‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 61 sur 72 · SUITE DES VICTIMES DE CABRIÈRES · texte numérisé non relu

SUITE DES VICTIMES DE CABRIÈRES

N** i45. Joseph-Félix DAUPHIN, cultivateur.

Dossier 408.

Félix Dauphin avait été appelé pour témoigner contre les fédéralistes de Cabrières. Viot le fit mettre en arrestation séance tenante et conduire à la prison du Cirque.

Le 19 messidor, il renouvela, en le développant, l'acte d'accusation déjà formulé contre lui : « Dauphin, dit-il, était président de la société populaire de sa commune, lorsque Roubaud, ci-devant prêtre et curé de Cabrières, fit la motion, dans une de ses séances, d'envoyer une députation de quatre de ses membres au comité de sûreté générale à Avignon pour obtenir par des moyens criminels l'élargissement ou empêcher l'incarcération des contre-révolutionnaires de sa commune qui avaient occupé dans les sections et dans l'administration provisoire les premières places; il s'est rendu coupable encore, en partageant avec ses dignes collègues, le produit d'une imposition arbitraire levée sur les prévenus du crime de libéralisme ; enfin il est coupable d'avoir, au mépris de sa conscience, trahi la vérité la plus importante pour enlever à la justice de grands coupables; il a voulu par là sauver les ennemis de la République ; il est devenu leur complice. »

43o VINGTIÈME séANCE.

Quatre témoins furent assignés contre li^.

Dauphin était républicain, le conseil général de sa commune lui avait délivré un certificat de civisme constatant « que depuis le commencement de la Révolution, il n'avait cessé de donner des marques d'un civisme non équivoque et qu'il avait marché dans les vrais principes. »

Le 2 février 1794, il avait reçu le diplôme de membre de la société populaire; nous y trouvons son signalement : « Taille 5 pieds S pouces 1/2, cheveux noirs, sourcils noirs, yeux bruns, nez pointu, bouche moyenne, menton rond, front peu découvert, visage rempli. »

Le 13 messidor, se disposant à venir à Orange, la municipalité lui délivra un laissez-passer.

Dauphin était bon, mais faible ; il consentit, comme président de la société populaire, à laisser faire des démarches pour sauver ses compatriotes, mais, par faiblesse, il laissa ses collègues lever des contributions arbitraires qu'il désapprouvait, et dont il recevait sa part dans la crainte d'être dénoncé. Il fut condamné à l'âge de 32 ans.

N* 146. Louis-Joseph ROUBAUD, curé de Cabrières.

Dossier 414.

Il était né à Brignoles (Var), le 26 février 1751 (1), de Joseph Roubaud et de Thérèse Blaquier. Il fut ordonné prêtre le 18 décembre 1773, âgé d'environ 23 ans. Nous ne savons quelles paroisses il a desservi pendant les premières années de son ministère ; en 1793, il était curé à Joucas, il quitta cette paroisse au mois d'août pour le poste de Cabrières. C'était un prêtre d'une bonté excessive.

En arrivant dans la paroisse de Cabrières, il déclara publiquement qu'il faisait l'abandon de tout traitement et de tout salaire provenant de son service curîal, ainsi que l'attesta la municipalité le 6 floréal (25 avril 1794).

(1) Le registre des décès lui donne 46 ans, il n'en avait que 43. Nous avons trouvé son signalement dans un des certificats qui lui ftit délivré par la municipalité : a Taille 5 pieds, cheveux et sourcils châtains grisailles, yeux roux gris, nez gros et court, bouche moyenne, menton rond, front découvert et cbauve, visage long et presque maigre. >

jg messidor — y juillet J7g4, 45 1

Sa bonté, peut-être son amour de la popularité le porta à faire à la société populaire la motion d'envoyer quatre députés au comité de sûreté générale d'Avignon pour obtenir l'élargissement ou la non-incarcération des fédéralistes de la commune. Nous avons dit les conséquences de cette démarche louable en elle-même, mais qui coûta la vie à cinq hommes et qui fut cause de sa propre mort. Ayant été reconnu pendant l'audience du 17 messidor l'auteur de cette motion, l'accusateur public lança immédiatement contre lui un mandat d'arrêt. Le brigadier JuUien et trois gendarmes de L'Isle partirent sur-le-champ pour l'arrêter. Il n'était pas dans sa paroisse, la veille il s'était rendu à Caumont ; les gendarmes viennent le saisir dans cette commune, et l'amènent directement à Orange le dimanche 6 juillet. Leiendemain, il était traduit en jugement, et Viot le dénonçait comme ennemi de la République. « Roubaud, dit-il, ci-devant curé de Cabrières, est celui qui, pour enlever à la justice des prévenus du crime de libéralisme, proposa à la société populaire d'envoyer au comité dit de sûreté générale à Avignon des commissaires pour solliciter près de lui leur élargissement ou leur non-incarcération ; il fut un des députés qui, après avoir rempli cette mission, firent payer aux coupables une contribution arbitraire dont le montant fut réparti entre les habitants de Cabrières qui avaient approuvé la taxe proposée par Roubaud ; lui-même a voulu par là sauver des coupables que la loi et la justice devaient poursuivre et punir ; il est devenu par là le complice de leurs crimes ; il a prouvé par là enfin qu'il est l'ennemi de la République. »

Les quatre témoins qui déposèrent contre Dauphin, témoignèrent aussi contre jleur curé ; on n'aurait pas eu le temps d'en assigner d'autres. Il périt à l'âge de 43 ans.

Le 15 messidor (3 juillet), avant-veille de sa mise en arrestation, il avait reçu l'ordre de monter sa garde par le curieux billet de convocation suivant :

« Citoyen Louis Joseph Roubaud, tu te rendra demain quinze du couran messidor au corps de garde à neuf heure du soir pour monter la garde en callilé d'oflBcier, pour y recevoir les ordre qui te ceron confier a défaut de quoi tu cera punit comme il et porté par les lot. Signé : J. J. Magny capitene. *

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