Musique
La musique est surtout une occupation des hommes. Les instruments sont de diverses formes : 1° La trompe de guerre ou Gpwanguet creusée dans une pointe d'ivoire ; 2° le Sengbwelemhvê composé d'une planchette en bois " Ngombo „ bois très léger employé de préférence parce qu'il est bon conducteur du son et se travaille facilement, et un peigne sonore à lames de jonc retenues par une liane; 3° le Gwanzu ou espèce de lyre faite d'une écorce d'arbre, d'une planchette dentelée aux deux côtés et de lianes très résistantes. De petits supports au milieu des lianes se mettent ou s'enlèvent suivant que le son doit être grave ou aigu; 4° Le Bagezege ou deux boules creuses réunies par une ficelle et dont les femmes accompagnent leur chant; 5° le tambour formé d'un tronc creusé par une fente latérale et frappé par deux baguettes terminées par une boule en caoutchouc; ces tambours servent aussi à faire des signaux de distance.
TlLKENS.
Au Congo les hommes pratiquent beaucoup plus la musique que les femmes. Dans certaines tribus, comme les Ababua, la musique est même l'apanage exclusif des hommes (!). Parfois même, chez les Moganzulu, par exemple, elle est un privilège du chef, qui doit toujours donner le thème musical des concerts donnés par ses sujets. Cette coutume se retrouve chez presque tous les Ababua : le chef seul chante ; les autres indigènes accompagnent en cadence, en balançant la tête de droite à gauche et en battant des mains, ou en entre- choquant deux couteaux l'un contre l'autre. (Voir Ea, 126.)
de Haulleville et Coart, Ann. Musée Congo, Ethn. et Anthr., Sér. III, 1. 1, fasc. 1 (1902), 16. — Id., Belg. Colon., VIII (1902), 394a et 594. - Le Congo, 1(11^04) 6a.
Ababua. Congo. E, 128.
Les femmes ne jouent que du Bagezège. Les autres instruments signalés par Tilkens existent.
TlSAMBI.
Ce sont les hommes qui s'adonnent de préférence à la musique. Il y en a qui connaissent à fond le clavier de leur instrument, sorte de piano dont ils battent les touches avec deux baguettes portant à Tune de leurs extrémités une boule en caoutchouc. Les sons sont très souvent harmonieux. Ils jouent aussi sur des instruments à cordes avec beaucoup d'agilité.
Tilkens, Belg. Colon., VI (1900), 255*.
Le Bagezège. Je ne sais définir cet instrument qui tantôt sert de jeu, tantôt sert à accompagner un chant triste et monotone. Il se compose de deux courges évidées dont l'intérieur est à moitié rempli de perles ou de petits corps durs, cailloutis, etc. Ces deux boules sont réunies par une petite ficelle. Une de celle-ci se tient en mains et en faisant tourner le poignet de droite à gauche par saccades l'autre boule se met en mouvement, mais retenue par la corde elle vient battre sa compagne à droite et à gauche en donnant un coup sec. Pour varier cette cadence les deux boules sont souvent immobilisées et en les secouant fortement ils laissent percevoir un son semblable aux hochets de nos enfants. Pour nous donner une plus juste idée, ce sont les " claques „ employés par les jeunes gens de chez nous. En effet, c'est un amusement, un jeu d'adresse, et il sert en même temps d'accompagnement au chant.
Tilkens.
L'instrument servant à accompagner le chant est une sorte de cithare composée d'une planchette de quatre décimètres carrés sur laquelle est fixé, par ses deux bords longitudinaux, un morceau d'écorce retourné formant caisse de résonance. Sur la planchette sont disposées des cordelettes tendues, au nombre de quinze environ, que
ABABUA
(COHGO.)
E. — - Vie intellectuelle.
a) Arts.
