‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 58 sur 72 · VICTIMES DE VENASQUE · texte numérisé non relu

VICTIMES DE VENASQUE

L'enquête contre les fédéralistes de Venasque était terminée ; toutes les pièces étaient à leurs dossiers. Les prévenus furent amenés des prisons d'Avignon dans celles du Cirque^ à Orange, en attendant que la Conunission populaire les envoyât à l'échafaud.

La commune de Venasque, réduite aujourd'hui à l'état de village, était autrefois une ville importante qui donna son nom à toute la province connue sous le nom de pays Yenaissin. Assise sur un rocher qui voit couler à ses pieds les eaux limpides de la Nesque, enfoncée dans les montagnes, elle avait donné asile aux évoques de Carpentras quand, au 5°* siècle, les Vandales, les Sarmates et les Huns envahirent nos contrée^. Par son isolement, par les mœurs paisibles de ses habitants, presque tous adonnés à l'agriculture, cette commune semblait devoir échapper aux horreurs sanglantes de la révolution. Il n'en fut pas ainsi. Quelques brouillons semèrent la discorde dans ce pays jusqu'alors si tranquille; la discorde provoqua des haines, des dénonciations, des incarcérations, et fit tomber dix-huit têtes de ses citoyens les plus riches et les plus honorables.

Racontons le plus brièvement qu'il nous sera possible les événements qui précédèrent cette triste journée.

Le- 25 février 1793, une agitation fébrile régnait dans la Maison commune de Venasque. Le conseil général était réuni au grand complet. Etaient présents : Jean-Joseph Cortasse, maire ; Jean-Véran Eyrier ; Jean-Baptiste Tourrette ; Denis Tramier ; Joseph-Véran Roubaud ; Jean-Michel Gonnet, officiers municipaux; Jean-Joseph Morel, procureur de la commune; Paul- François-Xavier Morel ; François Peyrard ; François-Marie Ortholan ; Jean-Etienne Viaud ; Laurent Fabre ; Jean-Paul Florent; Antoine Lanfant; Charles Ruel ; Jean-Joseph Giraud, François Reynard ; Joseph-François Jean, notables; et Biaise- Martin Capty, notaire, secrétaire-greffier.

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Deux délégués de la société populaire, Charles-Joseph Tournefort et François Puy, viennent de déposer sur le bureau la pétition suivante, dont la lecture est écoutée avec la plus vive attention.

t Citoyens magistrats, vous en qui réside notre confiance, la société populaire de ce lieu, composée d'environ trois cents membres, justement indignée des propos et menaces trop longtemps multipliés de la part d'Etienne M..., de ce dit lieu, qui s'étant mis à la tête de quelques factieux avec lesquels il a formé une criminelle coalition qui s'est érigée en tyrans, et se prétend au-dessus des lois et des autorités constituées, et tend à nous désorganiser et nous plonger dans les horreurs de l'anarchie et de la guerre civile.

« A arrêté à l'unanimité de vous dénoncer les faits suivants, qui sont trop notoires pour être passés sous silence ;

« Et elle vous dénonce ces hommes pervers, et surtout leur chef, pour avoir constamment, depuis le mois d'août dernier, calomnié dans toutes les sociétés voisines les paisibles habitants de ce lieu dans l'intention de leur susciter des ennemis, et leur occasionner des malheurs incalculables, sans être dans le cas d'articuler ou de prouver aucun fait.

« Elle vous ledé nonce pour avoir menacé les citoyens paisibles de la potence et du pillage, et s'être porté, contre toutes les lois, à des visites domiciliaires dans lesquelles les armes et les propriétés n'ont pas été respectées.

< Elle vous dénonce leur coalition soutenue avec l'assassin du feu citoyen Tramier, détenu à Avignon.

« Elle vous dénonce les manœuvres perfides, sourdes et publiques de cette petite poignée d'individus pour soustraire cet assassin à la peine prononcée par la loi, déjà trop longtemps différée.

« Elle vous dénonce leurs manœuvres pour porter le peuple à la dilapidation des bois communaux de ce lieu.

« Elle vous dénonce leur chef plus particulièrement pour avoir, à la tribune de notre société, traité les membres qui la composent de monstres et de tyrans ; pour avoir voulu exciter le peuple à la révolte en lui disant faussement que la municipalité cachait des lois favorables au peuple; en traitant de

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jHniMière aux veux une injonction du difltriet du 14 tout dernier, relative aux biens communaux.

« El}e vous le dénonce pour avoir soutenu qw lesditas lais et injonctions n'étaient rien, et que le peuple n'avait qu% U vouloir, et que les biens et bois communaux seraient partagés.

« Elle vous le dénonce comme un objet de crainte et de terreur pour les vrais patriotes et les gens paisibles de ce Heu, qui, craignant de manquer à la loi, ne sont pas uKAm prêts à verser leur sang pour Taflèrmissement de notre sainte révolution.

« Lafiociété vous requiert de faire parvenir ces dénonciations au district et au département, et de prendre les moyens légaux que la loi indique pour faire punir le chef et foire rentrer dans Tordre les sept ou huit individus, ses associés. Elle vous indique comme un des moyens les plus sûrs de ramener Tordre en ce pays le prompt jugement de l'assassin de Tramiez détrau d^uis plus de quatre mois h Avignon, parce que le trop long rcftie^rd de q« jugement doone Teçpoir de Timpunlté à ses cama^ r^de», et learend plus entreprenants.

« ia société proteste de nouveau de son respect et de sa m» misfipn aux Iqis et aux autorïtés constituées. Signés : Mordi président, Puy, secrétaire, Rey, secrétaire.'*

Lecture faite, le conseil général prit la délibération suivante :

« lie oonwU général, reconnaissant que cette p^itioa «t marquée au sceau de la vérité et de la douceur qui a toHjoion cfuractiériâé le peuple de Venasque, conclut, ouï le procureur de la commune, de dénqncer ai^ distript et au dépatteoieut des Bouches-du-Rhône ledit Etienne et ses assqciés, et de demander que,'sous le plus court délai possible, Tassassin deTramier soit traduit au tribunal criminel pour y subir la condamnation due à son crime, t

Le directoire du district d*Avignon, au reçu de cette pétition» chargea, le jeudi 28 février, son procureur-^syndic EscofBer de poursuivre et de flaire punir selon les lois tous les auteiurs et moteurs de ces faroubles. Jean-^Joseph Morel, procureur de la commune, tut requis le 2 mars de faire procéder à une enquAto P4qr-devant le juge de paix. Mais aucune décision ne Ait pdue ^ri OOR^ Iw coupaii)ea.

Bientôt après, l'administration des 3ouche8-du-Bli6ne expér (}|ait à toutes les communes du dép^tement un arrêté pris le SS m^ 47^, leur enjoignant d'établir les assemblées permanentes SQU$ le nofn de sectioM. Venasque, toujours docile aux ordres de ses administrateurs,ps'empressa d'obéir à l'arrêté du d^par*» tement.

Le 2 juin, on se réunit eq section ; Martin Gapty fut élu président, François de Sales Mourre Saint-Uartin vioe-président, 4ndré Wf^f ^ Pierr^Joseph Tournefort secrétaires. Un comité de salut public fut formé ensuite: il se composait di Jq^ptl-Antoine-^ixte Morel, François Bfourre Saint Martin, Martip Gapty, Cortasse, m^re, Morel, procureuride la cwimvne» JçcfP, Visuel, Fabre, ûrtholan, notables, Louis Gabissole, éleoteur, Jean Puy, juge de paix.

Qj^ rédi|;ea une adres^ d'adhésion aux 32 sections 44 Marseille, qui fut portée par Morel Jpan-Joseph, procureur de la cpminune, et par Deniç Verger, non^né électeur.

