Tatouage
Le tatouage se fait par incision, principalement sur la poitrine et à la naissance du ventre. Gomme signe distinctif FAbabua possède un tatouage qui traverse le front au-dessus des sourcils et aboutit de chaque côté à la hauteur de l'oreille. Le tatouage est commun aux hommes et aux femmes.
TlLKENS.
Les tatouages sont pointillés. Sur le front ils consistent presque toujours en quelques lignes de points partant du nez et suivant l'une des arcades sourcillères, quelquefois les deux, sur les bras on remarque parfois des dessins linéaires formés de cercles concentriques, ayant la grandeur d'une pièce de cinq francs, et reliés entre eux par des lignes pointillées.
Nahan (Lt.), Bel. Colon., IV (1898), 559.
They tattoo themselves across their foreheads with many little Unes or dots.
Bdrrows, The Land ofthe Pygmies.London (1898), 203.
Les Ababua, peu connus, sont cantonnés dans la région comprise entre le Haut-Rubi et l'Uelé-Makua. Au Nord de cette rivière, jusqu'au pays arrosé par le Bomu, se rencontrent les Bandia; qui ne sont plus de race bantou mais nigritienne; ils se distinguent par leur tatouage qui comporte une ligne de pois allant d'une oreille à l'autre par le front.
Droogmans, Le Congo. Bruxelles (1894), 65.
La plupart des Ababua (Mongandjalu, Morissi, Bwopenbéré, etc.) tribu des environs des postes Buta et Ababua
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portent sur le front une bande latérale ou un V très ouvert tracé au moyen de 3, 4 ou 5 lignes de petits points. Outre ce tatouage, d'autres portent des bandes de forme identique qui partent des tempes et se réunissent sous le nez ou sous la bouche. Les tatouages des autres parties du corps sont divers. Formés de lignes pointillées, ils affectent des figures géométriques ou non, tracées sur la poitrine, autour des seins, sur le ventre, sur le dos, les épaules, etc. Quelques Morissi, ceux des environs du poste Enguëttra (il existe une seconde tribu Morissi dans le pays des Ababua, entre les postes Buta et Libobwa, qui n'a avec la première, de commun que le nom), portent les mêmes tatouages que les Asandé-Abandia, savoir sur le front une ligne de petits points en de petits traits, et généralement pas de tatouages sur le corps. Les Mobengé (appelés également Mombati) établis aux environs de Djabbir, sur la rive sud de l'Uelé, portent au centre du front, au dessus du nez, une série d'incisions formant des losanges, au dessus des yeux une ligne de traits et sur les tempes, quelques incisions. Les tatouages des autres parties du corps sont très variés. Les Bakango (tribu riveraine de l'Uelé, depuis Djabbir jusqu'au mont Angba, au delà du poste des Amadi), de Djabbir à M'Bima, certains Morissi (ceux des environs d'Enguëttra), les Monganga (environ du poste d'Ibembo) portent les mêmes tatouages que les Mobengé.
Verstraetkn.
Cf. Verstraeten, Belg. Colon., II (1896), 518 et III (1897), 91.
La photographie d'une femme Ababua (collection de l'État) nous montre le tatouage sur le front fait au moyen d'incisions verticales et parallèles, des incisions obliques en double rangée sur le bras et l'avant-bras, une double rangée d'incisions autour de la taille et, sur le ventre, en dessous de cette double rangée, une série d'incisions ressemblant à une chaîne. Il ne paraît pas que ces incisions aient produit des chéloïdes très saillantes.
Photographie d'une Ababua.
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Aucun tatouage n'altère les traits du visage. Le corps est souvent tatoué. Ce sont tantôt sur le ventre, de grands losanges horizontaux, de 20 à 25 centimètres de long environ, au nombre de deux ou de trois, tantôt autour du nombril pris comme centre, une rosace à six ou huit feuilles dessinées en relief. Tous ces dessins sont faits en fortes incisions continues.
Sans être certain que la croyance suivante existe chez les Ababua, elle existait cependant chez une femme Ababua qui avait passé cinq ou six ans dans les stations européennes. Elle se faisait dessiner des tatouages en grand nombre sur le corps et attribuait à ces empreintes une certaine valeur, semblant en faire une monnaie ultra-terrestre. L'un des tatouages devait lui permettre d'avoir un logement après sa mort ; un autre paierait l'eau qu'elle boirait, un troisième servirait à l'achat de nourriture, etc.
