28 prairial, la 2* année de la République. Signé : Reynaud. »
La supplique resta sans réponse.
Ce jour-là même, le comité de surveillance d'Orange dressait son tableau de renseignements qui ne nous apprend rien de
nouveau ; le comité de Montdragon en dressa un second le 7 messidor, qui reproduit les motifs de son arrestation.
Son jugement fut fixé pour le 13 messidor. Six témoins de Mornas furent assignés ; et Viot, résumant toutes les dépositions faites contre lui, le dénonça en ces termes : « Guillaume Reynaud a conspiré la perte de la République avec les rebelles marseillais ; il a, du temps que les sections furent en vigueur, usurpé les pouvoirs du peuple, en occupant la place de maire et oflBcier municipal provisoire, après avoir chassé la municipalité légale; il a signé, en cette qualité, des ordres contre-révolutionnaires ; il a fait fabriquer des cartouches pour tirer sur l'armée de la République ; il est le complice de la révolte ; il a voulu allumer la guerre civile et dissoudre la représentation nationale. »
M. Reynaud fut condamné à mort, et ses biens confisqués.
N* 91. Jean-Pierre POURCHET, négociant en soie.
Dossier 236.
Riche négociant en soie, propriétaire de domaines considérables, M. Jean-Pierre Pourchet consacrait tout son temps au commerce et à l'agriculture ; aussi il afllrme qu'il n'a jamais occupé aucune fonction publique ni dans le nouveau ni dans l'ancien régime. Il fut néanmoins dénoncé pour avoir engagé son plus jeune fils François à s'enrôler dans l'armée marseillaise, et fut mis en prison à Mornas.
Le conseil général de la commune, convaincu de son innocence, délibéra, le 9 vendémiaire (30 septembre •1793), sa mise en liberté. Nous transcrivons textuellement cette délibération bienveillante.
« Le conseil général de la commune de Mornas, assemblé le 9 vendémiaire an 2 ; le citoyen Desserre, procureur de la commune, expose que, malgré les recherches faites pas le comité de surveillance, il n'a point été découvert que le citoyen Jean- Pierre Pourchet, détenu dans les prisons de cette commune, ait signé des actes de contre-révolution dans le temps des sections, et que lesdites recherches ont seulement produit la preuve que Pourchet avait proféré des calomnies et tenu des mauvais propos contre les patriotes de Mornas dans le temps qu'il était à
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Marseille, peu avant lesdites sections ; et que dans l'état des choses, il serait nécessaire de prononcer sur sa liberté.
« Le conseil général, après avoir ouï le procureur de la commune,
« Considérant que les recherches et informations contre ledit Pourchet n'ont amené aucune preuve contre lui ;
« Considérant qu'il n'a jamais pris le titre de noble ;
« A délibéré unanimement de le mettre en liberté, et que la présente délibération sera communiquée au comité de surveillance de la société populaire et montagnarde de cette ville pour déUbérer si elle y adhère ou non. »
Le comité donna aussi un avis favorable, et M. Pourchet fut élai^.
La municipalité lui délivra même un passeport le 18 novembre suivant pour pouvoir circuler à dix lieues à la ronde. Nous y trouvons son signalement : « taille 5 pieds 3 pouces 1/2, cheveux mêlés gris, front pelé (on a voulu dire découvert), sourcils châtain clair, yeux châtain, nez bien fait, bouche moyenne, menton rond, visage ovale un peu ridé. »
M. Pourchet vaquait tranquillement à ses affaires, quand le 28 mars 1794, à deux heures après midi, alors qu'il était au lit pour cause de maladie, deux soldats pénétrèrent dans sa chambre et lui intimèrent l'ordre de se rendre à la prison. Ce qu'il fit sans savoir pour quel motif on l'incarcérait. Trois jours après on le conduisit dans les prisons d'Avignon. « Le 31 mars, à 9 heures du matin, raconte le détenu dans un mémoire adressé à ses juges, Boyer et son camarade, gendarmes de Montdragon, sont venus me prendre et m'ont mené aux prisons d'Avignon, au préjudice de mon district d'Orange; étant arrivé à Avignon à 6 heures du soir, le geôlier et Serre, écrivain, ont demandé aux gendarmes si on n'avait point de procès-verbal, ou de décret contre moi. Us ont répondu qu'ils n'en avaient point, qu'ils avaient seulement un ordre de route pour amener ledit Pourchet aux prisons d'Avignon. Alors le geôlier leur a dit : « Si vous n'avez pas d'autres ordres, je ne puis garder ce prisonnier que 24 heures, et après quoi on me mettrait dehors. » Les gendarmes sont venus le lendemain à 7 heures du soir et en présence de tous les prisonniers, ils ont dit qu'ils avaient ordre de me ramener le lendemain bon matin à Mornas. Il fut convenu avec eux qu'ils auraient une cariole. Cet ordre n'a pas
été exécuté, et je suis encore ici dans les prisons sans savoir pourquoi, ni même si on m'a écroué, et encore moins ce que porte mon écrou si toutefois il y en a un. »
L'infortuné M. Pourchet, victime de l'arbitraire, emprisonné sans motifs connus, essaya d'obtenir sa liberté en rendant compte de sa conduite, conformément au décret de la Convention du 28 février. Il le fait dans le mémoire suivant, où il mentionne ses actes de patriotisme.
ff Mémoire pour le citoyen Jean-Pierre Pourchet, de la commune de Mornas, fabricant moulinier de soie et agriculteur, faisant exploiter son bien par lui-même quoique âgé de 58 ans,
« Dit que, dans l'ancien régime, il n'a jamais de sa vie occupé aucune place, ni fonction publique dans la commune de Mornas, étant toujours occupé à l'exploitation de son bien, et faisant travailler sa fabrique de moulins à soie ; et m'occupant ainsi, je faisais gagner deux ou trois mille livres toutes les années au peuple de Mornas ; ce que tous les habitants de ladite commune de Mornas certifieront.