A la lecture de cette adressa», les as^ectieins applaudirent aux senti^eqt§ 4^ VeAaçquî^is, et leur promirent, dans les séances des 9 e^ $1 ji|in, union, fraternité et assistance. Les d^ut^ iqpport^i'ent h leur retour de Marseille la lettre suivante signée du président du comité général: « Salut» citoyenslfrères cl amis. Votre dépi^tatioA part de cette viUe avec l'assurance que les sec* tiens de l^arselUe vous seront unies et fraterniseront avec vous ; m^iç» citftïenSt li ste suffit pa« de noua avoir «primé vos sentimentiî» il faut mofm les professer. Oui, câtiqrens, il fiant fUre rf^vivre }e» kûs. Vous babiite? une partie de la République qui U^\ longtemps en proie à l'anarchia. n faut que ce monstre disparaisse. Prenez cette attitude flère qui convient aux repu* bUc^if^ ; p$iursuive(i les méobants devant les tribunaux, et les If^r^iUAis vous soutiendront, fin deux mots : plus d'intrigants, 1^ d.'enarQ)n9te»; la loi, rien que la loi, lUtorté dV^inions, ^ résist^iH^ à» rogpipi^ession. Signés : Peloux, iwésidcnt, Gastela^^ n^ sécrétée- »

C9Ue letlre eéveilla le courage des aertionnaires. Le IS juin, le ermite de laUitF^ibttc, assemblé daqs la maison commune, fBQCédi^ h h formation de son bur»i|. Sixte Morel M nommé président, Vource cte SaintrMartin, vioe-préiident, et Gapty, 4pprétaire. Un membre fit la moUoa suivante : « L'cqpinioii publique nous a dénoncé plusieurs individus de w tiiiMm^

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me intrigants, désorganisateurs, et s'être portés à des excès terribles ; il est de notre devoir de former un acte d'accusation contre ces individus, et les dénoncer aux tribunaux, conformément à l'invitation de nos frères de Marseille et à l'ordre de la section. * ♦

Aussitôt un projet de dénonciation fut rédigé, discuté article par article et transmis au juge de paix.

François Puy, assisté de Charles-Joseph Tournefort et de Claude Dumont, ses assesseurs, écrivant Charpini greffier, reçut les dépositions de trente-neuf témoins qui dénoncèrent les patriotes de Venasque, et notamment cinq d'entre eux, comme coupables d'avoir excité tous les troubles qui agitent le pays, pour avoir exigé des taxes arbitraires, et avoir commis toute sorte d'excès contre les personnes et les propriétés.

Le juge de paix lança contre les cinq prévenus un mandat d'amener qui leur fut notifié par André Olivier, huissier, lequel fut obligé d'employer la force et de les appréhender au corps, parce qu'ils ne voulurent pas obéir à son injonction.

Après interrogatoire, trois furent livrés au tribunal criminel, et conduits à Marseille ; les deux autres, moins coupables, furent détenus dans les prisons de Venasque. Le procureur de la commune fut chargé de porter la procédure à Marseille, et de faire auprès du tribunal toutes les diligences nécessaires pour obtenir prompte justice. Il partit le 14 juUletl793.

Pendant ce temps, les fédéralistes marseillais s'étaient mis en route et avaient demandé des renforts à toutes les communes du département ; l'administration du district de Vaucluse sollicitait, de son côté, auprès des municipalités du secours pour les repousser.

La municipalité de Venasque reçut, le 30 juin, des administrateurs du district d'Avignon, ordre de leur députer deux membres accompagnés d'une force armée composée des volontaires du 3"''' bataillon et d'un détachement de gardes nationaux, afin de délibérer ce que la prudence dictera relativement aux dangers de la patrie. Le conseil général réuni au comité, déjà lié avec les Marseillais, répondit par la délibération suivante : « !•* juillet : Considérant que la lettre du district n'indique point les objets sur lesquels on doit délibérer, qu'elle parle de guerre et de résistance à l'oppression sans dire contre qui cette guerre et cett^ résistance ;

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« Considérant qu'une démarche inconsidérée peut entraîner la guerre civile ;

« Délibère d'envoyer Capty et Jean Puy à L'Isle pour se concerter avec la commune et le comité général de cette ville, et au besoin de se rendre auprès de leurs frères les Marseillais, soit à Arles et même à Marseille, pour demander les conseils et secours nécessaires. »

Conseils pris, la municipalité se joignit aux Marseillais et activa par une proclamation l'enrôlement des volontaires. Vingtcinq hommes se présentèrent et vinrent joindre à L'Isle l'armée marseillaise.

Ce sont Alexis-Martin Capty ; Jean-Baptiste Morel ; François Mourre ; Joseph Lanfant, Jean Lantant, frères; Jean Puy, aîné, Joseph Puy, François Puy, frères ; Antoine Ortholan ; Raymond Ortholan ; Denis-Claude Giraud ; Pierre Tournefort ; Joseph- François Toumefort, frères ; Théophile Tramier; Joseph Mouras ; Joseph Barraud ; Alexandre Rousset ; Lazare Petit ; Joseph Fabre ; Joseph Lombard, fils ; François Rey ; François Morel, prêtre ; Faury, garçon boulanger ; François Eyménier, et le fils de François Mourre (1).

Mais l'armée de Carteaux s'étant emparée de L'Isle et d'Avignon, tous les renforts fédéralistes se dispersèrent ou rentrèrent dans leurs foyers. Les communes qui avaient embrassé le parti marseillais, s'empressèrent de faire leur soumission. Les patriotes, un instant opprimés, devinrent à leur tour oppresseurs.

Pour conjurer les malheurs qui les menaçaient, les citoyens actifs de Venasque, réunis en assemblée primaire, délibérèrent le 27 juillet d'envoyer deux députés (Cortasse, maire, et Morel, procureur de la commune) aux commissaires de la Convention nationale pour leur exposer « que le département des Bouches-du-Rhône, leur ayant laissé ignorer les opérations de la Convention nationale depuis le 22 mai dernier, réduits à leurs propres lumières, obligés de se soumettre aux ordres des Marseillais, et dans l'impossibilité de résister à la force, ils avaient cédé à la violence. Aujourd'hui, disent-ils, éclairés, sou-

(1) Cotre ces 25 volontaires portés sur la liste officielle, on dénonça aoBsi Véran Roubaud et Bartnélemy; domestique de Gurel ; sur une liste fournie par les administrateurs provisoires figurent encore Louis Roche et Gens Gabissole.

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tenus dans la bonne cause, nous abjurons sincèrement toute union et toute fraternité avec les ennemis de la Convention nationale, que nous reconnaissons comme Tunique point central auquel doivent se réunir toutes les communes de la République française, et à laquelle l'assemblée a délibéré de se réunir. »

Le 31 du même mois, rassemblée fit de nouveau amende honorable à la Convention nationale, reconnaissant qu'on s'était compromis envers elle par ignorance, mais espérant obtenir pardon en faveur des citoyens un instant égarés.

En témoignage d'un retour sincère, on accepta l'acte constitutionnel du 19 juillet, et on délégua François-Régis Roux et Martin Tramier pour porter à Paris l'expression des regrets de toute la commune.

Les fédéralistes de Venasque auraient sans doute été amnistiés» mais les trois patriotes incarcérés à Marseille avaient été élargis. Ils profitèrent de leur liberté pour dénoncer la municipalité et ceux qui avaient pris part au soulèvement marseillais. Ils adressèo^ent, le 8 août, au district d'Avignon la pièce suivante, à laquelle nous conservons sa curieuse orthographe.

« Nous soubsignés patriotes de Venasque requerissons les bonté de nos supérieur les cytoyen commaires comme nous denonsom toute la municipalité en entier de ilotre dit lieu |[)our avoir manqué a ne faire areter les dezarteur de notre dit lieu, mesme pour avoir manqué aux desannement de tous les orfotocrate et foulé aux pied lé véritables bons patriotes, les avoir fait prendre et lier comme de véritable séducteur et dès alrmpement du peuple, mesme de leur avoir fait dr^er un proses a cette cause pour povoir faire en fasson de se desenbarasser de nous mesms. nous denonsons tous ceux qui ont prête main forte aux marselters pour vaincre les patriotes ; mesme qua Farivée de la garde dé Maiemort comandé par le jeune Courage tous les aristocrates en foule sont parti par la plus aute porte, ayant fermé la plus basse, ce qui ocasionés le jeune Courage d'aller reprendre plus de forse a Maiemort en fin de laider dans sans secours, nous reqerissons tous nos cytoyen comissaire de vouloir bien nous rendre justice a cette cause et nous sommes signé. »

Poultier et Rovère, représentants du peuple, venaient d'arriver à Avignon. Cortasse, maire, délégué auprès d'eux poiip

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expliquer la conduite des Venasquais, apporta un arrêté daté du 11 août qui ordonnait à la municipalité de faire désarmer toutes les personnes suspectes, et d'apposer les scellés sur les meubles et effets de ceux qui, notoirement connus pour avoir pris les armes avec les Marseillais, n'étaient pas rentrés dans leurs foyers.

Une proclamation fut faite immédiatement d'avoir à déposer les armes à la mairie dans les vingt-quatre heures, sous peine d'être déclarés traîtres à la patrie et traités comme tels. Tous obéirent.

