VICTIMES DE CADEROUSSE
Le secrétaire de la Commission populaire écrivait le 13 messidor à ses afladés de Paris : « Aujourd'hui quatorze personnes seront mises en en jugement ; demain dix-sept, après-demain trente-deux. Si nous avions tous les agents qu'il nous faudrait, et que le pays ne fournit point, nous irions vite, et nous remplirions les vues du gouvernement. » (1) Les scélérats ! ils regrettaient de ne aller assez vite. Ils avaient cependant dans treize jours fait égorger quatre-vingt-dix-sept victimes ; et si Roman- Fonrosa et Melleret avaient toujours été de l'avis de Fauvety, de Fernex et de Ragot,aucun accusé n'aurait trouvé grâce à leurs yeux.
Comme on l'avait annoncé, dix-sept prévenus de Caderousse étaient assis le 14 messidor sur les bancs des accusés pour entendre prononcer leurs sentences. François Barrot, journalier, 40 ans, et Vincent Méyer, cultivateur, 16 ans, furent acquittés ; Claude Roubaud, perruquier, 40 ans, et Simon Brun, cordonnier, 61 ans, furent condamnés à la détention jusqu'à la paix ; André Menu, cordonnier, 44 ans, Henri Deschamp, père, cultivateur, 60 ans, et Henri son fils, fournier, 20 ans, et Jacques Surel, boulanger, 25 ans, à la prison pour six mois. Les neuf autres furent envoyés à l'échafaud : ce sont MM. François-Siméon Berbiguier, oncle, capucin, Jérôme Berbiguier, neveu, chanoine de Saint-Ruf, Henri Castion, prêtre, Constantin Castion, notaire, Pierre Pouzol, chirurgien, François Bouc, cordonnier, Nicolas Ferragut, cultivateur, André Surel, boulanger, et Jean-Baptiste Genin, boucher.
Ces neuf condamnés furent conduits au supplice à six heures du soir. Outre les vingt-six témoins assignés, un grand nombre de patriotes de Caderousse assistèrent à la sanglante exécution-
(1) Correspondance de la Commission.
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Chose horrible à dire, on remarqua une femme qui mangea en signe de satisfaction une poire à chaque tête qui tombait. Le soir, le parti vainqueur insulta les parents des victimes en jouant des sérénades devant la porte de leurs maisons.
N** 98. François-Siméon BERBIGUIER, capucin.
Dossier 244.
Ce religieux, né à Caderousse le 20 février 1727 de François Berbiguier, et de Catherine Millet, appartenait au couvent des capucins de L'Isle-sur-Sorgue. Après la suppression de son ordre, il se retira dans sa ville natale où il exerça les fonctions de curé depuis le 4 décembre 1790 jusqu'au 14 août 1792. Il refusa d'abord de prêter le serment prescrit par la loi du 27 novembre 1790, et prit le parti de s'expatrier et de se réfugier à Lyon. Arrivé à Valence, il fut arrêté et mis en prison ; la municipalité de Caderousse le fit élargir. Cédant alors à la crainte, il se présenta, le 28 septembre 1792, à sept heures du soir, avec les prêtres Castion, oncle et neveu, devant sa municipalité, et tous les trois prêtèrent le serment de maintenir la liberté et l'égalité, et d'être soumis à la constitution civile du clergé.
Cet acte de complaisance n'empêcha pas la municipalité de le porter le 9 octobre 1793 sur la liste des suspects « pour avoir constamment scandalisé les habitants de sa commune par sa conduite incivique et contre-révolutionnaire, soit en refusant de continuer ses fonctions de curé, soit en refusant de prêter le serment requis dans le temps désiré, soit en prenant la part la plus active aux projets liberticides des bâtards de Marseille avec lesquels il ne rougit point de se réunir à leur arrivée dans la commune, et n'ayant jamais cessé de tenir des propos et des complots séditieux. »
Redoutant la prison, dont il avait déjà éprouvé les rigueurs à Valence, M. Berbiguier se retira à Gaujac (Gard) avec son neveu Jérôme Berbiguier, qui venait d'être nommé vicaire de cette paroisse. La municipalité de cette commune lui délivra un certificat de civisme quelques jours après son arrivée, le 13 octobre, et il accepta le titre de vicaire de PouziDac.
