CHAPITRE IX
Raches des Jardins.
Après avoir passé en revue tous les systèmes d'apiculture pratiqués jusqu'à présent et toutes les formes de ruches qui en sont le complément obligé, me sera-t-ii permis d'exposer la ruche que j'ai inventée et pratiquée avec succès pendant quelques années? Si j'avais parlé de celles de mes prédécesseurs dans le but exclusif d'en faire la critique, j'aurais cru devoir m'abstenir de présenter la niche des jardins; mais, je puis le dire en toute sincérité, telle n'a pas été ma pensée. Le seul motif qui m'a guidé en faisant cette revue a été de faire connaître à mes lecteurs ce qu'on a fait do plus remarquable en faveur de l'élève des abeilles. Loin donc d'avoir eu l'intention de critiquer les auteurs qui m'ont précédé dans la carrière que j'ai suivie avec plaisir pendant plusieurs années, je me suis empressé de reconnaître ce qu'ils ont fait d'utile en faveur de l'industrie mellifère. Mais en même temps il était de mon devoir de
relever les erreurs qu'ils pouvaient avoir commises, puisque j'écrivais pour i'insiruction de mes lecteurs ; cela ne m'a pas empêché de signaler avec bonheur tout ce qui pouvait contribuer aux progrès de Tapicnhurc.
La ruche des jardins.
A l'extérieur, la ruche des jardins ressemble un peu à celles de MM. Frémiet et de Prokopovitsh, hormis que, n'étant pas abritée comme celle du premier, ni destinée à être retournée, ainsi que le veut l'apiculteur russe, elle est surmontée d'un chapiteau en forme de toit pour l'écoulement des eaux et le bien-
èlre des abeilles. Vue à rinlérieur, elle représente nssez bien ces maisons en construction, dont les divisions par étages n'ont pas encore reçu de plancher.
Intérieur de la ruclie des jardins.
La ruche des jardins se compose de deux fortes planches formant les côtés, ayant 0'",50 dé hauteur sur 0",lo de largeur, solidement clouées avec celle qui forme le devant de la ruche, avec la planche du fond et avec celles qui servent de toit.
Celle du devant aura 0",25 de largeur et sera de
loute la liauleur dans œuvre de la ruche, dont Télévallon totale hors d'œuvre sera de 0",75. Les deux planches formani le chapiteau dépasseront de O^jOl ou O'*,02 le corps de la ruche, pour faciliter Técou- Icment des eaux.
De O'^jlSen 0",15 à partir du haut de la ruche, on posera un grillage léger composé de six ou sept baguettes triangulaires, dont un des angles sera tourné vers le bas, pour diriger le travail des abeilles, et placé dans le sens de la largeur. Un grand volet de toute la hauteur de la ruche sera retenu par deux traverses de bois au moyen de crochets ou de clous à vis recourbés. On pourra, si on le désire, le diviser en deux ou trois parties et y adapter une ou deux petites fenêtres.
I/ouverture servant d'entrée aux abeilles sera placée à fleur de tablier ou support, en formant une entaille à la planche du fond ou, si Ton veut, à fleur de cette planche. Elle sera de 0'",08 àO~,10 de largeur sur O^^Oi de hauteur, et on aura soin de la garnir de clous d'épingle assez éloignés pour ne pas gêner les abeilles, mais de manière à empêcher Tintroduclion des animaux malfaisants, tels que les souris, les mulots, les sphinx tête de mort, etc.
Comme cette ruche n'a nul besoin de surtout ni d'abri quelconque, il faut lui donner deux ou trois couches de couleur à l'huile. Je préfère la couleur verte, qui est plus jolie, plus gaie dans un jardin, et moins sujette à être attaquée par les insectes. Quant h rintérieur, je recommanderai d'en conserver la
surface raboteuse, afin de faciliter la marche des abeilles.