Védy, Bull. Soc. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 266.
Les tatouages de l'Ababua Tisambi consistent en un V très ouvert formé d'entailles verticales allant du nez aux deux oreilles et faites, dit-il, à l'âge de 6-7 ans à la suite d'un mal de tête. Sur la poitrine des séries de points en double ligne horizontale. Sur les joues à la hauteur du trou auditif, deux rangées de cicatrices en <5 allant de l'oreille au coin externe de l'œil. Sur la joue encore, mais que l'on voit de face, trois cicatrices un peu incurvées et verticales. C'est des Bakela qu'ils ont appris ces tatouages.
Tisambi.
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A part une ligne allant d'une tempe à l'autre formée de petits points ou de petites lignes, l'Ababua ne possède aucun tatouage sur la figure. L'assertion du Dr Védy (p. 266), est confirmée par les dires d'un indigène Bengé, qui pourtant n'avait jamais été travailleur et n'avait jamais habité un poste d'État. Même chose pour un indigène Mobalia.
Périn.
Les Ababua que j'ai vus étaient tatoués en général. Ces tatouages étaient très étendus et formés d'une série de petits points formant des dessins divers ; mais ces dessins et même le procédé de tatouage (points ou lignes) varient suivant les tribus et suivant les individus.
de Renette.
Si la forme de la production conditionne tous les actes de la vie sociale, ainsi que l'ont prétendu certaines écoles, nous comprendrons comment l'agriculteur Ababua, appelé à de fréquents exodes, ne possède qu'un art ornemental à peine supérieur au primitif chasseur. Sa fantaisie esthétique ne se manifeste que pour l'ornementation de quelques objets de transport aisé et dans ses tatouages. Hommes et femmes sont ornés des jambes à la tête de cicatrices au point et au trait dont la teinte, un peu plus pâle, s'harmonise parfaitement avec le ton brun chaud de la peau. Les dessins ainsi obtenus forment des combinaisons géométriques très sûres, très délicates souvent, et qui sont loin de présenter un aspect désagréable, même pour un œil Européen.
Ces cicatrices s'obtiennent, soit par une légère incision au couteau (nza), soit en soulevant la peau à l'aide d'une fine aiguille recourbée en hameçon (nza biko ou tatouages à l'aiguille). Les chéloïdes que laissent ces blessures forment des traits peu saillants, ou des petites perles de 2 à 3 millimètres de diamètre. Au bout de quelques mois ils ont une tendance à s'effacer et doivent être repris. Gomme la cicatrisation en est douloureuse, un dessin un peu important exigera parfois plusieurs mois pour être achevé.
L'ensemble des marques cicatricielles le plus souvent signalées chez r Ababua, consiste en une série de traits verticaux parallèles allant d'une oreille à l'autre, passant sur les tempes et s'adaptant aux mouvements des arcades sourciliaires. C'est le nyakuma qui ne doit
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pas être confondu avec les makatahwa des populations soumises aux Abandia, qui ont une allure analogue, mais sont composés de chéloïdes beaucoup plus saillants et de forme elliptique.
D'autre fois nous trouvons sur la figure des séries de tatouages à l'aiguille formant des combinaisons diverses, triangles, lignes simples ou doubles de points disposés comme le nyakuma, ou bien partant de l'oreille vers les narines, parfois aussi rejoignant une oreille à l'autre en suivant l'inflexion de la mâchoire inférieure et le menton.
On trouve aussi comme tatouage de face une bande de trois ou quatre lignes de traits, obliques les uns par rapport aux autres, qui rejoint horizontalement l'œil à l'oreille. C'est le malila ou maiélé, souvent accompagné d'une série de petites nza biko sur la lèvre supérieure.
Si nous passons aux tatouages de corps, nous rencontrons immédiatement une confirmation des théories de Grosse et de Haddon sur l'origine zoomorphique des motifs décoratifs de l'art primitif.
Une série de cicatrices souvent rencontrée est dénommée par l'Ababua Kwosi, ce qui signifie " l'arête de poisson „ ; une autre est désignée sous le nom de bêpiriba ou " le papillon „ .
