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Danse

La danse est pratiquée aussi bien par les hommes que par les femmes; les danses sont de deux espèces, de guerre et d'amour, mais à peu près semblables. Elles se font sans ornements spéciaux. Le tambour se fait d'abord entendre pour le rassemblement et, lorsque tout le monde est réuni, les hommes et les femmes se placent sur deux lignes se faisant face; au milieu prennent place les joueurs de tambour. Quel que soit le degré d'animation ou l'intensité du chant, les tambours accompagnent l'assistance. Les femmes se mettent en mouvement : d'abord balancement de la tête à droite et à gauche, les avant-bras suivant ce mouvement mais en sens inverse de bas en haut par petites saccades qu'imprime le sautillement du corps, mouvements accompagnés de la répétition du même mot sur un ton très monotone. Pendant cette danse, les hommes font le cercle autour des femmes en gesticulant et en brandissant des boucliers, des couteaux d'exécution et des lances. Puis la présentation terminée, ils regagnent leur place et ils vont déposer leur bouclier chez eux. C'est maintenant au tour des hommes à rester en place tandis que les femmes avancent et reculent en ligne devant les hommes alignés. Tour à tour, alors, les hommes viennent danser devant leur préférée qui s'approche de lui, et ils dansent ainsi quelque temps, puis succède un autre couple. Les contorsions, les poses, les mouvements sont impossibles à décrire tellement ils sont nombreux et divers. Gomme entr'acte, des improvisateurs huilés des pieds

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à la tête chantent la victoire, l'éloge de leur race, le charme du sexe féminin et après chaque partie de chant, toute l'assistance répond en chœur sur le même ton. Ainsi se passe une bonne partie de la nuit et le coucher de la lune donne le signal de la fin de la fête.

TlLKENS.

C'est surtout la nuit, au clair de lune, qu'ont lieu les danses. A cette occasionnes indigènes revêtent leurs plus beaux atours; c'est-à-dire les pagnes les plus neufs, les bonnets les mieux tressés. Les guerriers se munissent, pour paraître à la fête, de tout leur armement qu'ils abandonnent bientôt pour se livrer plus à l'aise à leurs contorsions chorégraphiques. Pour les femmes, c'est surtout la coiffure qui est soignée. Le plus souvent les cheveux sont arrangés en petites tresses partant du sommet de la tête pour se terminer au pourtour en un simple nœud ou dans une spirale de cuivre ou de laiton. Si l'on néglige la mince ceinture d'anneaux de fer qu'elles portent souvent, elles sont en général entièrement nues. Hommes et femmes s'inondent parfois la tête d'huile de palme et s'enduisent la peau de N'gula, poudre d'un bois rouge écarlate.

Les danses des Ababua sont peu variées : voici la description de deux d'entre elles : hommes et femmes alignés se font face, à lm50 d'intervalle au moins, et se tiennent droits, les bras plies, les mains étendues en avant, paumes au-dessus. La danse consiste à fléchir légèrement les genoux, relever et abaisser un peu les mains et tourner la tête de droite et de gauche en cadence. Cet exercice peut se prolonger ainsi plusieurs heures au son des chants et des battements du gong. Pour une autre danse, hommes et femmes forment le cercle et chantent en répétant les mouvements décrits ci-dessus; cependant que l'un ou l'autre danseur, se détachant du cercle, vient faire quelques contorsions au milieu d'eux, puis regagne sa place.

D'ordinaire ce sont les nuits claires qui sont choisies pour ces sortes de réjouissances; quand la nuit est sombre, les danseurs se font éclairer par les assistants au moyen de torchons de paille enflammés ou de quelque feu de bois.

Souvent une partie du village seulement participe à ces distractions, mais, en certaines circonstances, toute la population se réjouit. Parfois un chef invite les notables des villages voisins à son " bal „. Alors l'hôte prépare de grands pots de bière, faite de bananes mûres fermentées ou du maïs, et tous font ripaille. C'est principalement dans ces sortes de fêtes que se font les mariages.

ABABUA

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Telles sont les fêtes et réjouissances auxquelles l'Européen peut assister. Gomme tous ont pu le constater, elles n'ont aucun caractère particulier.