On ne s'en tint pas à cette mesure de sûreté. L'administration du district de Carpentras prit, le 9 septembre, l'arrêté suivant :

« L'administration du district de Carpentras, informée que, dans la commune 4e Venasque, l'aristocratie et le fanatisme y répandent leur influence pestilentielle ; qu'il est de son devoir d'arrêter les progrès de ces fléaux destructeurs ;

c Considérant que plus les dangers de la patrie augmentent, plus les administrateurs patriotes doivent redoubler de zèle pour anéantir les projets criminels de ses ennemis ;

« Considérant que lors de l'invasion d'Avignon par les cannibales marseillais, la commune de Venasque a montré des principes contre-révolutionnaires et liberticides en envoyant vingt-cinq hommes pour se joindre aux furies du midi ;

< Considérant alors la nécessité de purger le sol de la liberté de ses ennemis indignes de recueillir les fruits qui y croissent ou y croîtront à l'avenir; le procureur-syndic ouï, Arrête que la municipalité dej; Venasque fera mettre sans délai, dans un lieu 8ûr,;tous ceux qui ont pris les armes pour favoriser les intâmes projets de la horde marseillaise, les fera garder à vue par des citoyens d'un Ipatriotisme reconnu, fera séquestrer tous leurs biens et procéder à l'inventaire de leurs meubles et immeubles ; de tout quoi il sera adressé copie pour être pris à cet égard telles mesures ultérieures qu'il appartiendra. La même mesure aura lieu envers ceux qui prendront ou auraient pu prendre la fuite pour se soustraire à la punition qu'ils ont encourue. »

Alexandre Ortholan, lieutenant de la garde nationale, fut requis, le lendemain, de faire les recherches les plus exactes pour saisir, soit dans^le pays, soit dans le territoire, tous deux

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qui étaient compromis. Les gardes nationales des communes environnantes reçurent ordre de poursuivre ceux qui se cachaient dans les bois et les montagnes.

Les poursuites se firent avec un tel acharnement que le maire crut devoir envoyer un exprès aux administrateurs du district avec cette lettre :

« Venasque, ce 14 septembre 1793. Citoyens administrateurs. A peine j'arrive dans le territoire que j'apprends le malheur qui nous arrive, par la nouvelle que l'on vient de me dire que le détachement qui se trouvait à Murs est arrivé chez nous et s'est permis de mettre en prison toute la municipalité, à l'exception du maire et d'un officier municipal qui nous trouvions auprès de vous, et même des citoyens patriotes et tranquilles, des femmes même. Nous venons vous prier d'avoir égard à notre triste situation et de prendre, dans jotre sagesse, tous les moyens nécessaires pour éviter toute hostilité qu'ils peuvent se permettre dans notre pays. Nous venons d'expédier un exprès pour instruire le département de nous envoyer des commissaires pour ramener la paix dans ce pays. Signés: Cortasse, maire; J.-F. Jean, officier mun**. »

Le département désigna trois commissaires, Ruchon, Auffan et Roux, pour se transporter à Venasque. Après avoir compulsé les registres du conseil général, de la section et du comité de salut public, ils décernèrent, le samedi 21 septembre, cinquante-trois mandats d'arrêt atteignant les membres de la municipalité, du comité de salut public, de la justice de paix, et les volontaires fédéraUstes; le lendemain, ils installèrent une municipalité provisoire, ainsi qu'un juge de paix et deux assesseurs.

Vingtrcinq personnes furent arrêtées le 21 septembre et conduites à Carpentras par Fabre, brigadier de gendarmerie, assisté du gendarme Potier ; le surlendemain, le même brigadier, aidé de sept gendarmes et de vingt gardes nationaux de Pernes, les écroua à Avignon dans la prison de Saint-Pierre. Ce sont :

Jean-Baptiste Gonnet, Jean-Baptiste Tourrette, Jean-Véran Eyrier, officiers municipaux; François Peyrard, Jean-Joseph Giraud, François Reynard, Jean-Antoine Cabissole, Charles Ruel, Antoine Lanfant, Jean Florent, Etienne Viaud, Laurent

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Fabre, François Ortholan, notables; François Puy,yuflfe de paix; Charles-Joseph Toumefort, Claude Dumont, assesseurs; André Charpini, greffier du juge de paix; Louis Cabissole, Xavier Ortholan, membres du comité; Pierre-Joseph Tournefort, secrétaire de la section; Alexandre Rousset, Joseph Barraud, Jean- François Toumefort, François Rey et Grégoire Gerbaud, voUmtavres.

La vengeance des patriotes n'était pas assouvie. Les perquisitions continuèrent; on arrêta à divers jours vingt-deux autres prévenus, qui furent aussi conduits à Avignon. Voici leurs noms:

Jean-Joseph Cortasse, nww'r^; Véran Roubaud, officier municipal; Joseph-François Jean, François-Xavier Morel, notables; Biaise-Martin Capty, président de la section; François Mourre Saint-Martin, vice^ésident ; André Walraël, secrétaire ; Jean Puy, fils aîné, secrétaire du juge de paix; Théophile-Martin Tramier, Antoine Ortholan, Joseph Lombard, Jean-Baptiste Morel, dit la Grandeur, Claude Giraud, François Eymeniér, Lazare Petit, Louis Roche, Joseph Mouras, Faury, garçon boulanger. Gens Cabissole, Joseph Fabre, Jean Lanfant, Joseph Lanfant, volontaires.

Les autres prirent la fuite et se cachèrent dans les montagnes.

Presque toutes les familles de Venasque étaient plongées dans la désolation.

On résolut de faire une pétition en faveur des détenus.

Les citoyens actifs se réunirent, le dimanche 17 novembre, dans la chapelle des Pénitents blancs au nombre de cent douze et prirent la délibération suivante, qui fut envoyée à l'administration du département :

« Un membre a exposé que depuis longtemps une quantité de citoyens de cette commune étaient détenus dans les prisons d'Avignon, et que c'était un devoir d'humanité et de fraternité de les réclamer, attendu qu'ils sont dans les prisons à l'occasion de l'armement fourni pour joindre l'armée marseillaise. Après avoir particulièrement cherché et scruté les motifs qui auraient pu déterminer l'égarement de gens qui s'étaient prêtés à la fatalité des circonstances alors existantes, il est évident que soit faiblesse, ignorance ou crainte qui les ait engagés à souscrire à l'illégalité des ordres qui leur étaient prescrits, il

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n'en demeure pas moins pour constant que le patriotisme de tous les détenus s'étant prouvé antérieurement à la fâcheuse circonstance qui a motivé leur détention, il résulte qu'ils n'ont agi, ne se sont conduits que par violence, crainte ou erreur, et que dès lors, ils ont été trompés; que leur détention depuis le mois de septembre leur a fait subir la peine des fautes qu'ils ont commises par faiblesse et impéritie ; que presque tous ces hommes, chargés de familles nombreuses et souffrantes, méritent des égards.

€ Lors lesdits citoyens assemblés ont unanimement délibéré, au nom de la pitié, de la justice et de l'humanité, et en payant toutefois les frais faits à leur occasion, de demander et implorer leur élargissement, bien convaincus que la démarche erronée dont ils ont subi la peine, les tiendra désormais en garde contre tout ce qui pourrait les égarer, et leur fera embrasser le bien et le salut de la République. *

En réponse à leur demande, le département, par arrêté du 15 frimaire (5 décembre), envoya les prisonniers à l'accusateur public près le tribunal criminel pour être poursuivis et jugés révolutionnairement, conformément aux lois, les uns comme prévenus, en leur qualité de sectionnaires, d'avoir fait des actes tendant au fédéralisme et à la destruction de la République ; les autres comme coupables d'abus d'autorité et de rébellion aux autorités légitimes pour avoir, en leur qualité de président, secrétaire et membres du comité, fait délibérer dans la section de reconnaître légitime l'autorité du prétendu tribunal populaire de Marseille. Toutefois, par l'article 9, on surseoit l'exécution dudit arrêté, jusqu'à ce que la Convention nationale y ait donné sa sanction.

Il paraît cependant qye plusieurs détenus furent élargis, puisque, le 16 avril suivant, Barjavel, faisant la visite des prisons, n'en compta plus que vingt-neuf sur quarante-sept qui avaient été incarcérés. Voici ce qu'on lit dans son rapport:

« Nous nous sommes transportés dans un corps de bâtiment dudit Fort, où nous nous sommes fait ouvrir une grande salle servant ci-devant de chapelle, sous la garde de Simon Limonier, qui en est le concierge. Cette salle est très aérée, prenant jour de toutes parts. Les prisonniers y sont au nombre de 85, prévenus en grande partie de contre-révolution et d'autres dé-

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lits ; ils ne se plaignent pas, ils disent seulement que lorsque leurs parents leur apportent des salades pour plusieurs jours, on les force de les nettoyer de suite, ce qui les met dans le cas de se gâter promptement ; ils se plaignent aussi de ne pas avoir de Teau aussi souvent qu'ils le désireraient. Tous ces prisonniers sont en grande partie couchés sur la paille sans paillasses. Du nombre de ces prisonniers sont 29 citoyens de Venasque détenus depuis sept mois. Il y a six galeux dans cette prison. Tous sollicitent jugement. »

Le jugement attendu depuis longtemps arriva enfin. Après rinstallation de la Commission populaire d'Orange, et sans que la Convention nationale eût rien statué, les prisonniers de Venasque furent transférés dans les prisons du Cirque à Orange. On leur adjoignit Denis-François Verger, arrêté le 21 avril, Jean- Joseph Morel, procureur de la commune, et Marie- Anne, sa fille, arrêtés à Caromb le 24 mai, et Joseph-Antoine-Xiste Morel, père, arrêté à Carpentras le 18 juin (1).

