CHAPITRE II
La mehe villageoise» — Perfeetlonnemeitts de m» Radoaao. — La raelie Daeoaëdic.
L'art d'clever les abeilles doit beaucoup à M. Lombard, non qu'il ait fait faire de grands progrès h l'apiculture, mais parce qu'il a simplifié l'opération du transvasement des abeilles (que M. Frémiet désigne plus justement par le mot de transmutation ou miUation) et la forme des ruches, que divers auteurs avaient trop compliquée.
Sa ruche ressemble extérieurement à la ruche en cloche ; mais elle est aiissi large du haut que du bas ; elle est formée de deux pièces, le corps de la ruche et le couvercle, et elle est posée sur un plateau : le corps doit avoir 0",35 d'élévation et 0",52 dans œuvre, et le couvercle, qui est bombé, doit avoir 0",12 d'élévation. Les deux parties sont séparées par une planchette légère dans œuvre, bien à fleur du corps de la ruche, afin que les rayons ne descendent pas plus bas que le bord inférieur du couvercle. Cette planchette doit être percée de trous, de manière à per-
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mellre aux aboillos di» circuler lihremenl du haut eu bas, le long des parois de la ruche. « En pratiquant ma ruelle villageoise, dit Lombard, j'ai reconnu qu'elle élait excellente pour y loger de gros essaims, qui iKJUvaient, au moment où ils y étaient logés, remplir le couvercle: Cl» qui me donnait, dans un seul
Huche villageoise.
couvercle, des récoltes superbes, pesant de 6 à 7 ki logrammes de beau miel. Mais les essaims médiocres ne me donnaient rien ou peu de chose. Je soupçonnai d'abord que la capacité du couvercle et du haut de la ruche étaient trop vastes pour eux, et bientôt je reconnus que plusieurs do ces essaims ne travaillaient
VARIÉTÉ DE HUCHES. lH
que dans une partie de la ruche ou du couvercle, laissant nécessairement un grand vide autour d'eux. »
Cet exposé prouve jusqu'à l'évidence que M Lombard accueillait tons les essaims, même les plus faibles, ne se préoccupant que d'augmenter le nombre» do ses ruches : spéculation fort mal entendue, ainsi (|ue je le démontrerai lorsqu'il sera question des essaims.
M. Lombard, pour remédier aux inconvénients de sii ruche, adopte, pour les petits essaims, la ruche des Landes, dont la forme conique est à peu près celle d'un pain de sucre; il la divise en deux parties, diaprés le mêm<î système, donnant de 0°10 5 O^hi d'élévation au couvercle, sur une élévation totale de oO centinièlres. Ce qui l'engagea à essayer cette forme (le ruche, ce fut le désir de consei^ver tous les essaims, même les plus faibles, qui trouvent dans le haut dé la ruche un espace sufQsamment resserré pour en remplir la capacité sans déperdition de calorique.
Voici la manière de récolter le miel dans les ruches villageoises : M. Lombard conseille d'attendre <pie la saison des fleurs soit h peu près terminée, c'eslà-dire à la fin d'août et pendant le mois de septembre. La veille du jour fixé pour cette opération, on passe un fil de fer entre le couvercle et le corps de la rucher, en rasant la planchette. On juge bien que cette opération doit couler la vie 5 un grand nombre d'abeilles, vi qu'on peut même atteindre la reine. Le lendemain, on se fait une petite atmosphère de fumée; après avoir frappé trois ou quatre coups sur le corps de ru-
che pour y attirer la reine, on enlève le couvercle, et, après l'avoir remplacé par un autre de même dimension, on l'emporte dans un lieu obscur, où l'on achève de se débarrasser des abeilles qui se sont obstinées à y rester.
M. Lombard recommande une autre récolle comme donnant des résultats sûrs et très-avantageux : c'est d'enlever toute la cire que les abeilles ne recouvrent pas. Ce n'est, comme on voit, qu'une simple récolte de cire. Elle doit se faire pendant les derniers jours qui précèdent la saison des fleurs, c'est-à-dire au mois de février; mais on a dû y renoncer, car on s'est aperçu qu elle relardait le départ des essaims.
La cause de ce retard est bien simple : c'est pendant les mois de février et de mars que les abeilles sont le plus occupées à des travaux de toutes sortes, et c'est en même temps l'époque où elles se trouvent en plus petit nombre. L'enlèvement de la cire doit donc les contrarier beaucoup, la construction des alvéoles exigeant un temps considérable. En faisant celle récolle inopportune, on oblige les abeilles à travailler en cire, alors qu'elles pourraient se livrer à l'éducation des larves, ou profiter de l'abondance des fleurs pour s'approvisionner de miel. Le tort que l'on fait aux abeilles est donc bien supérieur à l'avantage qu'on peut retirer de quelques onces de cire. Mais il est une raison plus impérieuse encore qui doit faire rejeter sans balancer cette absurde coutume.
