‹ Les abeilles et l'apicultureChapitre 18 sur 42 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Grande variété dans la forme des ruehes.

La ruehe primitive.

L'élève des abeilles remonle à la plus haute antiquité; mais ce n'est guère que depuis un siècle que l'on a imaginé de construire des ruches de formes plus ou moins bizarres, dans le but d'obtenir une récolte de miel plus abondante, ou d'en faciliter l'extraction, ou bien encore de prévenir l'essaimage naturel.

En cherchant à domestiquer les abeilles, on s'est écarté des simples indications de la nature, on a mis des entraves à leurs travaux, on leur a créé des besoins, et on a ainsi modifié leur instinct d'une manière fâcheuse. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les abeilles élevées d'après certaines méthodes et dans l'espèce de contrainte qu'on a essayé de leur imposer, avec celles que l'on a abandonnées pour ainsi dire à elles-mêmes. Celles-ci sont vives et très-

industrieuses ; leur architecture a conservé cette parfaite régularilé, celte inimitable perfection qui frappe l'homme le plus indifférent. I^es autres, au contraire, sont devenues paresseuses ; elles ont pris goût au pillage et sont sujettes à une infinité de maladies dont la nomenclature prend de jour en jour des proportions effrayantes. Les auteurs modernes, qui sont en partie la cause de cetle décadence, sont obligés de consacrer bien des pages à la description de ces maladies, la plupart sans remède.

11 est heureusement bien faible, le nombre des méthodes qui exercent une si fâcheuse influence sur la santé et l'industrie des abeilles. Mais, au milieu de cetle recrudescence d'inventions, il est nécessaire de retracer les principaux caraclèresdes systèmes en usage aujourd'hui, afin de guider autant que possible le choix des apiculteurs novices et de les tenir en garde contre des erreurs qui pourraient avoir des conséquences déplorables pour l'avenir de leurs ruchers.

Le nombre des méthodes d'apiculture est, ainsi queje l'ai dit, considérable; il tend chaque jour à s'augmenter encore, ce que nous devons déplorer, car le résultat le plus certain de ce grand nombre de syslèmes est de jeter une véritable confusion dans l'esprit des apiculteurs : or, de la confusion au dégoût, il n'y a qu'un pas.... Chaque méthode entraînant avec elle un changement inévitable dans la construction des ruches, il en est résulté les formes les plus bizarres qu'il soit possible d'imaginer. On en voit de rondes, de carrées, de triangulaires, d'octogones, desimpies,

de composées. Les unes imitent un tronc d'arbre debout; d'autres le représentent couché; il en est qui se composent de plusieurs caisses les unes sur les autres ou bien à côté des autres. Plusieurs ressemblent à de petites maisons dont la forme varie. à l'infini; il en existe aussi qui s'ouvrent comme des tiroirs. Les plus simples affectent la forme d'un cylindre ou d'une cloche.

Le bois, l'osier, la paille, le jonc, la terre, le marbre même et le verre, et dernièrement une simple toile, tout a servi de matière à ces édifices que l'imagination de l'homme a inventés pour servir de demeure à l'insecte qui recueille pour lui le nectar des fleurs.

L'ingrale abeille, peu sensible à nos efforts pour lui plaire, préfère souvent le vieux chêne pourri, le creux d'un rocher couvert de mousse, où elle espère jouir en paix du fruit de son travail, aux somptueuses demeures que nous lui avons préparées.

Loin de se plaire dans les palais sculptés, à portes et à croisées en verre, elle y languit, tandis que souvent, dans de misérables chaumières de paille, à moitié ensevelies dans la terre, couvertes de mauvaises herbes, la prospérité, l'abondance semblent la dédommager de l'oubli où on la laisse.

Frappés de ces résultats, des hommes instruits se sont appliqués à connaître ses besoins, à étudier sa vie intérieure, et plusieurs d'entre eux ont consacré leurs talents, leur existence entière à pénétrer les mystères dont cet insecte aime à s'envelopper.

16t> ' TROISIÈME PAHTIE.