On dressa l'acte suivant de sa prise de possession : « Le 20 octobre 1793, par devant la municipalité de Pouzillac est com-
paru Siméon Berbiguier, prêtre, originaire de Caderousse, lequel nous a dit qu'il lui a été expédié des lettres par le curé de Connaux, en date d'hier 19 du courant, pour remplir les fonctions sacerdotales en qualité de vicaire de Pouzillac, qui en est succursale, vacante par la démission dfi citoyen Gérard ; lesquelles lettres il a mis sur le bureau, nous requérant de l'installer dans ses fonctions, et de recevoir son serment, tel qu'il est prescrit à tout fonctionnaire public avant d'entrer en fonction. Nous dits maire et oflBciers municipaux, assistés du procureur de la commune, l'avons pris par la main et Tavons conduit à l'église et aux pieds de l'autel. En notre présence et de celle du peuple assemblé, il a prêté le serment prescrit par la loi.»
M. Berbiguier desservait cette paroisse depuis cinq mois avec tout le zèle dont il était capable, quand, le 5 germinal (25 mars 94), le comité de surveillance de Caderousse lança contre lui un mandat d'arrêt pour Jes mêmes motifs qui l'avaient fait déclarer suspect.
Affaibli par l'âge et les chagrins, réduit à la misère, voulant s'assurer un morceau de pain pour ses vieux jours, l'infortuné M. Berbiguier sollicita de la municipalité et de la société populaire de Pouzillac un certificat de civisme qui lui fut délivré dans les termes suivants : c La municipalité de Pouzillac certifie que nous ne nous sommes jamais aperçus et qu'il n'est jamais venu à notre connaissance que Siméon Berbiguier, cidevant vicaire, se soit écarté des principes du patriotisme, et n'ait donné soit par ses paroles, soit par sa conduite, aucune marque d'incivisme pendant environ six mois qu'il a rempli les fonctions de vicaire dans notre commune, mais au contraire qu'il a toujours manifesté pendant ce temps les sentiments d'un bon citoyen.
« En foi à Pouzillac, le 22 germinal (11 avril). »
Ce certificat ne conjura pas l'orage qui le menaçait. Trois jours après, il était arrêté et conduit à Orange dans la prison de la Baronne. Là, il eut la consolation de retrouver son ami, M. le chanoine de Chièze, vicaire général d'Orange, entre les mains duquel il rétracta ses serments ; son courage se releva, et il accepta avec soumission le sort que ses ennemis lui reservaient.
Le 28 prairial suivant (16 juin), le comité de surveillance de
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Caderousse dressa son tableau de renseignements où Ton rappelle les motifs de son arrestation. Son jugement fut fixé au 14 messidor. Six témoins furent appelés contre lui ; l'accusateur public, sans parler des certificats produits en sa faveur, le dénonça « d'avoir toujours été l'ennemi de la révolution et de la liberté, d'avoir fanatisé le peuple par le refus du serment exigé par la loi qu'il est prévenu de n'avoir pas prêté ; il a toujours été l'artisan de la contre-révolution ; il a manifesté ouvertement et en public une joie insultante au moment où le fédéralisme promenait ses ravages ; il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
Il fut condamné à l'âge de 67 ans.
N* 99, Jérôme-François-Joseph BERBIGUIER, chanoine.
Dossier 254.
M. Jérôme Berbiguier était dans sa 28* année (1) quand il fut traîné devant la Commission populaire. Neveu de M. Berbiguier, dont nous venons de parler, il habitait comme lui L'Islesur-Sorgue, où il était chanoine de la collégiale. La révolution ayant supprimé ce bénéfice, il se retira avec son oncle dans son pays natal. Il refusa d'abord de prêter serment, puis il fit transcrire sur les registres de la commune le certificat du serment qu'il avait prêté le 13 septembre 1792 devant la municipalité du Bausset. Le 9 novembre suivant, il fut nommé vicaire de Caderousse.
S'il faut ajouter foi aux dénonciations faites contre lui pardevant le juge de paix les 29 juillet, 23 octobre 1793 et le 25 avril 1794, il aurait pris une part active à la fédération marseillaise.
Fuyant devant la persécution, il quitta Caderousse et accepta la vicairie de Gaujac, où il fut installé le 6 octobre 1793. Trois jours après, il était porté comme fédéraliste sur la liste des suspects dressée le 9 octobre par la municipalité de Caderousse, puis, le 5 germinal suivant, le comité de surveillance lançait contre lui et contre son oncle un mandat d'arrêt conçu
(1) Il était né à Caderousse, le 30 décembre 1766, de M. Josepti-Uarie Berbiguier, viguier, et de D^^ Catherine Roche.
dans les mêmes termes. Ils furent arrêtés ensemble et conduits dans les prisons de la Baronne,
La veille de son jugement, fixé au 9 messidor, son père tenta un effort suprême pour le sauver. Il fit déposer dans la boîte de la Commission populaire la lettre suivante :
« Liberté — Egalité.
