‹ Les AbabuaChapitre 115 sur 170 · Chant · texte numérisé non relu

Chant

Le chant est toujours triste. Il n'y a pas de chant d'amour.

TlLKENS.

Aux environs d'Ibemb® on trouve dans presque tous les villages un instrumentiste de métier.

Le Congo, I (1904), 6.

Leurs chants sont le plus souvent des improvisations sur les faits saillants du moment et consistent alors en mélopées tantôt courtes, tantôt interminables se traînant sur des airs monotones.

A côté de ces improvisations, quelques chants mieux composés, moins longs, ayant un caractère très particulier, des paroles invariables et un air spécial pourvu d'une certaine allure sont à la mode dans certaines tribus et connus de la plupart des indigènes.

Leurs auteurs sont des sortes de trouvères, musiciens, chanteurs, danseurs et bouffons, tout à la fois, qui, à mesure de l'apparition des événements importants, composent à leur sujet des chants (paroles et musique) qu'ils font connaître aux tribus. Ces chants deviennent rapidement populaires et peuvent être à la mode pendant une durée de quatre ou cinq ans.

Il faut mentionner aussi l'hymne appartenant en propre à la race. Tout comme les Asandé, les Mangbetu et les Bakango, les Ababua ont un air national qu'ils entonnent à tout propos, soit en guerre, soit au moment d'une réunion nombreuse (un retour de chasse par exemple), soit même pendant les danses. Cet air ne passe pas de mode comme les autres, il est, en même temps, le cri de guerre et de ralliement des indigènes et prend ainsi une importance particulière. Les chanteurs musiciens sont gens d'importance, sinon par l'autorité qu'ils pourraient posséder, du moins par leur utilité comme stimulant de la bravoure dans les combats et comme bout-en-train dans

Ababua. Congo. E, 127.

les réjouissances. Ils acquièrent par leur talent un certain prestige, prestige d'autant plus considérable que, chez la généralité des Africains, il est de bon ton, pour un grand guerrier, d'être en même temps danseur agile et buveur intrépide.

Védy, Bull. Soc. B. B. Gêogr., XXVIII (1904), 275-276.

Dans leurs chants, ils font l'éloge des femmes, racontent des histoires, avec refrain, etc. Ils chantent souvent surtout en dansant. Voici un commencement de chanson : Epiplika omobakaba edendeli omabalo luè-è-è-è, c'est-à-dire : la femme est comme le papillon qui ouvre ses ailes, l'homme est l'insecte qui va puiser le suc de la fleur.

TlSAMBI.

Le chant est toujours monotone; chez certaines tribus ababua, les Moganzulu par exemple, lorsque le chef seul chante, les autres indigènes accompagnent en cadence, en balançant la tête de droite à gauche et en battant des mains ou en entre-choquant deux couteaux l'un contre l'autre.

Périn.

La chanson Bachique.

Dans les plantations, les bananiers pliant sous le poids de lourds régimes ont dû être étançonnés. Le village est dans l'abondance, le maître décide d'inviter quelques amis voisins à une beuverie. Le matin, dans un immense pot de terre, un esclave met un peu d'eau fraiche et y fait macérer des rondelles de bananes mûres. Vers midi le mélange commence à fermenter, le cuisinier le brasse à l'aide de sa grande epapwa de bois sculpté, puis ferme le vase pour le tenir au frais, à l'aide de grandes feuilles de bananier. Il s'en dégage un parfum capiteux et sucré, qui attire des vols de moucherons. Bientôt le breuvage prend une amusante saveur aigrelette, rappelant le jeune cidre. 11 n'y a plus qu'à y couper quelques tranches de raifort.

Lorsque diminue un peu l'ardeur du soleil, on appelle les amis par un roulement de gong, et bientôt le cercle joyeux s'installe, accroupis à terre, allongés sur des lits ou étendus mollement au fond d'une chaise longue " à l'instar de l'européen „.

ABABUA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

127 (suite).

a) Arts.

Le chef goûte la bière, puis les pots passent de mains en mains, suivis d'une pipe de laquelle chacun, à pleines joues, tire une bouffée. Moment de béatitude et de somnolence; ils ont tant mangé, tous, dans la journée, que leur ventre en apparaît tendu à crever.

Un voisin, qui a déjà ingurgité quelques copieuses potées, ne s'occupe plus de la conversation et prélude par une gamme chromatique descendante : " Lué-lu-luè „ puis satisfait fredonne :

Nadele de mana. Je suis arrivé à la bière.

Tandis que le maître explique en un soliloque

Baolé, é é é.

Baolé, é é é.

Nsépélé bailé.

Bagodoki.

