Relations guerrières
La fertilité et la richesse du pays des Ababuas a tenté leurs voisins du nord et de l'est, ainsi que les Arabes, venant du sud. Tous ont essayé de conquérir la contrée, de l'occuper et de réduire les habitants à l'esclavage. Il a donc fallu que les natifs se mettent en mesure de résister à l'habitant des plaines et aux esclavagistes. D'un autre côté, les éléments disparates constituant toute cette population ne s'entendent pas toujours pour le mieux : telle rivière plus poissonneuse qu'une autre, telle région plus fertile, est l'objet de convoitises générales. Il faut que le propriétaire de grandes plantations ou l'occupant des rives d'une rivière soit à même de défendre son bien. De là une disposition particulière, un groupement ou une division très nette entre tous les clans, tribus ou famille, dans un but de protection personnelle ou de défense contre un ennemi commun. (Pour la défense du village, voir Bd. 46.)
Entre les diverses tribus; d'assez vastes espaces restent déserts. L'on rencontre une tribu tous les cinq kilomètres environ, mais seulement lorsqu'il existe assez d'affinités entre elles. Sinon les distances entre les différents ensembles de villages peuvent être doubles et triples.
Védy, Bull Soc. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 199-202.
Les Ababua font la guerre d'embuscade et de préférence la nuit quand ils sont inférieurs en nombre. Ils n'attaquent pas tous ensemble. Le chef marche sur le grand chemin accompagné d'un de ses chefs secondaires et de guerriers et c'est lui qui donne le signal de l'attaque. Les autres chefs tâchent de cerner le village par des sentiers détournés et de couper ainsi la retraite. Ils établissent aussi des points d'observation à l'enfourchure de deux grosses branches
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d'arbres élevés et dominant au loin. Les guet-apens n'existent pas et ne sont jamais préparés à l'avance dans le but de nuire, mais à l'approche d'une guerre, ils plantent en terre des fiches de bois empoisonnnées qu'ils savent très bien dissimulés. Ils n'ont pas de lieux fortifiés, si ce ne sontpes villages eux-mêmes protégés par des marais, de la brousse épineuse et des portes. Il faut donc attaquer par les sentiers tracés et ceux-ci sont eux-mêmes bordés d'épines, surtout à l'entrée du village, à la porte (voir une description d'après le Dr Védy sous le n° 46).
TlLKENS.
La campagne faite en 1900-1901 a prouver que lorsque la guerre est sérieuse les Ababua n'agissent que par embuscades dans lesquelles ils sont passés maîtres. Dans les opérations de cette guerre, ils avaient entouré de zériba, certains villages où ils voulaient résister.
de Renette.
Le sentiment dominant des Ababua dans leurs relations entre eux est la méfiance; aussi quelle que soit la raison qui l'appelle en dehors de son village, l' Ababua s'arme complètement : toque en tête, bouclier au bras, lance à la main et couteau à la ceinture, tel est l' Ababua que l'on rencontre hors du logis ; les individus de condition sociale moindre ont évidemment un équipement plus réduit, mais toujours l'indigène porte au moins un couteau sur lui. Les causes de la guerre sont diverses : il s'agit de la possession d'une rivière poissonneuse, ou d'un rapt de femmes important, ou bien encore d'un conflit entre deux familles où, chacune ayant rallié des partisans, finit par entraîner sa tribu en un élan général. Ce sont là de petites luttes. Mais parfois pour une question de principe, pour défendre son indépendance toute la population prend les armes. Aussitôt l'état de guerre établi, la vie des Ababua se modifie entièrement : la surveillance est plus active, les portes des villages sont constamment fermées. Les sentinelles sont à leurs places. D'autres gardiens sont dispersés dans la campagne, dissimulés dans la nrousse pour surveiller chaque sentier. Dans la végétation basse environnant les agglomérations sont disposées de longues pointes de bois destinées
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à blesser aux jambes les assaillants. Dans les sentiers, principalement dans les parties marécageuses, sont enterrés de courts bâtonnets de 7 à 8 millimètres de diamètre taillés en pointe aiguë dont le bout, presque séparé du reste, se détache et reste dans le pied de quiconque marche sur ces pièges.