Il doit, à côté de ces festivités, exister d'autres cérémonies.

Les Ababua confectionnent des masques en bois qui sont usités dans certaines circonstances; " dans les danses „ disent-ils, sans plus d'explications. Peut-être la fête prend-elle là une signification particulière, probablement religieuse.

Vedy, Bull. Soc. B. B. Géogr., XXVIII (1904), 276-278.

Les Ababua dansent tous les jours et les femmes dansent avec les hommes. La danse est accompagnée du tam-tam et de troncs d'arbres creusés (ko-ko) qui sont frappés avec des boules de caoutchouc attachées à des baguettes. Ils dansent 1° pour s'amuser ; 2° parce que l'on a bu du malafou ; 3° à l'occasion de la mort d'un homme. Le féticheur ne joue aucun rôle dans ces danses du village; parfois il danse seul et tous s'arrêtent pour le regarder. Il se peint le corps en blanc et ses danses sont considérées comme les plus belles. Quelquefois les femmes dansent seules. Lors des danses, ils ne se débarassent pas de leur couteau qui est toujours à leur ceinture, mais ils ne s'en servent pas dans la danse pour faire des gestes. Autrefois, dans les danses, il y avait quatre hommes qui maniaient de grands couteaux d'exécution et faisaient des figures ; les autres les regardaient danser. Les danses spéciales d'un homme avec une femme n'existent pas, mais quand un homme est mort, ses femmes dansent et si

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un homme d'un autre village remarque parmi ces danseuses une femme qui lui plait, il peut la demander en mariage; si elle refuse, il s'adresse à une autre. Pendant la danse, ils ne portent pas de masque, ni de vêtement spécial. Lors des palabres, un Ababua porte un masque.

Après que les femmes ont dansé, les hommes viennent tour à tour danser quelque temps devant leur préférée. Dans certaines danses, ils emploient des masques grossiers.

Périn.

Il n'est guère de danse sans musique et de musique sans chanson, celle-ci se modifiant parfois en un simple récitatif.

Ainsi les trois arts rythmiques se présentent-ils le plus souvent simultanément.

Souvent l'Ababua, solitaire, esquisse quelques pas de danse en s'accompagnant sur le Sengwelembwé, peigne sonore fixée sur une planchette de bois de parasolier ou sur une écaille de tortue; ou bien encore, il improvise à mi-voix quelque interminable complainte, s'aidant du gwanzu, fait d'une boîte de résonnance en écorce sur laquelle sont tendues une quinzaine de cordes.

Au reste, du moment qu'il est ému, l'Ababua passe insensiblement de la parole normale à l'intonation musicale; c'est ainsi qu'une mère à qui on annonçait la mort de son fils se mit à pousser des cris inarticulés qui se terminaient chaque fois par une plainte chantée; d'autre part, dans la plupart des chansons se glissent des phrases entières qu'il serait difficile de distinguer de la parole émue. Il est évidemment impossible de noter les mélodies des Ababua sans leur faire perdre leur individualité, les intervalles en étant différents de ceux de notre échelle musicale, comme c'est le cas chez la plupart des populations d'Afrique. La note est généralement prise très haut dans la voix et varie, insensiblement d'abord, pour suivre bientôt une échelle voisine de notre gamme chromatique.

Tandis que je n'ai jamais entendu un Européen qui parvenait à entonner juste une chanson Ababua, j'ai entendu plusieurs de ceux-ci, dans les environs des postes, sifflant avec précision, et un plaisir inexprimable la " Matchiche „ ou la " Petite Tonkinoise „.

Pour tout chant collectif, donc pour la danse, gwanzu et peigne sonore sont abandonnés pour faire place aux tambours d'écorce

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tendus d'une peau d'antilope et qu'on frappe de la main, parfois aussi aux " senn „, claies d'osier, liées l'une sur l'autre, de façon à former une boîte dans laquelle on glisse de petites pierres, au gong, aux grelots et à une petite boîte d'osier semblable à nos hochets, renfermant des graines et du gravier. C'est cet ensemble instrumental qui marquera, dans un entrain enfiévré, la cadence.

L'Ababua a le sens du rythme très développé et le plaisir avec lequel il saisit toute occasion de se livrer à la danse montre bien qu'elle lui procure une de ses plus profondes joies esthétiques.