Us comparurent le IB messidor au nombre de 31 (2) devant la Commission populaire. Quatre furent condamnés à six mois de prison. Ce sont :

François Peyrard, tailleur, 68 ans ; Jean Florent, maçon, 43 ans ; Jean-Joseph Giraud, journalier, 30 ans ; Charles Ruel, propriétaire-cultivateur, 62 ans.

Six furent condamnés à la détention jusqu'à la paix :

Jean-Véran Eyrier, propriétaire-cultivateur, 63 ans ; Jean-Véran Roubaud, propriétaire-cultivateur, 84 ans ; Jean-Michel Gonnet, propriétaire-cultivateur, 82 ans ; Jean-Antoine Cabissole, menuisier, 62 ans ; Antoine Lanfant, cardeur de laine, 28 ans ; François Reynard, fermier, 34 ans.

Trois furent renvoyés absous :

François Rey, cordonnier, 23 ans ;

(i) SoQ fils, Fraoçois-Ântoine-Xiste, vicaire à Monnieux, arrêté avec lui, avait déjà été condamné le 23 juin.

(2) Ils auraient dû être 33 ; le greffier de la Commission avait annoncé qu'on en mettrait 32 en jugement, nous n'en trouvons que 31 ; nous igoproQs ce que devioreoi les deux autres.

François-Marie Ortholan, fermier, 57 ans ; Pierre-Joseph-Marie Tournefort, sans état, 22 ans.

Les dix-huit autres, dont nous allons parler plus en détail, furent envoyés à Téchafaud.

Aussitôt que les prévenus de Venasque eurent pris place aux bancs des accusés, Viot prononça l'acte d'accusation qui suit :

« Citoyens juges, je traduis devant vous et j'accuse :

« François Puy^ juge de paix, JearirClaude Dumont, assesseur, Charles-Joseph Toumefat% prêtre, autre assesseur, André Charpiniy greffier de la justice de paix du canton de Venasque, d'avoir abusé de l'autorité qui leur avait été confiée pour instruire contre les patriotes de leur commune une procédure calomnieuse partageant le système des contre-révolutionnaires ; ils ont voulu avec eux assassiner les patriotes ; et, pour colorer à leurs propres yeux cet attentat, ils essayèrent de le revêtir des formes juridiques ; cette procédure existe, elle est sous les yeux de la Commission, les prévenus l'ont revêtue de leurs seings, et par là ils ont voulu détruire la liberté, ils ont voulu allumer la guerre civile, ils ont conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République.

« Joseph Barraud, Alexandre Roussetf Joseph-François Tournefort et François Rey ont pris une part active à la contre-révolution dans le Midi; ils se sont armés pour l'opérer; ils ont été se joindre à leurs complices ; ils ont marché avec eux contre les ennemis de la République; la preuve en est acquise, leurs partisans la fournissent eux-mêmes.

« Jean-Joseph Courlasse^ maire, JeanrJoseph Mm^el, procureur de la commune, Laurent Fdbre, notable, Etienne Viaud, notable, Joseph-François Jean, notable, ont aussi abusé de l'autorité qui leur était confiée ; ils se sont coalisés, en leur qualité de magistrats du peuple, avec les ennemis de la République, avec les rebelles de L'Isle et de Marseille ; ils ont fait plus encore, ils ont usurpé une autorité illégale, ils ont tous rempli les fonctions de membres d'un comité établi par les sections en révolte ; tous, à l'exception de Joseph-François Jean, ont participé à la procédure qui ne tendait à rien moins qu'à faire victimer par le tribunal de sang établi à Marseille les patriotes de Venasque ; ils se sont par là rendus coupables de délits contre-révolution-

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naires; ils ont conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République.

« Paul'FrançoiS'Xavier Morel, François Peyrard, Antoine Cabissole, Antoine Lanfant, François Reynard, Jean Florent, Joseph Giraudj Charles Ruel, tous notables de la commune, ont également reconnu la puissance sectionnaire ; ils ont opéré avec une autorité illégale, le comité créé par une section en révolte; ils se sont concertés avec elle pour résister à l'autorité légitime et pour puiser à cet effet des instructions auprès des autorités de L'Isle et de Marseille. La délibération prise par le conseil général de la commune de Venasque, réuni avec le comité de section le 1" juillet 1793, en est la preuve authentique; ils ont tenté par là d'opérer la contre-révolution ; ils ont voulu allumer la guerre civile ; ils ont conspiré contre le salut du peuple et de la République.

« JosephrAntoinerSixte Morel, Denis-François Verger, Joseph- Marie Toumefort et Xavier Ortholan ont usurpé une autorité que la loi ne leur avait pas confiée. Morel, élu président du comité des sections et vice-président de la section elle-même, a successivement rempli ces différentes fonctions ; il a poursuivi et vexé les patriotes, en portant contre eux une plainte calomnieuse ; Verger a été député par la section de Venasque près celle de Marseille ; Ortholan a été membre du Comité de la même section ; il a pris part, en cette qualité, aux vexations qu'on faisait éprouver aux patriotes, en signant la plainte portée contre eux ; ils ont, en conséquence de tous ces faits, attenté à la souveraineté du peuple et conspiré contre la République.

« Jean-Baptiste Tourrette, oflQcier municipal, a trahi la confiance du peuple ; oubUant les devoirs que sa charge lui imposait, il a pris part à la rébellion non seulement en cette qualité, mais encore en remplissant les fonctions de secrétaire de la section en révolte ; il a par là concouru à propager le fédéralisme, à allumer la guerre civile et à dissoudre la représentation nationale.

€ Marie-Anne Morel a partagé les crimes de son père, que je viens d'accuser; craignant ainsi que lui la hache de la loi, elle avait partagé sa fuite; toujours constante dans ses principes anti-révolutionnaires, désespérant que la contre-révolution pût s'opérer par la force des armes, elle a cherché à employer la

38o SEI2làMB SÉANCE.

voie de la persuasion, en courant les campagnes avec des signes d'un culte religieux ; elle n'a pu les soustraire à l'œil vigilant de la justice; ils ont été trouvés sur elle au moment de son arrestation ; elle les a reconnus ; elle a voulu ainsi allumer la guerre civile par le fanatisme ; elle a conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la Bépublique. »

En conséquence, la Commission populaire déclara qu'il était constant qu'il avait existé dans le Midi un complot tendant à détruire la Convention nationale et à renverser la République ; — que les accusés étaient convaincus d'être les auteurs ou les complices de ce complot, et les condamna à la mort, en vertu de l'article 4 du code pénal du 6 octobre 1791 et de l'article unique de la loi du 16 décembre 1792.

La sentence tut exécutée le jour même, à six heures du soir, sur le cours Saint-Martin.

M. de Beaumefort, Histoire du Tribunal révolutionnaire (FOrange, relate un fait odieux qui se passa après l'exécution des dix-huit suppliciés :

« Le jour de l'exécution des habitants de Venasqoe, un citoyen de cette commune s'approche du bourreau et lui demande du ton le plus naturel : Soun fa aquelei de Venasco ? (Sont-ils faits ceux de Venasque ?) L'exécuteur fait un signe aflBrmatif et lui montre en même temps les vêtements des suppliciés. Il demande la permission de prendre quelque effet pour son usage, et, sur l'assentiment qu'on lui donne, choisit une veste et un gilet à sa convenance. Puis, avisant une culotte d'une couleur tranchante, fort à la mode à cette époque, qui avait appartenu à M. Verger, il s'en empare aussitôt, et, se dépouillant de sa vieille défroque, fait sur le lieu même un changement complet de toilette. Il se regarde alors avec complaisance et dit : Aco me vai ben ! (cela me va bien !) Voyant après l'habit du maire Cortasse, fabricant de draperie, qu'il connaissait beaucoup, il fouille dans les poches et prend sa tabatière sans plus de façon.

i Puis, fier de son nouveau costume, il va se montrer à Venasque. Mais il ne s'en tient pas là : rencontrant la malheureuse veuve de celui à qui appartenait la tabatière, il lui offre une prise en disant : PrenèSy es outan buon qu'avant ! (Prenez, il est aussi bon qu'avant!

i5 messidor — 3 juillet 1794- 38 1

N** 107. François POY, jugre de paix.

