CHAPITRE V
Ruche h air libre.
Ciilte forme et ce système de ruche ne se rapportant à aucun de ceux connus jusqu'à ce jour, il esl nécessaire d'en faire une analyse particulière.
MM. Martin père et fils en sont les auteurs. Est-ce une invention utile? La science y a-t-elle gagné quelque chose? Les cultivateurs et les amateurs leur doivent-ils de la reconnaissance? C'est ce dont vous allez juger.
« La construction de notre ruche est fort simple, disent les inventeurs ; elle se divise en quatre parties mobiles, superposées les unes sur les autres. Ces parties se nomment cases. Chaque case est formée de deux tablettes en bois blanc de 8 millimètres d'épaisseur sur 0'",32 de côté. Chaque tablette a un trou carré de 0'",04 au centre. Ces tablettes sont réunies par quatre colonnes en bois de 15 millimètres de diamètre sur 0",H de hauteur, fixées entre les deux lablettes à distances égales et à 0'",08 des bords de
chaque face. On assujeUil avec un clou d'épingle chaque exirémité des colonnes. Cet ensemble constitue une case.
« On superpose quatre cases ensemble pour la formation d*unc ruche ordinaire; la correspondance des trous doit être parfaite. On bouche le !rou qu'on a pratiqué tout à fait a la partie supérieure de la ruche, mais de manière à ce qu'on puisse l'ouvrir et fermer à volonté.
ce On maintient l'assemblage de l'édifice au moyen de deux fils de fer passés en croix dans la case inférieure, réunis et serrés sous la case supérieure. Dans la làuite, les abeilles, en pro|)olisant les cases entre elles, en augmentent encx)re la solidité. Le tout étant ainsi disposé, on enveloppe cet ensemble d'une simple toile, en laissant libre une des faces de la case inférieure; c'est par là qu'on introduit Tessaim, après quoi on doit le renfermer, en ménageant toutefois une petite ouverture pour que les abeilles puissent entrer et sortir librement.
c( L'essaim introduit se comporte là comme partout ailleurs; il cherche à établir les fondements de ses gâteaux. Les parties latérales de cette ruche ne lui offrent guère de sécurité; aussi n'est-ce pas là qu'il commence d'abord, c'est vers le centre de la case où il se trouve ; bientôt il envahit la troisième et enfin la quatrième et dernière. Dans les années favorables, c'est l'affaire de huit à dix jours ; on peut alors enlever totalement la toile, qui ne tient que légèrement aux gâteaux; on pourrait également l'en-
lever au bout de quelques jours, mais on risquerait de voir les abeilles se porter d'un seul côté, et il en résulterait un travail irrégulier.
« Ainsi mises à l'air libre, les abeilles continueraient leurs travaux tranquillement, si Tétat de l'atmosphère était toujours calme et exempt de tout ce qui peut nuire essentiellement à ces insectes ; car on conçoit que, malgré sa dénomination de ruche h Tair libre, il faut cependant la mettre à Tabri de l'intempérie des saisons. Les abeilles ne résisteraient pas à l'ardeur du soleil ni aux gelées des hivers, pas plus
qu'aux ouragans et aux pluies, etc On devra donc
remplir les conditions nécessaires même aux autres ruches pour les garantir de ces incommodités et leur faire un surtout. »
En vérité, je ne comprends ni l'utilité ni l'agrément d'une pareille ruche. C'est bien la plus incommode qu'il soit possible d'imaginer pour les observations. Une ruche composée de quatre cases exige huit tablettes, seize colonnes ou supports, un surtout immense, car il doit cire assez ample pour qu'on puisse le tenir éloigné des cases, de façon que les abeilles n'y attachent point leurs gâteaux; enfin, un support ou tablier proportionné à cet établissement. Le prix élevé qu'un pareil attirail doit coûter, la place qu'il exige, seront, fort heureusement pour les abeilles, un empêchement suffisant à son <idoption.
Et d'ailleurs, comment y passeraient-elles l'hiver? M. Martin obvie à cet inconvénient un fai-
sanl placer sa ruche dans un lieu où le lliermomètre ne descend pas à plus d'un degré de froid, sans s'élever jamais à plus de cinq ou six degrés au-dessus de zéro.
Je crois inutile de m'étendre plus au long sur une ruche qui ne présente aucun avantage réel et qui réunit tous les inconvénients que les abeilles redoutent le plus, qui les expose au froid, au pillage, et les rend certainement malheureuses, puisqu'elles se sentent en butte à tous leurs ennemis sans avoir un seul rempart, une seule muraille pour défendre et abriter leur famille et leurs richesses.
M. Martin parle avec enthousiasme de sa ruche (l'observation. Elle ne diffère de la précédente que [K)r une espèce de tente ou pavillon en coutil dont elle est recouverte. Au moyen d'un appareil de poulies, destiné à élever son surtout, qui est aussi en coutil, on peut mettre les abeilles à découvert. En hiver, on enveloppe la ruche entière dans une couverture de laine, etc., etc.
Comment serait-il possible d'observer et de pénétrer dans le secret de la vie intime des abeilles au moyen d'un appareil aussi incommode? Tout ce qu'il est possible de voir, en levant cette espèce de rideaUj.est un groupe d'abeilles dont il serait difticile de deviner les occupations, et l'extrémité de quelques rayons qui ne contiennent ni miel ni couvain.
Le paysan qui soulève sa ruche de paille ou d'osier assiste au même spectacle sans le payer aussi cher.
Une ruche de ce modèle a pourtant été exposée à la curiosité des savants au jardin des Plantes, et a excité pendant plusieurs années Tadmiration de tous ceux qui vont y étudier les mystères de la belle nature.