« A l'égard du nouveau régime, je n'ai point occupé non plus de place ni de fonction publique, attendu que je n'ai point été requis par les autorités constituées. Cependant j'assistais tant que je pouvais aux sociétés populaires pour m'instruire de mes devoirs, et montais exactement les gardes qu'on me commandait, et quand j'ai été requis par les autorités constituées de fournir pour la République, je l'ai fait très volontiers ; en conséquence, j'ai fourni deux pistolets d'arçon, un fusil, plus pour les volontaires 1400 livres, plus 4000 livres, plus 50 livres, plus 100 livres, plus j'ai logé deux dragons allobroges et leurs chevaux pendant environ un mois, plus j'ai fourni 15 quintaux de foin, plus la municipalité a amené à ma maison le citoyen Gallet, receveur des domaines nationaux, et on a obligé mon épouse à le loger et lui donner une chambre ; ce qu'elle a fait, moi étant absent à cette époque ; nous l'avons logé et nourri pendant deux mois. Plus le citoyen Rivet, de Montdragon, progreffier de la commune de Mornas, est venu me demander une chambre garnie pour le loger ; je l'ai logé environ trois mois. De plus j'ai fourni une plaque de fonte pesant 175 livres pour les canons ; plus la municipalité est venue prendre mon cheval tout sellé et bridé, et l'a remis de suite à Peytavin et Quinche, délégués du représentant ; plus avoir fourni une autre fois à un
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municipal, accompagné d'un chasseur à cheval du 14* régiment, mes bottes, brides, troche-queue et croupières ; plus j'ai assisté à plusieurs fêtes civiques avec la municipalité, faisant des feux de joie et la farandoule. Tous les habitants de la bourgade, avons fait un grand repas et avons invité la municipalité qui nous a fait l'honneur d'y assister, et avons planté un arbre de liberté devant ma maison avec une joie inexprimable. Plus un volontaire , venant de l'armée du Nord, tout moribond, perclus de ses membres, je lui ai fourni un bon matelas, attendu qu'il ne couchait que sur la paille.
ff Je n'ai que deux fils, l'un de 17 ans, l'autre de 19 ans; ils ont l'honneur de servir la patrie dans l'armée des Pyrénées- Orientales, où ils ont eu l'honneur d'assister aux succès des armées républicaines, aux prises de Port-Vendres, CoUioure, etc., etc., et le plus jeune est sergent-major des grenadiers montagnards ds Vaucluse. Signé : Pourchet. »
Pendant qu'il gémissait dans les prisons d'Avignon, le comité de surveillance de Montdragon dressait la note des renseignements à fournir au greffier de la Commission populaire. Son tableau, daté du 6 messidor (24 juin), indique les motifs de son arrestation : « Pourchet a recruté pour l'armée rebelle ; il a entretenu une correspondance avec les fédéralistes (1) ; il faisait les certificats de ceux qui s'enrôlaient pour ladite armée des rebelles, et y envoya son fils ; il fut à Marseille pour se fédéraliser avec les sections. » Ce sont tout autant de mensonges inventés pour le perdre ; la liste des fédéralistes dressée le 8 novembre n'en parle pas. La vérité est qu'on était jaloux de sa fortune ; aussi le comité ajoute : « Il a 1200 livres de revenus, outre un commerce considérable. Ses relations étaient avec les aristocrates ; il est aristocrate lui-même et n'aimant pas la révolution. »
(1) Ge qui motiva probablement cette dénoDce fut la découverte dans ses papiers d'une lettre d'affaire datée du 8 février 1793, et signée Pulcbiron urères, négociants à Lyon, dans laquelle ces négociants se plaignent que les affaires languissent et que les soies ne se vendent pas. « Nous avons appris, lui écrit-on^ avec bien du chagrin les troubles survenus dans votre ville, et leurs suites fâcheuses. Us n'en ont jamais eu d'heureuses. Quand est-ce donc que les hommes ouvriront les yeux, qu'ils reconnaîtront qu'ils n'ont tous que le même intérêt, celui de raimer et de se soutenir tous ? Notre vîUe a été aussi agitée ; mais une sage prévoyance a prévenu les maux jusqu'ici. Dieu veuille qu'on y soit toujours & temps I »
Le comité de surveillance oublia de dire que M. Pourchet était fanatique. II n'y aurait certes pas manqué, s'il avait su que ce prévenu portait sur lui une lettre soi-disant écrite par J. C. Mais ce que le comité ne fit pas, la Commission populaire le fera dans sa correspondance avec le comité de Salut public, ainsi que nous le dirons bientôt.
M. Pourchet fut traduit des prisons d'Avignon dans celles d'Orange pour subir son jugement fixé au 13 mersidor. Le comité de Mornas fut chargé d'assigner les témoins à charge. Viot, répétant les mensonges énumérés dans le tableau de renseignements, demanda et obtint sa mort, et la confiscation de ses biens au profit de la République.
N* 92. François ARGELLIER, fllS| cultivateur.
Dossier 238.
La municipalité de Mornas le porta sur la liste des fédéralistes n^ 26, poiu* s'être enrôlé dans l'armée marseillaise. Saisi par un Allobroge aux environs de Barbentane le 26 juillet, il fut conduit dans les prisons d'Avignon où il resta jusqu'à sa trans- •lation à Orange.
