‹ Les AbabuaChapitre 107 sur 170 · Cycle de Mba · texte numérisé non relu

Cycle de Mba

Un homme était il y a longtemps dont le nom était Mbâ. Et il fit la terre et toutes choses, à l'aide de son métier à tisser.

Dans le temps le ciel était en bas, et la terre en haut. Mais Mbâ qui ne trouvait pas à manger dit : ■ Il faut maintenant que le ciel aille en haut et la terre en bas „.

Il y avait une femme qui avait caché toute l'eau dans ses pots. Elle cuisait beaucoup de nourriture et elle appelait tous les hommes pour en manger; mais ils mourraient tous. Alors vint Mbâ, et il dit : Ha! Pourquoi cette femme a-t-elle caché l'eau? „ Il la tua avec sa lance. Et l'eau se mit à couler si fort que Mbâ fut emporté jusqu'à ce qu'il parvint à se raccrocher à la cime d'un grand arbre.

Maintenant quand les hommes mangent, ils disent : " Il est bon de boire, et si nous buvons c'est à cause de Mbâ, parce qu'il a tué la femme qui avait caché l'eau „.

Mbâ qui était occupé à manger du miel, rencontra dés femmes au bord de la rivière, et dit : " Que faites-vous là?

Les femmes dirent : " Nous mangeons du gravier „. Mbâ dit : * Vos frères ne mangent pas cela; voici du miel. „

Quand les femmes eurent mangé le miel, Mbâ se mit à crier ; " Mon miel, mon miel, où est mon miel? Je l'avais acheté à Pokwa (le Pic-Bois) au prix d'une hache „.

Les femmes lui donnèrent du poisson.

Mbâ rencontra Nza (le Buffle) et dit : " Que fais-tu là? „

Le Buffle dit : " Je mange du Ho (fruit amer) „ ; Mbâ dit : " Tes frères ne mangent pas ces choses là; voici du poisson „.

Le Buffle lui donna sa queue en échange.

Mbâ rencontra le forgeron qui fabriquait une hache. Avec la queue du buffle, Mbâ chassa les mouches qui volaient autour du forgeron et dit : " Pourquoi un homme qui sait faire des choses si belles reste-t-il tout nu? „

Mbâ lui donna un vieux pagne en fibres tressées ; quand le forgeron s'assit de nouveau auprès de son feu, celui-ci se communiqua au pagne qui fut complètement détruit. Mbâ se mit à crier. " Mon pagne, pourquoi as-tu brûlé mon beau pagne ? „ Et le forgeron lui donna la hache et Mbâ apporta la hache à Popwa (le Pic-Bois).

Un autre jour Mbâ alla au village de Bongo (l'éléphant). L'éléphant dit : * Tiens, tu es là ! „

L'Éléphant dit à sa femme : " Coupe du bois, fais du feu. L'Éléphant dit à sa femme : " Cherche une liane et serre moi la jambe „. Il mit son pied au feu, il en sortit de la graisse qu'il donna à Mbâ.

Mbâ dit : " Je ne dormirai pas ici aujourd'hui „, et il rentra dans son village.

ABABUA

(Congo.)

D. — Vie religieuse.

b) Rites et cultes.

118 (suite).

Mbâ dit à sa femme : " Coupe du bois, fais du feu.

Mbâ dit à sa femme : * Cherche une liane et serre moi la jambe „. Et il mit son pied au feu, et le brûla si fort qu'il ne resta que l'os et que Mbâ tomba, et que Mambotété, sa femme, poussa des cris terribles.

Le fils de l'Éléphant arriva et le guérit et lui dit : " Mbâ, quand tu veux de la graisse, tu dois venir au village de l'Éléphant.

Un autre jour Mbâ alla au village de l'Ebi (le Pangolin).

Le Pangolin dit : " La pluie qui fait sortir les termites vient de tomber, allons dans la forêt „. Mbâ dit : * Faisons un panier pour rapporter les termites. „

Le Pangolin dit : * Non, je les porterai moi-même „.

Et ils partirent dans la forêt; tous les termites qui sortaient venaient se fixer sur la peau du Pangolin ; c'est ainsi qu'il les rapporta au village.

Mbâ dit : " Je ne dormirai pas ici aujourd'hui ; je vais voir si mes termites ne sortent pas „.

