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Féticheurs

Les Ababua ne possèdent pas de sorciers, mais des féticheurs. Le féticheur n'est pas un homme comme un autre; c'est, disent-ils, une espèce de fou, qui après être resté éloigné du village pendant un certain temps, revient avec toutes sortes de plantes attachées au corps à l'aide de lianes. Il déclare avoir vu Likundu, lui avoir parlé et en avoir reçu comme cadeau ces plantes qu'il rapporte. Tout le monde se moque de lui et de ses prétentions. Cependant s'il parvient au premier coup à réussir une affaire, par exemple deviner une chose qui devra se réaliser dans un laps de temps assez court, sa réputation est faite; il gagne l'estime de tous et on en conclut qu'il a réellement eu des relations avec le Likundu dont il saura à l'avenir administrer les poisons. Aussi le voit-on être consulté notamment lors du décès d'un chef ou d'un homme libre. L'importance sociale du féticheur est très grande et comme ces féticheurs sont assez rares, on vient les chercher de tous les villages environnants, moyennant une forte indemnité qui se paye en couteaux, perles, cuivres, etc.

Le féticheur joue le rôle d'accusateur et d'exécuteur ; il remplit aussi celui de guérisseur. Sa puissance peut aller jusqu'à contrebalancer celle du chef en cas de troubles politiques. A tout propos, pour engager des pourparlers, pour aller visiter un chef étranger, pour être renseigné sur les sentiments des peuplades voisines, pour savoir s'il faut déclarer la guerre ou accepter le combat, pour con-

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naître la date d'une attaque, etc., l'oracle est consulté par l'intermédiaire du féticheur. Des animaux sont sacrifiées par le poison, et, suivant leur plus ou moins de résistance, les pronostics tirés de ces expériences sont plus ou moins favorables. De petites billes de bois sont placées en équilibre en un point du village et, suivant qu'elles tombent ou conservent leur position, elles indiquent la probabilité de l'approche de l'ennemi. Enfin, si la guerre est déclarée entre deux tribus, le féticheur doit rendre les esprits favorables à son clan et dans ce but encore, il prépare des drogues baroques, se livre à des incantations et, le jour de la bataille, marche au-devant des guerriers pourvu de la médecine qui doit leur donner la victoire. Gomme la tribu n'accepterait que peu aisément une décision du chef qui ne serait pas approuvée par le féticheur, il n'est pas étonnant de voir ces derniers acquérir une réputation très étendue et atteindre même à la célébrité.

Védy, Bull. S. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 268-269.

11 est possible que chez certaines tribus, le féticheur est considéré comme une espèce de fou, mais en général, il est considéré comme un des plus malins. En réalité c'est le plus malin qui vit de la bêtise et de l'ignorance des autres. En général, le féticheur est craint et son influence se manifeste partout et est très grande. Sa puissance va jusqu'à contrebalancer celle du chef qui, du reste, n'agira jamais sans être approuvé du féticheur. Outre sa malice, le féticheur est toujours un danseur d'élite et un guerrier intrépide. Dans le combat, il marche presque toujours en tête, stimule les autres par son audace, aussi peut-on dire, le féticheur abattu, le combat est à moitié gagné.

Pékin.

Les féticheurs n'ont pas une langue spéciale; ils deviennent féticheurs à la suite d'un rêve et sont considérés comme des espèces de fous.

TlSAMBI.

Tout Ababua possède la connaissance de quelque médecines d'usage courant. La connaissance générale des propriétés des corps est spécialisée par le Mbébé ou moto ma liboka le " médecin-magicien. „

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Expert dans la détermination des espèces botaniques, il a appris à en tirer par des infusions et des triturations diverses des médicaments efficaces ou des philtres puissants. Seul il connaît suffisamment les vertus singulières de Vélimba, pour pouvoir découvrir sa présence et désigner le jettatore et la femme du léopard. Entouré de respect et de sympathie, il est appelé au loin pour guérir un malade, ou délivrer un village de quelque influence malfaisante. Ses services sont largement récompensés en vivres, en couteaux ou en lances. Aussi est-il très souvent le chef d'une puissante parenté.

Quand il se déplace ainsi, il est escorté de nombreux jeunes gens armés, veillant à sa sécurité. Harnaché d'un fouillis de " daiva „, la tête coiffée d'un chapeau de paille garni d'énormes touffes de plumes diverses, il se ceint les reins de différentes peaux de bêtes et est généralement porteur d'un sac en peau de céphalophe, dans lequel sont entassés les simples desséchés, les pâtes végétales brunes et acres enfermées dans un cornet de feuilles de bananiers enroulées, les cornes, fragments de peaux, griffes d'animaux, les écorces astringeantes pillées, les petits paquets de ngula nécessaires à l'exercice de sa science et de son art.