La ruche des jardins ne peut certainement pas rivaliser avec elle de M. Huber pour Tobservation ; car il fiuidrait que, sans déranger les abeilles, on pût écarter les châssis pour voir ce qui se passe. Mais ni la ruche Prokopovitsh ni celle de M. Debeauvoy ne possèdent cet avantage ; la ruche des jardins est d'ailleurs moins embarrassante à exploiter, car il suffit d'enlever la planche pour voir du haut jusqu'en bas l'état des édifices et de la récolte. Pour visiter la ruche sans danger d'être piqué, il suffit de diriger un peu de fumée sur les abeilles lorsqu'on enlève le volet ; cette fumée les met en état de bruissement, ce qui les rend tout à fait inoffensives. Elles se retirent promptcment ; alors on peut visiter les gâteaux, en retrancher telle partie qu'on juge nécessaire, et cela sans aucune opposition de la part des abeilles. Comme on a la plus grande facilité pour visiter toutes les cases, soit par devant, soit par derrière, on peut choisir ce que l'on pense pouvoir être récolté.
• On sera surpris que je ne recommande pas d'enlever le miel contenu dans le chapiteau ; mais, comme c'est là à peu près la quantité nécessaire aux abeilles pour passer l'hiver, je le laisse, sûr qu'elles n'auront besoin de rien, lors même que j'enlèverais tout ce que contient le corps de la ruche.
Après avoir un peu critiqué certaines parties de la méthode d'exploitation de ceux qui m'ont précédé, j'aurais mauvaise grâce à vanter ma ruche ; aussi
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laisserai-je ce soin aux amateurs qui, séduits par sa forme gracieuse, par le peu de place qu'elle exige, par le peu d'embarras qu'elle donne, voudront en faire Tessai.
Du reste, la ruche des jardins étant soumise à tous les inconvénients que j'ai signalés précédemment, tels que la mort d'une reine, ou sa stérilité, les toiles qui rétrécissent les alvéoles, etc., on y remédiera suivant les préceptes d'une sage pratique.
Il est un point important que je ne dois pas oublier de mentionner. J'ai dit plus haut que je ne touchais pas aux provisions contenues dans le chapiteau. Cependant il se rencontre des circonstances où cette récolte devient possible et même nécessaire. Lorsque les mauvais jours sont passés, que l'on n'a plus de disette à craindre, on peut vider le chapiteau sans danger. Si Ton voulait empêcher l'essaimage, soit dans le but de fortifier la population de la ruchç ou par tout autre motif, le moyen le plus sûr serait d'abord d'enlever ♦outes les cellules destinées à l'éducation des màies (on les reconnaît facilement à leur grandeur ; soixante de celles-ci occupent presque autant de place au? cent du petit modèle), et ensuite il faudrait vider tout e magasin, c'est-à-dire le chapiteau. Ces deux opérations préviennent le départ des abeilles.
CIIAP[TRE X
Nouvelle méthode d'exploiter les abeilles an moyen de la mehe en cloche d'nne pièce.
J'aurais encore bien des ruches à examiner avant de clore ma revue des méthodes d'apiculture en usage aujourd'hui ; mais comme ces ruches et ces méthodes font partie des systèmes dont j*ai déjà parlé, ce serait prolonger inutilement mes recherches sur la meilleure manière d'exploiter les abeilles.
Arrêtons-nous donc à cette antique ruche en cloche, si chère aux habitants de la campagne; à ce vieux panier de paille ou d'osier qui, malgré sa laideur, a bravé l'anathème que lui ont lancé les auteurs de tous les pays, de toutes les époques.