Tout le monde travaille à la défense commune, les hommes taillent des bois de lances et de flèches, tendent des arcs, taillent des bâtons pointus. Les forgerons battent le fer du matin au soir. D'énormes abatis d'arbres sont pratiqués en vue de rendre plus difficile l'abord des villages. Les routes suivies sont barrées de troncs renversés ou bien sont dissimulées, de fausses routes aboutissant à des marais et des fondrières sont établies. Les grands villages sont en partie abandonnés pour d'autres refuges où ne conduit aucun chemin.
Tandis qu'une partie de la population se livre à ces travaux, une autre fraction s'occupe de façon plus habile : les chefs expédient des envoyés chez leurs alliés, afin de combiner la défense en commun ou de se réunir pour prendre l'offensive. Un service d'espionnage est organisé. Parmi les amis de l'assaillant se trouvent toujours quelques espions du parti adverse et réciproquement.
Puis, toutes les précautions étant prises, de part et d'autre, le féticheur fabrique des amulettes, invente quelque médecine qui doit rendre ceux de son parti invulnérables et aider à l'anéantissement de l'ennemi. Les chanteurs inventent de nouveaux hymnes guerriers. Les gongs battent tous les jours appelant les guerriers au combat ou tout le monde à la danse. On chante, on crie, on court, on danse, on travaille. Parfois, une panique fait prendre la fuite à tout un parti, tantôt tout le monde se réunit bruyamment pour fêter avec exaltation la victoire prochaine.
Puis, un jour, après une période de calme apparent, les guerriers se réunissent en silence, marchent à travers la brousse et tombent en pleine nuit sur les villages les moins défendus avec des hurlements terribles et y mettent le feu dès qu'ils s'en sont emparés.
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De temps à autre, une sorte de héraut s'approche des villages ennemis et va crier quelque défi d'une voix retentissante.
Ainsi se pratique la guerre entre Ababua; si c'est un envahisseur étranger qu'il s'agit d'attaquer, les mêmes précautions de défense sont prises. Des relations se nouent avec des intermédiaires neutres qui deviennent alors les espions de l'un ou de l'autre parti. Les Ababua étudient leur adversaire, s'il est puissant, le laissent s'avancer chez eux, épient ses mouvements; puis, un jour, les indigènes de dix ou quinze villages se réunissent pour une attaque furieuse et inattendue aboutissant souvent au massacre des ennemis. S'ils sont repoussés,les Ababua se dispersent immédiatement, chacun retourne ohez soi et de nouvelles ententes sont conclues, d'autres attaques sont proposées jusqu'au moment où l'ennemi harcelé, traqué, anéanti, se retire en déroute, à moins que, par une tactique plus adroite ou par son nombre, il soit parvenu à s'établir de façon stable sur le territoire conquis, qui se trouve bientôt abandonné par la population primitive.
Védy, Bull. Soc. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 288-289.
Le lieutenant Nys, des grenadiers, actuellement en mission au Congo, a adressé il y a quelques jours à un de ses amis, une lettre dont nous sommes autorisés à reproduire les passages suivants : Le 8 avril 1903, sur une petite place de la rive gauche du Rubi, un peu en aval de Buta, j'ai pu assister à un spectacle devenu très rare : je veux parler d'un véritable combat livré entre deux clans de nègres d'une même tribu, clans forts de 30 à 40 individus.
La cause de cette bataille, ainsi que je l'ai appris plus tard, n'était autre qu'une discussion survenue pendant le partage du poisson après la pêche.
Nous descendions donc tranquillement la rivière en pirogue, M. Putz et moi, lorsque de très loin notre attention fut attirée vers l'aval par un groupe de noirs qui semblaient se donner un mouvement, qui dès le début parut extraordinaire, étant donnée l'indolence habituelle des indigènes.
Gomme la pirogue continuait sa route, il nous fut bientôt possible d'apercevoir des bâtons décrivant des cercles au-dessus des têtes et des projectiles sillonnant l'air; mais jusqu'au dernier moment, je crus à un jeu; ce ne fut qu'en arrivant à une centaine de mètres du lieu de la bataille, que nous pûmes constater à notre grand étonnement, qu'il s'agissait bel et bien d'un combat sérieux.