La situation de sorcier n'est pas héréditaire. Lorsqu'un mbébé rencontre un jeune homme qui semble de grande intelligence, ii demande l'autorisation de l'amener avec lui ; autorisation toujours accordée. L'adepte suivra le maître pendant des mois, l'accompagnera dans ses excursions solitaires en forêts, battant le gong pendant qu'il danse. Puis, un soir de lune, alors que les initiés sont réunis, on creuse une fosse profonde en pente douce. L'adepte y descend; on lui donne une boisson excitante faite avec la racine dite nzuda; puis l'accès de la fosse est fermée à l'aide d'un tas de branchage sec, auquel on met le feu ; le sorcier commence la danse du Uando, se battant les flancs, rejetant alternativement les jambes en arrière,

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avec une brusquerie rytmique, tandis que la tête est balancée d'avant en arrière en secousses continues; le gong bat la batterie dite mé. Le néophyte, pour fuir la chaleur croissante du brasier, creuse la terre avec les ongles, s'ensanglante les doigts aux racines et aux pierres jusqu'à ce que victorieux de cette épreuve physique, il soit parvenu à reparaître à la surface du sol. Il se mêle à la danse qui redouble d'animation; les secousses de la tête semblent créer une exaltation croissante chez les danseurs ; c'est un moment de frénésie collective au point que certains d'entre eux tombent à terre en proie à une crise épileptiforme. Lorsque la danse a pris fin, le sorcier pratique sur son élève une série d'incisions en forme de pakka sur les bras, la poitrine, les cuisses, les reins et les jarrets et y introduit une " médecine de force. „

Le jeune mbébê restera encore au village de l'iniateur, s'y exerçant dans l'art des philtres et la connaissance des daiva, y participant à la danse du liando. Subissant l'originalité de l'ambiance, il prend des allures bizares, disparaissant en de furtives sorties dans la forêt, d'où il revient entouré de guirlandes de feuilles et de lianes. Il y rencontre le peuple invisible à tout autre qu'à lui des mabékéré, gnomes musiciens qu'il a le pouvoir d'enfermer dans sa hutte. Le soir ils y murmurent un chant inarticulé, tandis qu'il danse sur la place. Bientôt il rentrera dans son village natal pour chercher à s'y créer une famille.

En dehors de son art de guérisseur il commencera immédiatement la recherche des bato ba élimba, les hommes de mauvais sort.

Si un Ababua craint, par quelque indice encore imprécis, la présence d'un jeteur de sort, il va trouver le guérisseur qui lui attache au poignet un dawa.

Si le jettatore tente de profiter de son sommeil et de pénétrer dans sa hutte pour le faire mourir, un rêve annonciateur le préviendra du danger. Réveillé en sursaut, il se saisira de l'homme néfaste qui, en échange de sa promesse de discrétion, donnera à son tour une amulette empêchant son sort d'agir. Si la promesse n'est pas observée le hwa, le vent de la mort, surprendra l'indiscret.

Quelquefois on tache de se débarrasser du jeteur de sort, en suspendant au-dessus de la porte de la maison un brin d'herbe sur lequel aura uriné un enfant. Si le moto ma élimba franchit le seuil, une goutte d'urine l'atteindra et il en mourra bientôt.

Mais ces précautions peuvent échouer, et des hommes jeunes mourir coup sur coup dans la famille; ou bien encore les incursions du léopard devenir si fréquentes qu'S est indiscutable qu'une des

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femmes à des relations sexuelles avec lui. C'est alors que le mbébé appelé, se rend au village pour y procéder à une de ses redoutables ordalies.

Il lui suffira de faire ranger tous ceux sur lesquels planent des soupçons. Après leur avoir démontré sa puissance en se faisant soulever sur des lances tenues horizontalement et si faibles qu'elles se briseraient sous le poids d'un homme normal, il commence la danse du liando, en se livrant à des gesticulations saccadées ; il monte et descend devant la ligne, accélérant son allure à mesure que le gong s'énerve ; puis reste sur place devant le coupable.

Quelquefois aussi il se contentera d'instiller dans l'œil gauche des assistants une décoction de l'écorce " likungu „; une irritation qui se déclare à la suite de cette opération décèle le jettatore ou la femme du léopard.

Enfin, si un homme accuse son frère d'un crime quelconque, l'accusé aura à prendre le bondi, ou poison d'épreuve, obtenu par la macération d'une racine rouge, bengé. Aussitôt le poison absorbé, l'inculpé recule d'une dizaine de mètres, puis doit venir prendre un objet des mains de son accusateur. S'il titube et tombe en route, sa culpabilité est reconnue; s'il surmonte l'épreuve, aloki bondi, son accusateur devra lui payer une composition souvent élevée.

Une dernière méthode de recherche, consiste à circuler le soir devant les cases du village endormi, porteur d'une baguette placée dans un pot rempli de farine de manioc. Les mouvements de la baguette indiqueront la demeure du coupable.

La sanction de ces ordalies est toujours la mise à mort.

Une des branches les plus importantes de la science de liboka est la connaissance des auspices. Aucune décision importante de la palabre n'est mise en exécution sans une consultation préalable du sorcier. Celui-ci a généralemant recours au poison bondi, administré à des

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poules; suivant que celles-ci résistent à son action ou meurent, les présages sont favorables ou défavorables. La direction dans laquelle l'expédition guerrière doit se diriger, sera indiquée par la chute d'une pile de blochets de bois.

Avant le départ, chaque guerrier viendra recevoir un fragment de la " médecine de force, „ fabriquée et dénommée spécialement pour la circonstance. Védy nous a conservé le nom de la médecine lïkumbu, qui servit lors de la révolte de Gogoï contre les Asandé de Ndani et les médecines mindia et sàbura, par lesquelles le sorcier Ghicotti encourageait les Bobwa lorsqu'ils attaquèrent les traitants des Falls.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., I (1909), 391-393.

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E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

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