Dessin. — Peinture
C'est le sexe masculin qui s'occupe de préférence des beaux-arts. La peinture est rudimentaire. Sur les parois de leurs huttes, les Àbabua dessinent quelquefois des animaux, des hommes et plus rarement des oiseaux. Le léopard entre autres est dessiné puis peint en blanc (pembé) avec des taches noires, les yeux et la bouche en rouge. Le dessin se fait au trait et au point sur les couteaux notamment.
TlLKENS.
Les Ababua se tatouent le ventre de grands losanges horizontaux ; ces dessins sont reproduits sur les armes et surtout sur les grands sabres courbes dont une des faces est toujours entièrement ornée de lignes zigzaguantes, dont l'ensemble forme des losanges ou des lignes courbes dont les convexités et concavités coïncident de façon à reproduire, sur une partie de la longueur de la lame, l'image répétée de coupes de lentilles biconcaves. Les fers de lance, généralement très larges, sont souvent ornés sur l'une de leur moitié de grandes lignes longitudinales profondémeut gravées; sur l'autre moitié d'un pointillé assez profond. Ces dessins sont reproduits sur les couteaux. Dans toutes ses armes un bord lisse de 1 cm. 1/2 environ est ménagé le long du tranchant. Cette dernière partie est toujours maintenue brillante, tandis que la partie ornée des fers de lances est noircie. Telles sont les seules manifestations artistiques des Ababua, quant au dessin.
Védy, Bull. Soc. E. B. Géogr., XXVIII (1904), 274.
Avec du charbon de bois, l'indigène dessine des oiseaux, des léopards.
TlSAMBI.
Ababua. Congo. E, 125.
Talonné par la nécessité, l'Ababua se trouve toujours dans une situation matérielle instable, prêt à transporter ses pénates dans quelque emplacement plus productif ou plus salubre. Son mobilier est fruste. Aussi la décoration en est excessivement élémentaire; l'art ornemental à peine supérieur à celui des primitifs chasseurs, s'applique surtout à la personne et aux armes, où à de petits objets facilement transportables.
Nous sommes loin des très diverses manifestations esthétiques du groupe limitrophe Mangbétu, ce peuple d'artistes voluptueux.
En étudiant les tatouages cicatriciels, nous avons vu que leurs motifs étaient empruntés à la faune, à la flore et à la technique industrielle.
Il serait difficile de dire si les premiers " papillons „ dessinés en traits géométriques, étaient pour l'indigène une représentation naturaliste de l'animal, conditionné par des circonstances techniques, rendant une simplification du dessin nécessaire.
A l'heure actuelle l'habitude traditionnelle de ce genre d'ornement a produit une véritable stylisation (papillon et arête de poisson). Pour les ornements suivants (banzûla, nébâ, etc.), le sens primitif en a même disparu et l'Ababua n'y voit plus qu'une combinaison de figures géométriques qu'il fera varier suivant sa fantaisie personnelle.
Il en est de même pour les motifs d'origine technique: la ligne de tatouages au point qui entoure la taille rappellera bien encore la ceinture de perles, fort portée autrefois, mais on dessine les mêmes cicatrices aux poignets, au cou, en perdant de vue leur origine analogue.
Enfin ces deux groupes de motifs ornementaux (animaux, fleurs, leur stylisation, dessin géométrique qui en dérive; imitations d'un produit de la technique), sont elles-mêmes régies par le sens du rythme, celui de la symétrie, par le désir de compliquer la difficulté d'exécution du dessin, afin d'augmenter la valeur de l'objet orné; ce dernier cas sera fréquent dans le travail du forgeron.
Le sens du rythme que nous avons déjà noté, si marqué dans les danses et les chants, est des plus manifeste.
J'ai remarqué des gamins qui, un jour, jouaient au ligbwa et marquaient les coups en terre, comme je l'ai expliqué antérieurement, produisant de la sorte un dessin composé d'une série de triangles égaux. Comme le marqueur modifiait un des triangles qui était trop petit par rapport aux autres, et que je lui en demandais le motif, il me répondit en contemplant son dessin avec satisfaction : u Lipombo na yé aliki ko boyo. Sa beauté est plus grande ainsi. „
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a) Arts.