« Aux citoyens juges de la Commission populaire séante à Orange.
« Citoyens juges. Le soubsigné , tendre père et infirme, ne peut en ce nqpment malheureux se porter auprès de vous pour vous remettre toutes les pièces ci-jointes dont mon fils François Jérôme Joseph Berbiguier, détenu à Orange, est porteur, lequel vous les produira demain. J*ai donc pris la liberté de vous les iaire passer à la boîte que vous avez placée à la porte de votre maison. Daignez, citoyens, jeter les yeux un moment dessus tous les objets ci-rassemblés. Vous y verrez l'obéissance dans toute son étendue aux lois de la République. Il doit être entendu demain. Le cas est urgent. J'ose me flatter de votre justice et de votre empressement à trouver des innocents. Salut et fraternité. Signé : Berbiguier père. »
Pauvre père, tu étais bien dans l'illusion, en pensant que les membres de la Commission étaient heureux de trouver des innocents I au contraire, ils ne voyaient partout que des coupables dont il fallait purger la République.
Le lendemain, le jeune chanoine Berbiguier était accusé par Viot du crime de fédéralisme : « Jérôme-Joseph Berbiguier, dit Larnage, ci-devant prêtre, a constamment montré sa haine pour la République et la révolution ; il n'a jamais servi la cause du peuple; il a secondé les projets liberticides des Marseillais fédéralistes révoltés contre l'autorité légitime et la Convention nationale, en désarmant les meilleurs citoyens, et insultant et maltraitant les patriotes, et tenant des propos inciviques; il a par là servi la contre-révolution ; il a été le complice de la rébellion marseillaise, le tout en haine de la révolution. »
Une fenmie et deux autres témoins déposèrent contre lui.
Condamné avec son oncle, il subit avec lui le dernier supplice.
Comme lui, il profita des exemples que donnaient les prêtres vertueux enfermés à la Baronne ; il rétracta ses serments entre
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LAbbé CASTION Henri
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GASTION Constantin
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les mains du vénérable M. de Ghièze, et marcha avec fermeté au martyre.
Le 6 floréal an III (28 avril 1798), son père réclama aux administrateurs du district d'Orange les divers objets de literie, d'habillement et de hnge qui lui avaient appartenu, ainsi qu'à son oncle. Le district fit droit à sa demande, mais tout avait disparu. On ne retrouva qu'une malle vide, un traversin et trois mouchoirs.
N' 100. Henri-Biaise CASTiON, chapelain.
Dossier (pas trouvé.)
Un troisième prêtre de Caderousse, M. Henri-Biaise Castion fut condamné à mort dans cette séance. Il était né le 28 février 1746 de M. Esprit-Joseph Castion et de D"* Elisabeth-Rose Constantin. Il était chapelain dans sa ville natale.
Avec M. Siméon Berbiguier, il se présenta, le 28 septembre 1792, à sept heures du soir, devant sa municipalité, pour prêter le serment de Liberté-Egalité.
D'après le tableau des détenus dressé par la municipalité de Caderousse le 29 prairial (17 juin 1794), M. Henri Castion tut incarcéré dans les prisons d'Orange, à la Baronne, le 28 germinal (14 avril), le même jour que les deux Berbiguier, « pour avoir constamment montré du dégoût pour la révolution, avoir fait dans la section fédéraliste une motion atroce tendant à faire périr les municipaux détenus lors de l'invasion marseillaise. »
A Orange, il retrouva son frère Constantin, notaire, détenu depuis le mois de septembre 1793. Ils furent tous les deux ju-» gés et condamnés dans la même séance.
Viot accusa M. l'abbé Castion en ces termes : « Henri-Biaise Castion, ci-devant prêtre, n'a jamais aimé la révolution ; il a fait au contraire tout ce qu'il a dépendu de lui pour détruire la République ; il a tenu sur elle les propos les plus injurieux ; il a voulu faire égorger la municipalité composée de républicains que les sections de concert avec les Marseillais venaient de faire arrêter et détenir ; il est devenu par là le complice de la rébellion ; il est constant par tous ces faits qu'il a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République. »
356 Q»itt;(i^ ^Umr^
Il avait 48 ans quand \\ périt sur réjsh^ud.