Dossier 300.

Il était né à Venasque, le 28 juin 1729, de Jean Puy et de Claire de la Domengerie.

En qualité de juge de paix, il reçut les dénonciations faites contre les patriotes de Venasque. Arrêté pour ce fait, il fut conduit dans les prisons d'Avignon le 13 septembre 1793 ; après neuf mois et demi de détention, on l'amena à Orange, où il périt sur Téchafaud à l'âge de 65 ans (1).

Ses trois fils, Jean, François et Joseph, s'étaient enrôlés dans le bataillon des volontaires fédéralistes. Us prirent la fuite après la défaite des Marseillais. Jean, son fils aine, fut saisi et écroué à Avignon. Sa fille Rosalie, âgée de 13 ans, fut emprisonnée à Carpentras, le 16 juin 1794, comme coupable d'avoir favorisé la fuite de ses frères. Son fils cadet, François, fut arrêté le 7 juillet, quatre jours après l'exécution de son père.

N"" 108. Jean-Claude DOMONT, assesseur du Juge de paix. W 109. André CHARPINI, grefûer du juge de paix.

Dossiers 307 et 302.

Claude Dumont, 51 ans (2), était assesseur du juge de paix du canton de Venasque, et Charpini, 70 ans (3), était son greffier. Ils furent tous deux accusés d'avoir reçu et signé la plainte contre les patriotes de la commune. Pour ce motif, les commissaires du département les mirent en arrestation le 21 septembre 1793, et après neuf mois et demi de captivité, ils furent traînés au tribunal d'Orange qui les condamna à mort. (Voir ci-devant l'acte d'accusation que Viot prononça contre eux).

(1) Le regi5tre des décès ne lai donne qae 56 ans.

(2) Né à Venasque, Je 17 mars 1743, de Pierre Dumont et de Catherine Jacques.

(3) Né à Rousset (Drôme), le 14 avril 1724. de Pierre Charpini et de Blanche Bonfils; il eut pour parrain André BonGls, son oncle maternel, chanoine de Yé^ixse cathédrale de Viviers : sa fille Bloïse avait épousé, le 13 mars 1788, Paul-François Morel, cadet, dont nous parierons au a"» 121 «

N' 110. Charles-Joseph TOORNEFORT, oncle, religieux trinitaire.

N» 111. Joseph-^François TOORNEFORT, neveu, étudiant en chirurgie.

Dossiers 306 et 309.

Charles-Joseph Tournefort était né à Venasque, le 22 février 1726, d'Esprit et de Marguerite Chou. Religieux de Tordre des Trinitaires, il était supérieur du couvent de Montpellier, quand le décret du 13 février 1790 supprima les vœux monastiques, et l'obligea à rentrer dans son pays natal. Il se rendit utile autant que les circonstances lui permirent ; il accepta dans cette vue les fonctions d'assesseur du juge de paix qui lui fournissaient l'occasion de pacifier les différends qui s'élevaient entre les habitants et la commune. L'exercice de ces fonctions l'obligea à prêter le serment prescrit par la loi. Le 12 novembre 1792, il se présenta devant la municipalité et jura de maintenir la liberté et l'égalité, et d'être soumis à la constitution civile du clergé.

Comme assesseur du juge de paix, il reçut et signa la plainte déposée contre les patriotes. Ceux-ci, après la défaite des Marseillais, lui en firent un crime, le menacèrent de la mort. Pour échapper à leur vengeance, il se retira à Murs, dans une grange, avec ses deux neveux, Pierre, 22 ans, et Joseph-François Tournefort (18 ans), qui étaient poursuivis pour avoir pris les armes avec les fédéralistes. Ils furent tous trois arrêtés au commencement de septembre et conduits dans les prisons de Carpentras;

Le 12 septembre 93, M. Charles Tournefort adressait aux administrateurs du district la supplique suivante :

« Le citoyen soussigné, pénétré de douleur, supplie les citoyens administrateurs du district de Carpentras de vouloir bien interposer leur autorité pour procurer l'élargissement du citoyen Charles Tournefort, 68 ans, arrêté à Murs, distant seulement de deux lieues de Venasque, sa patrie, pour n'avoir pas porté son passeport, avec deux de ses neveux quoique munis du leur, mais prévenus d'avoir obéi aux Marseillais, d'après

j5 messidor — 3 juillet i'jg4- 383

un ordre du département des Bouches-du-Rhône. S'ils eussent refusé, on les eût forcés ; ils ont obtempéré malgré eux, et on les poursuit. De quelque côté qu'ils se tournassent, ils étaient dans la dure nécessité d'être trouvés coupables.

« D'ailleurs, le suppliant croit devoir observer qu'il existe un décret de la Convention nationale, portant en substance, autant que sa mémoire peut lui fournir : « La Convention nationale décrète que ceux qui auront pris les armes avec les Marseillais^ et qui ne seront pas rentrés dans leurs foyers trois jours après la publication du présent décret, seront traités comme suspects. » Or, mes neveux ont obéi à la susdite loi, ils l'ont même prévenue en se retirant plus de dix jours non seulement avant sa publication, mais avant que le bulletin du Temple l'eût annoncée; de sorte qu'ils paraissent pleinement dans le cas de ne pas être inquiétés.

« Quant à leur oncle, il ne s'est retiré dans une grange qu'après avoir été plusieurs fois menacé d'avoir la tête coupée, ou d'être pendu par ses ennemis ; la maison de son frère était menacée de pillage et ses meubles d'incendie. Or, est-ce un crime de fuir devant de tels citoyens, après des menaces si efiOrayantes, pour ne pas dire si atroces ?

« Le suppliant pourrait faire d'autres observations ; mais la justice, l'humanité, le zèle pour la loi des citoyens administrateurs de Carpentras arrêtent sa plume, et l'empêchent d'insister davantage. Signé : Tournefort. »

Nos ignorons si le district de Carpentras les élargit; mais neuf jours après, le 21 septembre, ils étaient décrétés d'arrestation par les commissaires envoyés à Venasque, et conduits dans les prisons d'Avignon, où ils gémirent pendant plus de neuf mois.

Le 5 juin 1794, l'ancien religieux Trinitaire fut interrogé par le tribunal criminel de Vaucluse, mais sur l'observation de l'accusateur public, que l'accusé est prévenu de délits contrerévolutionnaires par lui commis en sa qualité d'assesseur du juge de paix, lors du fédéralisme, et que c'est au tribunal établi à Orange à le juger, on suspendit son interrogatoire, et on renvoya son jugement à la Commission populaire.

M. Tournefort et ses deux neveux comparurent le 18 messidor à Orange devant le tribunal de sang. Viot les accusa de

fédéralisme. Pierre Tournefort fut acquité, Joseph-François (1) et son oncle furent envoyés à l'échafaud.

Joseph-François avait produit pour sa défense une attestation d'Alphant, chirurgien à Pernes, chez lequel il avait passé dixhuit mois conune élève. Son ancien maître dit : « Nous avons tout lieu de nous louer de sa conduite, tant par son état que par ses mœurs ; il a même donné des preuves de son civisme, il montait lui-même la garde dans la maison commune, il était aussi reçu de la société populaire, est resté dix-huit mois chez nous, il est sorti dans le courant de mai 1793. En foi de quoi le 15 pluviôse an 2 (3 lévrier 1793). Signé Alphant. »

N"" 112. Jean-Joseph BARRADD, journalier. N"" 113. Alexandre ROOSSET, Journalier.

Dossiers 305 et 314.

Ces deux pauvres et honnêtes cultivateurs prirent les armes en faveur des Marseillais qui proclamaient le respect de l'ordre et des propriétés. Arrêtés le 11 septembre 1793, ils subirent pendant neuf mois et demi les rigueurs de la captivité dans les prisons d'Avignon, et s'entendirent condamner à mort par l'affreuse Commission populaire, le 3 juillet 1794.

Barraud avait environ 30 ans (2) et Rousset 40 (8), le registre des décès lui en assigne 43.

N"" 114. Jean-*Joseph CORTASSE, maire, fabricant de draps.

Dossier 311.

Jean-Joseph Cortasse (4) était né à Venasque le 5 février 1753 de Raymond et de Marie-Anne Roque.

Il possédait une fabrique d'étoffes ; sa fermeté, jointe à la

(1) loseph-Prançois Tournefort, fils de Georges-Marie Tournefort et de Rosalie Gapty, était né à Venasqae le 11 avriri776.