Tout est prétexte à danser; l'on recherche les occasions de se rencontrer : la joie du mouvement se renforce de l'impression de sécurité que donne à ces isolés toute réunion sociale.

Pour venir à la danse, le guerrier revêt ses peaux de bêtes, se coiffe de ses plumes et prend ses armes. Les femmes ont toutes les reins ceints de pagnes en feuilles de bananiers; des fruits semblables à de grosses faînes en touffes bruissantes, des guirlandes d'herbes sont accrochées aux épaules ; toutes ont en main quelque hochet bruyant ou un martinet fait d'un pétiole de feuille de bananier.

Pour les guerriers, les danses réalisent une des rares occasions de reprendre contact entre hommes de divers groupes, et de s'exercer ensemble sous la direction de leur chef de guerre.

Aussi l'on commence toujours par quelques évolutions mimant le guet, l'attaque, la poursuite, au gré de la fantaisie de celui qui conduit ce divertissement. Le plus souvent les chants qni l'accompagnent en sont improvisés, sinon ce sont des traditionnels madia, hymnes de guerre, avec accompagnement du gong, des trompes et des sifflets.

Puis, pendant que les hommes se reposent et déposent lances et boucliers, les femmes viennent se ranger devant eux. Le gong bat, la sonnerie ielmbo, les danseuses s'animent, suivent du pied la cadence, puis se détachent une à une du rang, en commençant par celle de droite, esquissent trois pas rapides devant les spectateurs, et vont reprendre place à la gauche de leurs compagnes.

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Puis danseurs et danseuses se forment en cercle et entonnent la chanson qui n'a du reste aucun sens :

H Do dumbê, dumbé, dumbëkélê, laohè, basombè. „

Les bras ballants, les genoux un peu fléchis, tournant successivement sur chaque talon, le cercle suit le mouvement de la chanson. Bientôt l'un des danseurs se détache, fait quelques pas dansés, souvent agrémentés de contorsions comiques, puis redevenu sérieux, s'arrête devant une des danseuses, et les épaules effacées, frappe la terre du pied, puis s'enfuit ; la femme ainsi invitée sort à son tour et de la même manière, va inviter un second danseur.

Il est peu douteux que cette danse ait une origine amoureuse, pour celui qui l'a vue se transformer peu à peu en kedde. L'invitation ne se fait plus simplement en frappant la terre du pied, mais danseurs et danseuses, les genoux fléchis, les bras écartés, se touchent des cuisses. Parfois même la femme, qui porte un pagne, ouvrira celui-ci avec un beau cynisme d'abandon. Le kedde que j'ai vu souvent danser près des postes d'Européens, semble ne pas être d'origine Ababua, mais plutôt Mobengé.

Cette danse se transforme quelquefois en nsalu, se différenciant par un rythme plus rapide et un accompagnement des battements de mains. Les danseurs ne se détachent plus dans le cercle. Enfin, dansée sur la tombe d'un mort, plus calme et plus lente, elle prend le nom d'eduma.

Les femmes seules dansent également des heures durant, et avec une cadence imperturbable. Pour ces danses elles sont généralement dans leur toilette de ville, j'entends nues, avec leurs petit rectangle d'étoffe. Les coudes au corps, les bras fléchis, les mains paumes en l'air, elles tournent la tête assez brusquement de gauche à droite, tandis que les mains montent et descendent, les reins et les genoux fléchissent quelque peu pour suivre l'ensemble du mouvement. Généralement cette danse est accompagnée du gong seul et la chanson en est à peine murmurée.

On danse parfois sans interruption pendants plusieurs jours et plusieurs nuits. Celui qui est fatigué se retire quelques heures et est remplacé par un camarade plus dispos.

Mais ce sont surtout les premiers jours de lune qui sont propices à ce divertissement, et tant que l'astre est brillant, la place du village reste animée.

Il a déjà disparu depuis longtemps sous l'horizon que dans les maisons, les chanteurs animés ne peuvent s'endormir et que les voix étouffées continuent : " Dodumbè, Dumbèkelè. „ de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 368-370.

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(Gokoo.)

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