M. l'abbé Castion était sourd, il ne comprit pas la SQatfmc^ qui fut prononcée contre lui ; aussi après la séance, il demanda à son fri^re : Où allons-nous ? — Au ciel, lui r^pdU pqnstantin.
N' 101. Constantin CASTION, notaire.
Dossier (pas trouvé).
M. Joseph-I|i^yniond-Ffançoiç-Jérôi||i|^'*Gpnst|Lntin Castion, frère aîné de l'abbé Castion dont nous venons de parler, était né à Caderousse le 2 juillet 1740. Il était flQt^irç ; il avftit exercé la charge de yiguier et les fonctions dç juge de p^ix.
Le conseil général de la commune avait délibéré qu'il ser«Lil délivré des certificats de civisn^ç aux trois notaires de Caderousse, Constantin Castion, Simon Caution et ^psepb Çlifindron ; mais la société populaire s'opposa avec menace k l'expédition des diplômes, dans }a çéance 4u i\ mars 179S|^ dont m\ le procès-verbal :
ç Un membre de la société populaire observa QU^ Coq^^otin C^tiop, Simon Castion et Joseph Chandrqn, tovis troi§ noti^irei, sont généralement reconnus pour avoir professé ^es sentii^eA^ anti-civiques, et entièrement opposés aux principe^ (le Ubecté et d'égalité qui sont la base de la révolution quinou^ a régénéré** Il expose qu'il soit fait pétition au conseil génér^, et; q^'U soU déclaré que les amis de la liberté verraient ayeç P^in^ qu'il fii^t délivré des certificats de civisme à des aristocrates ainsi recQ^^ nus, qu'ils ne pourraient se dispenser de les dénoncer %ux autorités supérieures pour faire révoquer ces mêmes certifipflîts s'ils étaient expédiés. — La société adopte cette prcB[)OÇition et charge deux de ses membres de faire au conseil ^[énéral la susdite pétition. »
Quand les Afarseillais fédéraliste? arrivèrent k Csf4e^âU9^, le 11 juillet 1793, M. Constantin fut désigné par le section, ayep le chirurgien François Hieu, pour feire le dépouilleB^ent dee papiers du comité patriote.
Au niois de septembre suivant, le comité de surveillaooe le 6t incarcérer à Orange < pour avoir été suppléant du comité des sections, avoir fait le di^uUl^niçnt dpe papi^ 4u. çM^
t4 mesgtdor — è Juillet i7g4. 3i*^
dont les brigands s'étaient emparés, pour avoir renoncé à la charge de juge en haine des assignats, avoir manifesté des senti:aents anti-civiques, et n'avoir pu obtenir de certiftoat de civisn^e. »
^rès une longue détention de neuf mois, Viot le traduisit devant la Commission populaire et Taccusa, disant : « Constantin Castion, notaire, a répondu à la confiance dont Taristocratie le regardait si digne ; il a toujours servi la cause de la contrerévolution ; à l'époque des sections établies par les fédéralistes marseillais, il a occupé la place de suppléant du comité ; c'est lui qui a fait le dépouillement des papiers de la société populaire, après ê'eti être emparé ; c'est lui qui a toujours prouvé sa haine pour la révolution, et à qui on a comtamment refusé nn certificat de ewmne qu'il ne mérita jamais. »
Peut-on mentir plus impudemment ! Viot accuse M. Castion âe s'être emparé des papiers de la société populaire; or, il avait sous les yeux la déposition faite par le président même de la société, qui désigne les trois individus qui étaient venus chercher les papiers, et Castion n'était pas avec eux (1). Il racciise aussi de n'avoir jamais mérité de certificat de civisme ; or, la municipalité de Caderousse avait accordé le certificat^ mais les patriotes s'opposèrent à la délivrance du âiplAme.
Toute là ftimille Castion fut en butte à la persécution. Outre les decKX frères Castion qui périrent sur l'échafaud, nous voyons encore dans les prisons d'Orange deux autres abbés Castion : MM. Joseph-François-Laurent, oncle, et Joseph-Gabriel, qui ne forent mis en liberté que le il janvier 47^ par ordre du représesitant Jean Debry. François Castion, notaire, et Louis Castion s^patrlèrent pour éviter la prison, et peut-être la mort.