Quelles peuvent donc être les causes d'un attachement si durable? car il ne faut pas croire que l'habilude seule retienne le paysan; l'amour du changement domine aussi bien le villageois que le citadin : seulement l'un adopte sans examen, tandis que l'autre n'accepte que les nouveautés dont il a reconnu le mérite ; or, ce mérite se traduit pour lui par ces deux
mots magiques : économie ei profit. Les ruches qu'on lui a proposées jusqu'à présent ne remplissaient certainement point la première de ces conditions. Quant à la seconde, elle est toujours restée Irès-problémalique à ses yeux, malgré le dire de quelques amaleui's et l'appui des sociétés savantes. Et, en effet, les divers systèmes que Ton a successivement offerts aux gens de la campagne comme la dernière expression des perfectionnements possibles n'ont point survécu aux efforts réunis du temps et de la pratique, tandis que ce vieux et disgracieux panier est resté debout, regardant fièrement passer les ruches et les systèmes les plus vantés.
Pénétré de l'idée que, si Ton pouvait profiter des avantages incontestables qu'offre la ruche en cloche, et surmonter les obstacles réels qui en rendent la pratique pénible et peu profitable, on rendrait un service immense aux éleveurs d'abeilles, j'ai cherché à résoudre ce problème, et, après des études et des expériences consciencieuses, je suis parvenu au but que je m'étais proposé.
On me denfhndera peut-être pourquoi, dans ce cas, je propose la ruche des jardins, qui rentre dans la catégorie des inventions que je semble rejeter dans ce moment. Mais d'abord, je ne rejette aucune invention ; plusieurs de celles que j'ai examinées offrent à l'apiculteur d'incontestables avantages, que la ruche en cloche ne possédera jamais : telle est, par exemple, la ruche des bois de M. Frémiet. Ma ruche des jardins peut aussi rendre de grands ser-
vices ; mais, pour une grande exploitation, aucune ne peut remplacer la vieille ruche des paysans. Elle est la seule d'ailleurs qui soit à la portée du modeste cultivateur par l'extrême modicité de son prix. Cet avantage sera donc toujours un motif de préférence sans réplique.
Il faut ajouler aussi que, s'il y a quelque chose de répugnant dans le mode d'exploitation actuel par la ruche en cloche, le paysan, toujours avide, ne se laisse pas plus émouvoir par les sentiments d'humanité envers les abeilles qu1l n'est sensible à leurs piqûres.
Toutes ces considéralions réunies font que la ruche en cloche sera longtemps encore en usage dans nos campagnes. MM. Lombard et Radouan ont conservé cette forme, me dira-t-on, et, leurs ruches n'ayant subi qu'une légère modification, le prix en est resté à peu près le même, et par conséquent à la portée du plus simple cultivateur ! Oui, cela est vrai ; mais cetle légère modification, ce couvercle si facile à dépouiller, ces hausses qu'on enlève presque sans irriter les abeilles, sont précisément une cause de ruine pour l'apiculteur : aussi, les paysans qui avaient adopté cette méthode n'ont-ils pas tardé àl'abandonner j)our en revenir à la ruche primitive d'une seule pièce. Ils ont même préféré reprendre leur ancienne et barbare coutume de châtrer les ruches ou d'étouffer les abeilles, plutôt que de cueillir presque sans peine le beau miel contenu dans le chapiteau ; car cette extrême facilité a causé la perte de presque toutes
leurs ruches!... On m'objectera encore que c'est la faute de ces gens dont l'avidité ne s'est pas contentée de prendre une partie du miel mis en réserve par l'insecte prévoyant, mais a épuisé jusqu'à la dernière goutte le trésor dont M. Lombard leur a donné la clef. L'homme est ainsi fait : il prend sans mesure partout où il trouve quelque chose à sa convenance; quand vous aurez changé sa nature, vous pourrez alors lui contîer sans crainte le trésor des abeilles.