Le retour des fleurs développe extrêmement la fécondité de la reine. Stimulée par le pollen nouveau,
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elle pond un nombre d*œufs réellement prodigieux, qu'on peut hardiment évaluer à deux et môme Irois cents par jour. Pendant que les abeilles abandonnent la récolte du miel pour s'occuper de la construction de nouveaux édifices, la reine,, qui ne peut retarder sa ponte, est forcée, faute de cellules prêtes à recevoir les œufs, à en déposer deux ou trois dans le même alvéole; j'en ai compté même jusqu'à six, un à chaque angle. Que deviennent ces œufs ? Le premier qui acléponduéclôt naturellement avant les autres, et les abeilles, qui savent que chaque cellule ne peut contenir qu'une larve, emportent et mangent aussitôt les œufs surnuméraires. Voilà donc, grâce à l'ignorance du propriélaire^ la grande fécondité de la reine annulée : fécondité bien précieuse à une époque où les abeilles ont tant de pertes à réparer, lant de travaux à exécuter. Et pourtant, M. Lombard savait mieux que personne de quelle importance est le couvain pour les abeilles, surtout à cette époque de l'année ; mais il s'est laissé séduire par deux motifs également puissants, que cependant il applique mal à propos dans cette circonstance : le premier, c'est le désir d'éviter le rétrécissement des alvéoles, cause de ruine pour les abeilles, ainsi que je l'ai déjà dit; le second, c'est celte considération, que, dans les Landes seulement, celte récolte produit un bénéfice net de 5 à 60(>,000 francs*. Quant à moi, je crois que rien ne peut cohtre-balancer les inconvénients que j'ai signalés.
J'ajouterai encore une nouvelle raison à l'appui de
ÎU TROISIEME PARTIE.
iïion opinion : c'est au printemps que les fleurs sont en plus grande abondance ; tout le monde sait cela ; mais ce que semblent ignorer ceux qui récollent le miel en février et en mars, c'est qu'il provient des fleurs de Tarrière-saison. Or, il est certain que les fleurs de cette éi:oque de l'année donnent un miel moins aromatique et de qualité bien inférieure à celles qui éclosent sous l'influence d'un soleil de printemps ou d'été. J'ai démontré que les ruches dont la j)opulation est faible ne peuvent songer à s'approvisionner avant d'avoir réparé leui^ pertes. En enlevant la cire au printemps, on se prive nécessairement du produit des fleui^s les plus suaves et les plus aromatiques. €'est particulièrement dans les provinces qui se rapprochent de la Savoie et de la Suisse, et dans ces deux pays, que cet usage détestable est pratiqué. Aussi, malgré l'abondance des fleurs, les essaims y sont tardifs et si faibles en population que les ruches en usage dans les campagnes sont d'un tiers et même de moitié plus petites que celles dont on se sert dans les départements du centre.
On voit, par ce que je viens do dire, combien la < outume de tailler les ruches au J)rintemps, soit pour récolter du miel, soit pour s'emparer simplelnent de quelques rayons dé cire, est contraire aux vmis intérêts de l'apiculture.
Ne touchez donc pas aux abeilles' à l'époque de leui's grands travaux ; ne rendez pas la prodigieuse fécondité de la reine inutile, si vous voulez avoir de forts essaims prinlaniers. M. Lombard sentait pnrfai-
VAP.IKTK DE RUCIItSi . 175
Icmenl la vci ilé de ce précepte ; comment a-l-il pu s'en écarler si souvent?
Comme la ruche villageoise esl en paille el fort simple, elle esl certainement plus ccmmode pour la récolte que la ruche d'une pièce. Mais aussi elle esl sujette à bien des inconvénients : d'abord laplanchetle
l'.iu'lic suis>c.
force les abeilles à se diviser, ce qui leur est absolument contraire ; de plus, elle demande unesurvçillance dont les habitants de la campagne ne sont ordinairement pas capables. Le corps de ruche qui siTt uniquement à la multiph'cation n'offre guère plus de
ne TROISIEME PARTIE.
facilité pour la dépouille que les ruches en cloche.