On lit dans le tableau des renseignements dressé le 6 messidor (24 juin) par le comité de Montdragon qu'il était âgé de 26 ans (1), garçon, cultivateur sans fortune, ne fréquentant que ses égaux, n'ayant aucune opinion prononcée.
Viot l'accusa du crime de fédéralisme, disant « qu*Argellier avait quitté les drapeaux de la République sous lesquels il servait, pour venir prendre avec les contre-révolutionnaires de sa commune et de Marseille les armes contre sa patrie et la Convention nationale. »
Le comité de Mornas désigna des témoins pour déposer contre lui ; et le tribunal le comprit dans la sentence de mort prononcée contre ses compatriotes.
N' 93. aément DE BRUN, fils, bourgeois.
Dossier 239.
M. Thomas-François-Clément de Brun, fils de noble François Honoré et de dame Madeleine de Croizet, naquit à Mornas le
(1) Le registre des décès ne lui donne que 24 ans.
i3 messidor — i^ juillet i7g4' ^Sy
ir août 1776 ; il eut pour parrain noble Thomas-François de Giberti, chevalier et comte de Corregio, et pour marraine noble Emilie de Brutel de Saint-Loup.
Il avait commencé ses études ecclésiastiques quand la révolution vint fermer les séminaires. Rendu à sa famille, il s'enrôla dans le parti fédéraliste dont le triomphe devait ramener Tordre et la paix. Après la dispersion de l'armée marseillaise, il fut saisi avec Argellier dans les environs de Barbentane par un Allobroge qui Técroua dans les prisons du palais des Papes à Avignon.
Il figure au n° 30 sur la liste des fédéralistes dénoncés par la municipalité. Dans le tableau des renseignements fournis le 6 messidor (24 juin) par le comité de Montdragon, on lit « qu'il est âgé de 16 ans (1), noble, sans fortune, ne fréquentant que ses égaux ; qu'il a un frère âgé de 26 ans dans les armées de la République, et que son père, âgé de 60 ans, a été détenu dans les prisons d'Avignon par ordre du comité de Mornas, le 9 germinal (29 mars 1794), comme ci-devant noble et pour avoir mené depuis la révolution la conduite d'un aristocrate. »
Transféré à Orange, il comparut devant la Commission populaire le 13 messidor. Viot, pour égayer son auditoire, trouva l'occasion de plaisanter sur sa noblesse : «Clément Brun, dit-il, ci-devant noble, a prouvé dans toutes les occasions qu'il était l'ennemi de la révolution ; il a toujours détesté et desservi la RépuWique et la liberté ; au moment que les Marseillais révoltés se mirent en marche pour aller exterminer et dissoudre la représentation nationale, il s'enrôla avec eux ; accablé sous le poids de sa noblesse, il ne fut pas aussi léger dans sa fuite que les brigands ses complices, il fut arrêté par les Allobroges qui se saisirent de lui et s'emparèrent de ses armes ; il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
A ce double titre de noble et de fédéraliste, il fut condamné à l'échafaud le 1^' juillet 1794, à l'âge de 18 ans.
^ N' 94. Michel TOURNILHON, propriétaire bourgeois.
Dossier 241.
M. Michel Tournilhon (2) était né en 1732 dans le petit vil-
(1) Le registre des décès lui donne 17 ans ; il en avait 18.
(2) Noas écrivons Tournilhon; d'après sa signature, quoique la plupart des documents portent Toumillon.
lage de Sallettes (Drôme) de parents recommandables par leur probité et leur fortune. Il était père de trois enfants : l'aîné de ses garçons, 30 ans, habitait Bollène; le cadet, 24 ans, vivait avec lui à Grignan, et sa fille, 36 ans, était mariée à Mornas. Chaque année, il venait passer quelques semaines auprès de sa fille. A Mornas, comme à Grignan, où il avait fixé sa résidence depuis quinze ans, il s'était attiré l'estime et la confiance publique par sa droiture, son intelligence, son aménité. Aussi, lors de l'établissement des sections, le comité de Mornas le nomma président du comité de sûreté générale malgré lui, et bien qu'il observât, que n'étant pas de la commune, il ne pouvait exercer aucun emploi.
Prévoyant les suites funestes auxquelles l'exposait cette nomination, il s'empressa, à son retour à Grignan, de faire sa rétractation devant la municipalité, et fit dresser l'acte qui suit :
« Le 19 septembre 1793, par devant la municipalité de Grignan, a comparu Michel Tournilhon, domicilié dans cette commune depuis plus de quinze ans ; il déclare qu'allant par intervalle passer trois semaines ou un mois chez sa fille habitant à Mornas, il se serait attiré l'estime des habitants de ce pays au point que lorsque le département des Bouches-du-Rhône érigé en sections ordonna à toutes les communes de son ressort d'en établir, Mornas se modela aux communes voisines, en sorte que le peuple assemblé établit un comité, et ce comité choisit Tournilhon pour son président malgré son refus obstiné^ et les raisons impérieuses qu'il donnait, de n'être point citoyen actif, ayant son domicile à Grignan. Toutes ses raisons furent inutiles. La croyance et la bonne foi du déclarant étaient des plus sincères. U fut induit en erreur par le manifeste des Marseillais qui disaient ne vouloir que la destruction totale de l'anarchie, le maintien de la liberté et de l'égalité, le respect pour les personnes et les propriétés, l'unité et l'indivisibilité de la République. Ces motifs l'entraînèrent à rester quelques jours à la place qui lui avait été confiée. Mais ayant ouvert les yeux, il se retira dans son domaine habituel, et déclare nous faiiy l'aveu le plus sincère que, dans cette place, son but a été celui de reconnaître la Convention et ses décrets, de défendre l'unité et l'indivisibilité de la République, et dans le cas où on lui supposerait d'avoir eu d'autres sentiments, il nous déclare avec serment s'en rétracter formellement et expressément, et jure
i3 messidor — i*^ juillet 1794, SSg
de maintenir de tout son pouvoir la liberté, l'égalité, la République une et indivisible, et de mourir en la défendant ; requiert acte et a signé Tournilhon.
