ESCLAVAGE DES MINISTRES
Aujourd'hui les ministres sont les esclaves de deux peuples : l'un qui s'appelle les Solliciteur$ , l'autre qui 3'appelle les Commis. Gomme les solliciteurs ne laissent pas aux ministres le temps de penser, alors ce sont les commis qui gouvernent; ils gouvernent et ne pensent pas, ce qui explique pourquoi l'art de gouverner est en arrière sur tous les grands progrès dus à l'esprit de concurrence.
Comment affranchir les ministres de cette double domination?
Comment parvenir enfin à saisir cet équilibre chimérique entre les Recettes et les Dépenses, que Ton poursuit depuis un si grand nombre d'années sans pouvoir l'atteindre, que promettent tous les régimes et tous les cabinets, qu'aucun ne réalise?
Le moyen que nous proposons est c^lui-ci :
Trois ministres :
Un premier ministre: président responsable % secrétaire d'Etat ou ministre dirigeant, peu importe le titre qui sera adopté, selon la lorme du gouvernement qui aura prévalu, mais un ministre qui soit à bord du vaisseau de l'Etat comme le capitaine est à bord du navire dont il a le commandement et la responsabilité; qui ait l'œil toujours ouvert sur tous les écueils, sur sa boussole et ses cartes, qui conirôle tout et ne fasse rien.
Deux ministres rivaux : l'un, le ministre des dépenses, occupé constamment à maintenir entre tous les services publics Ja juste pondération qui fait à la fois la force, l'éclat et l 'économie ; l'autre, le ministres des recettes, travaillant sans relâche à rendre le poids de l'impôt plus léger, et son action plus bienfaisante
Des directeurs généraux en aussi grand nombre que l'exigera la division rationnelle du travail; car eux seuls peuvent sauver la centralisation administrative en faisant cesser les innombrables et justes plaintes qui de toutes parts s'élèvent contre elle.
Vainement les hommes s'efforcent de nous donner tort, les choses se réunissent pour nous donner raison.
Vainement on cherchera à composer un ca- * binet qui 8rrache la Franceà Ja banqueroute,qui rétablisse l'équilibre entre les Recettes et les Dépenses, qui rende au crédit privé son essor en rendant au crédit public sa solidité; vainement on épuisera les combinaisons ministérielles, toutes échoueront jusqu'au jour où l'on aura réduit à trois le nombre des ministres, assistés par autant de directeurs généraux que l'exigeront la division du travail, la plénitude de l'initiative et la nécessité de deux degrés dans la responsabilité. Nous avons vu succéder M. Thiers à M. Guizot, M. Guizot à M. Thiers, la monarchie de 1830 à la monarchie de 1815, la République à la Monarchie, les hommes d'Etat du National et de la Réforme aux hommes d'Etat du Constitutionnel et du Journal des Débats, nous les avons tous vus à l'œuvre et tous successivement y échouer, comme échoueraient les présomptueux qui entreprendraient de déplacer l'Arc-de-Triomphe de l'Etoile, pour le rapprocher ou l'éloigner de la place de la Concorde. '
Il y a des lois inflexibles que l'on ne méconnaît pas impunément.
On changera d'hommes aussi souvent qu'on voudra^ si l'on ne change pas les choses, on ne fera que revenir î>ur ses pas pour tomber dans le même gouffre où la présomption s'expie par l'impuissance, où l'impuissance s'expie par les révolutions.
Huit ministres qui dépensent, et qui sont égaux (1) en responsabilité et en pouvoir au ministre qui paie, c'est la dilapidation, c'est la curée, c'est le déficit, c'est la ruine organisée; c'est tôt ou lard, inévitablement, la banqueroute, car c'est l'absence de toute pondération dans les services et de toute unité dans les vues. Essayez-donc de conduire huit chevaux avec un seul Irein! Essayez-donc, un contre huit, de mettre d'accord des intérêts contraires et des ' prétentions rivales ! Ecoutez le ministre de la marine, c'est le ministre de la guerre qui absorbe tout et qui dépense trop ! Ecoutez le ministre de la guerre, c'est le ministre de la marine qui dépense trop et qui dépense mal !
(1) Il n'y a rien de plus dangereux pour un Etat que diverses autorités égales en l'administration des affaires. (cardinal de eichslibu.)
C'est en attaquant ainsi que chacun se justifia, sauf à s'unir contre l'ennemi commun; or, l'ennemi commun des huit minisires qui ' dépensent, c'est le ministre des lînances, qui a beau crier et se récrier! Il faut toujours qu'il finisse par payer.
Encore si cela donnait à la France un système politique, si cela lui faisait peser dans les balances de l'Europe un poids décisif l
Mais quel poids pesons-nous? Quelle influence exerçons-nous? Quel système avons-nous?
Cette question, nous la posons aux journaux qui ont servi d'échelle à tous les hommes que nous avons vus au pouvoir depuis 1830.
Celte question, nous la posons et aux anciens conservateurs, et aux républicains de la vaille, el aux républicains du lendemain.
Qu'ils répondent!
Galilée disait : E pur si muovel
Nous disons, nous, avec la môme conviction : aussi longtemps qu'on tournera dan9ce mémo cercle, on n'échappera à une révolution que pour retomber dans une autre.
L'égalité civile nous a conduits à l'égalité politique, l'égalité politique nous mène à l'égalité sociale.
Comment y marchons- nous?
Les yeux fermés.