M. Lombard conseille de prendre les groupes d'abeilles qui pendent sur le lablier des ruches fortes pour en grossir les petits essaims. Toulcs les fois que j'ai voulu opérer des mélanges de ce genre, j'ai provoqué une espèce de confusion, et presque toujours le pillage s'en est suivi, ou bien les nouvelles venues s'en sont retournées chez elles, emportant le plus de provisions possible et emmenant souvent l'essaim faible avec elles. C'est ce qui peut arriver de plus heureux.
Frappé des inconvénients de la ruche Lombard, M. Radouan a imaginé une ruche dans laquelle il substitue à la planchette un petit grillage en bois. Ce changement est fort avantageux pour les abeilles, qui de cette façon ne sont pas séparées; il ne gêne en rien la récolte et détruit les objections que l'on faisait contre les ruches à séparation. M. Radouan ne s'en est pas tenu à cette amélioration : il a divisé le corps de la ruche en plusieurs parties, de sorte qu'elle réunit tous les avantages des ruches à hausses sans en avoir les inconvénients. En résumé, la ruche villageoise, perfectionnée par M. Radouan, est très-commode, et sa méthode très-simple. Le prix de revient n'en est pas élevé ; on peut même en fabriquer dans les moments perdus, ce qui diminue beaucoup les frais d'exploitation.
Comme la ruche de M. Radouan rentre dans le système des ruches à hausses, je ne puis résister au plaisir de citer l'opinion d'un brave cultivateur sur
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la plus extravagante des ruches à hausses, celle de M, Ducouëdic, dont l'ouvrage sur les abeilles, rempli des plus graves erreurs, a pourtant obtenu d'honorables attestations.
ce Lorsque je restai maître de la ferme, me dit un jour un fermier du Berry, j'y trouvai plusieurs livres d!apiculture que mon père avait tenus cachés; car il disait que les messieurs qui les avaient écrits n'y «étendaient rien, et il n'avait pas tout à fait tort. Parmi eux, j'en découvris un sur les abeilles qui avait causé bien du tintouin à mon pauvre père : il était d'un M. Ducouëdic, qui n'y entendait rien. Ainsi il dit : « Tant que le bourdon existe et qu'il butine (( à la manière des abeilles sur les fleurs et sur les c< plantes, les substances dont il se nourrit se forment c< en miel comme chez les abeilles*. »
« Avez- vous jamais rien entendu de pareil? Envoyer les bourdons à la récolte, où a-t-il jamais vu cela? Mais ce n'est pas tout : son ouvrage commence par un certificat du maire de sa commune, signé d'un grand nombre d'autres personnes aussi instruites, qui constate qu^une ruche, n'ayant que des œufs k la fin de juin et au commencement de juillet, est devenue par ia seule chaleur du soleil, qui a fait éclore les œufs, et sans le secours d'une seule abeille, dès le 2 août suivant, c'est*à-dire en un mois de temps environ, la plus forte des ruches. Or, voici le système ^ de M. Ducouëdic sur la reproduction :
« La reine pond un œuf qu'elle colle au fond d'na
* Page ^4 de la 2* édition.
« alvéole... Aussitôt que Tœuf a été fécondé par les c< bourdons, les abeilles scellent d'une pellicule de « cire Talvéole qui contient cet œuf... Cet individu « à naître restera dans cette espèce de tombeau pen- « dant Tautomne et Thiver, et ce n'est qu'au retour « de la chaleur de Tatmosphère, jointe à celle de « r intérieur de la ruche, que Tœuf fermentera et « produira un vei* qui se forme par sa propre essence « une robe dont il s'enveloppe, devient une nymphe, « et enfin une jeune abeille, qui rompt la pellicule « qui avait é\é mise sur Tœuf, et rejoint ses compa- « gnes. Il ne faut donc à cet insecte ni nourrices, ni « becquées, ni pâtées, quoi qu'en disent les savants « modernes, MM. Huber, Bosc et Lombard ^ »
c< Avons-nous donc un si grand tort de ne pas accepter tout ce qu'on nous envoie sur l'agriculture? J'ai vu des livres du même genre sur l'art d'élever les bestiaux, de semer le blé et les pommes de terre, et sur tant d'autres choses ! Un fermier qui les prendrait au sérieux serait bientôt ruiné, je vous en réponds.
— Vous avez raison d'être un peu défiant, mon bon Petitchamps, répondis-je en riant. Ce que je trouve mal delà part des gens de la campagne, c'est l'obstination avec laquelle ils repoussent les choses les plus utiles, même après les avoir vu pratiquer avec succès.
— Eh ! c'est assez vrai; nous sommes obstinés. Mais que voulez- vous ? on nous trompe si souvent ! . . . »
« Pages 17, 234-421.