« Nous avons donné acte au citoyen Tournilhon de son dire, rétractation et déclaration, et nous sommes signés avec notre secrétaire greffier. Signés : Salamon, maire, Béchier, secrétairegreffier. »
Malgré cette rétractation formelle qui, conformément à la loi, l'amnistiait, M. Tournilhon fut arrêté le 6 octobre suivant à Salles par la garde nationale, ainsi que M. Jean-Joseph Salignon, dont nous parlerons à l'article suivant.
La municipalité de Salles fit conduire les deux prisonniers à Montélimar, et adressa aux administrateurs du district la lettre suivante :
« Salles, le 7 octobre 1793, l'an 2* de la République une et indivisible.
« Citoyens. Nous vous envoyon par un détachement de 6 homme deux sujets bien suspects dont nous vous le recommandon. i/ y a longtemps que ce deux personnage nous fusque la vue, et imfecte notre pais de laristoerassie Le domame dudit Tournilhon servait de repère a tous les oristocrate elprimsipalemant a ceux de la sy Devant compta il et bon de vous observé que ce gen mangé crie le citoyen toumilion lien de toute la corespondance, et pui le soir allé coucer dan diver endroit crainte d'être découver ce qu'ils leur est arivé. Ainsin nous vous le recommandon pas davantage. Le nomé toumilion qand il fut pris ils donné a notre garde nationalle pour le laiser évader la somme ' de 600 livre ainsm faite nous le plaisir pour seconder nos veu de vous informer à Taulignan et a Mornas de la conduitte des deux sujet. Le nomé Sahgnon a de grade les frange, épolette et galon en or qu'ite était sur son mantaux nous vous envoyon les verbal joint l'un a l'autre les letre, hardes et efet que nous leur avons trouvé. Nous vous prions de faire donner Vetape au détachement qui condhuy ce brave bougre, vous nous accuseres la réception et obligeres vos consitoyen. Nous avons envoyé un esprès a la municipalité de Grignan pour faire la foulie des papier du nomé Tournilhon nous ne scavon ce qu'il en rejurtera vous ne trouvères pas étrange que le maire ne signe pas attondu que nous croyon qu'il soit de connivence comme vous le verés par la lètre Dudit Toumillion et somme fratemellemant les officiers municipaux et procureur de commune. Signés : J. G. of. m. E. cf. m**. G. S. procureur. G. officier de garde. G. secrétaire greffier.»
Arrivés le 8 octobre à Montélimar, les deux prisonniers furent interrogés séparément par d'Allon, directeur du juré, en l'absence de Pellapra. Il résulte des réponses de M. Tournilhon qu'il
fut bien surpris d'être arrêté n'ayant rien sur son compte qui puisse le faire soupçonner d'incivisme, ayant toujours acquitté ses impositions avec exactitude, n'ayant aucune correspondance avec qui que ce soit, se soumettant aux lois, et les observant avec fidélité et soumission.
En même temps, l'exprès envoyé par la municipalité de Salles arrivait à Grignan, dont la municipalité fit voler un détachement de garde nationale au domaine de M. Tournilhon pour saisir les papiers qui paraîtraient suspects. On n'en trouva aucun ; mais on mit en arrestation Marguerite Pamom, sa domestique, jeune fille de 20 ans, native de Sablet, et Etienne Veyrier, son fermier, âgé de 34 ans, né à Montbrison. Ils déclarèrent en présence de la municipalité n'avoir vu Salignon qu'une seule fois au domicile de leur maître, vers le 29 septembre, et qu'ils n'ont entendu aucun propos contre la République.
La municipalité de Momas, interrogée lel*' brumaire (22 octobre) par le district de Montélimar sur la conduite des détenus, répondit le 30 octobre que Tournilhon avait fait fonction de président du comité de sûreté générale, et signé en cette qualité plusieurs actes, et que Salignon avait été lieutenant d'une compagnie de rebelles marseillais. « Nous vous prions donc, ajoutent les municipaux en terminant leur lettre, au nom de la République, de nous les faire traduire tous les deux dans les prisons de notre commune, afin que nous les puissions faire traduire dans la maison d'arrêt du district du département, avec la procédure qui les concerne. »
Sur cette demande, le district de Montélimar les fit partir pour Momas, où ils arrivèrent le 10 novembre ; le lendemain ils étaient écroués dans le palais des Papes, où ils demeurèrent sept mois.
Pendant ce temps, la municipalité de Grignan prit la défense de M. Michel Tournilhon. Elle adressa à la Commission populaire un mémoire qui détruisait les accusations portées contre le détenu. En voici la teneur :
« Mémoire instructif pour Michel Tournilhon.
« Tournilhon a sa résidence habituelle dans le territoire de la commune de Grignan. Il allait momentanément à Momas chez sa fille recevoir des secours pour subsister. Ces visites de paternité lui ont attiré la haine des patriotes de Momas, parce
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qu'il ne tolérait pas les contributions arbitraires que faisaient
ces patriotes.