On peut donc diviser en trois classes les observateurs qui nous ont laissé par écrit le fruit de leurs laborieuses recherches. Je placerai au premier rang les hommes de science qui se sont occupés de Thisloire naturelle des abeilles, tels que Réaumur, Bonncl, Schirach, Maraldi, Riemer, etc. En nous dévoilant ce qui se passe dans une ruche, ils nous ont facilité les moyens de soigner les abeilles.

D'autres se sont préoccupés uniquement de l'économie domestique, et n'ont considéré les abeilles que comme un produit à exploiter.

Enfin, parmi un petit nombre d'observateurs qui ont cru devoir joindre les deux branches, et qui ont été à la fois d'habiles observateurs et d'utiles exploitateurs, Hubert de Genève mérite sous tous les rapports la première place : c'est un homtnage que personne n'oserait lui refuser.

Parmi ceux qui n'ont songé qu'au profit que l'on peut retirer des abeilles, il faut citer M. Lombard, qui s'est fait connaître avantageusement par ses leçons cl ses ouvrages. Doué d^une persévérance digne d'éloge, il s'est dévoué pendant trente-cinq ans à la culture (les abeilles dans le seul espoir d'être utile. Sa méthode et sa ruche laissent bien à désirer; mais au temps (jù il écrivait sa méthode et où il la pratiquait, il pouvait passer justement pour le plus habile apicjilteur de son époque.

La plus ancienne de toutes les ruches est bien certainement le tronc même de l'arbre où l'essaim sauvage s'était logé. Le transporter auprès de sa demeure

VARII-TÉ DK RUCHES. I«7

pour se Tapproprier, y ménager une ouveiiuie alin de pouvoir sans trop de difficullé s^eniparer des provisions que Tabeille y avait déposées, voilà probablementla première forme de ruche, la première méthode d'exploitation dont l'homme ait fait usage. Puis, voyant combien il était plus commode d'avoir tout à fait dans sa dépendance l'insecte qui produit le miel, le premier apiculteur aura imaginé de creuser lui-même des Ironcs d'arbres pour y loger ses essaims.

Cette méthode primitive est encore en usage dans bien des contrées; elle est employée en Russie, en Suède, en Finlande, et même, sans aller si loin, on la reïrauve, dans quelques provinces du midi de la France, dans toute sa simplicité.

Ce tronc informe, lourd et incommode, a doimé lieu sans doute à des essais plus ou moins ingénieux, et de là sont nées ces ruches d'une pièce imitant un cône, puis en forme de cloche, dont la matière a varié suivant les contrées.

Ce même tronc d'arbre, placé horizontalement, a certainement fait naître la première idée des ruches Madecasses, dont l'abbé Bienaimé et, plus tard, le général Canuel nous ont laissé le modèle.

La ruche en cloche, qu'elle soit faite d'osier, de jonc ou de paille, a remplacé la première, à mesure que les forêts disparaissaient du sol de la France. On remarque la ruche des Landes, ayant à peu près la forme d'un pain de sucre ; celles de la Savoie, de la Suisse et des départements qui avoisinent ces contrées, imitant une demi-sphère, et celles du centre de la France,

qui sont fort grandes et ont un étranglement dans Te milieu ; cette disposition donne à la partie supérieure de la ruche une espèce de tête, tandis que le bas est très-évasé.

Cette dernière forme de ruche a été imaginée pour indiquer au cultivateur ce qu'il doit laisser aux abeilles ; car, en dépouillant les ruches à étranglement, l'opérateur ne remonte jamais plus haut que le' col de la ruche, laissant ainsi aux abeilles tout ce que renferme la télé ou chapiteau.

Quelles que soient sa forme et sa capacité, la ruche en cloche d'une pièce est encore aujourd'hui la plus chère aux gens de la campagne et presque la seule qui soit généralement employée.

La première modification apportée à cette ruche a été imaginée par M. Lombard. Cet apiculteur distingué avant, comme beaucoup d'autres, été frappé des graves inconvénients de la ruche d'une pièce, et voyant , d'un autre côté, combien il était difQcile de la dépopulariser, chercha à en faciliter l'exploitation au moyen d'une calotte mobile, à laquelle il donna le nom de couvercle, ne modifiant, du reste, que fort peu le corps de la ruche. Nous décrirons donc d'abord la méthode de M. Lombard et les ruches qui en dérivent.

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