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Quant au sens de la symétrie, on en voit apparaître les manifestations dans toutes les techniques. Les deux gaines de couteaux de la collection sont faites de deux lamelles d'écorce, découpées à la forme de la lame, et maintenues par une liane.
Dans la première les nœuds sont faits rapidement, sans soin, tandis que dans la seconde, le constructeur s'est aperçu qu'une simple modification des points d'attache donnait aux liens nécessaires, la valeur ornementale.
Les espaces libres, aux murs des maisons, donnent au dessinateur un champ tout désigné pour exercer son habileté.
Dans toute la région, sur le fond gris du pisé, on voit apparaître en blanc et en noir, des grafitti innombrables, représentant souvent d'une façon très réaliste, des Ababua en promenade et surtout l'Européen, ses soldats et sa monture.
Les figures (III, 3), prises chez les Bobwa, donnent une idée de ce genre de représentation. L'on voit immédiatement que cet art, grâce peut-être à la facilité du dessin au charbon, ne fait presque pas usage de lignes géométriques.
L'intéressante ornementation géométrique de la figure (111,1) alternant avec les figures humaines très primitives, a été relevée chez les Bobwa Bulungwa et à l'extrême limite du groupe ethnique. A l'intérieur de celui-ci, je n'ai jamais noté de compositions analogues. La maison elle-même imitant celle des postes européens, indique des influences étrangères. Ce type de composition ornementale se retrouve cependant chez les Mobengé, quelques Asandé, les Mangbétu, et provisoirement doit être considéré comme importé chez l'Ababua.
La représentation de la figure humaine se retrouve également sur les manches sculptés et ajourés des éjpapwa de cuisine. Quoique d'un travail assez grossier, elle réalise une singulière recherche de pré-
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cision dans certains détails, notamment l'ensemble des tatouages sur le menton et les lèvres, les bagondé des oreilles où sont enfilées de longues herbes makasso, retenues par des perles.
A des formes botaniques semblent empruntées l'ornementation de la série d'épingles à cheveux, prenant comme point de départ une feuille et son pétiole pour arriver à des combinaisons beaucoup plus complexes quoique toujours élégantes.
Nous y voyons déjà paraître dans l'ornementation en traits parallèles de l'épingle, une forme de symétrie que nous retrouvons dans tous les couteaux et lances qui sont gravés ; le dessin ne s'exécute que sur une des moitiés d'une des faces de la lame et est reproduit symétriquement sur l'autre moitié de la face opposée.
C'est là un type d'ornementation que jusqu'à présent je n'ai jamais pu noter chez les groupes ethniques voisins de l'Ababua.
Plus nombreux sont les motifs auxquels l'on peut assigner une origine technique.
Tels me semblent être les ornements de la lame de Vépapwa, décrite plus haut, gravés au feu et qui rappellent l'allure des lianes encerclant les gaines des couteaux.
Telles aussi les lignes de points qu'on dessine sur les vases et qui rappelleraient les anciennes carcasses de vanneries qui auraient pu servir à protéger les poteries, ainsi qu'on le voit encore actuellement chez quelques pêcheurs de l'Ubangi.
Les bracelets de fer sont généralement ornés de losanges, qui sont obtenus non par le primitif procédé d'une gravure directe, mais en refoulant le métal des arrêtes du bracelet. Un procédé analogue, où l'on pourrait peut-être trouver le souvenir d'accidents de fabrication dont on a tiré parti ultérieurement, dans un but ornemental, se retrouve également sur les mortiers de cuisine, au bord extérieur desquels on découpe des petits fragments de bois, formant de la sorte un collier de facettes.
Mais ce sont surtout les dessins géométriques dont l'origine est actuellement indéterminée, qui produisent les combinaisons les plus variées, notamment sur les armes.
Je n'ai trouvé de figures analogues à celles des tatouages étudiés plus haut, que sur un couteau, mokwdehu, orné suivant l'axe de ses deux faces d'une arrête de poisson, portant au centre un banzula isolé.
de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 381-383.
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(Congo.)
E. — Vie intellectuelle.