Du moment que l'Ababua lui-même assigne à ces motifs une origine zoologique, nous sommes autorisés à employer la même. méthode dans l'étude d'ornements cicatriciels voisins.
Il n'est plus question dans ce cas de prétendre qu'au moment même où il dessine l'Ababua a comme but une représentation d'animal; la plupart de ces ornements sont évidemment devenus traditionnels comme l'indique leur présence stéréotypée sur une grande aire géographique. A mesure qu'on les recopie certains détails disparaissent, éloignant de plus en plus la pensée de l'objet représenté; ils finissent par n'être plus qu'un dessin géométrique.
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Un Mondungwalé fut tout étonné de m'entendre demander si le tatouage qu'il portait était un serpent : " J'ai fait ce tatouage ainsi, parce que c'est comme cela que nos pères le faisaient „, me répondit il.
Un autre tatouage offre une ligne brisée (banzula) relevée sur un Bagbé et qui rappelle parfaitement l'allure d'un serpent. De nombreuses autres incisions répandues chez tous les Ababua portent le même nom (banzulé, banzula). Un rapprochement immédiat nous fait apparaître les groupes de croix. Il n'est pas sans intérêt de noter que les " serpents „ se traduisent banzô en libwâlé et. banzu en libati et qu'à comparer avec les langues bantu voisines {banzoka enlingala), il semble probable qu'une syllabe finale non accentuée a disparu. Il est donc possible qu'en vieux libati le serpent ait été désigné par banzula.
Un des plus beaux tatouages Ababua est le nêbu, ensemble de grands losanges formés de plusieurs lignes parallèles et portant en leur centre des dessins en lignes courbes.
C'est l'ornement par incision dont l'achèvement demande le plus de temps. Aussi rencontre-t-on souvent deux losanges terminés, tandis que des deux côtés du ventre des losanges ébauchés attendent la pointe du dessinateur. Mais quand le dessin est arrivé à un degré d'exécution suffisamment poussé, comme c'est le cas pour le beau nébu relevé chez un Mogongia, l'ensemble rappelle d'une façon étonnante une écaille de tortue. De même que dans les exemples précédents, l'artiste isole bientôt de l'ensemble quelque motif partielle simplifie; et sans les types intermédiaires et l'unité de la désignation indigène, il serait difficile de rattacher les losanges pointillés à une stylisation de l'écaillé de tortue.
Nous constatons un passage analogue du trait au point en comparant l'ornement liuta parfois employé sur la face antérieure des cuisses et sur la poitrine, avec la spirale de nza b'iko dénommé lipumé et qui elle-même est parfois modifiée.
A une origine zoologique se rattachera probablement aussi une série d'incisions répandues surtout dans le groupe occidental et dénommées ekussu.
A la flore parait empruntée une rosace, d'autant plus en honneur qu'on se rapproche du Bomokandi et à laquelle je n'ai pu trouver une dénomination particulière. Toujours isolée, elle prend quelquefois pour centre le nombril, plus souvent elle est portée sur la poitrine ou sur les bras.
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J'ai constaté, chez un grand nombre de femmes, une série de gros ehéloïdes, qui, partant du pli de l'aine, encerclent tout le bas du dos, suivant la ligne qu'occupe généralement la ceinture de perles nzéè dont elle ne serait qu'une imitation. Cette interprétation m'a été confirmée depuis par une femme Mabinza, portant exactement les mêmes incisions, qu'elle nommait mosengé, ce qui en libinza signifierait " collier de perles „ (le kamba lingala). Aussitôt que notre attention est attirée dans cette voie, nous constatons que des bandes de nza biko sont très fréquentes et coïncident généralement avec les endroits qui, anatomiquement sont désignés pour y attacher des objets d'ornements (ligne du front et des tempes en passant au-dessus des oreilles puis sur la nuque, le cou, les épaules, la ceinture, les hanches, la saillie des biceps, les poignets). Nous sommes donc amenés à assigner comme origine à cette série d'incisions l'imitation des cordes, bracelets, ceintures que l'indigène affectionne.