128 (suite).
le musicien fait vibrer avec les pouces, la paume et les doigts servant à tenir l'instrument. De cet appareil, accordé de façon très différente de nos instruments, le chanteur parvient à tirer des sons très harmonieux. Il y improvise des accompagnements ou des airs sans parole au rythme le plus souvent alerte, indiquant parfois un goût musical très sûr. Il est d'ailleurs remarquable que la généralité des nègres de TUelé ont l'oreille juste et qu'il est fort rare de les entendre chanter faux.
Védy, Bull. Soc. R. B. Gêogr., XXVIII (1904), 276.
A Nasimu l'instrument de musique le plus répandu est une boîte de résonnance creusée dans un bloc de bois auquel on donne généralement une forme demi sphérique. Sur la partie plane de la boîte, est fixé un chevalet soutenant un clavier composé au minimum de cinq touches de fer, dont les sections sont celles des baleines de corset.
Le musicien en repos ou en marche porte l'instrument dans les deux mains et joue machinalement à l'aide des pouces, des mélopées très simples et très courtes.
Gustin, Mouv. Gêogr., XV (1898), 203.
Autour d'Ibembo, les instruments de musique sont le tam-tam et le paralipolipo'po. Le tam-tam accompagne tous leurs chants, il bat la mesure de la danse. Il conduit les guerriers au combat et les stimule dans la mêlée.
Le paralipolipopo est une pièce de bois creuse ayant à peu près la forme d'une grande cuillère à soupe, sur laquelle les nègres ont tendu quelques fils de métal qu'ils agitent avec les doigts. Parfois, c'est une planchette au bout de laquelle ils ont fixé plusieurs petits bâtons placés sur une transversale. Les vibrations des cordes produites sous l'action des doigts, reproduisent une gamme imitant fort bien le nom de l'instrument.
Hoof (Mgr Van), Mouv. Antiesclav., XIV (1902), 64.
Ababua. Congo. E, 128.
La cithare et les instruments à cordes ont été signalés chez les Àbabua.
de Haulleville et Coart, Ann. Musée Congo, Ethn. et Anthr., Sér. III, 1. 1, fasc. 1 (1902), 135. — Id., Belg. Colon., IX (1903), 172Z>.
Le gwanzu est une espèce de cithare. Le tambour est formé d'un tronc creusé et n'ayant comme ouverture qu'une fente de trois doigts de largeur. Ce tambour se frappe au moyen d'un bâton terminé par une boule de caoutchouc.
Périn.
Souvent l'Ababua s'accompagne sur le Sengioelembwé, peigne sonore fixé sur une planchette de bois de parasolier ou sur une écaille de tortue; ou bien s'aide du gwanzu, fait d'une boîte de résonnance en écorce sur laquelle sont tendues une quinzaine de cordes. Les chants collectifs sont accompagnés de tambours d'écorce tendus d'une peau d'antilope et qu'on frappe de la main, parfois aussi de senn ou claies d'osier semblables à nos hochets, renfermant des graines et du gravier. C'est cet ensemble instrumental qui marquera, dans un entrain enfiévré, la cadence. Les intervalles musicaux ne sont pas les mêmes que ceux de notre échelle musicale. (Voir Ea, 126.)
de Calonne, Mouv. Soc. Int., X (1909), 368-369.
Instrument de musique conservé au Musée de Tervueren
Même type que le n° 27 (hochet en vannerie de calamus) avec variation dans la disposition des armatures et dans le travail de vannerie: parties voisines de l'axe composées de cordelettes tressées; nervures se prolongeant au-delà du sommet où elles sont réunies en faisceau; contient des débris de coques identiques à celles du hochet figuré sous le n° 27. (Voir Iconographie, pi. I, fig. 30.)
de Haulleville et Goart, Ann. Musée Congo, Ethn. et Anthr., Sér. III, 1. 1, fasc. 1 (1902), 4.