Il s'agissait donc de concilier les avantages de cette ruche, dont l'antiquité est respectable, avec l'humanité envers ces petits êtres si intelligents, si industrieux ; voilà quel a été le but constant de mes efforts. Ai-je réussi dans cette tentative? une expérience de trois années, suivie d'un plein succès, me permet de répondre afflrmativement, et Textreme simplicité de ma méthode convaincra mes lecteurs de la réalité et de Futilité de ma découverte. Cette méthode n'exige que peu de soins ; les produits sont d'une incontestable supériorité et la pratique si facile, qu'elle est à la portée de tout le monde, du plus pauvre cultivateur comme du fermier le plus riche et le plus occupé. Rien ne sera donc changé quant à la forme ; le système d'exploitation seul sera modifié ; je ne me pose point en inventeur ; j'accepte l'ancienne ruche en cloche, telle qu'elle est, sauf les dimensions, qui doivent être d'un tiers moins grandes qu'elles ne le sont d'ordinaire. Je demande enfip qu'on ne se serve pas de ruches étranglées comme on en voit quelquefois.
Cet étranglement a pour motif d'indiquer au cultivateur jusqu'où il peut tailler ses ruches; c'est pour ainsi dire un obstacle à son avidité. D'après ma méthode, cette précaution est inutile et ce col étroit ne serait propre qu'à génor la dépouille.
Ruche en cloche.
Deux causes principales ont contribué, comme je l'ai déjà dit, à l'abandon de la ruche villageoise : Textrême facilité de la dépouille des couvercles et la faiblesse des populations qu'on y admettait.
Mettre à la disposition du cultivateur la réserve des abeilles, c'était le tenter d'une manière irrésistible. La poule aux œufs d'or a été et sera constamment égorgée, soyons-en sûrs. C'est même encore aujourd'hui ce qui arrive dans la pratique de M. Debeauvojs;
2Vi TROISIÈME PARTIE.
vA cependant sa ruche n'est exploitée que par cette classe plus instruite que l'on pourrait nommer la bourgeoisie des villages. Aussi, lisez son ouvrajie, vous y verrez une demi-douzaine d'articles consacrés aux maladies des abeilles, sans compter le pillage actif et \c pillage latent^ auxquels ses ruches paraissent assez sujettes ; et cela, parc^ que lui aussi mettant la réserve des abeilles à la disposition de ses disciples, ceux-ci, non moins avides de beau miel que ceux de M. Lombard, mais plus riches et peut-être plus équitables, croient devoir échanger le bon miel (les abeilles contre d^autres matières sucrées, miels communs, sirops, etc.
Avec un pareil régime, est-il étonnant que les maladies se multiplient et que le couvain lui-même soit altaqué d'une horrible mortalité?
Si Ton veut conserver les abeilles dans un état prospère, il faut leur laisser la nourriture que Dieu leur a destinée et que rien ne peut remplacer.
L'autre cause de décadence c est, ai-je dit, la faiblesse des populations. Elle n'est point particulière à la ruche Lombard, et M. Radouan Ta vivement combattue; mais elle est tolérée par la plus grande parlie des auteurs, qui presque tous s'accordent à recommander de nourrir les ruches faibles et les essaims, ce qui est absolument contraire au plus simple bon sens et ce dont on doit s'abtenir, hors certains cas imprévus et tout à fait exceptionnels.
D'après ce que j'ai exposé précédemment, on a vu que tous les systèmes de ruches ont été établis sur ce
VAIUÉTÉS DE RUCHES. 255
fait, que les abeilles cachent soigneusement leur provision de miel dans la partie de leur demeure la plus éloignée de Tentrée, la plus inaccessible, non à leurs ennemis, ce serait une fausse expression, mais aux animaux de toute espèce qui sont friands de miel. Ce n'est qu'après avoir traversé toute une population courageuse et bien armée, qu'un inseele ou un animal quelconque peut pénétrer jusqu'au magasin gardé avec tant de soin.^ Celte particularité des mœurs des abeilles souffre cependant une exception : c'est Tabcndance des provisions arrivant à une époque où la plus grande partie des rayons sont occupés par le couvain. Alors les abeilles se voient forcées de construire ailleurs d'autres magasins, et l'apiculteur habile se hâte de profiter de cette heureuse circonstance pour prendre sa part de cette abondance inaccoutumée.