Dans l'art médical Ababua, les scarifications et les incisions sont fréquentes ; certains médicaments sont introduits dans de petites plaies faites de coupures parallèles. C'est probablement l'imitation de ces cicatrices que nous retrouvons dans un ornement très répandu et qui porte du reste le même nom : " pakka „ composé de trois traits verticaux sur les joues ou horizontaux au coin extérieur de l'œil. Cette origine expliquerait comment on introduit quelquefois dans ces pakka du charbon de bois pilé, ce qui en fait des tatouages vrais, fait exceptionnel chez l' Ababua, dont la peau trop sombre se prête mal à ce genre de parure.
On ne trouve guère, en effet, en dehors du pakka que quelques tatouages vrais d'un bleu sombre dessinés sur la peau plus claire des avant-bras, et qui ont été pratiqués par les Matanibatamba. Généralement, ils affectent la forme de la croix " tau „ et sembleraient être la marque de propriété de marchands d'esclaves.
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Enfin un tatouage observé quelquefois aux confins du groupe ethnique, et très répandu chez les Bokoï Bodunga (Mabinza), nommé Barakuta est le cartouche de poitrine des Abandia.
Le nébu semble être le tatouage caractéristique de tous les groupes Ababua; chez les groupes voisins on en voit parfois des imitations, mais généralement grossières et mal exécutées.
Les nza bïko, comme tatouages de corps et de figure sont surtout affectionnés par les Baieu, Bokiba et Bobwa. Le Modèle est répandu chez les Boganga et leurs voisins. Enfin, autrefois, le nyakuma se taillait exclusivement dans le groupe occidental, c'est-à-dire les Mobati, y compris les Moganzulu.
S'il semble établi par ces déclarations qu'il y eut un moment où les cicatrices de figure ont pu constituer des marques tribales, à l'heure actuelle elles tendent à perdre ce caractère social pour devenir exclusivement esthétiques. C'est seulement sur la combinaison du type moyen d'incision d'un groupe avec les autres déformations, qu'on peut encore tabler pour établir à première vue une identification ethnique. Un .indigène porteur de nébu peut être un Ababua, un Abarambo, un Mangbetu ou un Mabinza ; s'il a en même temps le disque d'oreille dans le Bavongobo, et le nyakuma, c'est un Ababua du groupe occidental.
A titre documentaire la figure renseigne le type moyen de tatouage de figure des groupes voisins.
Cette identification est d'autant plus difficile que dans les zones d'interaction, nous voyons les indigènes imiter les incisions de leurs voisins. J'ai noté un tatouage de front, d'origine Basoko chez un Molissi. D'autre part un Boganga portait des nza biko qu'il déclarait avoir copiés des Bawenza. J'ai vu des Moganzulu ornés du cartouche de poitrine Bandia. Le malele est imité par les Mabinza; les groupes de l'Est ont emprunté le nyakuma aux Moganzulu et aux Bagbé.
Si l'on demande à l'Ababua le motif de ces incisions il répondra Lipombo M mbésu. Lipombo, passé dans le lingala commercial et même dans le français des coloniaux, est dérivé de l'adjectif libwâlé pombo, beau, et a signifié d'abord beauté; de ce sens primitif sont nées les significations secondaires d'objet servant à donner la beauté, parure, amour de la parure, tendance à attirer l'attention par la parure, par les attitudes, recherche de la femme par la parure et démonstration amoureuse. La linguistique nous amène une fois encore à l'éternelle question sexuelle, qu'on retrouve en dernière analyse à l'origine de tout l'art de la parure.
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Une dernière question peut se poser au sujet de ces incisions : les relations qui pourraient exister entre elles et le " totem „ des clans.
Si nous consultons les listes des totems Ababua nous voyons qu'aucun d'eux ne semble avoir été emprunté comme objet des stylisations ornementales.
D'autre part nous avons noté la propension de l'indigène à copier les tatouages étrangers; les totems au contraire, héréditaires dans la ligne masculine, sont d'une remarquable fixité.
Nous pouvons en déduire que tout au moins à l'heure actuelle il n'existe aucune relation entre les marques tribales et les animaux sacrés. Enfin malgré d'innombrables questions, je n'ai jamais trouvé confirmation de la croyance religieuse signalée par Védy, dans laquelle il faut voir probablement un de ces cas de christianofétichisme, qui se font de plus en plus nombreux.
de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 308-313.
Les planches V et VI de l'ouvrage cité donnent des dessins représentant la plupart de ces tatouages.
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