(1) Voici la déposition faite par Augustio M..., président de la société populaire :
c Le loodt» 4 novembre 1793» pardevant nous Jean Gbaoaud, aases* seur, faisant fonction de juge de paix en absence, est comparu Âuffus-
tiD M lequel a déclaré que se trouvant à son aire, le jour du départ
des tyrans de Marseille, qui se trouvait un samedi, il arriva Henri Descbamp avec Benoit Perrin et François Rieu. Deschamp lui demanda la def des papiers du comité secrdt. Ils emportèrent le meuble qui conteaait les pa|Her9 à la section , puis on nomma deux commissaires pour faire le dépouillement des papiers. Rieu, chirurgien, et Constantin Castion furent désignés pour cette opération. (Extrait de l'Enquête contre les fédéralistes de Caderousse, faite par Augustin Martin, juge de paix» commeucé le 17 iniUei 1793, Uraiinée le 5 messidor an II C^3 juin 1794}.
N* 402. François-Pierre PODZOL» chirurgien.
Dossier 256.
M. François-Pierre Pouzol (4) naquit à Caderousse le 4 janvier 1783 de M. Charles et de D"* Anne SpoUier. Il exerçait la profession de chirurgien, et servit comme chirurgien-major dans le bataillon de Tl/ntcm du district d'Orange.
La veille de l'arrivée des Marseillais dans la commune, la municipalité patriote avait été destituée et mise en arrestation, et on avait constitué une municipalité nouvelle et un comité de salut public, dont firent partie Biaise Berbiguier, Denis Aymard, Jacques Guérin, Guillaume Perrin et Pierre Pouzol qui fut élu secrétaire.
Plusieurs dépositions furent faites contre ce dernier dans la grande enquête ouverte contre les fédéralistes de Caderousse, commencée le 17 juillet 1793, et qui ne se termina que le 23 juin de Tannée suivante.
Le 29 juillet 1793, Antoine R... le dénonça « pour avoir dit que tous ceux qui avaient pris les armes contre les Marseillais seraient décrétés de prise de corps, et traduits au département sans espoir d'aucune grâce, et qu'il lui avait conseillé de prendre la clef des champs. »
Le 28 octobre suivant, Antoine M... déclara « que Pouzol lui avait fait dire de venir faire des dénonciations au comité de salut public établi par les Marseillais. »
Le 21 avril 1794, Eloi T... dit « que Pouzol, secrétaire du comité infernal, s'allant faire raser, lui dit : Vous an ben carga. »
Le lendemain, Jean B... déposa « que le jour du départ des bâtards de Marseille, il entendit très distinctement Pouzol dire à haute et intelligible voix, dans un quartier de la grande rue, q\xHl tenait les membres de la société populaire... et quHls étaient tous des coquins et des scélérats. »
Enfin, le 25 avril, Jean-Jacques L... l'accusa « d'avoir signé une proclamation contre-révolutionnaire qui fut apposée sur un des piliers de la place. »
Mais déjà la municipalité de Caderousse avait fait mettre le scellé sur ses biens, et l'avait porté le 9 octobre 93 sur la liste
(1) U est enregistré dans les actes de naissance soas le nom de Pouehof; tous les autres documeats le nomment Po^Joi on PoumoL
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des suspects. Le comité de surveillance, de son côté, avait lancé contre lui, le 4 germinal (23 mars 1794), un mandat d'arrêt, pour avoir été secrétaire du comité, pour s'être joint aux Marseillais et en armes, le jour de leur arrivée, et pour avoir toujours été reconnu pour un des plus acharnés contre-révolutionnaires du pays.
M. Pouzol fut arrêté le 16 germinal (4 avril) et conduit dans la prison des Dames, à Orange ; il y trouva plusieurs compatriotes, entre autres Vincent Méyer, Henri Deschamp père et fils, Jean Ferragut, Simon Brun, André Menu, Claude Roubaud, Jean-Baptiste Genin et les deux frères Surel.
Après trois mois de détention, il comparaissait devant l'affreuse Commission, où Viot le fit condamner à mort comme fédéraliste. Il avait 41 ans ; le registre des décès ne lui en donne que 40.
N* 103. François-Charles BOUC, cultivateur.
Dossier 249.
Il était né à Caderousse le 30 octobre 1765, de Charles et de Marie-Rose Roche.
Il fut dénoncé, le mardi 23 juillet 1793, pour avoir fait partie de l'attroupement qui alla, le 10 juillet, à huit heures du soir, veille de l'arrivée des Marseillais, s'emparer des armes déposées dans la commune et demander des cartouches. — Le 30 du même mois, Marguerite P... déposa l'avoir rencontré à la grange de Jouve en compagnie de plusieurs autres qui revenaient d'Avignon. — Le 23 octobre, Benoit P... et Jean-Pierre T... avouèrent qu'ils avaient été à Avignon se joindre aux Marseillais, croyant en toute sincérité qu'ils venaient pour rétablir le bon ordre, et que quantité d'autres étaient partis avec la même persuasion, entre autres André et Jacques Surel, frères, Claude Surel, Henri Deschamp, François Bouc, Baptiste et Antoine Genin.