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De part et d'autre on avait mobilisé toutes les forces : hommes et femmes armés de gros bâtons et de couteaux se ruaient l'un vers l'autre en hurlant des cris féroces; les femmes surtout se distinguaient par leur furie et leur acharnement, les belligérants étaient du reste tellement absorbés, s'occupant de porter des coups et de parer ceux qu'on leur adressait, qu'ils ne nous aperçurent pas et continuèrent leur lutte, s'attaquant, se poursuivant, se refoulant d'un bout à l'autre du banc de sable. Je fis diriger en toute hâte la pirogue vers la rive : à ce moment, des blessés nous ayant aperçus, s'avancèrent vers nous, de l'eau jusqu'à la ceinture, nous suppliant de faire cesser le combat, avant qu'il n'y eut des morts à déplorer. Une femme, un peu plus loin, traversa la rivière, peu profonde à cette saison, à cause de la sécheresse, elle est fortement blessée à la tête, l'œil droit pend presque hors de l'orbite; un homme a la tête fendue d'un coup de couteau, deux camarades le soutiennent dans sa fuite, s'avançant à gué dans la rivière.
Nous entrevoyons cela d'un coup d'œil, et la pirogue ayant enfin abordé nous nous jetons résolument entre les adversaires, au risque d'attraper quelques coups.
L'effet produit par notre intervention fut magique et les hostilités cessèrent. Le calme s'étant rétabli, nous engageons les combattants à aller porter leur différend devant " leurs blancs ,. Nous donnons quelques soins aux blessés, et puis, comme l'heure avance, nous sommes obligés de continuer notre route. Nous n'eûmes que le temps d'aller un peu loin une bande d'indigènes armés qui s'apprêtaient à renforcer l'un ou l'autre clan, tandis que d'autres, tout à côté, venaient d'assister inconscients au combat.
Ces scènes de sauvagerie, très fréquentes il y a quelques années, deviennent de plus en plus rares et sont maintenant l'exception, les indigènes ayant pris l'habitude d'accepter le blanc pour arbitre de leurs querelles et s'inclinant du reste, volontiers devant son jugement.
Nïs, Mouv. Antiesclav. XV (1903), 173-174.
En temps d'hostilités, entre villages dont deux natifs sont unis par les liens du mariage, le mari, la femme et les seuls enfants de cette femme peuvent circuler sans aucune crainte dans le village adverse. C'est dire que le mari peut librement, au vu et au su de tous, se rendre chez les beaux-parents.
On le charge le cas échéant de faire les propositions de paix. Après ces premiers pourparlers, les Bambo (veillards) des deux villages se réunissent sur la route et s'assoient sur la terre nue en deux rangées se faisant face, leurs jambes entrecroisées et se tenant les mains. Un vieillard de chaque village tue un chien, recueille le sang, puis les deux sacrificateurs passent, en commençant chacun par une des extrémités, entre les deux rangées de vieillards assis en les aspergeant du sang des bêtes immolées. Les babompo (jeunes gens) se tenant un peu à l'écart vocifèrent et le cérémonial est accompli. La paix est faite.
Généralement une fois la paix conclue, il n'est pas question des combattants tués pendant les divers combats et les prisonniers qui existent encore sont restitués.
Les indigènes des deux tribus (Bokiba et Magbwanda) dont il est question dans cette étude sont anthropophages et la chair des ennemis tués en guerre est rapportée au village pour en faire ripaille.
Tout guerrier tuant un ennemi en rapport à son village a la main droite et les parties sexuelles comme preuve de son courage et de ses exploits.
La lâcheté, c'est-à-dire la fuite en présence de l'ennemi ou avant le combat, n'a d'autre conséquence pour l'homme libre ou l'esclave que d'être appelé Elobo (lâche).
Toutefois si le maître est tué à la guerre l'esclave méritant le nom d'Elobo est exécuté.
Les prisonniers de guerre ont bien rarement la vie sauve, ils sont remis à quiconque les demande dans le but de les sacrifier sur la tombe ou devant la case du parent tué dans un des combats avec le village ennemi.
Hutereau, de Haulleville et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. III, 1. 1, fasc. 1 (1909), 103.
Je suis reçu à la rive par le capitaine-adjoint-d'Etat-major Ghristiaens, commandant la zone Makua qui avait commandé précédemment la zone Rubi-Uelé.
Un jour en débarquant sur la rive Aba-bua, il avait été attaqué par les indigènes qui le blessèrent d'un coup de lance dans le mollet.
