‹ Les AbabuaChapitre 109 sur 170 · Fable du Crapaud · texte numérisé non relu

Fable du Crapaud

Na kwâ npodo...

Yé azité... yé kùmbo... ye bumbivo libadu

Yé kumba yéso na yé pougbo libadu

Yé pongbo abumbi té libadu

Yé podo ye kumba pongbo libadu

Bapodo bâkumbani na limanga.

Traduction littérale : -

Pour la chose du crapaud...

Qu'est-ce pour lui... il porte... il saute le trou

Il porte sur son dos la grenouille dans le trou

Elle, grenouille, ne saute pas le trou

Le crapaud porte la grenouille dans le trou.

Les crapauds ne portent pas par devoir d'esclave.

Explication donnée par le conteur :

Le crapaud voulait traverser un trou ; il dit à la grenouille : " Porte moi, tu as de longues jambes. „ La grenouille ne voulut pas, le crapaud tomba dans le trou, l'esprit de la mort (Kwâ) le prit. C'est pour cela que quand nous voyons dans la forêt un crapaud qui porte son frère sur le dos, nous disons : w II ne porte pas par esclavage mais en souvenir de ce que la grenouille a fait.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., I (1909), 403-410.

ABABUA

(CONGO

D. — Vie religieuse.

b) Rites et cultes. 119. Sociétés religieuses secrètes.

La consultation des auspices met aux mains des magiciens guérisseurs un instrument politique très puissant; seul, en effet, il peui contrecarer les décisions de toute la tribu. Recrutés parmi les hommes les plus intelligents, ils forment en réalité une petite élite. Bientôt ils se mettront en contact avec les guérisseurs voisins.

Les magiciens sont assez souvent désignés sous le nom de hommes du negbo; le negbo semble être une association secrète placée sous leur direction. Mon initiation ayant été empêchée par des circonstances fortuites, il m'est impossible de décrire la suite des rites de cette association autrement que par de fragmentaires déclarations d'indigènes ou de fonctionnaires.

Cette société semble être d'origine mangbétu et abarambo, où elle est connue de temps immémorial sous le nom de Nébéli (*)! Le but semble être d'apporter aux initiés la richesse et la force, non seulement par des daiva spéciaux, mais également par une aide réciproque que les frères du Negbô doivent s'apporter dans toutes les circonstances de la vie.

En dehors des initiés parfaits qui semblent être les magiciens et quelques chefs, se trouvent les amenzia, initiés du premier degré. Tous se désignent sous le nom de madzogo, tandis que les profanes sont nommés mambambu.

Le lieu de réunion se trouve en dehors des agglomérations, en plein cœur de la forêt.

C'est généralement un hangar fermé. A droite de l'entrée prennent place les initiés parfaits, les pères du negbo, à gauche se rangent les amenzia. Au milieu un foyer allumé; derrière les vieux, à l'extérieur

(l) D'après certains témoignages, il se pourrait que la première initiation au Nébéli dans ces deux groupes ethniques soit en réalité un rite de passage dans une classe d'âge.

Abubua. Congo. D, 119.

du temple, le groupe musical formé de tambours. Attenant à la salle commune, une petite hutte ; de l'autre côté un couloir long et bas fermé hermétiquement par les larges feuilles du Kgodo, recouvertes à l'aide de ligongo.

C'est par ce couloir que sera guidé le candidat à l'initiation; il y sera laissé seul quelque temps.

Aussitôt resté seul, il sera entouré d'un nuage de fumée aveuglante. Puis bousculé, parfois battu de verges, jusqu'au moment d'être introduit dans la salle commune. Là le chef magicien le prend par la nuque et l'incline au dessus du foyer, dans lequel on a jeté du piment indigène et la racine nzuda.

Lorsqu'il est étourdi, suffoqué et aveuglé, on l'enduit de la médecine ou dawa du negbo " médecine de force „ composée de sperme, de ngula et de nzuda; on lui annonce ensuite les devoirs qu'il aura à remplir vis-à-vis de ses frères, les châtiments qui l'attendent en cas de trahison. Chaque rite est précédé d'un chœur chanté dans une langue qui n'est pas le libwalé, sans doute le mangbétu, à moins que nous n'ayons affaire à une langue spéciale.

Enfin, pour compléter l'initiation, le magicien entame la danse du liandô, bientôt suivi par le nouvel adepte puis par toute l'assistance. A mesure que la danse s'énerve, des couples s'écartent dans la hutte voisine pour s'y procurer par un coït rituel le sperme nécessaire à la confection de la médecine.

Les membre du nébéli se reconnaissent à l'aide d'un mot de passe ; ils portent au cou un collier de liane ngossé; la même liane en une triple tresse est employée comme bracelet par les initiés masculins, en double tresse par les femmes. Les initiations ne seraient pas toujours volontaires et souvent dans les régions où la société secrète est puissante, des indigènes hommes ou femmes seraient menés de force à la réunion; les enfants y sont admis encore à un très jeune âge.

Cette société secrète encore peu connue au point de vue de son rituel magique, s'est étendue peu à peu de la région des Mangbétu jusqu'au bassin du Nil d'une part, vers le fleuve Congo, d'autre part. Si mes renseignements sont exacts, elle engloberait non seulement tous les guérisseurs et les chefs des populations du district de l'Uelé, du haut Ituri et d'une partie de l'Aruwimi, mais elle intéresserait déjà actuellement les districts des Bangala et de l'Ubangi. La majorité du personnel indigène stationné dans les postes d'Européens de ces régions est initié.

ABABUA

(Congo.)

D. — Vie religieuse.

b) Rites et cultes.

119 {suite).

C'est ce qui explique comment des chefs Ababua sont en relations continuelles avec certains Abarambo, Mangbétu et Asandé, à des distances souvent de plus de 600 kilomètres et que jadis ils considéraient comme ennemis, où même ignoraient complètement. On conçoit l'importance politique que pourrait jouer une organisation aussi puissante, si, comme nous pouvons le craindre, on commet à son égard les habituelles maladresses qui caractérisent les rapports des fonctionnaires coloniaux avec leurs administrés.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., I (1909), 394-95.

Ababua. Congo. D, 106.

D. — Vie religieuse.

c) Divinités.

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