Enfin, le 4 novembre, Antoine R... déposa que, revenant d'Avignon, il s'arrêta à la grange de Cambe, qui le retint à diner, et que, vers quatre heures du soir, arrivèrent quinze contre-révolutionnaires qui étaient allés seconder les intentions liberticides des Marseillais, parmi lesquels il reconnut François
Bouc, Tourgon, Menu et Rieu fils ; qu*étant entrés dans la grange, ils demandèrent du vin et ne cessèrent de parler de guillotine avec un ton menaçant. Alors Cambe leur commanda de boire leur vin au plus tôt et de sortir de sa grange, où il ne voulait pas qu*on tint de semblables propos.
Le comité de surveillance, sur ces dépositions, prit le ^ pluviôse (13 février 1794) la délibération suivante :
« Le comité, informé que François Bouc a pris une part active à la rébellion marseillaise; que lors de leur entrée à Avignon, il s'est réuni en armes avec eux, et y a coopéré au désarmement et à l'emprisonnement des patriotes ; que d'ailleurs, il a toujours été reconnu pour professer des sentiments anti-civiques et contre-révolutionnaires; Arrête que, conformément à la loi du 17 septembre dernier, ledit Bouc doit être regardé comme suspect, et, comme tel, mis en état d'arrestation, et qu'en conséquence le mandat d'arrêt sera décerné contre lui. »
Le mandat d'arrêt fut rédigé de suite et mis à exécution le lendemain.
Bouc fut conduit à Orange dans la prison des Dames le S7 pluviôse (15 février 1794).
Le 28 prairial (16 juin), le comité dressa son tableau de renseignements où il est dit : « que Bouc est garçon, cordonnier de son état, ne fréquentant que des aristocrates. »
Après quatre mois et demi d'une dure détention, il fut mis en jugement.
Sept témoins à charge furent assignés, et Viot, reprenant les motifs énoncés dans le mandat d'arrêt, le fit condamner à mort comme fédéraliste. Il était dans sa 29* année; le registre des exécutions ne lui donne que 25 ans.
NM04. Jetn-Nloolas FERRAGUT, vanaier.
Dossier 259.
Il était vannier de son état, âgé de 64 ans (1), et père de trois enfants dont l'aîné s'appelait Jean.
Ce dernier fut nommé par la section fédéraliste un des sept administrateurs (2) de la commune, en remplacement de la
(1) Né à Caderousse le 18 décembre 1729^de Mathieu Ferragat el de Marie Spoilier.
(2) Les six autres administrateurs furent Claude Roche, président, Pfancois Rieu, chirurgien, Antoine Roche, cordonnier, Raymond Martin, PrancMs RoUet père, mouUnier en soie^ et Ambroise Meyer»
14 messidor — j» fuillet 1794 36 1
municipalité destituée. Par une erreur facile à comprendre dans ces temps d'effervescence populaire, les quatre commiséiâteè àommés par la section allèi^ent sommer Ferragut père de se rendre à la section pour occuper le poste d'administraimt. n s'y rendit malgré lui. Dénoncé pour ce fait, il fut porté par la municipalité patriote sur la liste des suspects dressée le » octobre 1793. Le !•' floréal suivant (20 avril 1794), la municiptàftë et le comité de surveillance réunis lancèrent un mandat d'afrrél contre fUi, prévenu d'avoir occupé la place d'administrateur, et d'avoir toujours manifesté du dégoût pour la révolution.
Le lendemain, la prison des Dames ouvrait ses portes pour le recevoir.
Ferragut, injustement détenu, prouva son innocence dans la pétition suivante, adressée à la Commission populaire :
« 9 messidor (21 juin). Citoyens juges. Le jour malheureux où les Marseillais arrivèrent dans ce canton, j'étais tranquille dans ma maison ; je ne pensais pas à ces scélérats. On fit sonner, à son de trompe, par plusieurs fois, de se rendre à la section de la part des commissaires et autres du lieu, sous peine de 500 livres d'amende. Je persistas, la journée se passa sans que j'y fusses. Entre neuf et dix heures du soir, j'étais couché, quand on vint frapper à ma porte, en disant : Ferragjit, levez-vous. — Pourquoi ? leur répondis-je. — Parce que le peuple vous a nommé administrateur pour vingt-quatre heures. — Je dis que je ne voulais pas y aller, attendu que j'étais âgé et que je n'avais pas assez de lumières pour occuper cette place, que d'ailleurs il fallait que je gagne ma pauvre vie en travaillant, et que je n'y irai pas. — Alors ils me répondirent que je ne devais point refuser, qu'un bon citoyen ne devait refuser aucune place. Je persistai toujours dans mon refus ; ils me dirent qu'on me ferait marcher par force, avec une plus forte garde ; ils continuèrent à frapper à ma porte ; je fus contraint de m'habiller et de les suivre.