Mbâ dit à Mambotété. " Nos termites vont sortir. „

Mambotété vint avec des paniers, mais Mbâ coupa tous les paniers avec son couteau et dit : u Je porterai les termites moi-même. „

Il partit dans la forêt mais les termites ne venaient pas sur lui; alors il les mangea tous et rentra au village.

Mambotété dit : " Où sont les termites „.

Mbâ qui avait beaucoup de bouche (d'entregent) montra son ventre qui était gonflé tant il avait mangé et dit : " Tu vois, je les ai portés moi-même. „

Mais il avait tant mangé qu'il fientait dans tout le village et que Mambotété furieuse disait : " Qu'est-ce? Qu'est-ce? Mabâ, laisse ces manières dégoûtantes. „

Et le fils du Pangolin dit : " Mbâ, quand tu voudras des termites, demande au Pangolin de les porter „.

Abàbua. Congo. D, 118.

Un autre jour Mbâ alla au village de son ami Sumbani. Quand il arriva à la lisière des plantations de celui-ci, il vit Sumbani qui avait mis le feu aux troncs d'arbres abattus.

Et Sumbani dit : " Que tout le feu vienne vers moi. „ Toutes les flammes vinrent vers lui. Alors il vit Mbâ et dit : " Tiens, tu es là ! Viens au village.

Mbâ dit : " Je ne dormirai pas ici aujourd'hui, je dois brûler mes plantations. „

Il rentra rapidement dans son village. Mambotété dit : " Mange toujours ces bananes cuites. „ Mbâ ne voulut pas et alla de suite aux plantations; il alluma les troncs et dit : " Que tout le feu vienne vers moi. „

Toutes les flammes vinrent vers lui, et Mbâ fut si fort brûlé qu'il tomba mort.

Mais le fils de Sumbani était venu au village et dit à Mambotete : " Où est Mbâ? „ — "Il brûle ses plantations. „

Le fils de Sumbani trouva Mbâ brûlé comme une bûche. Il le guérit et dit : " Si tu ne connais pas le daiva (le charme) du feu pourquoi as-tu voulu brûler tes plantations comme le fait Sumbani. „

Mais Mbâ qui se sentait tout à fait bien répondit : " J'ai fait du feu parce que j'avais froid „ , et il partit.

Un autre jour, se promenant dans la forêt Mbâ arriva à un village de Malimbiéni (dryades). Il crut que c'étaient des arbres et voulut couper une branche avec son couteau.

Mais les Malimbiéni dirent : " Quoi! tu veux tuer notre frère „. A l'aide de leurs branches ils le fouettèrent. Mbâ s'enfuit rapidement, mais arrivé près de son village il ralentit, fit semblant de rien et appela: " Mambotété ho! „ Mambotété dit: " Quoi? „ Mbâ dit : " Je viens de rencontrer dans la forêt des arbres avec lesquels on pourrait faire de bons pilons de cuisine ; vas donc voir „.

Et il lui montra les Malimbiéni. Ceux-ci, déjà furieux à cause de Mbâ, saisirent Mambotété et la frappèrent très fort. Mambotété criait : " Wu! wu!Mbâ, o Mbâ, viens! „ Mais Mbâ, parce qu'il était plein de malice avait coupé un bâton; avec ce bâton il frappait sur une vieille souche qui se trouvait près de sa hutte, et il criait : " Leur mâle, leur mâle, c'est avec le mâle des Malimbiéni que je me bats ; écoute Mambotété comme je le frappe „.

Un autre jour Mbâ alla au village des Kangalimbosso et le père du village dit : " Voici la maison où tu dormiras. „ La maison était si petite qu'elle serrait Mbâ sur tout le corps. Mbâ dit : " Je ne dormirai pas ici aujourd'hui ; j'ai une maison qui doit être achevée. „

(GONGO.)

D. — Vie religieuse.

b) Rites et cultes.

118 {suite).

Mbâ rentra au village et fit une maison si petite qu'elle le serrait sur tout le corps. Mbâ voulut y faire du feu, la maison brûla, tout le village de Mbâ brûla, et les Kangalimbosso vinrent lui en construire un nouveau.

Un autre jour Mbâ dit à sa mère : " Monte dans cet arbre, et cache-toi comme quand il y a la guerre ,,.