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Surmontant sa douleur, le commandant fit feu de son mauser et tira successivement toutes les cartouches de son revolver ; il tua heureusement de la dernière balle le " Moganga „ (Moganga est le nom donné au féticheur et aux fétiches qu'il emploie. En guerre il marche en tête des troupes muni de tous ses attributs et fait des gestes tout en sifflant, pour écarter les balles et les armes meurtrières lancées contre ceux qu'il protège), qui marchait en avant. Les indigènes voyant tomber leur féticheur qu'ils croyaient invulnérable, prirent la fuite. Grâce à ce dénouement Monsieur Ghristiaens put rejoindre sa pirogue et redescendre à Djabbir et à Jakoma où il reçut des soins empressées ; il ne devait sa vie qu'à son sangfroid, à son énergie et à son habilité dans le tir.
Nys. Chez les Abarambo. Anvers (1896), 99.
Gomme armes offensives ils ont la lance et le couteau d'exécution, comme armes défensives, le bouclier qui est de trois espèces : Likombi et Kungu en joncs et Likuma en bois. Ils n'ont pas d'armes de jet, ni d'armes empoisonnées. Il n'y a pas de caste de guerriers, ni de troupes permanentes, ni de costumes de guerre, ni d'insignes, ni de décorations. Tous les hommes valides prennent part à la guerre, les vieillards et les impotents restent au village avec les femmes. Ce que l'on enlève à l'ennemi est de bonne prise et tous les chefs qui participent à l'expédition reçoivent une part du butin. Les prisonniers sont bien traités et doivent s'occuper des travaux des champs.
TlLKENS.
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L'arrivée d'an chef se fait processionnellement, entouré d'une cinquantaine ou même de cent individus ; ils s'avancent à pas lents, les guerriers sont porteurs d'un bâton en guise de lance. Gomme armement, ils ont des lances dont le fer est énorme, des couteaux, sabres recourbés, analogues pour la forme et pour la longueur au sabre turc et des couteaux plus petits d'une longueur moyenne de 35 centimètres. L'arc et la flèche sont employés. Ces indigènes ont des refuges consistant en huttes construites à la cime des arbres les plus élevés, huttes que l'on atteint au moyen d'une échelle fixée à l'arbre même et où ils se retirent en cas d'attaque ou de danger avec armes, femmes, enfants, vivres et eau, en un mot avec tout le nécessaire pour subir un siège. Du haut de ces arbres, les insurgés lancent des flèches sur les assaillants. On voit ce genre de refuge depuis Buta jusqu'au poste desA-Babua; il n'en existe plus sur la rive droite de la M'Bima. En guerre les chefs de file ou féticheurs portent un masque de bois sculpté, mais sur la rive droite de la M'Bima on ne l'emploie pas.
Verstraeten, Belg. Colon., II (1896), 518.
Les Ba-Bua ont de très belles armes; les couteaux et les lances sont de formes élégantes, bien ornementés et surtout proprement entretenus. Ils ont l'arc et la flèche empoisonnée et se servent généralement du bouclier en bois employé par les Mangbetu.
Les A-Sandé ont ponr la guerre une dizaine de lances de jet et des trombaches; cet armement épuisé, ils fuient.
Les Ba-Bua ont une lance à fer large et long et ne la jettent que très rarement. De là, leur tactique spéciale : provoquer la lutte corps à corps, soit en laissant l'ennemi épuiser ses armes de jet, soit en tendant une embuscade. Ils ont réussi souvent avec les A-Sandé et les Arabes; mais ils ont échoués avec les blancs : une charge de mousqueterie provoquait la fuite de centaines de guerriers. Milz, Belg. Colon., I (1895), 72.
Ein Messer welches Wolf von den Bakuba abbildet (S. 253, fig. 3) ist in der Klinge fast identisch mit bd. II, S. 32, fig. 2, bei Stanley von den Ababua abgebildet. Die Herkunftsorte sind durch 6-7. Breitegraden von einander getrennt.
Ratzel, Petenn. Mitt., XXXVI (1890), 291 b.
Les masques ne s'emploient que pour la guerre.
TlSAMBI.
Pour la description des masques de guerre Ababua voir E a 129.
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Les masques trouvent leur usage dans la guerre. A l'approche d'une guerre, ils plantent aux endroits marécageux des fiches de bois dissimulées dans le but de blesser ceux qui s'avanceraient dans ces parages. Les populations du Nord de la Bima emploient des flèches à la guerre, ceux de la rive gauche n'en font pas usage ou presque pas.
Périn.
Lances, couteaux, boucliers, présentent une complète unité de forme dans toute la région Ababua.
de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 291.
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f) Relations avec l'extériur.