« Il est accusé de n'avoir jamais été patriote, et d'avoir été
président des sections de Mornas. Ces deux accusations sont
dénuées de fondement.
« La 1" accusation est démentie par sept attestations des
conseils généraux des communes de son domicile (1), et par un acte contenant un don patriotique volontaire, et la certitude d'avoir payé exactement ses impositions. Ces pièces sont cijointes, et la Commission est invitée d'en donner lecture.
« La 2* est également fausse ; il n'a assisté à aucune assemblée des sections de Mornas, ni signé aucun acte quelconque contre la République et son indivisibilité ; il fut au contraire opposé au désarmement des patriotes.
« Il a résisté à toutes les séductions perfides et aux menaces; il peut le prouver par témoins. Toumilhon, pour ne laisser aucun doute sur ses sentiments patriotiques et sa conduite, se rendit à son domicile de Grignan, se présenta devant la municipalité où il fit la rétractation la plus formelle de tout ce dont il pouvait être inculpé ; il réitéra son serment de fidélité à la Convention, et demanda acte du tout. La pièce prouve ce fait ; elle sera produite par l'accusé. »
Ne tenant aucun compte du décret de la Convention qui amnistiait les fédéralistes qui avaient rétracté leur serment, dédaignant les certificats favorables que lui avaient délivrés sept communes, Viot dénonça le malheureux Tournilhon en ces termes : t Tournilhon, qui n'a jamais été patriote, s'est plus particulièrement montré l'ennemi de la révolution au moment où le plus aflBreux fédéralisme étendait ses ravages, et menaçait d'écraser la République ; il a accepté et rempli la place de président d'une infâme section organisée par le crime et les Marseillais ; il a signé, en cette qualité, des écrits contre-révolu-
(1) Les sept commuDes dont on produisit les certificats sont 1« la Ro« chebaudiD, 2** ûompierre, cantoo de GbâteauDOUi de Mazenc, 3<* Manas, caotOD de Marsaone, 4^ Pont de Bruard (de Barret). b^ Félioe, district de Grest, 6<* Salettes. > Byzahut ; toutes certifièreot que « TourDÎiboa n'est
S oint pareot d'émigrés, ni de la ci-devant Dobiesse, sortant d'une famille ont la probité est à toute épreuve, jouissant depuis plusieurs années de la confiance pour les affaires de la commune, et de l'estime de ses concitoyens, n'ayant jamais vexé le peuple, au contraire s'en étant montré partisan, vivant avec lui sans nerté, n'ayant jamais contrarié le Tœa uauonal. >
342 QUATORZIÈME SéXNCB.
tionnaires , il est constant par là qu'il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
Après les débats, la peine de mort fut prononcée, séance tenante.
N' 95. Jean-Joseph SkUGmH^ marchand.
Dossier 242.
Il était fils de M. Raymond Salignon et de D^ Jeanne Jullien, et vint au monde à Mornas le 20 janvier 1740. Nous ne connaissons rien de ses premières années. M. Salignon s'enrôla dans l'armée de Vaucluse, bien qu'il fût âgé de plus de 50 ans, et fut versé dans la 3"' compagnie de l'ai^mée du Var, où il avait le grade de lieutenant ; mais sa vue s'étant considérablement affaiblie, il obtint son congé définitif le 24 mai 1793.
Il revint à Mornas ; puis, quand les Marseillais parurent dans nos contrées, il servit de nouveau comme lieutenant dans les bataillons fédéralistes. La liste dressée par la municipalité de Mornas nous le montre (n** 3) à Orange, Avignon et autres pays. Après la dispersion des Marseillais, il n'osa rentrer dans ses foyers, et mena pendant trois mois une vie errante et malheureuse. Pendant son absence, sa fenune se vit exposée à l'avidité d'un notaire sans entrailles. Le 30 septembre 1793, elle lui écrivait : « Je suis dans le plus grand chagrin ; on veut nous vendre notre bien ; on a commencé de mettre aux enchères la tine et le fouloir ; j'ai peur qu'on en vienne bientôt aux meubles et à la maison ; ainsi je vous laisse à penser ma position. Je vous dirai qu'à Bollène on a mis tous les messieurs en prison, aussi à Montdragon et à Mornas. Sermand, dit de Sourde, a donné pour accommodement mille écus, Etienne Monet 4 000 livres, on demande à M"* Pourchet 6000 livres, ainsi du reste- C'est pourquoi je vous prie de vous éloigner pour ma tranquillité. Vos deux cousins d'Orange, Raymond Salignon (1) et
(1) Outre Tarrestation doDt parle ici M"*' Salignon, nous lisons dans le registre des correspondances du comité de surveillance d'Orange gne Raymond Salignon de Garitat fut arrêté une seconde fois à Bourg-Saint- Aoiléol, le 17 pluviôse an 11 (5 février 1794), conduit à Mornas, et delà à Orange. Le comité donna 15 francs de récompense aux gardes nationaux de Mornas et 15 francs à ceux de Piolenc qui avaient escorté le prison* nier jusqu'à Orange. En outre, il écrivit une lettre de félicitatiou aux o£B-
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Monier, sont en prison à Orange ; c'est pourquoi je vous prie de ne point venir dans ces terres, car vous mettriez le comble à nos malheurs. Je viens de trouver 25 livres que je vous envoie par le présent porteur. Nous avons compté, nous devons 2 000 livres de plus que notre bien ne vaut ; malgré cela, on s'obstine à nous le faire vendre. »
M. Salignon répondit le 4 octobre à sa femme une lettre où il retrace sa triste position. « Chère épouse, je ne sais où porter mes pas, crainte d'être arrêté ; je ne puis entrer dans aucun bataillon, faute de bons certificats. Voici l'hiver. Je serai fort à plaindre si je n'ai pas un domicile, et que je sois obligé à marcher tous les jours, attendu que je ne puis rester dans le même lieu plus d'un jour ; d'ailleurs je ne pourrai me tenir de l'argent. Je suis de toute mon âme votre époux. »
Son arrestation à Salles, deux jours après, mit fin à cette vie pleine d'angoisses.
