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Le dialecte Ababua est différent des autres idiomes et ne se rattache à aucun d'eux ; il a des mots pour exprimer des idées générales et abstraites, telles : fruit, arbre, animal. Ce dialecte ne se transforme pas. Les Ababua emploient aussi le langage à distance à l'aide de tambours en bois. Il n'y a pas d'oeuvres littéraires. (Voir Ea 128.)

TlLKENS

Les Ababua ont un dialecte propre, mais comprennent le dialecte Abasango et le parler Mobengé.

Bauw (De), Belg. Colon., VII (1901), 88.

Die Ababua grenzen zu ost an Bakangais gebiet, und sind von Stamme der Mombuttu mit gleicher Sprache und Sitten.

Junker, Peterm. Mitt., XXIX (1883), 293.

Les Ababua sont limités du côté de l'est par le territoire Bakangai et appartiennent quant à la langue et aux mœurs à Ja grande tribu des Mombutu (voir aussi A 7.)

Batol, Bull. Soc. R. B. Géogr., VII (1883), 693.

Les Ababua ne comprennent pas les dialectes parlés par leurs voisins.

TlSAMBI.

Les Ababua ont un dialecte propre, leurs mœurs sont tout-à-fait distinctes de celles du Mangbetu = Mombuttu.

Pékin.

Ababua. Congo. E, 124.

Les Ababua forment un groupe ethnique unique et distinct. La langue parlée par le groupe oriental est le libwâlè ou liganzulu; celle des tribus occidentales le libati. Libwâlè et libati ne se distinguent que par de légères différences d'accentuation et de prononciation, ainsi que par quelques idiomatismes locaux. L'indigène les désigne par deux de ces formes spéciales, et les nomme dialecte de paga sono et dialecte de paga béti, ce qui est la façon de dire " parle toujours „ respectivement en libwâlè et en libati.

Il suffira de noter que trois au moins des principales peuplades orientales (Balisi, Bagbé et Monganzulu) séparées du groupe occidental par des invasions étrangères ont passé en moins de deux générations d'un de ces dialectes à l'autre ; que d'autre part, parlant libwâlè j'ai été compris et ai compris ce qu'on me disait en libati, pour prouver l'unité linguistique de ces deux patois locaux.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 290.

a) Alphabet et accentuation

La langue Ababua ou Libwâlè appartient au groupe linguistique Bantu. Ses substantifs sont donc formés d'une racine précédée d'un préfixe variable au pluriel.

Le préfixe du sujet s'ajoute d'une façon allitérative devant les adjectifs et le verbe, pour indiquer l'accord grammatical. Elle présente cependant cette intéressante tendance à faire souvent usage de la dernière syllabe du sujet, considérée comme suffixe, en guise de préfixe d'allitération.

Gomme dans toutes les langues Bantu, les sons des voyelles diffèrent entre eux non seulement par la qualité mais aussi par la quantité. Leur notation exacte entraînerait l'emploi d'une accentuation compliquée, de procédés typographiques admissibles seulement dans une œuvre linguistique de longue haleine, telle la remarquable étude de Whitehead, sur la langue Bobangi.

Gomment indiquer autrement, en effet, les diverses prononciations du mot nza ?

En passant successivement d'un a très ouvert et bref jusqu'à un a grave et long, ce mot signifiera : tatouage, faim, buffle ou laisse moi.

J'ai tâché de simplifier ces notations, notamment par redoublement de la consonne, chaque fois que celle-ci, lue à la française, donne la brièveté voulue à la voyelle précédente.

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

124 (suite).

L'alphabet, employé en conséquence, aura les équivalents suivants :

à, a, a, comme dans pas, dame, mânes.

é, è, ê, e, comme dans été, liège, même et dans den flamand.

o, ô, comme dans pot ou môme.

i comme en français ; il existe un son Ababua intermédiaire entre i et è.

Deux voyelles successives se prononceront distinctement, sauf si la seconde est marquée d'un tréma, indication d'une diphtongue :

nai (je mange) et apivaï (fourmillier aryctéreps).

Les consonnes b, d, f, h, l, m, p, s, t, v, w, x, comme en français,^, comme dans guerre; ;, comme dans je; 2; comme dans zèbre (il existe cependant quelques mots dans lesquels le v est prononcé d'une façon plus gutturale comme vara, bouclier, ou liva, essarts) \ y, semi-consonne comme dans you anglais.