(2) Jean-Joseph Barraud, fils de Paul-Alexandre Barraud et de Marguerite Niel, naquit à Venasque le 22 décembre 1764.

(3) Alexandre Rousset, fils d'Etienne et de Marguerite Jean, naquit te 19 avrfi 1754.

(4) Les documents officiels le désignent sous le nom de Courtasae, mus les actes aigaés de sa mm, portoot Cortàsae.

i5 messider — 3 juiilet 1794* 385

prudence et à la bonté, lui attira la confiance de ses concitoyens, qui le choisirent pour maire. En cette qualité, il présida la grande séance du 23 février 1793, dans laquelle on dénonça les agitateurs du pays. Us s'en vengèrent. Le 11 septembre suivant, ils le dénoncèrent à Ruchon et Marquois, commissaires du district, e pour avoir été à Marseille trois fois dans l'espace de trois mois, accompagné de Capty, notaire ; la dernière fois qu'ils y furent, c'était dans le temps que les Marseillais occupaient Avignon ; — que Gortasse avait toujours manifesté l'opinion marseillaise ; — que dans tous les temps il avait opprimé le parti patriote ; — qu'il est suspect et doit être désarmé. »

Les commissaires du département ne le comprirent pas dans la proscription générale du 21 septembre, mais nous le voyons dans les prisons d'Avignon le 15 frimaire (8 décembre), sans savoir l'époque précise de son arrestation. Il est probable qu'il fut arrêté dans le mois d'octobre, car, le 9 novembre, plusieurs citoyens vinrent déposer en sa faveur devant les administrateurs provisoires de la commune.

Jean Bernard déclara que, pendant qu'il était détenu dans les prisons de Venasque, Gortasse fit tous ses efforts pour le taire élargir.

Antoine Molinas attesta que Gortasse, ayant été plusieurs fois pressé de donner des armes à ceux qui partaient contre la Convention, s'y refusa toujours.

Jean Gromelle déposa que Gortasse, requis de fliîre marcher 25 à 30 hommes à l'époque de la rébellion marseillaise, répondit quHl ne fallait pas aller si vite, qu'on pourrait bien être trompé, et qu'au lieu (Ten envoyer un tel nombre, on devait, si on pouvait, n'en envoyer qu'un ou deux.

Joseph Verger avoua qu'à son retour de Marseille, ayant rencontré le cit(^en Antdme, commandant le détachaient qui était venu à Venasque, celui-ci lui affirma que s'il avait dépendu de Gortasse, Jean Bernard et Joseph Fauque ne seraient pas restés en prison, et qu'il n'était pas non plus d'avis d'envoyer les trois autres à Marseille.

Louis Gilles rapporta que Gortasse, ayant vu des jeunes gens qui brûlaient les décrets de la Convention, s'emporta contee eux, disant qu'ils étaient des foutus coquins, des canailles,

qu'ils méritaient d'être poursuivis selon les lois, et qu'il allait les dénoncer.

Le 7 pluviôse (26 janvier 1794), le maire et les oflBciers municipaux de Méthamis attestèrent qu'ils avaient toujours reconnu, dans le maire de Venasque, les principes les moins équivoques du plus pur civisme, ainsi que du vrai républicain le plus distingué par son amour du bon ordre et de la paix ; — que, dans les différentes assemblées, il n'a eu d'autres cris que celui de l'observation des lois, qu'il a toujours tonné contre les infracteurs et les factieux qui voulaient contrarier ses bonnes intentions.

Marguerite Boys, sa femme, réclama aussi l'élargissement de son mari et écrivit aux administrateurs du département, afl&rmant qu'il s'était toujours opposé aux entreprises des factieux et qu'il n'avait participé en aucune manière à l'établissement des sections.

Toutes ces dépositions favorables n'empêchèrent pas l'accusateur public de le dénoncer comme persécuteur des patriotes. Il périt à l'âge de 41 ans ; le registre des décès lui en donne 40.

N"" 115. Jean-Joseph MOREL, procureur de la commune^

tailleur.

N"" 116. Marie-Anne MOREL, sa Elle, couturière.

Dossiers 301-312.

Jean-Joseph Morel, surnommé le Cachet ou le Franchiman, pour le distinguer des MM. Morel, du Beaucet, dont nous parlerons ci-après, naquit à Venasque, le 21 juin 1744, de Jean- Baptiste et de Catherine Dupont; il exerça la profession de tailleur d'habits.

Elu procureur de la conmiune, il fut député à Marseille pour porter l'enquête dressée contre les patriotes. Ayant appris que la municipalité était mise en prison le 21 septembre 1793, il demeura à Marseille, d'où il écrivit à sa mère, le 20 lévrier 1794, une lettre trouvée sur lui le jour de son arrestation. « Je travaille, lui disait-il, dans l'atelier des tailleurs, depuis le 1** février. Nous portons sur notre chapeau une carte conçue en ces termes : Atelier des tailleurs. »

1 5 messidor — 3 juillet 1 7g4. 387

Il eut la malheureuse idée de revenir à Venasque, et demeura pendant deux mois enfermé dans sa maison ; mais la crainte d'être saisi l'obligea à quitter cette retraite.

Le 24 mai, il fut arrêté par la patrouille de Garomb, avec sa fille. Amenés tous deux devant la municipalité, ils subirent l'interrogatoire dont suit le procès-verbal.

« L'an 2 de la République française et le 8 prairial (24 mai 94) dans la salle de la Maison commune, par devant le corps municipal de cette commune de Garomb, est comparue la patrouille journalière ordonnée en exécution de l'arrêté du représentant du peuple le 16 floréal dernier (8 mai), qui faisait aujourd'hui la visite des granges avec le citoyen Jaume, of. m^, amenant un homme et une femme nantis d'aucun passeport, qu'ils ont trouvés frappant la porte de la grange appartenant ci-devant à Félix Gonstantin émigré, située au quartier de la Barre, lesquels nous avons de suite fait conduire à la maison d'arrêt, et les ayant fait amener l'un après l'autre devant nous, nous avons procédé à l'interrogatoire de cet homme comme suit:

D. Depuis quand il avait quitté son pays ?

R. Qu'il manquait de Venasque depuis environ huit mois.

D. Où était sa résidence avant que les rebelles marseillais vinssent dans ces contrées ?

R. A Venasque.

D. S'il n'occupait point de place à cette époque ?

R. Etre procureur de la commune, mais n'avoir point pris les armes avec les rebelles, et n'avoir coopéré à la formation du détachement de Venasque que par ordre du département des Bouches-du-Rhône dont sa commune faisait partie.

D. Quel a été le motif de son évasion ?

R. Ayant appris qu'on emprisonnait la municipalité, et me trouvant dehors, je ne retournai plus à Venasque que par intervalle et la nuit ; j'y suis resté deux mois consécutifs, caché dans ma maison, sans aucune relation avec personne.

D. Où a-t-il demeuré depuis son départ ?

R. Un peu partout.

D. Où a été son dernier logement î

R. Dans une caverne, et avoir couché en plein champ.

D. Qui lui avait procuré les papiers que nous avons trouvés sur lui tendant à propager le fanatisme ? (Ij. R. Les avoir copiés il y a cinq ans.

D. Quelle était la femme qui était avec lui ? R. Sa propre fille, qui est venue le joindre depuis deux jours, parce qu'on voulait la mettre en prison à son occasion.

D. Quels ont été ses moyens de subsistance depuis qu'il était sorti de sa maison f R. Ses parents lui fournissaient de l'argent. Et avons trouvé sur lui 8 écus de 6 livres, et un louis en or de 24 livres, une paire de boucles qui parut en argent, un couteau et un rasoir à son usage.

« Après l'interrogatoire de Jean-Joseph Morel, ayant fait venir sa fille, nous avons procédé à son interrogatoire de la manière suivante :

D. D'où elle était, et comment s'appelait-elle ? R. Elle était de Venasque, et s'appelait Anne-Marie Morel. D. Si elle n'avait pas de papiers dans sa poche ? R. Elle avait des livres de dévotion et une lettre. Avons ordonné à la fille Morel de les mettre sur le bureau ; lesquels livres et papiers vérifiés ont été : Heures dédiées au Roi, — le chemin du Ciel, — un cantique de mission, — une image du Sacré-Cœur de Jésus, et une lettre en manuscrit intitulée : Loué soit à jamais le T. S. Sacrement de l'autel. D. D'où lui était parvenue cette lettre ? R. Son frère Léon Morel la lui avait remise. D. Quel motif l'avait amenée avec son père devant la grange du nommé Constantin émigré ?