D'après ses réponses au juge du tribunal du district de Montélimar, il s'était rendu à Salles chez le citoyen Veyrier, maire de la commune, pour acheter de l'avoine, espérant la revendre à Grenoble, pour la subsistance de l'armée envoyée contre les Savoyards. Après avoir traité de la vente, il pria le maire de vouloir bien le loger, car il était nuit. Celui-ci le conduisit dans une maison de campagne située à un quart d'heure du pays, et le maître de ferme étant absent, il le fit monter dans un grenier à foin, où la garde nationale le saisit quelques instants après.
Nous avons raconté comment il fut conduit à Montélimar avec M. Tournilhon, et de là à Mornas et à Avignon.
Transféré des prisons d'Avignon dans celles d'Orange pour y
ciers monicipaux de Mornas pour leur zôle à servir la République, et une autre au comité de surveillance de Bourg-Saint-Andéol en faveur du içendre de M. Salignon, qui avait eu la scélératesse de conduire lui-même son beau-père en prison. « Du 22 pluviôse an II (10 février 1794).
« Au comité de surveillance du Bourg- sur-Rhône.
t Le citoven & qui vous aviez donné votre confiance pour la translation de Salignon, son beau-père, a rempli sa mission en vrai républicain ; ce n'a été que sur le rapport du cnef de la garde nationale que nous avons nanti ce sans-culotte d'une bonne et valable décharge, à laquelle nous vous prions d'ajouter foi, relativement à la responsabilité personnelle de Raymond Salignon dont vous l'aviez charge. Vive la RéDublique I >
Quelle aberration I Un gendre conduire son beau-père en prison, sachant que de la prison il passera à l'écbafaud I
subir son jugement, M. Salignon chercha à se rendre ses juges favorables par la lettre suivante adressée à la Commission populaire :
« Ledit Salignon vous expose le tableau de ses actions civiques depuis le commencement de la révolution.
1^ A l'époque de l'alarme qui se manifesta dans toute l'étendue de la France non république à cette époque, au sujet d'une troupe nombreuse de brigands qui, disait-on, mettaient tout à feu et à sang sur leur passage, et qui étaient parvenus à incendier la commune de Rochegude, il se hâta de faire armer le peuple, se mit à la tête de vingt hommes, battit patrouille toute la nuit dans les montagnes, et ne retourna que le lendemain, après avoir vu clairement qu'il n'y avait aucun danger, et que l'alarme était fausse.
2° Il exerça aux armes la jeunesse destinée à former la milice bourgeoise.
3** Il fut électeur à l'assemblée primaire.
4*» Quoique du Comtat, il alla se faire inscrire pour volontaire sur le registre de la commune d'Orange.
5° lorsqu'on organisa les bataillons d'Avignon, il se mit dans le premier, quoique sur la fin de sa carrière ; il fit la campagne en qualité de capitaine en second à l'armée d'Italie ; il n'aurait pas quitté son bataillon sans la perte de sa vue.
6*» Après sa retraite, quoiqu'il n'eût qu'un fils pour toute famille, et à la veille de lui donner un établissement avantageux, il préféra en faire le sacrifice pour la patrie au siège de Toulon, où il s'est rendu volontairement, et où il sert la République, si toutefois il n'y a pas perdu la vie.
V Lors de son arrestation à Salles, il se rendait à Grenoble pour servir la République dans les convois de subsistance à l'armée contre les Savoyards, ne pouvant faire mieux à cause de son infirmité qui l'a mis hors d'état de porter les armes. »
Viot ne lui tint aucun compte des services rendus ni de ses bonnes intentions, il le dénonça comme fédéraliste. « Jean- Joseph Salignon, dit-il, a détesté la cause de la liberté, et renoncé à servir sa patrie comme volontaire pour venir se ranger sous l'étendard de la rébellion marseillaise ; il a pris les armes avec eux ; il a occupé un grade de lieutenant dans leur armée rebelle; il a tenté avec eux de détruire le régime de la
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République ; il a participé à tous leurs crimes ; il a attenté à l'unité et à Tindivisibilité de la République. »
Il fut envoyé à la guillotine à Tâge de 54 ans. Le comité de Montdragon, dans son tableau dressé le 6 messidor, dit qu'il était marchand, ne fréquentant personne, ne communiquant à personne ses opinions, et n'aimant pas la révolution.
N' 96. Marie-Anne MAZET, femme NOUVÈNE.
Dossier 233.
La fureur révolutionnaire ne s'exerça pas seulement à Momas sur les hommes qui avaient pris part au soulèvement marseillais, elle atteignit aussi des femmes sans défense. Le 4 floréal (23 avril 1794), le comité de surveillance mettait en arrestation Marie-Anne Mazet, femme de Pierre Nouvène, Thérèse Privât, femme de Joseph Verdoulet, Cécile Martin, femme de Pierre Argellier, Euphrosine Violés, femme de Pierre Perrot, Marion Sermand , femme d'Ange Rogier , Marguerite Chassilan , et Anne Gleise, femme de Joseph Massis. Le lendemain, on arrêtait encore Françoise Bénivady et Jeanne Firmin, veuve de Jean-Joseph Vincenty.