Dans la langue courante, si un mot finissant par une voyelle est suivi d'un mot commençant également par une voyelle, cette dernière s'élide.

Moni abatilè, le soleil s'est levé, se prononcera : mon' abatilè.

Kotenga angunda, ne prends pas de vin, se prononce Koteng\ gunda ;

De même Kwa' ngam' akàdda pa gobo ? Mon occupation t'intrigue à ce point?

b) Substantif

1° Dérivation.

Le Libwalé a une certaine tendance à supprimer le préfixe allitératif ainsi que les syllabes finales non accentuées. En compa-

Ababua. Congo. E, 124.

rant avec le libinza, la langue des Ngomhé, le lingala commercial nous trouvons en effet de très nombreux substantifs monosyllabiques libwalé qui correspondent à des dissylabiques ou trisyllabiques dans les langues voisines :

Nzà (libwalé), serpent, nzôka (lingalà).

Nka (libwalé), femme, mokari (lingala), mokwiri (bangwinda).

Nzà (libwalé), buffle, nzâli (lingala).

Ebô (libwalé), main, maboko (lingala).

Ces préfixes allitératifs manquant dans les formes singulières reparaissent souvent au pluriel, ce qui donne à ces substantifs une apparence irrégulière.

La dérivation des substantifs à l'aide du préfixe bo si commune dans les langues ban tu n'est guère employée par l'Ababua. Je n'ai rencontré que le mot bokomi, pêche, dérivé du verbe kome qui signifie prendre le poisson à la main.

Le préfixe mo ou bo est employé plus souvent pour désigner les descendants d'un chef; Moganzulu : ceux de Ganzulu.

Le préfixe li est employé :

1° Pour désigner la qualité que donne un adjectif :

pombo, beau ; lipotnbo, beauté.

nséè, élégant ; lisia, beauté de la femme.

2° Pour indiquer l'action ou l'état exprimé par un verbe ou par un substantif :

limangé, esclavage, de mangé, esclave ;

likàbi, chasse, du verbe kàbi, chercher.

lyéta, totem du verbe yeta, se réincarner ;

likandelé, offrande du léopard, du verbe kandelé, offrir.

3° En remplacement du préfixe mo ou ma, bo ou ba pour désigner la langue parlée par un groupe de populations; le Bobwa parle le libwalé, le Mabinza le libinza, le Mongala, le lingala. Cette méthode de dérivation est employée par chaque tribu pour désigner le libwalé d'après son propre nom. Aussi on entendra dire : nous parlons liganzulu, lïbati, etc.

Le préfixe ma ou ba est employé pour désigner la collectivité devant un substantif invariable :

bwâlè, maison, reste invariable au pluriel;

bambwâlè se traduira exactement par toutes les maisons ;

baboy tous les boys, bamondele tous les blancs.

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

ABABUA

(Congo.)

124 (suite).

2° Classification.

a) Classe mo ba

moto,

un homme ; bato,

des hommes ;

molo,

un mâle ; balo,

des mâles.

b) Classe li ma.

lïbôgo,

une pierre ; mabôgo,

des pierres ;

likungà,

une lance ; makungà,

des lances.

A cette classe très nombreuse se rattache le substantif Ebô, une main ; mabô, des mains, dont le préfixe li a presque disparu, comme je l'ai noté plus haut. On entend souvent encore prononcer lebo, mais l est si léger que chez les Ababua ayant les dents taillées en ligada il devient debo.

A cette classe se rattache aussi lombo ou lembo, une chanson ; mambo, des chansons, contracté de li-embo ; et lomboku, chant bachique qui devient mamboku.

Lisu œil, contracté de li-isu, fait misu, contracté de ma-isu. De même dans les langues Bantu voisines, dent se dit lino ; en Libwâlé l est devenu k donnant de la sorte kino, qui a conservé son pluriel mino.

c) Classe é-bi ou é-bè :

étui, pagne d'écorce bitui ; ézaga, écuelle bizaga.

Le plus souvent le préfixe pluriel se prononce bè :

ékopi, léopard bèkopi;

élambé, pintade huppée bèlambé ;

ésèsè, van bèsèsè.

d) Classe invariable ; et invariable -ba.