Chez les Ababua, deux courges sont remplies de perles, de petits corps durs, de cailloutis. Elles sont réunies par une ficelle en fibres. L'une des boules est tenue dans la main, et, quand l'indigène fait tourner le poignet de droite à gauche par saccade, l'autre boule se met en mouvement, mais retenue par le lien, elle vient battre sa compagne à gauche et à droite en faisant entendre un coup sec, une
ABABUA
(Congo.)
E. — Vie intellectuelle.
a) Arts.
128 (suite).
" claque „. On obtient ainsi à la fois le son émis par les grelots et celui qui résulte de l'entre-choquement des deux objets. Uniquement réservé aux femmes, ce genre de grelot appelé : Bagezege, est à la fois un jeu d'adresse et un instrument de musique servant à accomgner un chant triste et monotone.
de Haulleville et Coart, Ann. Musée Congo, Ethn. et Aathr., Sér. III, 1. 1, fasc. 1 (1902), 24-25.
Les tambours en bois sont plutôt des gongs, formés par un morceau de tronc d'arbre de très grande dimension dont toute une moitié a été évidée par une fente mince pratiquée dans l'axe de la partie supérieure d'un bout à l'autre du tronc d'arbre, et dont la demi section inférieure a été découpée de façon à ne laisser que quatre pieds massifs qui supportent la caisse sonore. Souvent les deux extrémités du tronc d'arbre sont découpées et imitent la tête et la queue d'un animal quelconque ou forment simplement des poignées.
L'indigène bat le gong au moyen de deux baguettes dont les extrémités sont munies de boules en caoutchouc. Les gongs de grande dimension atteignent parfois un diamètre de 0,70 m. à 0,80 m. et une largeur de 1,50 m. à 1,80 m.
Ces gongs servent pour la communication à distance, (voir E. 124), pour la danse et pour les signaux locaux.
de Renette.
Le gong est un instrument qui joue un grand rôle dans la vie de l'Ababua. Des hommes habiles vont dans la forêt chercher un tronc de " ngâ „ de diamètre suffisant, l'abattront et le traîneront au
Ababua. Congo. E, 128.
Tillage. Ils l'évideront d'abord à la hache en une ébauche grossière qui sera parachevée à l'aide d'un petit couteau emmanché sur un morceau de bois. Il faudra ménager de part et d'autre de l'ouverture deux lèvres sonores, qui frappées de mailloches garnies d'une boule de caoutchouc ou à l'aide de deux morceaux de bois de parasolier donneront des vibrations ayant entre elles un écart d'une quarte.
On protège le gong en temps de sécheresse à l'aide d'écrans en écorce, en y laissant un peu d'eau pour éviter qu'il se fende. Souvent aussi il est placé sous le de, hangar de réunion.
La partie extérieure du gong reste fruste, à peine écorcée et repose directement sur le sol. Cependant, lorsque le tronc d'arbre est gros on en réserve la partie inférieure, pour y tailler à même le bois quatre pieds écartés. Dans ce cas, généralement, on garnit chaque extrémité d'une poignée. Le gong est plus soigneusement dressé extérieurement, mais moins robuste. De profil il rappelle quelque peu l'allure d'une bête campée sur ses quatre membres. Aussi à la suite d'une comparaison semblable, les Ababua ornent parfois une des poignées d'extrémité d'une paire de cornes d'antilope (a).
Lorsque le terrain n'est pas trop accidenté, certains gongs sont entendus à plus de quinze kilomètres. Il est vrai que pour assurer ce résultat on a eu soin de prendre quelques pincées de sciure provenant de la construction et de la cacher sous le toit d'une des maisons du village le plus éloigné.
de Calonne, Mouv. Soc. Int., X (1909), 365.
Emploi du gong pour transmettre des messages, voir E. 124. Ouvrier taillant le gong, voir B. 63.
(x) Dans la collection ethnographique du Gordon Collège à Karthum, j'ai vu un gODg, probablement d'origine Asandé, dont les deux extrémités avaient été sculptées de façon à représenter une tête et une queue d'antilope.
ABABUA
(Congo.)
E — Vie intellectuelle.
a) Arts.