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CHAPITRE IV

Ruches couchées. — : Ruche Bienaimé.

Ruche Canuel.

J'ai déjà dit que, lorsque riiomme conçut l'idée de réduire les abeilles en domeslicité, il leur donna sans doute dès le commencement un logement imité de celui qu'elles choisissent d'habitude, c'est-à-dire une portion de tronc d'arbre creusée et dressée debout. Plus tard, on aura reconnu par hasard que ces mêmes troncs d'arbres couchés offraient autant d'attraits aux abeilles et qu'on pouvait y trouver plus de facililé pourla récolte, à l'aide d'un fond mobile qui fermerait l'exlrémilé opposée à la sortie des abeilles, et qu'on enlèverait lorsqu'on voudrait prendre du miel. Eneffel, les abeilles placent toujours leurs pj'ovisions dans l'endroit le plus reculé de leur demeure: ainsi, dans les ruches en cloche, c'est la parlit; supérieure <|ui est consacrée à emmagasiner le miel ; quand on pratique l'ouverture destinée à leur sorlie dans le haut de la ruche, elles placent le miel dans le bas, et, lorsque leur demeure est plus longue que haute, avec

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une ouverlure à Tune des extrémités, elles cachent leur précieux nectar dans la partie opposée à l'ouverture, afin que les envieux et les voleurs soient obligés de traverser la population entière pour parvenir jus- , qu'à leur trésor.

Cette ruse a tout le succès possible avec les ennemis ordinaires; mais elle favorise Thomme industrieux qui veut s'emparer de tout ce qui lui convient, et elle a provoqué l'invention des ruches couchées, usitées chez les peuplades du cap de Bonne-Espérance, de Madagascar, dans le midi de l'Italie, et déjà connues, à ce qu*il paraît, des Grecs et des Romains.

Ruche de M. Canuel.

M. l'abbé Bienaimé, auteur d'un traité sur les abeilles, a proposé cette forme de ruche. Elle a été un moment en vogue en France, puis on l'a entièrement abandonnée, et ensuite elle a élé reprise par d'autres personnes qui l'ont présentée comme une nouveauté.

Ainsi, la ruche et le système de M. le général Caniiel sont tout simplement la ruche et le système de l'abbé Bienaimé; seulement le général a ajouté des soupiraux, des portes, des fenêtres et des ventilateurs, ce qui augmente le prix et complique la ruche. A la forme cylindrique, il a substitué un carré long et un dessus plat, ce qui oblige les amateurs à la placer dans un lieu abrité et couvert.

M. Canuel dit qu'il doit la connaissance de sa méthode aux naturels de Madagascar ; cela est possible; mais pourquoi donc aller chercher si loin ce qui avait été décrit en France et pratiqué soixante ans auparavant? Je ne voudrais pas relever quelques erreurs sur l'histoire naturelle des abeilles qui déparent l'ouvrage du général, et cependant je ijrois devoir répéter ici ce que j'ai déjà dit plus haut, c'est que les auteurs qui veulent inspirer quelque confiance à leurs lecteurs, au lieu de présenter des faits douteux comme vrais, doivent être assez modestes pour ne point nier les découvertes de ceux qui ont eu le talent de bien voir , et ce reproche, je l'adresse particulièrement aux apiculteurs de l'époque actuelle.

Au reste, à part ses dessus plats et l'élévation forcée de son prix, on peut dire que la ruche Canuel est très-commode à exploiter et n'est certainement pas plus mauvaise pour les abeilles que la plupart de celles que Ton préconise tant aujourd'hui.

J'ai connu des personnes qui possédaient des ruches de cette forme depuis un grand nombre d'années. Les abeilles, qui se plaisent à peu près partout

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011 elles ne sont pas exposées aux intempéries de Pair et où elles peuvent vivre réunies, y produisaient beaucoup de miel; mais ces ruches éUint abritées, elles essaimaient rarement, ce qui convenait au propriétaire, que ses occupations empêchaient de surveiller son rucher.

M. le général Canuel évaluait à neuf francs le prix de revient de ses ruches. C'est à peu près ce que m'onl coûté celles que j*ai fait faire.

Avec cette ruche, on n'attaque jamais le couvain ; on peut tailler sur place, sans rien déranger, puisqu'il suffit de l'ouvrir par le fond mobile pour prendre le miel que les abeilles placent toujours à l'extrémité opposée à l'entrée; ensuite on rapproche le tond mobile, en ne leur laissant que Tespace nécessaire pour un nouveau rayon. On visite la ruche de quinze jours en quinze jours, même à des époques plus rapprochées, si la saison est abondante en fleurs, et cela, dans le but de leur rendre de l'espace pour y construire de nouveaux rayons.

L'opération de la taille, toujours fort difficile dans les autres ruches, est plus aisée à faire avec celle-ci et ne dure qu'un instant. 11 arrive rarement qu'on tue des abeilles, tandis que les ruches ordinaires ne peuvent être taillées sans entraîner la mort d'une foule d'entre elles, et quelquefois celle de la reine. Enfin il est bien fâcheux que cette forme de ruche soit hors de la portée du simple cultivateur; car, en vérité, malgré ses défauts, c'est une des plus commodes qui existent .

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