€ Arrivé à la section, je demandais ce qu'on voulait de moi. Le président me répondit hautement : « Le peuple t'a nommé administrateur, il faut obéir. » Là-dessus je lui répondis que mes yeux n'avaient pas assez de lumières pour voir qu'ils fissent le bien. Ils me menacèrent sur oe propos; je quittai ma
place pour sortir, mais quatre de ces scélérats m'arrêtèrent. Mais je forças et m'en fus chez moi.
« Pour se venger, ils m'envoyèrent chercher le lendemain matin par le valet de la commune. Il me dit que si je ne marchais pas, on viendrait me prendre. J'y fus alors, et je demande à voir mon nom sur les registres. On me répond qu'il n'y a pas de noms, mais qu'on a nommé Jean Ferragut de Nicolas. Je répondis : « C'est mon fils et non moi que vous avez nommé, attendu que je m'appelle Jean-Nicolas Ferrafut. » Je voulais sortir, mais des scélérats marseillais formaient la chaîne avec leurs fusils, et il me fut impossible de sortir. Citoyens juges, jetez un regard sur ces phrases, elles vous prouvent la vérité même. »
Ces explications, il fallait s'y attendre, ne changèrent rien à son sort.
Cinq jours aprèa^ Viot, qui avait sans doute lu sa justification, persista à l'accuser d'avoir accepté de la confiance des rebelles marseillais la place d'administrateur provisoire, et le fit par ce mensonge condamner à l'échafaud.
N' 105. Jean-André SUREL, boulanger.
Dossier 243.
Il était né à Orange le 23 février 1769, d'Alexis Surel (1), boulanger et de Marie Courbet. Il s'établit à Caderousse où il épousa Catherine Dortindégui le 20 septembre 1790.
Nous avons déjà dit qu'il fut dénoncé dans l'enquête faite contre les fédéralistes pour avoir été à Avignon se réunir aux Marseillais avec son frère Jacques et autres jeunes gens de la commune.
La municipalité et le comité de surveillance réunis le firent arrêter en septembre 1793 « pour s'être joint aux monstres marseillais et s'être employé avec cruauté à incarcérer les patriotes de Caderousse qui allaient les repousser, et pour n'avoir jamais manifesté qu'une conduite très opposée à la révolution.»
(1) L'acte de naissaoce désigne son père par le nom de Surrer; Viot Taccuse bous celui de Suret.
i4 messidor — 2 juillet 1794, 363
Son tableau de renseignements fut dressé le 28 prairial (16 juin) et transmis au greffier de la Commission d'Orange.
Quelques jours avant sa mise en jugement, il adressa à ses juges la justification suivante.
« Le citoyen André Surel, boulanger de la commune de Caderousse, aux citoyens composant la Commission populaire.
« Citoyens. Détenu depuis neuf mois dans la maison d'arrêt de cette commune (prison des Dames), j'ignore absolument quel est le motif de mon arrestation. On prétexte peut-être contre moi que j'ai été à Avignon ; voici quel fut le motif de mon voyage et quelle y fut ma conduite.
« Le 7 juillet 1793, je fus coucher à Avignon pour retirer une somme de 200 livres qui était due à mon père ; mon beaufirère avait marché contre les rebelles marseillais, et mon dessein était de le faire sortir d'Avignon afin qu'il ne fût point ex" posé à la vengeance de ces brigands marseillais.
« Le lendemain, 8 juillet, à huit heures du matin, je parvins à le faire sortir par la porte Saint-Lazare ; je rencontrai le tambour du détachement de Caderousse, je le fis sortir aussi. En passant à la place Pie, je vis par hasard quatre ou cinq scélérats, partisans des rebelles marseillais, qui saisirent six volontaires de Caderousse ; je m'approche et j'invite le chef de ces infâmes h relâcher ces jeunes gens; je ne pus réussir malgré ma bonne volonté, mais je parvins à m'emparer des armes d'un camarade de mon beau-frère, mais quelle fut ma surprise ! Au moment où j'allais cacher ces armes chez mon oncle, on me força de les rendre sous peine des plus grands dangers ; mais Je n'ai pris aucune part à l'insulte faite à ces jeunes gens, au contraire j'aurai payé chèrement l'avantage de pouvoir leur être utile.