Or, pouvait-on forcer les abeilles à construire des magasins provisoires? Telle était la question dont je cherchais la solution avec ardeur, car elle me paraissait de la plus grande importance. C'était en quelque sorte la clef de voûte du système que je voulais pratiquer.
Pour obtenir cet heureux résultat, deux moyens se présentaient, également bons l'un et l'autre ; ces deux moyens réunis ne laissaient plus de doute sur la réussite de mon expérience.
Le premier consistait à n'avoir que des ruches excessivement peuplées ; le second à diminuer la capacité de la demeure des abeilles proprement dite, c'està-dire de l'espace particulièrement habité par la reine.
dont elle ne s'écarte jamais pour pondre, et où, par conséquent, se fait l'éducation des larves.
Tous les apiculteurs savent que la reine choisit de préférence les rayons du centre pour y déposer ses œufs, parce qu'il y règne une température plus élevée et plus égaleque partout ailleurs. Ils ont mis cette connaissance à profit, les uns en plaçant des boîtes ou des bocaux à la partie supérieure ou sur Icscôlés, d'autres en augmentant l'espace au-dessous de la niche, ce qui permet aux abeilles de prolonger leurs rayons à volonté.
C'est à cetlc dernière pratique que je me suis arrêté, en lui faisan toutefois subir les modifications que les mœurs des abeilles et l'expérience exigeaient impérieusement pour en obtenir d'heureux résultats. Je me sers donc d'un cylindre ou corps de ruche de 0"',20 de hauteur et à peu près de la circonférence de la ruche. Mais, en plaçant la ruche sur un espace vide, comme cela se fait ordinairement, les abeilles prolongeraient leurs gâteaux selon leur habitude. La reine descendrait et viendrait pondre sur ces rayons au lieu de rester dans la partie moyenne de la ruche : c'est ce qui arrive avec les hausses de M. Radouan. Les abeilles alors placeraient leur récolte dans les rayons abandonnés par la reine ': ce qui rentrerait exactement dans Tordre de choses ordinaires. Il fallait donc empêcher la reine de se porter sur les rayons prolongés ; or, on a reconnu par des observations répétées que la reine ne traverse jamais un espace vide de rayons pour déposer ses œufs sur d'autres rayons
où elle ne peut se rendre sans quitter Touvrage des abeilles. Est-ce parce qu'elle est Irop lourde pour s'accrocher au bois souvent très-lisse de la ruche, ou par lout autre motif? je l'ignore, mais cela n'en est pas moins certain ; et c'est d'après celte certitude que j'ai imaginé de poser deux rangs de baguettes entre la
Ruche à baguelles.
ruche et le cylindre ; ces baguettes devront être disposées en croix, c'est-à-dire le rang inférieur dirigé du nord au midi, par exemple, et le rang supérieur du levant au couchant.
D'après cette disposition, il est impossible qu'il y ait continuité entre les rayons, c'est-à-dire que les rayons de la ruche se prolongent dans le cylindre ; il y a donc un espace vide entre la ruche et le cylindre. Cela suffit pour empêcher la reine de continuer sa ponte au delà du grillage.
De ces deux grillages, l'un est retenu à la partie supérieure, c'est-à-dire à la ruche, par les abeilles elles-
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mêmes, qui y collent Textrémilé descendanle de leui-s rayons, et l'autre, qui reste libre, peut être facilemeni enlevé avecles rayons que les abeilles ont édifiés en les suspendant au-dessus de l'espace vide. On voitquc la séparation est aussi complète que possible sans isoler pour cela les travaux, et sans nuire en aucune manière à la communication qui doit exisler entre la partie supérieure et la partie inférieure de la ruche.