Le 8 floréal (27 avril), le comité prit contre les sept premières la délibération suivante :
« Ce jourd'hui, 8* floréal, le comité de surveillance assemblé, un membre a exposé que la source des persécutions que les patriotes de Momas ont essuyées dans le temps de la rébellion des sections est venue des personnes qui ont été à Marseille déposer faussement devant un tribunal ftiis hors la loi par les décrets de la Convention nationale ; — que ces personnes, par leurs fausses dépositions, ont été cause de l'arrestation de plusieurs patriotes de Momas ; — que ces mêmes personnes ont fait sortir des prisons de Marseille deux contre-révolutionnaires décidés, convaincus d'avoir fait des recrues pour les émigrés;— qu'au sortir des prisons, ces mêmes personnes ont promené avec des lauriers, dans toutes les rues de Marseille, ces deux contre-révolutionnaires, en criant: « A la guillotine Marat ! »; — que de retour à Momas, elles ont fait de grandes fêtes et des farandoules en réjouissance de l'établissement des sections, ont fait des arcs de triomphe, et planté des arbres de victoire
aux portes de tous les aristocrates de Mornas ; — qu'elles ont tenu la conduite la plus scandaleuse et la plus contre-révolutionnaire ; le comité, considérant que l'arrêté pris par le citoyen Maignet, représentant du peuple, rend les comités responsables de la négligence qu'ils mettraient à faire arrêter les personnes qui ont livré les patriotes à la rage des aristocrates ; considérant que Thérèse Privât, Cécile Martin, Frésine Violés, Marianne Mazet, Marion Sermand, Marguerite Chassilan et Anne Gleise, toutes les sept ayant été à Marseille déposer taiissement contre les patriotes de Mornas ;... que Thérèse Privât est mère d'un fils sujet à la première réquisition, et qu'elle l'a fait cacher pour qu'il ne partît point pour défendre la patrie ; tous les-membres consultés, le comité a délibéré qu'un mandat d'arrêt sera laxé contre chacune des sus nommées pour être traduites dans les prisons d'Avignon, et être jugées conformément aux lois.» Suivent les signatures.
Immédiatement la municipalité donna ordre à un brigadier assisté de quatre gendarmes de saisir les prévenues et de les conduire à Avignon. Marion Sermand, Marguerite Chassilan et Anne Gleise se cachèrent sans qu'on pût découvrir leur retraite. Les autres restèrent neuf jours à Avignon, puis le 17 floréal (6 mai) elles furent ramenées à Orange et écrouées dans la prison de la Cure (1).
Le 7 messidor (25 juin), le comité de surveillance de Montdragon dressa le tableau de Marie-Anne Mazet dans lequel on lit « qu'elle est prévenue d'aristocratie, d'avoir poursuivi des patriotes, tenu des propos incendiaires lors de la rébellion des sections, d'avoir déposé calomnieusement devant le tribunal populaire de Marseille qpntre les patriotes de Mornas, d'avoir
r I) Le registre des écrous de la prisou de Ja Cure contient les noms de dix auties femmes de Mornas. Le 13 floréal, on écroue Elisabeth Quiot. femme de Toussaint Reboul ; le 14, Brun femme de Bru tel- Valière; le 29 messidor, Marguerite-Françoise Millet, la fille Thérèse Ribal. la veuve de Chanaleilles. Marie Vipnc, épouse de Xavier Félix. MarieHugoo, épouBB de Jean Tramier; le 2 thermidor, la veuve Alexandre et sa fille Rose épouse Loyau : le 4 fiuctidor, F»ariçoise Berger veuve Reynaud. Trois périrent sur l'échafaud: Mazet, Bénivady, et la marquise de ChanaleilUs ; Elisabeth Quiot mourut à Thôpital le 10 messidor ; les autres furent élargies au mois de septembre 17^4 par le représentant GoupiJleau. En ce même temps il y avait à la prison du Cirque : Jean-Joseob^ Agricol Firmin. Antoine Ooutei. Louis Costadun et Barthélémy Saint-Koman ; dans celle des Dames, Etienne Clément, Toussaint Reboai» Jean Tramier, Antoine Joussin, Xavier Félix et Raymond Bénivady.
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assisté à la plantation d'arbres de la liberté, et à des farandoules, en réjouissance de l'oppression des patriotes et du triomphe de l'aristocratie. » Elle est notée encore « comme aristocrate et fanatique, ne fréquentant que des fanatiques et des aristocrates. »
Aussi Viot la dénonça le 13 messidor c d'avoir, autant qu'il a dépendu d'elle, fait triompher la cause de la contre-révolution ; elle a persécuté les meilleurs citoyens ; elle a tenu des propos indécents sur la révolution ; elle a assisté à la plantation d'un arbre élevé en réjouissance de l'oppression des patriotes et du retour de la tyrannie ; enfin elle a calomnieusement déposé devant le tribunal contre-révolutionnaire établi à Marseille ; elle a conspiré contre la République. »
Associée aux fédéralistes, elle fut comme eux et avec eux condamnée à l'échafaud. Elle était âgée de 84 ans.
N** 97. Jeanne-Françoise BÉNIVADY, couturière.
