CHAPITRE VI
Des ruchers couverts. — De l'usage des ventilateurs et des baromètres.
Il y a des coiUrées où l'usage des ruchers couvoiis esl si bien clabli, que Ton taxerait d'imprudence celui qui laisserait ses ruches sans abri ; tandis que dans d'autres pays les ruchers couverts sont regardés non-seulement comme un luxe superflu, mais comme peu favorables à la culture des abeilles. Entre ces deux systèmes opposés, on ne doit conclure qu'une chose, c*est que les abeilles peuvent se plaire et prospérer dans les positions les plus diverses.
Il serait impossible, par exemple,'d'exiger de ceux qui cultivent les abeilles* en grand, qui ont des centaines de ruches, de les placer sous des hangars, ni même à l'abri d'un mur. Cependant les apiculteurs qui peuvent profiler des avantages d'un abri quelconque s'en trouveront toujours bien, s'ils savent s'en servir non pour exposer leurs ruches à toute l'ardeur du soleil à son midi, mais au contraire pour les préserver tout à la fois et des vents glacés du nord et des
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rayons du soleil, qui ne doivent jamais les frapper trop longtemps de suite.
Il faut autant que possible ne jamais placer ses ruches p.ir rangs, Tune au-devant de l'autre, comme cela se pratique dans bien des endroits ; car on expose les abeilles au pillage, et on a remarqué que les rangs inférieurs nuisent aux rangs supérieurs, môme lorsqu'on place les ruches en échiquier. Lorsqu'une fois le pillage s'est établi dans un rucher disposé de cette manière, il est fort difQcile de l'arrêter, et souvent la ruine entière du rucher en est la conséquence. Ce ne sera donc que faute d'espace suffisant qu'on devra réunir ainsi un grand nombre de ruches, car il y a toujours avantage à les disséminer. On m'objectera peut-être que la garde des essaims est plus aisée lorsqu'on a toutes ses ruches pour ainsi dire sous la main, et cela est vrai ; mais on rencontre aussi un très-grave inconvénient, celui des essaims qui se joignent dans les airs et qu'il faut une certaine habileté pour séparer ensuite. Or, cet inconvénient devient presque redoutable, lorsque quelques centaines de ruches se trouvent ainsi réunies.
Les personnes qui ne possèdent qu'un nombre de ruches limité pourront faire usage d'un mur artificiel, à défaut d'un mur placé convenablement.
Voici ce qu'on entend parla.
On élève un mur en briques sur champ, ou simplement une cloison en bois, en ayant soin de mena-: ger des ouvertures de dislance en distance sur un ou' plusieurs rangs, suivant le nombre des ruches et l'é-
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tendue du mur. Mais ce n'est point pour disposcrles ruches comme d'habitude, sur le devant du mur. On les mettra au contraire à Tabri du soleil, Tenlrée contre Touverturc ménagée dans le mur, et on aura soin d'interdire loule autre sortie aux abeilles. Cette sortie sera disposée comme celle d'un colombier, ayant une planchette en dehors pour servir de promenoir aux abeilles et pour recevoir celles qui arrivent des champs.
Par cette disposition, on peut toujours visiter les ruches sans danger d'être piqué.; car ce qui irrite particulièrement les abeilles, c'est qu'on passe ou qu'on se tienne devant l'entrée de leur demeure.
Les personnes qui sont curieuses de voir les mouvements de la ruche pourront msosiager imc petite croisée d'où elles examineront sans firainte, et dans la saison des essaims il sera Irès-facîle de se saisir de la reine, qui avant de prendre son essor se promène toujours pendant quelques instants à l'entrée de sa demeure. Dans cette circonstance les abeilles ne sont d'ailleurs pas méchantes ; on peut s'emparer de la reine très-aisément, même sans gants? mais il faut la saisir délicatement par les ailes ; car, si on la prenait autrement, on pourrait la blesser dangereusement.
A l'abri d'un mur ainsi disposé, on pourra, on devra préférer l'exposition du sud-est, et même celle du plein midi.
Mes ruches ont ordinairement un petit vitrage du côté opposé à l'entrée ; cette disposition est commode,
elle ne dérange nullement les abeilles, et on peut Ta- (lapter à toutes les formes de ruches connues. Jl suffît de placer un morceau de drap noir ou de couleur obscure pour intercepter la lumière du jour.
Un grand nombre de personnes qui possèdent (outes les commodités nécessaires pour cultiver les abeilles renoncent aux avantages de leur position, dans la crainte que leurs enfants ne deviennent victimes des piqûres auxquelles ils s'exposeraient par leur imprudence. En plaçant leurs ruches dans le jardin ou dans la cour, et en établissant la sorlie dos abeilles de l'autre côté du mur de clôture, il n'y aurait rien à redouter.
Plusieurs auteurs ont cru apporter une heureuse modification aux ruches en y ménageant des ouvertures défendues par une plaque de tôle percée de petits trous, ou bien par une toile métallique. C'est ce qu'ils ont nommé des ventilateurs.
MM. Nutt et Canuel ont particulièrement insisté sur l'utilité d'une telle disposition. Ce qui a pu justifier en quelque sorte cette innovation, c'est la funeste habitude de placer les ruches dans les lieux où la chaleur est la plus accablante. On comprend que dans de semblables circonstances il y ait nécessité de procurer aux abeilles le plus d*air possible. Mais, je ne saurais trop le répéter, si l'on veut les cultiver avec succès, il faut autant que possible adopter la marche qu'elles suivent dans l'état de parfaite liberté. Or, j'ai parcouru les boisa la recherche des essaims qui s'étaient logés dans des troncs creusés par l'âge, et je
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puis dii^e n'avoir pas vu deux populations sur cent habiter dans des arbres frappés directement par les rayons du soleil.
L'usage des ventilateurs me parait doîic tout à fait superflu, si l'on suit les conseils que j'ai donnés en parlant de l'exposition du rucher.
Il en est de même à l'égard du thermomètre, indispensable selon la méthode de M. Nutl ; je crois que on usage est plus qu'inutile. Il est d'ailleurs embarassant dans la pratique, sans offrir aucun avanlage notable à l'apiculteur lors même qu'il se servirait des ruches les plus compliquées.