HISTORIQUE
L'histoire des abcès utérins est de date relativement récente.
Avant 1900, en dehors du travail de Lucas-Championnière on ne retrouve sur ce sujet que des observations éparses ; et encore certaines d’entre elles présentent une valeur scientifique bien discutable. Pierre Delbet écrivait d’ailleurs en 1889 dans un traité classique :
« Il n'existe peut-être pas un seul cas de véritable abcès de l'utérus ». :
C'est dire combien la question des abcès de l’utérus était restée jusqu'alors dans le vague.
Ce n’est qu’à partir de 1900 en effet que des observations précises apparaissant et que quelques études sérieuses sont entreprises.
Le premier travail d'ensemble paraît remonter à 1901.11 est dû à-un auteur allemand, Otto von Franqué, qui cite un certain nombre d'observations.
En 1906 est publié une mise au point plus importante et qui fait date. C’est la thèse de Salva Mercadé — On y trouve 41 observations d’abcès utérins, mais certaines paraissent très sujettes à caution.
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Küss la même année reprend la question et discute en particulier la pathogénie qui semblait si simple d’après la thèse de Mercadé.
Les travaux dès lors vont se multiplier, tant en France qu’à l'étranger.
Noble en 1907, Sampson en 1910, Barows en 1911, Harrigan en 1913, Stein en 1924, citent en Amérique plusieurs belles observations d’abcès utérin,
En Italie Silva, Virdis en 1927, Tommasseli en 1930 publient également des cas indiscutables.
En France Sauvé 1907, Roy en 1914, Haubtmann en 1930 font des études intéressantes de la question. Enfin Haller, Wilmoth, Poulain à l’occasion de cas personnels discutent certains points de détail, en particulier la
thérapeutique la plus judicieuse qui semble convenir aux abcès utérins.
ETIOLOGIE
Les abcès utérins relèvent de causes très diverses :
Il en est de tuberculeux, de traumaliques, de gonococciques, enfin de puerpéraux.
Ces derniers seuls nous retiendrons. Ils ont en effet par rapport aux autres qui ne sont que des curiosités, une fréquence relativement grande.
Sur les 41 observations publiées par Salva Mercadé dans sa thèse on retrouve en effet l'infection puerpérale . à l’origine de ces abcès dans 28 cas.
Virdis considère de même que 80 % des abcès utérins sont liés à la puerpéralité.
Mais si l'infection puerpérale joue sans conteste un rôle prépondérant dans l’étiologie des abcès utérins, il ne semble pas que l'infection post-abortum et l'infection post-partum aient la même importance dans leur genèse.
Mercadé pense que l'avortement et en particulier l'avortement criminel a un rôle étiologique prépondérant. L'article consacré aux abcès utérins dans le Traité d’obstétrique de Bar, Brindeau, Chambrelent émet la même opinion.
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Roy au contraire, ainsi que Wilmoth, estiment que l'infection post-partum surtout est facteur d’abcès utérins. =
C'est à celte deuxième thèse que personnellement nous arrivons en relisant nos observalions. Sur 58 cas rapportés nous trouvons en effet 17 abcès post abortum seulement, alors que l'infection post-partum est à l’origine des 41 autres cas.
L'infection post-partum nous parait donc beaucoup plus souvent en cause que l'infection post-abortum dans l’étiologie des abcès utérins. Sur 100 abcès de l'utérus, 72 environ relèvent d’une infection secondaire à l’accouchement. L’explication d’ailleurs en est aisé si l’on se rappelle combien l'utérus est un organe autrement plus sensible à l'infection après accouchement qu'après avortement.
Quant à la raison même pour laquelle certaines femmes font plus volontiers un abcès utérin qu’une autre variété d'infection puerpérale, il nous paraît difficile de trouver une explication probante.
Certains auteurs ont voulu faire jouer un rôle capital au traumatisme local. Mercadé dans son travail dit : « Le bacille est porté pour l'instrument au centre même de la plaie. Le parenchyme est quelquefois même piqué par l’instrumeut qui dépose ainsi le microbe dans sa texture ».
Virdis, Sauvé soutiennent une opinion semblable, «Le traumatisme, dit Sauvé, joue un rôle prépondérant dans la localisation intra-parenchymateuse de l'abcès ».
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«Accouchements avec manœuvres manuelles ou instrumentales, depuis le forceps jusqu'aux embryotomies laborjeuses, la délivrance artificielle, le cureltage, les tentatives d'avortement sont presque toujours à l’origine de ces abcès » dit-il plus loin.
«Le microbe serait directement porté dans la plupart des cas par l'agent traumalisant à son point de pullulation, au centre même du futur foyer » doit-onadmettre l'opinion de ces différents auteurs ? :
Personnellement nous ne le croyons pas. Il est possible que l’abcès soit lié parfois à une inoculation directe du muscle utérin.Mais c'estlà nous semble { il une éventualilé exceptionnelle. Point n’est besoin d’une cause favorisante pour que l’abcès utérin prenne naissance. L’infection simple de la plaie placentaire nous paraît suffisante ; qu’elle soil liée à une rétention de caillots, de débris placentaires ou de membranes. La production de l’abcès a lieu d’une façon toute autre comme nous le verrons plus loin.
D'ailleurs il suffit de parcourir nos observations pour se rendre compte de l'exactitude de l'opinion que nous avançons.
Sur 41 abcès post-parlum que trouve-t-on ? 33 fois un accouchement spontané, facile, sans incident, sans traumatisme. Certaines de nos observations sont à ce point de vue très démonstratives.
Au point de vue éliologique nos conclusions sont donc les suivantes ;
1° Les abcès de l'utérus relèvent dans la majorité des cas de l'infection puerpérale ;
2° L’infection post-partum est bien plus souvent quêé l'infection post-abortum à l’origine de ces abcès ;
3° Si les accouchements difficiles sont plus aptes à déterminer les abcès utérins, comme d’ailleursils sont plus aptes à provoquer toutes les formes d'infection puerpérale, il n’est nullement besoin d’un traumatisme local pour que ces abcès prennent naissance.