Mbâ alla au village d'Ékopi le Léopard. Mbâ dit au Léopard. " Je voudrais manger ta mère, elle est fatiguée de travailler chez toi „. Le Léopard dit : " Tu peux manger ma mère, si je puis manger la tienne. „

Ékopi tua sa mère et Mbâ la mangea. Mbâ dit alors au Léopard " Viens demain au ruisseau ; si tu vois du sang, j'aurai tué ma mère. „ Mbâ dit à sa mère : " Cache-toi bien „, et il prit une jarre pleine de teinture rouge de ngula, qu'il versa dans la source du ruisseau; il tua une antilope qu'il cacha dans la brousse.

Le matin le Léopard vint au ruisseau; il vit l'eau rouge et dit : " Mbâ a tué sa mère. „ Il mangea la viande, et rentra dans son village. Il dit à sa femme : " Je crois que Mbâ m'a joué un tour „.

Un autre jour Mbâ alla au village des Bangobo et il vit les Bangobo qui avant de grimper sur les arbres déposaient leurs entrailles à terre. Mbâ dit aux Bangobo. " Otez mes entrailles „. Il grimpa sur les arbres.

Mais les Bangobo cachèrent les entrailles de Mbâ dans la forêt et mirent à leur place des herbes qui chatouillent.

Mbâ rentra dans son village. Mambotété (*) lui dit : " Mange ces bananes. „ Mais tout ce que Mbâ mangeait ressortait de suite et Mambotété criait : " Mbâ, quelle chose mauvaise as-tu mangée. „

(*) Chez un autre narrateur la femme de Mbâ s'appelle Madu, Mambotété serait son fils, et le héros lui-même de nombreuses aventures, dignes de celles de son père.

Ababua. Congo. D, 118.

Mbâ dû retourner chez les Bangobo. Les Bangobo lui remirent ses entrailles, et lui firent une médecine, et il leur donna un matabish (pourboire).

Un autre jour Mbâ trouva des champignons sur un tronc d'arbre abattu. Mambotété dit : " C'est un bon légume. „ Elle voulut les cueillir. Mbâ dit : " Vas-t'en, tu ne connais pas la chose. „ Il prit tout l'arbre sur son épaule et le porta. Mais l'arbre s'attacha à sa peau, et quand il se couchait il devait se coucher avec l'arbre. Mambotété prit un couteau et détacha l'arbre.

Quand il fut détaché Mbâ dit : "Ho ! qu'est-ce cela, pourquoi me coupes-tu avec ce couteau. „

Mbâ demandait à tous : " Où est Twékélégamomu ? „ Tous les hommes disaient : K Quel homme? quelle chose? „ Mbâ riait, parce que lui seul savait que c'était le nom de son aiguille „.

Mais Mboloko la Géphalophe, mit fin à la malice de Mbâ.

Mbâ dit à Mboloko : " Va chercher l'herbe bankasso dans la forêt ; je te donnerai des termites „• Quand Mboloko revint avec l'herbe, Mbâ prit un termite, et le divisa, mettant ici la tête, là le ventre, ici les ailes. Il dit à Mboloko : " Voici le termite. „ Mboloko eut son ventre qui devint mauvais (entra en colère) mais ne dit rien.

Un autre jour quand ils coupaient les plantations Mboloko dit à Mbâ : " Je vais à la rivière „. Mais il alla au village et dit à Mambotété : " Donne-moi tous les termites, Mbâ a dit que je pouvais les manger „.

Quand Mbâ revint il demanda les termites; quand il sut la malice de Mboloko son ventre mûrit (il devint furieux) ; il dit aux bêtes de la forêt : " Mboloko m'a mal fait; si vous le voyez, arrêtez-le. „

Mboloko était allé chez l'Eléphant, parce que l'Eléphant ne craignait pas Mbâ. On appela toutes les bêtes de la forêt pour trancher le différend. Toutes les bêtes de la forêt craignaient Mbâ. Mboloko monta sur la tête de l'Eléphant. L'Eléphant dit : * Toi, Apwaï l'Oryctérops, tu vas juger le différend. „ Apwaï dit : " Ta palabre est mauvaise, Mbâ, parce que le premier tu as trompé ton frère. „

Toutes les bêtes dirent à Apwaï : " Toi tu es un grand chef, parce que tu n'as pas eu peur de Mbâ et que tu es habile à juger les différends. „ Tous les animaux lui donnèrent quelque chose ; l'éléphant lui donna sa trompe, le buffle son cou, le phagochère son pelage, le rat sa queue et le léopard le poil de son dos.

ABABUA

(Congo.)

D. — Vie religieuse.

b) Rites et cultes.

118 (suite).

Page 1