La classe invariable, la plus nombreuse, comprend les mots qui ne commencent par aucun des préfixes é, li ou mo.

Ababua. Congo. E, 124.

Si on les fait précéder du préfixe ba on introduit l'idée de la collectivité. Il est cependant quelques mots qui font toujours leur pluriel en ba ; seul l'usage apprend à les reconnaître. (Ils sont indiqués du reste au vocabulaire.)

é) Classe é nasale :

êsembé, tambour ; mbembé, des tambours.

f) Pluriels d'apparence irrégulière.

Dans les mots dont la dernière syllabe est la même que le préfixe allitératif, cette syllabe joue le rôle d'affixe allitératif, et se modifie au pluriel :

limbïli, lingot ; mambima, des lingots.

Est-ce à un phénomène analogue agissant sur des syllabes disparues au singulier, qu'on doit attribuer les pluriels suivants ?

nkâ, femme ; bakaba, des femmes ; nzâ, buffle ; banzâba, des buffles.

On entend du reste quelquefois des pluriels tels que batoba au lieu de bato ou baloba au lieu de balo ; enfin, lelembë, chanteur, fait malelembé; lèboggo, banane, fait boggo ; mpomu, porte, mempêmu au pluriel.

g) Classe é ba :

émi, enfant bami.

c) Adjectif.

1° Adjectif déclinable.

Le nombre d'adjectifs s'accordant avec le sujet par préfixe allitératif est assez restreint. Citons :

— su,

tous ;

— si,

grand ;

— kèddè,

petit ;

— sa,

long;

— wè,

blanc (de l'Européen) ;

— kudu,

court ;

— inyè,

mauvais ;

— enzanè,

bon ;

— indêlè,

vieux ;

—pi,

noir (bleu, vert) ;

— buba,

blanc ;

— bwama,

coloré (rouge, jaune).

ABABUA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

124 (suite).

2° Concordances des préfixes.

En règle générale l'accord du substantif et de l'adjectif se fait suivant le tableau d'allitération suivant :

mo-mo ou ma motomosi, un grand homme;

moto mawè, un homme blanc ;

ba-ba, bi ou wi bato bawè, les hommes blancs ;

li-li ou le likunga Usa, une longue lance;

ma-ma makungâ mâsu, toutes les lances ;

invariable è mbwâle èkèddè, une petite maison ;

é-é êlamba ébuba, une étoffe blanche.

Si le radical de l'adjectif commence par une voyelle, ou intercale entre celle-ci et le préfixe la lettre w, excepté pour le préfixe wi ou c'est la lettre s qui joue ce rôle :

moto mowenzane, un homme bon ; bato wisenzane, des hommes bons ; bato bawinyé, des hommes mauvais.

Il arrive cependant pour quelques substantifs invariables dont la première syllabe rappelle un de ces préfixes, que celui-ci serve pour l'accord :

messa mawindele, une vieille table ;

malumbwa makudu, une courte pirogue.

Si la dernière syllabe d'un substantif invariable commence par une dentale, l'accord ne se fait plus par le préfixe allitératif; mais à l'aide de cette dernière syllabe, parfois accompagnée de la consonne précédente :

tomati tipi, un objet noir ;

tomati atinzane, une bonne chose ;

dada dasu, toute la langue.

Ababua. Congo. E, 124.

On entend même parfois ce genre d'accord, très rare dans les langues bantu, se produire malgré la présence d'un préfixe allitératif :

lyéta tingamè, mon totem.

Seul un très long usage de la langue pourrait apprendre à priori la forme la plus euphonique à choisir parmi ces variations de l'allitération.

3° Adjectif invariable.

Quelques adjectifs ne se déclinent pas :

nséè, élégant ; pombo, beau ; bèddè, cru ; pètté, tranquille.

4° Clauses adjectivales.