R. Ils allaient s'arrêter à cette grange pour se rafraîchir. D. D'où ils venaient, et où ils ont couché ? R. Ils ont couché la nuit dernière dans une grange de Mazan ou de Caromb, et qu'elle ne sait pas le nom du granger. D. Quel est le motif de son évasion de Venasque ? R. Comme on traite son père d'émigré, et qu'on voulait la mettre au rang des suspects et en état d'arrestation, elle a fui de Venasque, depuis environ trois semaines, et qu'elle avait joint son père depuis huit jours et qu'ils ont resté ensemble.

seule I

(i) Les papiers dont il s'agit sont : 1"» la lettre à sa mère datée de Marule doDt nous avons parlé et 2^ la copie d'une lettre intitulée: les e/* fets admirables de la souveraine bonté de Dieu,

i5 messidor — 3 juillet t'jg4, 389

D. Où se proposaient-ils d'aller.

R. Ne le savoir.

D. Quels étaient ses moyens d'existence ?

R. Son père avait de l'argent, et qu'elle lui avait apporté encore 6 livres qu'elle avait dans sa poche, et qu'elle a remis sur le bureau. »

Après cet interrogatoire Morel et sa fille furent conduits dans les prisons d'Avignon, puis à Orange dans la prison du Cirque.

Il paraît que Marie-Anne obtint de n'être pas séparée de son père, car nous ne trouvons pas son nom sur le registre des écrous de la prison de la Cure, destinée aux femmes ; et d'autre part Nicolas, concierge du Cirque, reçut décharge de sa personne après son exécution.

Les objets de piété et les livres de dévotion trouvés sur Marie Morel furent la cause de sa condamnation. On a vu dans l'acte d'accusation que Viot lui en fait un crime ; il la présente à ses juges comme une contre-révolutionnaire fuyant devant la hache de la loi, comme une fanatique parcourant les campagnes et se servant de ces signes religieux pour soulever le peu. pie. Hélas ! la pieuse et innocente fille ne fuyait que devant l'injuste persécution, et ne se servait de ses livres de piété, de son chapelet, que pour y puiser la force de pardonner à ses ennemis.

Marie-Anne avait 25 ans, et son père 50 ans, quand ils furent conduits à l'échafaud.

Sa vieille mère Catherine Dupont, âgée de 75 ans, fut conduite le 13 juin dans les prisons de Carpentras, sous la prévention d'avoir favorisé la fuite de son fils.

N** 117. Joseph-François JEAN, ûleur de soie.

N** 118. Jean-Etienne S\kM\i ^ propriétaire-cultivateur ,

N* 119. Laurent FABRE, charron.

Dossiers 299, 303, 304.

Décrétés tous les trois d'arrestation le 21 septembre 1793 par les commissaires du département pour avoir, étant notables de la commune et membres du comité de la section lëdéralisle, signé la plainte contre les patriotes, ils furent conduits dans

la prison du Fort à Avignon. Après neuf mois et demi de détention, on les transféra dans la prison du Cirque à Orange, où la Commission populaire les envoya à Téchafaud. Jean avait 42 ans (1), Viaud, 40 ans (2), et Fabre, 38 (3).

N"" 420. Joseph-Antoine-Sixte MOREL, propriétaire, W 121. Paul-François-Xavier MOREL, propriétaire, frères.

Dossiers 308,291.

La famille Morel, paya largement son Wbut de sang à la révolution. Les deux frères, MM. Sixte et François-Xavier furent immolés le 3 juillet ; les deux fils de Sixte : MM. François, vicaire à Monnieux, avait péri le 23 juin, et Genest, avocat à Carpentras, monta sur Téchafaud le 15 juillet avec la municipalité Guyon ; M. Verger, leur beau-père, et M. Charpini, autre allié, eurent le même sort. Presque tous les membres de cette honorable famille furent incarcérés. Le 21 avril 1794, on conduisit dans les prisons de Carpentras Marie-Anne Morel épouse Verger, 68 ans, Thérèse-Marie Morel sa sœur, religieuse du Tiers- Ordre de St-François à L'Isle, 88 ans, et Marie-Anne Morel, fille de Sixte, 43 ans ; le 4 mai, on amena dans la même prison Marie-Thérèse-Apollonie Morel, épouse de M. Forest, notaire à St-Didier, autre fille de Sixte, 30 ans ; et sa belle-fille Marie-Rose de Bonetty épouse de Genest, native de Malaucène. On n'épargna pas même leur vieille et vénérable mère âgée de 94 ans ; mais pendant qu'on la conduisait avec brutalité dans la prison de Venasque, elle fit une chute dont elle mourut quelques mois après. On lui laissa ignorer la mort de ses enfants et de ses petits-enfants, et pour motiver leur absence, on lui fit croire qu'ils étaient passés en Suisse.

Pendant que leurs parents gémissaient sous les verrous révolutionnaires, les deux jeunes enfants de M. Genest, Pierre et Hippolyte, âgés de 11 et de 9 ans, étaient obligés d'errer d'une grange à l'autre entre Carpentras et Venasque pour pourvoir à

(1) Né le 3 janvier 1752, de PraDçois Jean et d'Ursule Roosset

(2) Né le 11 janvier 1754, de Pierre Viaud et de Marie-Rose Daumas.

(3) Né le 3 mai 1756. de Joseph Pabre et de Marie-Rose -Anne Privas.

i5 messidor — 3 juillet jyg4. 3yi

leur subsistance (1), heureux d'embrasser de temps en temps leur oncle, le pieux curé de St-Didier d'honorable mémoire, que ses paroissiens ne voulurent point laisser émigrer et qu'ils cachèrent avec soin pendant tout le temps de la Terreur.

Une autre branche de la famille Morel était venue se fixer à Ck)urthézon ; nous la verrons aussi en butte à la persécution, traînée presque toute entière dans les prisons d'Orange et fournir plusieurs victimes à l'échafaud.

Le 15 messidor, les deux frères Morel comparaissaient devant la Conmiission populaire. M. Paul-François-Xavier Morel, cadet, avait servi longtemps dans la marine royale de France, il fut arrêté à l'âge de 62 ans (2), le 21 septembre 1793, par ordre des commissaires du département ; après une longue détention de dix mois dans la prison d'Avignon, il fut transféré dans la prison du Cirque, à Orange. Viot l'accusa, et la Commission l'envoya à l'échafaud pour le seul fait d'avoir été notable de sa commune.

Son frère aîné, M. Joseph-Antoîne-Sixte, 68 ans (3), fut également compris dans l'arrêté des commissaires, qui mettait en arrestation toute la municipalité, les membres du comité de sûreté publique et les volontaires fédéralistes ; mais il prit la fuite avec son fils François-Antoine, vicaire de Monnieux.

Après avoir erré pendant neuf mois dans les montagnes, les bois et les villages voisins, couchant tantôt dans les granges, tantôt dans les grottes, ils furent arrêtés à Carpentras le 27 prairial (18 juin 94) et conduits dans les prisons de la ville. Avis en fut donné aussitôt à l'accusateur public qui, par lettre du 2 messidor (20 juin), ordonna de les transférer à Orange où le tribunal en ferait justice. Mais avant leur départ, le comité de surveillance section de l'Unité, délibéra de leur faire subir devant les deux comités réunis un interrogatoire; dont on dressa le procès-verbal suivant :

(U Les bieos que possédait la famille Morel, tant à Venasque qu'au Beaacet, étaient, de par la loi, sous le séquestre comme biens de condamnés à mort, à la charire par les communes de nourrir la veuve et les enfants des suppliciés. Pierre et Hippolyte reçurent chacun de la commune de Venasque pour indemnité une émine de méieil, espèce de mélange de seigle et de froment. Quelle libéralité I !

(2-3) Joseph-Antoine-Sixte Morel naquit au Beaucet le 27 juin 1726, et Paol-Fraoçois-Xavier, le 30 décembre 1732, de Gens Morel et de Marie Verger.

« D'après rne délibération du 3 messidor (21 jum) prise par le comité de surveillance de Carpentras, arrondissement de r Unité j le citoyen More! père a comparu par devant les comités assemblés, et a été interrogé comme suit :

D. Quel est son nom, surnom, âge, profession et demeure ?

R. A répondu s'appeler Joseph-Antoine-Sixte Morel, âgé de 68 ans, bourgeois, né à Beaucet (1), et domicilié à Venasque depuis sa tendre enfance.

D. Ses moyens d'existence ?

R. Vivre du revenu de son bien.

D. A quelle époque il a quitté la commune de Venasque ?

R. Depuis environ neuf mois, et qu'il était errant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre.

D. S'il a fourni ses certificats de résidence ?

R. Personne ne lui en avait jamais demandé, et qu'il n'a pas cru être obligé d'en fournir.

D. Depuis quand il était à Carpentras ?

R. Depuis dimanche dernier 27 prairial sur les huit heures du soir.

D. Quelle maison il a habité à Carpentras à son amvée ?

R. Aucune.

D. Par qui et à quelle heure il a été arrêté ?

R. Voulant sortir vers les 8 heures et demie par la nouvelle porte, près la ci-devant paroisse Notre-Dame, il se trouva arrêter par la garde.