Elle naquit à Mornas le 4 janvier 1771, d'Esprit Bénivady, tailleur, et de Marie-Catherine Meynier, et se livra dans sa maison aux travaux de couture. Elle était âgée d'une vingtaine d'années quand éclata la révolution. Alerte comme les filles de son âge, elle s'amusa un jour à découper et coudre ensemble des morceaux de papiers blancs, bleus et rouges en forme d'écharpes ; une autre fois, passant devant l'arbre de la liberté, elle plaisanta disant : quHl y aurait là beaiicoup de bois pour faire des sabots (i). Catholique sincère, elle méprisait un malheureux prêtre, ancien curé de la paroisse, qui, foulant aux pieds ses saints engagements, s'était jeté dans le parti révolutionnaire, et avait été emprisonné comme patriote. Parlant de lui, Françoise avait dit : ^ Il est en prison, il ne viendra plus, mais s'il revenait, nous le recevrions à coups de pierres. »
Tous ces faits furent dénoncés le 4 floréal (23 avril 1794) au comité de surveillance par quatre femmes patriotes. Le comité lança contre Françoise un mandat d'arrêt, comme prévenue
(1) Qaaote béou sapia Per faire de patio I
de faits contre-révolutionnaires, de fédéralisme et de propos incendiaires. Elle fut arrêtée, conduite dans les prisons d'Avignon le 27 avril, puis le 6 mai amenée dans la prison de la Cure à Orange.
Françoise était pauvre ; son père ne pouvant pas suflBre à son entretien, elle était obligée dans sa prison de travailler de son état pour se procurer la nourriture nécessaire. Quand, par ordre de l'administration, on eut enlevé aux prisonniers leurs couteaux, ciseaux, canifs et rasoirs, elle adressa aux administrateurs du district la supplique suivante :
« Citoyens. La citoyenne Bénivady vous expose qu'elle est couturière, et que la priver de ses ciseaux, c'est la priver de la seule ressource qui lui reste pour gagner de quoi se nourrir ; elle ne sait faire aucun autre métier; elle est réduite par le manque de ciseaux à la dernière indigence. Elle espère, citoyens, que vous aurez égard à sa triste situation, et que votre humanité et votre justice vous engageront à lui accorder sa demande. A Orange, le 27 prairial (15 juin). Signé Françoise Bénivady.
« La pétitionnaire offre de remettre, si vous le souhaitez, ses ciseaux le soir au concierge. »
Le 9 messidor (27 juin), le comité de Montdragon dressait son tableau, dans lequel on lit que « Françoise Bénivady, âgée de 20 ans (1), est prévenue d'avoir livré les patriotes à la fureur des aristocrates, avoir tenu les propos les plus incendiaires lors de la rébellion des sections ; elle fit des écharpes en papier et se les mettait pour rallier la municipalité et mépriser la République ; elle est couturière sans fortune ; aristocrate et fanatique, fréquentant des fanatiques et des aristocrates et n'aimant pas la révolution. »
Lorsque le greffier de la Commission réunit les pièces de la procédure contre la jeune couturière de Mornas, il ne connaissait pas encore les témoins qu'il fallait assigner, et il inscrivit sur la couverture de son dossier. « Le comité de Mornas désignera des témoins. »
L'accusateur public renouvela contre elle les griefs énumérés dans le tableau des renseignements, et demanda sa mort. Et le tribunal ne rougit pas de condamner à l'échafaud cette pauvre
(1) Elle avait 23 ans. Le comité de Mootdragon, chargé de dresser les tableaux des prévenas de Moroas, a commis beaucoup d^erreurs sur rage des prisooDiers et sur la date de leur arrestation.
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et jeune fille coupable tout au plus de quelques plaisanteries translormées en crimes par ces cerveaux révolutionnaires.
Les onze victimes de Hornas furent conduites à la.mort à six heures du soir.
Voici en quels termes la Commission populaire rendit compte de cette journée au comité de Salut public de Paris :
1 14 messidor. Hier treize personnes ont été mises en jugement. Deux ont été acquittées et néanmoins détenues pour un an, attendu que leur coTiSttitependant la Révolution a été comme équivoque. Les onze restants ont été condamnés à la peine de mort, étant demeurés convaincus d'avoir conspiré contre la République... C'était une troupe de scélérats qui, quoique nés dans l'honorable classe du peuple, étaient aussi fanatiques en aristocratie que les plus orgueilleux des cjr-devants. Quelquesuns ont porté l'audace jusqu'à danser sur Féchafaud, L'un de ces misérables (1) avait été trouvé saisi d'une lettre écrite par soidisant Jésus-Christ... Le Père Éternel l'avait, dit-on, envoyée à Pie VI ; elle avait été remise en présence de tous les cardinaux; ce coquin avait encore les sept Béatitudes : ce devait être quelque initié de Dom Gerle et de la bienheureuse Pagode, sa camarade.
« Les montagnes qui nous avoisinent sont peuplées d'une grande partie de scélérats échappés à la justice du peuple. Favorisés par certaines municipalités, ils vivent dans les bois ; ils font des trous en terre...
« On nous rapporte que parmi les scélérats encore arrêtés ce jour dernier, se trouvent des personnes nanties d'immunités du représentant Rovère ou Poultier. Oh! bon Dieu! bon Dieu!^
Quand le règne de la Terreur eut passé, les représentants du peuple firent arrêter et conduire dans les prisons d'Orange dixsept des partisans les plus prononcés en faveur de la révolution, et dont plusieurs avaient été les auteurs ou les complices des malheurs qui avaient affligé la commune.
(l) M. Pierre Pourchet.
15«* Séance
14 Messidor — Lavande.
Mercredi î juillet, Visitation de la Sainte Vierge.