Commerce
Le commerce se fait par échange : les produits commerçables sont les couteaux, surtout ceux de valeur, les fers de lances, les houes, les fers de haches, les boucliers, les bracelets ; en outre les produits agricoles. Les échanges se font entre membres d'une même tribu et avec les tribus voisines. Il n'y a pas de marchés ; les femmes achètent les petits objets, les hommes font les achats de quelque importance. Dans les transactions commerciales la loyauté fait défaut ; c'est à qui trompera l'autre.
TlLKENS.
Les relations entre tribus voisines sont constantes et les routes sont constamment parcourues par des messagers ou par des voyageurs allant visiter l'un ou l'autre parent dans les villages environnants.
Il existe aussi des relations commerciales de village à village; ainsi certaines contrées où le bananier est fort cultivé fourniront des régimes nombreux aux Ababua moins favorisés dans leurs récoltes ; certains centres sont reconnus comme pouvant fournir du manioc dans de bonnes conditions. Au point de vue industriel, les relations sont également fréquentes ; c'est ainsi que, tous les villages n'ayant pas de forgerons, le commerce des armes devient l'une des raisons importantes des communications entre les diverses agglomérations.
Ce commerce ne se fait pas entre Ababua ; les Bakango riverains de l'Uelé et du Bomokandi, sont en rapports continuels avec les gens de l'intérieur qui leur fournissent les produits de leurs cultures en échange de provisions de poissons fumés. Il est rare qu'une femme voyage seule. Il faut se rendre compte qu'elle représente une fortune, tant par sa valeur marchande que par le travail qu'elle peut fournir.
Védy, Bull. Soc. E. B. Géorjr., XXVIII (1904), 284.
Ababua. Congo. F, 162.
Lorsqu'on s'imagine l'ensemble de ces parentés ababua juxtaposées, vivant sensiblement dans les mêmes conditions, satisfaisant par elles-mêmes à leurs besoins, il semblerait a priori que les causes d'échange manquent.
J'ai cependant déjà indiqué qu'au Nord de la région, surl'Uelé, se trouve une population de Bakango, qui se sont probablement différenciés peu à peu de la souche ababua et sont exclusivement pêcheurs. D'où l'obligation pour eux d'acheter les produits végétaux aux agriculteurs voisins. C'est à ce type de différenciation que A. Thonnar, dans une étude sur l'économie des primitifs, rattache l'origine de l'échange et la création du marché de la semaine. Nous retrouvons effectivement le même phénomène économique entre les Mogbuda, Mabinza de l'Itimbiri, et les Bokoï et Bokengéré, Mabinza de l'intérieur, avec une semaine de sept jours et une semaine de neuf jours.
Mais à l'étude de la vie économique de la parenté Ababua, nous constatons que ce schéma abstrait (différenciation pêcheur-agriculteur) qui ne présente, du reste, l'échange comme une nécessité absolue que pour le pêcheur, n'est qu'un cas singulier d'un fait tout à fait général.
La petite étendue du territoire où la parenté peut s'établir et la répartition géographique variable des produits naturels crée entre ces parentés des différences économiques. Certaines d'entre elles ne parviennent pas à trouver dans leurs limites territoriales des produits qui leur sont indispensables.
Par exemple, j'ai indiqué antérieurement que dans toute la région qui nous intéresse, l'oligiste était localisé en quelques endroits chez les Mobalia, Bokiba, Boganga.
Toutes les autres tribus ne pourront donc se procurer le minerai ou les lingots de fer que par l'échange. Or, en dehors de leur nécessité pour le travail ou la guerre, lances et couteaux sont indispensables, comme nous le verrons plus tard, comme payement dans toute les transactions relatives au mariage exogaraique.
Il suffit, du reste, qu'une tornade détruise la bananeraie pour que la parenté ignorant les associations agricoles de travail, se voit forcée d'acheter les produits des cultures; j'ai eu l'occasion d'assister à de semblables transactions à la suite du déplacement d'un groupe de parentés à 40 kilomètres de son ancien emplacement, déplacement ordonné par l'autorité administrative.
En dehors de la région de transactions avec les riverains de l'Uelé, zone où les Ababua échangent des armes contre des poissons ou du sel, il existait antérieurement à notre occupation plusieurs grands courants commerciaux dans la région.
ABABUA
(Congo.)
F. — Vie sociale.
b) Régime économique.
162 (suite).
Un Mobalia désirant se procurer du cuivre rouge s'en allait chez les Bawenza installés alors sur le Rubi. Les meilleures conditions de déplacement étaient assurées s'il pouvait se faire accompagner d'une de ses femmes d'origine Bawenza ; son voyage n'était plus qu'une simple visite chez les beaux-parents.
Or, les Bawenza étaient en relations directes avec les Moganzulu dont le territoire s'étendait jusqu'aux Basali (Mabinza) ; ceux-ci par l'intermédiaire des Mogbuda étaient en relations commerciales avec les Budza; d'après toutes les déclarations indigènes, ces derniers extraient le cuivre rouge. Quoique forgerons, ils sont loin de produire des armes aussi soignées que l'Ababua. C'est ainsi que par toute cette série d'intermédiaires, les armes Mobalia pénétraient peu à peu jusqu'à la Tchimbi, tandis que le cuivre Budza venait servir d'ornement aux lances des Baieu.
J'ai déjà noté également que les palmeraies n'existent que sur les rives de l'Uelé; le noir a un besoin continuel d'huile pour s'en enduire la peau. Aussi, du Nord au Sud, y a-t-il un transport continuel de pots d'huile, dont les centres de production se trouvent chez les Mogingita et les Babwa; elle passe d'intermédiaire en intermédiaire, jusque chez les Mondungwale du Sud et les Bokiba. Elle est généralement payée en couteaux.
Du reste toute production matérielle un peu spéciale crée un mouvement commercial de village à village, de clan à clan, de tribu à tribu. L'abondance du likombé et du likuma permet à certains groupes de se spécialiser dans la fabrication des boucliers. A d'autres endroits se trouve l'Okapi ou le bushbuck dont la peau sert à faire des ceintures ; plus loin ce sera le ngà dont on tire la couleur rouge, ou le palmier raphia dont les fibres servent à faire des peignes.
En l'absence de marché régulier on conçoit combien cette méthode d'échange est lente et aléatoire. L'obligation pour l'Ababua de sortir de sa tribu, le mettait en danger continuel; aussi pour se protéger
Ababuu. Congo. F, 162.
a-t-il tâché de se créer des relations plus intimes avec les tribus que la nécessité l'obligeait à visiter.
Un des moyens que l'indigène désigne généralement comme destiné à faciliter les transactions commerciales, est l'échange du sang. (Voir C. 88.)
Parmi les instruments d'échange il faut signaler en toute premier* ligne les couteaux. (Voir F. 163.)
de Galonné, Moitv. Soc. Int., X (1909), 337-339.
ABABUA
(Congo.)
b) Régime économique.