Quand les abeilles ont rempli la ruche, ce qui leur est aisé, vu son peu de capacité, elles continuent leurs travaux dans le cylindre et suspendent, ainsi que je Tai oit, leurs rayons à la claie inférieure. De celte manière, il est très-facile de séparer la ruche du cylindre; on peut le faire sans secousse, sans irriter aucunement les abeilles. Cependant j'engage les apiculteurs à ne jamais se risquer dans aucune opération de ce genre sans avoir auparavant mis les abeilles en état de bruissement *. C'est une précaution que la plus simple prudence commande.
Ce système n'a aucun rapport avec les ruches à
1 Lorsqu'on frappe contre la ruche, les abeilles étonnées font entendre (Tabord un fort bruissement qui ne dure néanmoins qu'un instant; un deuxième et un troisième coup excitent leur colère; elles sortent pour reconnaître la cause de ces coups, prêtes à se jeter sur le perturbateur. Mais si les coups se succèdent rapidement, elles finissent par éprouver une véritable craioie, qui se manifeste par un bourdonnement prolongé; dans cet état, qu'on ippelle bruissement, les abeilles ne sont nullement redoutables; on peut les fisiter sans danger d'en être piqué : la peur paralyse entièrement leur courage. On prétend que cette terreur à pour cause le péril où se trouve la reine. Quelques bouffées de fumée suffisent pour mettre les a])cilles en état de bruissement.
Digiti
hausses, qu'on ne peut ôter sans troubler profondément les abeilles. D'ailleui^s, en prenant successivement chaque hausse, à commencer par celles du haut, on ne récolte qu'une cire très-brune et un miel tellement mélangé, travaillé par les abeilles, qu il a perdu non-seulement sa blancheur et sa transparence, mais aussi son parfum distingue, pour ne plus offrir qu'une substance brunâtre, mate, dont l'odeur a quelque rapport avec celle qui s'exhale d'une vieille armoire où Ton a conservé certaines fleurs en usage pour faire des décoctions aux malades.
On m'objectera peut-être que, lorsque je m'empare enfin du miel de la ruche elle-même, je ne trouve pas autre chose, et cela est vrai. Mais cette récolle, quoique abondante, du moins en cire, ne forme qu'une faible partie de celle qui fait l'objet de ma culture. Je ne touche aux provisions de la ruche qu'à ime époque particulière que je désignerai plus tard, et alors je prends tout ce qu'elle contient.
Il s'agissait d'éviter le rétrécissement des alvéoles, l'introduction des teignes et plusieurs inconvénients qui naissent du long usage des édifices comme berceaux, comme dépôt de pollen ou magasin de miel.
Le moyen le plus sûr d'obtenir de tels résultats était incontestablement de ne pas conserver les ruches au delà d'un certain temps dont la nature indiquait dairement l'époque; car il suffisait d'observer quel était le moment où une population déployait le plus d'ardeur au travail, était le moins sujette aux .accidents qui surviennent aux ruches, tels que la mort
de la reine, la diminulion des travaux, l'envahisseraent de la fausse teigne et enfin l'invasion des poux qui tourmentent les abeilles.
L'expérience a toujours démontré que celte époque de force et de prospérité est celle qui suit l'établissement de l'essaim, qu'elle se prolonge jusqu'à la fin de la seconde année et dépasse rarement la troisième*.
En maintenant donc les abeilles dans les heureuses conditions de l'essaim nouvellement établi, ou plutôt en ne conservant jamais de vieilles ruches, j'évite les inconvénients que j'ai signalés, je profite de l'ardeur et de l'activité prodigieuse que les abeilles déploient pendant cette période, et enfin je n'ai pas sans cesse sous les yeux le triste spectacle d'une population faible et languissante pendant la saison des fleurs, nombreuse et affamée lorsqu^il n'y en a plus.
i'ai dit que je ne touchais aux provisions que contenait la ruche qu'à une époque déterminée, et qu'alors je prenais tout ce qui s'y trouvait.