Nkâ ?no pwè é.

Moto ma maibè.

Ma maibè mokedde.

Obiè.

Takè na libiè.

Mauâ!

Marna, koba,

Koten' gunda.

de la maison qui commence à s'exciter musical la façon de préparer la boisson.

Baolé é é é.

Baolè è è è.

Les moucherons ont bu.

Ils sont fatigués.

Ma première femme, é.

La personne qui (porte) la chaise.

La petite chaise.

Viens.

Nous allons (chercher) de l'eau.

Vous, ouvrez (les pots).

Mon frère, tu ne m'aimes pas,

Ne puise pas de vin.

Mais un chœur soudain l'interrompt : une femme vient de déposer au milieu du cercle une écuelle de termites, dont la saveur salée est propre à aiguiser la soif.

Zé, o zé, bakwa io zé. Zé o zé ! les termites io zé.

Epa bato n'ekédde. Donne (en) aux hommes, un peu.

Nakwo na eno. Je (me) le mets dans la bouche.

Nakivo na tumbu. Je (me) le mets au c...

Lao è. Lao é.

Basombé. Basombé.

Ababua. Congo. E, 127.

Les femmes sont assises un peu à l'écart. Au milieu de l'animation on leur permet quelques privautés. Et comme le chef avec une feinte sévérité ordonne u Cessez ce bruit, les femmes ! „ la plus effrontée vient lui prendre la main et avec un très profond respect lui dit: " Ndo Jcumu, ogosè Jcarumbi ! „ O ! mon chef, quand tu pètes, ça ne sent pas. „

Cette délicate attention provoque la joie rabelaisienne ; les buveurs se serrent la main, se tapent sur les cuisses et font claquer les doigts en se moquant de leur hôte : " Tu es devenu l'esclave des femmes !

Le chœur : Ambuïa ié, modogi eza. Il approuve, le regret le travaille.

Le chef: Nka ngame, nade mangé. Ma femme, je suis devenu esclave.

Le chœur : Ambuïa ié, modigi eza. Il approuve, le regret le travaille.

Le chet : Mi mié ° Jcumu nadé Moi, fils de chef, je suis devenu

mangé. esclave.

Le chœur '.Ambuïa ié, modogi eza. Il approuve, le regret le travaille.

Le chef : Basongi ié, nadé mangé. Basongi, ié, je suis devenu esclave.

Tandis que s'éternise la complainte et que se répète la lamentation du chef précédée du nom de chacune de ses épouses, lui même réfléchit à se venger de celle qui a fait de lui la cible de ces railleries. Aussi, tandis que les camarades altérés par leur chanson puisent à même les jarres de bière, il décoche à ses épouses quelques strophes vengeresses, chansons bachiques : magidu ma mana.

Kondukwamolo, Kondukwa molo. Tu ne soignes pas ton mari, (bis) Gétungè. Femme enceinte.

Balibembé, Balibembé.

Ou bien encore :

Ngombé na bui. Cette femme stérile (au ventre

semblable) à une boîte ronde en écorce.

Kaboti. Elle ne met pas au monde !

Et le cercle qui commence à s'enivrer approuve :

Yé moyangelé. Yé, touffe de poils.

Yé moyangelé. Yé, touffe de poils.

O ngia moyangelé. O va, touffe de poils.

O sia moyangelé. O viens, touffe de poils.

Nzongo adè ku matoko. Ton... sexe est semblable (au bec)

du perroquet.

Moyangelé! Touffe de poils !

ABABUA

(COHGO.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

127 (suite).

Et les chansons de suivre et de s'entrecroiser, mais de moins en moins ordonnées. L'un se contente de sempiternel. ■ Lue» ; lue un autre improvise, un troisième fredonne :

Tête die ntumbu bedde. Lavandière, cache ton derrière nu

Da komenaganè. Nous le verrons.

D'autres sur le gong, battent la sonnerie " Bissu buburu „ annonçant ainsi avec fierté aux environs que l'ivresse est complète.

Et voici que Mokru veut se lever, mais est retenu par ses compagnons, tout en hurlant à tue tête :

Lui : Mokru agiato. Mokru s'en va.

Le chœur : Kogê. Ne vas pas.

Cependant il parvient à se mettre en équilibre et s'accrochant après les bananiers, il s'en va dans la nuit, soutenu par ses femmes qui sont venues le chercher. Et comme quelqu'un de l'assemblée se moque de lui : ' Tu es mort ? „ Il se redresse et tout titubant, il proteste et son chant aviné s'élève dans la nuit bleue.

Batopa na ngio. Hommes du village.

Mi natïngivato. Je boite.

Mi natingwato. Je boite.