Cette insuffisance d'adjectifs est compensée par une grande richesse en clauses et formes adjectivales, dépassant celle de toutes les langues voisines.

a) Substantif employé comme adjectif;

Très souvent le substantif est employé comme un véritable adjectif:

yango bakaba, danse (de) femmes ;

mbiè mâna, pot (à) bière ;

moto Alimega, un homme (d') Alimega.

b) Le préfixe allitératif s'emploie également pour introduire la clause adjectivale avec les mêmes concordances que nous avons vues plus haut :

moto mo kumba sanduku, l'homme qui porte la caisse ; bèssu bato bam Buta, nous sommes des hommes de Buta ;

lina li moto mo' de kani% le nom de cet homme est semblable à

quoi?

c) La particule t suivie de la voyelle finale du sujet, peut s'employer pour introduire un complément déterminatif :

édiba ta lïbobi, une peau de civette ;

épulu tu matoko, un bec de perroquet ;

ébo to moto, une main d'homme ;

matindi t' élambé, une patte de pintade.

ABABUA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

124 {suite).

a) Arts.

d) La clause adjectivale s'introduit également à l'aide de la préposition a qui devient quelquefois ta, plus souvent s'accorde avec le sujet :

mpému am bwâlè, la porte de la maison ;

kongo ia kumu, un plumet du chef.

5° Adjectifs possessifs.

lre personne sing. — ngamè,

2e „ „ —ngalo ou ngo,

3e „ „ — ngè,

3e „ plur. — ngabu.

Les lre et 2e personnes du pluriel se construisent généralement à l'aide de la clause adjectivale :

mbâso engamè, mon bâton ;

lipombo lingalo, ta parure ;

tomati tingè, ses objets ;

mambo mam bèssu, nos chansons;

ngi an bèmu, votre|village ;

balo bangabu, leurs maris.

— moti,

— bali,

— salo,

— kwanganè,

bumoti,

adè nséu moti,

adè nséu mibali,

assi mabo ou mabo,

moto assi omoti,

6° Adjectifs numéraux.

un ;

deux;

trois ;

quatre ;

cinq (littéralement : eux tous ensemble) ;

six (ajoutez un doigt) ;

sept (ajoutez deux doigts, etc.) ;

dix (les mains sont finies) ;

vingt (un homme est fini), (voir E, 135.)

Ababua. Congo. E, 124.

Les adjectifs numéraux s'accordent à l'aide du préfixe allitératif, quoique souvent on entendra dire messalo et mokwanganè.

moto omoti, bato bessalo ou messalo; likunga Hmoti, makunga mokwanganè; mbwâlè émoti

L'adjectif numéral ordinal se traduit par une clause adjectivale.

moto ma ndo mo moti, l'homme qui vient le premier.

7° Adjectifs démonstratifs.

celui-ci, ndo ou ndè; ce, cette, mô; celui-là, nôw.

Ndo ou ndè est très souvent employé lorsqu'en français nous dirions : c'est un mensonge : nda ndo; c'est un mâle : molo ndo.

d) Le Verbe.

1° Pronoms.

lre personne sing. mi, lre personne plur. bèssu,

2e „ „ ivè ou ivà, 2e „ „ bènu,

3e „ yé, 3e bu.

2° Préfixes pronominaux.

a) Forme affirmative :

lre personne sing. na, lre personne plur. ta ou to,

2e „ o, 2e ma,

p* „ „ a, oe „ „ ba.

b) Forme négative :

lre personne sing. té, lre personne plur. ta,

2e „ » ko, 2° „ „ ma,

3e „ „ ka, 3e „ „ la.

Préfixes pronominaux et pronoms s'employent le plus souvent simultanément, quoique le préfixe seul suffise ; on dira aussi bien :

téibi, je ne sais pas, que : mi téibi.

ABABUA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

124 (suite).

Les formes affirmatives et négatives pluriels ne diffèrent que par la quantité de la voyelle du préfixe :

taïbi, nous savons ; tâïbi, nous ne savons pas.

Si le sujet est un objet inanimé on emploie généralement les préfixes pronominaux de la troisième personne :

sokètti akivito, le feu est éteint ;

buda kabili, l'étuvade de feuilles de courges n'est pas cuite. Si le sujet appartient à une classe à préfixes, l'accord peut parfois se faire à l'aide de ce préfixe, de même que si la première syllabe du sujet rappelle un de ces préfixes de classe :

liba légumbito, la rivière fait un coude ;

marna mangalo madè, ta mère est là;

makunga mam bèssu matwotulè, nos lances sont lourdes.

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