D. S'il n'a ni bu, ni mangé, ni pris logement dans la commune de Carpentras ce jour-là ?

R. Non.

D. Quelle a été sa dernière demeure ?

R. Il errait par la campagne, et n'avait aucune demeure fixe.

D. S'il n'a aucun passeport ?

R. N'en avoir point.

Interpellé de mettre sur le bureau les papiers qu'il peut avoir, il n'a remis que des chiffons insignifiants.

(H La famille Morel est originaire du Beaucet, où pendant plusieurs siècles, ses représentants ont exercé pour TEvèque de Carpentras, haut seigneur du lieu, les fonctions de châltelain. Une branche avait possédé les droits de co-seigneurie sur Venasque et S*-Didier, et s'était éteinte dans la maison de Bourgarelde Martignao. de Provence. ( Voir Mistarlet, art, BourgareL)

/5 messidor — 3 juillet 1794 BgS

D. S'il a épousé le parti des fédéralistes ?

R. Sa commune reçut ordre du département des Bouches-du- Rhône de se former en sections et il assista comme citoyen à ses sections.

D. S'il n'a occupé aucune place au bureau ?

R. Non.

D. S'il n'a occupé dans sa commune, sous le règne des Marseillais, aucune place ?

R. Vers juillet dernier, il fut président du comité de salut public.

D. Combien de temps a duré sa présidence ?

R. Environ un mois et demi.

D. Pourquoi il avait quitté cette présidence ?

R. Ayant accepté cette place de bonne foi, et voyant qu'il était trompé, il se retira.

D. S'il n'a rien à dire à sa décharge ?

R. Il avait été trompé, et que s'en étant aperçu, il fut fait une députation de l'aveu de tous les citoyens de la commune auprès des représentants Rovère et Poultier, à leur arrivée à Avignon, pour leur témoigner leurs regrets sur les inductions des Marseillais, et de la façon qu'ils avaient été trompés : — la députation fut composée du maire et du procureur de la commune ; ils furent chargés de faire désarmer ceux qui avaient porté les armes en faveur des Marseillais, en leur disant : que c'était une punition bien douce, et qu'ils pouvaient être tranquilles ; — que dans le même temps ils reçurent l'acte constitutionnel qui fut accueilli avec enthousiasme et grande joie.

D. Quels ont été ses compagnons de voyage depuis qu'il avait quitté Venasque ?

R. Son fils François Morel.

Lecture faite des réponses a dit contenir vérité et y persister. »

On interrogea ensuite son fils, dont nous avons parlé au n** 41.

Immédiatement après leur interrogatoire, ils furent tous deux livrés aux gendarmes qui les amenèrent à Orange où on les écroua d'abord dans la prison des Dames et le lendemain dans celle du Cirque.

Le comité de surveillance de Carpentras ouvrit une enquête contre eux. Trois individus de Venasque vinrent déposer le 8 messidor (26 juin.)

!• Thérèse T..., épouse d'un cordonnier, déclara «qu'au temps des sections, allant filer de la soie dans la matinée, elle vit Morel, président du comité de la section, qui se promenait dans son jardin ; elle y entra et lui dit, les larmes aux yeux : Hé bien. Monsieur Morel, que me dites-vous ? ne faites-vous rien pour mon homme qui est dans les prisons ? — Alors Morel répondit : Oh ! ne me fais rien dire ! tous les paysans que j'occupe disent de le faire conduire à Marseille ; qu'il est plus coupable que tous; je te prie donc de ne plus m'en parler, c'est un coquin. — Que vous a-t-il fait ? Voulait-il votre grange de Quinsant ? — Je ne te dis pas que ce soit un coquin pour avoir volé, mais par sa langue, qu'il disait qu'il voulait avoir cinquante têtes des nôtres ? — Je ne peux pas vous dire s'il l'a dit ou non. ^ Eh bien, retire-toi ! — Au moins, comme la foire de Beaucaire approche, faites-moi le plaisir de le faire sortir pour pouvoir aller chercher des marchandises. — Ne pense pas qu'il sorte ; et quand même il sortirait, toute sa consolation serait d'être soumis tous les jours à l'appel nominal. » Et ne pouvant avoir d'au' tre réponse, elle se retira en pleurant. »

2* Le même jour, François R... déposa t qu'allant à Quinsant moissonner pour Sixte Morel, il lui dit : Qu'ont-ils fait ceux que vous allez envoyer à Marseille ? — Morel répondit : que jamais on ne les verrait plus ici ; que, s'il restait de manger jusqu'à leur retour, il ne mangerait plus rien. — J'ai foi de manger avec eux avant la fin de l'été, lui répliqua le déclarant. Morel lui dit alors : Pour peu que tu parles, je t'en ferai faire autant, car tu es de leur parti. »

3' Le lendemain, Dominique B... témoigna que « Morel lui avait dit qu'il portait toujours deux pistolets sur lui pour saluer les patriotes en cas de besoin. »

Ces dépositions furent transmises à l'accusateur pubUc le 12 messidor (30 juin).

M. Morel eut la douleur de voir conduire son fils à l'échafaud le 6 messidor. Dix jours après il y montait lui-même, comme nous l'avons dit, avec ses parents et ses compatriotes.

i5 messidor — Ji juillet tyg4, SgS

N"" 12S. Denis-François VERGER, propriétaire.

Dossier 313.

Beau-frère des Morel par son mariage avec Marie-Anne, leur sœur, M. Denis Verger, 63 ans (1), avait été nommé par la section fédéraliste électeur à l'Assemblée de Marseille pour la création d'une nouvelle Convention à Bourges. Pour ce motif, les commissaires du département lancèrent contre lui un mandat d'arrêt le 9 septembre 1793 ; mais, il se cacha, et ne fut saisi que le 21 avril suivant et conduit avec sa femme, âgée de 67 ans, dans les prisons de Carpentras.

Nous avons raconté que, le jour de son exécution, un citoyen de Venasque s'était emparé de ses vêtements, et que, fier de son costume, il avait osé se présenter aux yeux de ses concitoyens.

N* 123. Jean-François-Xavier ORTHOLAN, cultivateur.

Xavier Ortholan périt sur l'échafaud, à l'âge de 53 ans (2), pour avoir été membre du comité de salut public de Venasque. Son frère François était notable de la commune ; son fils Raymond s'était enrôlé parmi les volontaires fédéralistes. Décrétés tous trois d'arrestation, Xavier et François furent arrêtés le 21 septembre 1793, conduits dans les prisons de Carpentras, et, le lendemain, dans celles d'Avignon, où ils restèrent dix mois. Raymond s'était caché ou avait pris la tuite ; on arrêta, sous prétexte qu'elle avait favorisé son évasion, sa mère, Marie- Anne Cortasse, qui fut écrouée à Carpentras le 2 floréal (21 avril 1794).

Le 15 messidor, les deux frères comparaissaient devant la Commission. Accusés par Viot des mêmes délits contre-révolutionnaires, ils eurent un sort différent. François fut acquitté et Xaviercondamné à mort.

(1) Né à Venasque, le 10 octobre 1731, de Denis Verger et de Jeanne- Marie Hourre.

(2) Le registre des décès lui donne 54 ans ; il était nô le 12 mai 1741 de Jean-Bsprit Ortholan et de Rose Peyre.

3g6 SEIZIÈME SÉANCE.

N^ 124. Jean-Baptiste TODRRETTE, instituteur.

Dossier 310.

Né à Venasque, le 6 mai 1730, de Pierre Tourrette et de Marie Mayefaux, M. Tourrette avait consacré sa vie à l'éducation des enfants de sa commune. Ses longs services l'avaient fait nommer oflBcier municipal ; il signa, en cette qualité, la délibération prise contre les patriotes le 25 février 1793.

Arrêté en vertu des ordres donnés le 21 septembre par les commissaires du département, il fut conduit d'abord à Avignon avec ses compatriotes, et comparut ensuite avec eux le 3 juillet devant la Commission populaire. Viot l'accusa d'avoir été officier municipal et secrétaire de la section fédéraliste, bien que son nom ne figurât pas dans la composition du bureau. Sous cette double inculpation il fut condamné à avoir la tête tranchée.

Ces dix-huit victimes subirent leur peine le même jour à six heures du soir.

i6 messidor — 4 juillet i7g4' ^97

17«« Séance

16 Messidor — Tabac.

(Vendredi 4 juillet, Saint Théodore.)

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