Chants de guerre ou Lidia.

Lorsqu'une colonne ennemie pénètre dans le territoire, elle est accompagnée à quelques centaines de mètres d'Ababua qui surveillent ses mouvements. Et loin de se dissimuler, ils se livrent à un concert ininterrompu de vociférations, qui se prolonge parfois des jours entiers, démoralisant l'adversaire, qui s'énerve devant cette perpétuelle présence des éclaireurs. Coups de sifflets, beuglements des trompes alternent avec des cris, des imprécations et des

Ababua. Como. E, 127.

menaces chantés en chœur, répétées par les échos de la haute

futaie.

Basandé batuma yé (bis). Les Asandé nous cherchent

misère, yé !

Toïato. Nous les mangerons.

Basandé batuma yé (bis). Les Asandé nous cherchent

misère, yé !

Toïatwè. Nous les mangerons !

La nuit au moment où il cherche un peu de repos, on ne manque pas de rappeler à l'envahisseur les défaites antérieures qu'il a subies et à lui en annoncer de nouvelles pour le jour suivant.

Yé, Badulé tiêtu yé!

Modondo nda, abona mo ngongô.

Ado kandaga

Yé! Badulé tiêtu yé!

Ekinokwa nda, abona mo ngongu.

Ado Kandaga

Yé! Badulé tiêtu yé!

Yé, Badulé, le fuyard, yé !

C'est Modondo qui se promène

dans la Forêt.

Il vient te lier.

Yé ! Badulé, le fuyard, yé !

C'est Ekinokwa qui se promène

dans la forêt.

Il vient te lier.

Yé ! Badulé, le fuyard, yé !

Puis, lorsque lassés d'être sur un continuel qui-vive, l'ennemi se relâche un peu dans sa surveillance, c'est un jour l'attaque brusque et irrésistible à la lance, l'embuscade qui coupe la colonne, le massacre et la capture des esclaves, tandis que triomphant, faisant trembler la futaie, monte le chant de guerre.

Basu é, basu é, basu é.

Yelé.

Mati nkongo é é é. (bis)

Babué! Kando abié, bongisega.

Liéni na se.

Sélélé na se.

Nzio abotile alikombé. !

Wawa ! besu basu tabié.

Bué babia basu, babuè.

Toronato.

Mabièsé na pat, mabiè kando.

Mage, mâgè.

Tous é, tous é, tous é.

Yelé.

Jetez vos boucliers é é é.

Ils sont nombreux ! Le combat

arrive, restez de pied ferme.

Couchez-vous à terre.

Regardez à terre.

Le rat a mit bas dans la brousse.

Wawa ! nous sommes tous venus.

Eux, il sont tous venus, ils sont

nombreux !

Nous nous battrons.

Vous n'êtes pas venus par ici, vous

ne venez pas pour la guerre.

Ne partez pas, ne partez pas.

ABABUA

a) Arts.

127 (suite).

Lorque après la victoire l' Ababua rentre dans son village, glorieux trainant derrière lui le butin, le gong annonce aux alentours que la guerre a été bonne. On esquisse des pas guerriers en chantant joyeusement.

■ Badumbwani (a) mbwalè. Ils se sont rencontrés sur la route

Bambombo bwa, ohié! Les tambours battent ohié !

Badumbwani (a) mbwalè. Ils se sont rencontrés sur la route.

Babombo bwa, ohié! Les tambours battent ohié !

Il paraît cependant que si la fortune ne se montre pas favorable PAbabua si orgueilleux est pris d'une terreur panique. Et des traces non équivoques prouvent qu'il lui arrive alors généralement l'accident qui frappa Panurge lorsqu'il entendit le canon de la nef de Pantagruel. Mais cela la chanson ne le remémore pas.

Berceuse. •

En dehors de quelques rondes enfantines et des danses auxquelles elles prennent part, les femmes Ababua chantent peu de chansons traditionnelles. Les travaux du ménage son accompagnés de lentes mélopées, le plus souvent des improvisations sans sens précis, ou on invoque au refrain le souvenir de la mère.

Quelquefois cependant, on entend une femme bercer son enfant qui pleure, par une chanson très connue.

Emiototo, emiototo. Petit enfant, petit enfant.

Marna madè. . Ta mère est là.

Baba badè. Ton père est là.

Balikala pa mi ? Des cris contre moi ?

Nanzingè. Je suis trompée

Mi teboti mongame. Je n'ai pas mis au monde pour

moi.

Toté. Toté.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 371-376.

Ababua. Congo. E, 127.

ABABUA

(Congo.)

E. — Vie intellectuelle.

a) Arts.

Page 1