« Lorsque les rebelles marseillais vinrent à Caderousse, je défie qui que ce soit de'prouver que j'ai été un moment avec ces brigands, ni que j'ai pris les armes avec eux, ni que j'ai eu avec eux aucune relation quelconque.
<r S'il s'est commis des excès à Caderousse, je l'ignore ; il est certain que je n'y ai eu aucune part. Mon respect pour les lois est connu.
« Cependant me voici détenujdepuis neuf mois, sans moyens,
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sans ressources, n'en ayant jamais eu d'autres que mon travail.
c Je n*ai jamais paru dans les assemblées pour nuil^ à la chose publique ni à mes compatriotes.
« Voilà l'histoire fidèle de ma conduite ; j'ai mangé depuis ma détentîoQ tes petits fonds que je pouvais avoir à ma disposition ; ma femme et mes enfants sont dans l'indigence. Cest un état bien malheureux que je ne me suis pas attiré ; et je dois espérer de la justice dont vous êtes les dépositaires que vous y mettrez fin, et que vous me rendrez la Uberté, qui me sera d'autant plus précieuse que je pourrais encore servir la chose publique pour laquelle mon dévouement est et sera toujours sans bornes. »
Yiot,. sans tenir compte de sa justification, l'accusa c d'avoir pris les armes contre son pays, de s'être réuni aux rebelles, d'avoir désarmé et conduit dans les cachots les volontaires de sa commune qui marchaient pour repousser les contre-révolutionnaires. » L'éehafaud mit un terme à ses soulThtnces ; Surel laissa en mourant une fille âgée de six mois et une femme d'un dévouement admirable. Tous les deux jours, pendant neuf mois, Catherine Dortindé^ui fit à pied la route de Caderous^ à Orange, apportante son mari avec la nourriture des pardtes d'encouragement.
N* 106. Jean-Baptiste GENIN, boucher.
Dossier 153.
Natif d'Avignon, Genin habitait Caderousse, exerçant l'état de boucher. L'enquête contre les fédéralistes contient trois dénonciations contre lui, l'accusant « d'avoir joint l'armée marseillaise, d'avoir fait partie d'une patrouille qui désarmait les patriotes, et d'avoir dit qu'il.'était nommé commissaire et qu'il arrangerait les patriotes de Caderousse. »
Pour tous ces faits, Genin fut mis en arrestation et conduit au mois de septembre dans la prison des Dames à Orange. Quinze jours avant sa mise en jugement, le 28 prairial (16 juin) le comité de surveillance fit passer au greffier de la Commission les renseign^fuents exigés pi»* Maignet. On lit dcms ce ta-
/ 4 messidor — 2 juillet 1 7g4, 365
bleau que c Genin, âgé de 36 ans (1), boucher de son état, n'a fréquenté que des aristocrates, u% s'est jamais manifesté en faveur de la révolution, s'est montré ardent partisan des fédéralistes, qu'il a été dans la maison d'un patriote pour lui enlever ses armes, et qu'il a été lui-mâme cbercher un serrurier pour forcer la maison. »
Genin, comme beaucoup d'autres détenus, chercha à justifier sa conduite contre les accusations dont il était l'objet. Il adressa à ses juges, le 7 messidor (25 juin), une supplique conçue dans tes mêmes termes que crfle d'André Surel (voir n* 105). La seule variante est celle-ci : c On prétexte peut-être contre moi que j'ai été à Avignon dans le temps que cette commune était envahie par les Marseillais ; mais ce sont là des raisons vaines et fausses, parce que je n'ai été dans cette commune que dans l'intention de voir mes parents, attendu que je suis natif de cette commune, et je défie qui que ce soit de prouver que j'y ai été dans d'autres intentions, ni que j'ai pris les armes avec les Marseillais. »
Au lieu de le rendre à la liberté qu'il réclamait, la Commission populaire l'envoya à l'échafaud, où il périt avec ses compatriote^ le 14 messidor, à six heures du soir.
(1) Le registre des décès loi donne 40 ans.
ie"« Séance
18 Messidor — Jumart.
(Jeudi S juiUet. — Saint Irénée^ évéque de Lyouy martyr.)