Celte époque est celle où la ruche ne renferme plus de couvain, ou du moins où il n'en reste presque plus ; cela dépend , non de notre volonté, mais de circonstances particulières bien aisées à apprécier.
* Je ne parle ici qu'en général, et je n'ignore point qu*il y a de nombreuses exceplions à cette règle : exceptions qui proviennentpresque toujours des soins bien entendus que Ton prodigue aux abeille?. Ces détails s'adressent à Véleveur en grand/ et non à Tamateur.
VARIÉTÉS DE RUCHES. m
On sait que la reine mère conduit toujoui^ le premier essaim ; c'est maintenant un fait incontestable.
Lorsqu'elle se met à la tête de l'émigi-alion, les jeunes reines ne sont pas encore en état de conduire une nouvelle colonie. Cependant un second essaim peut sortir huit ou dix jours après le premier. La reine qui le dirige, étant toujours vierge, n'a pu déposer d'œufs avant son départ. Il en est de même du troisième essaim, qui émigré trois ou quatre jours après le second. La jeune reine qui reste maîtresse de la place ne pond que quelques jours après ; quelquefois même elle sort, accompagnant une qua- Irième colonie.
D'après ce calcul, on peut se rendre aisément compte du moment le plus favorable pour transmuter les abeilles qui restent, sans avoir à se reprocher Je sacrifice d'un nombreux couvain. Il arrive parfois qu'on ne trouve ni œufs ni larves, et pas même de nymphes. En choisissant cette époque pour faire passer les abeilles de la vieille ruche dans une ruciie déjà peuplée, on peut s'emparer de tout ce qu elle contient sans faire le sacrifice d'une population naissante.
Dans les paniers de grande dimension, on peut récolter de un à deux kilogrammes de cire, et quelquefois, si la saison a été favorable, de quatre à dix kilogrammes de miel et même davantage. Or, la taille ordinaire est bien loin de donner de tels résultats.
Maintenant je dois détruire d'avance une sérieuse objection qu'on pourrait élever contre l'adoption de
242 TROlSrÈME PARTIE.
celle méthode. On me dira sans doule qu'il est Irèsaisé de procéder ainsi, alors qu'il s'agit, d'une ruche qui a essaimé, mais qu'il n'en saurait être de même à regard de ces ruches qui s'obstinent à ne point envoyer de colonies, quoiqu'elles soient bien peuplées et pourvues d'abondantes provisions.
Il existe un moyen bien simple de parer à cet inconvénient. Comme on a toujours des essaims moins forts, des ruches moins peuplées que d'autres, on chasse les abeilles de la ruche rebelle aussitôt après la saison des essaims, en ayant soin cependant de laisser à peu près un quart de la population, dont on s'empare. Ce quart suffit pour continuer l'éducation du couvain qui s'y trouve à cette époque. Le gros de la population peut alors être introduit avec les précautions nécessaires dans la ruche que l'on veut fortifier et qu'on a eu soin de mettra à la place de celle qu'on a dépouillée. Celle-ci sera portée dans un endroit isolé, où on la laissera en repos pendant dixhuit ou vingt jours. Ce temps suffit pour l'éclosion de tout le couvain qui existait lorsqu'on s'est emparé des abeilles. On achève alors l'opération commencée, c'est-à-dire qu'on fait passer toutes celles qui s'y trouvent dans la ruche la moins peuplée. Cela fait, on peut emporter la ruche pour la dépecer à loisir.
Au reste, les personnes qui suivront ma méthode éprouveront rarement cet embarras; car il est reconnu que les ruches dont la population est nombreuse, qui ont à leur tête une jeune reine forte et
féconde, et des provisions abondantes dans leurs magasins f essaiment presque toujours.
Ayant reconnu que l'essaimage naturel est le. plus convenable pour obtenir de beaux résultais, je le favorise de tout mon pouvoir. Aussi, au retour de la belle saison, mes abeilles étant nombreuses, bien approvisionnées, et n'ayant subi aucune atteinte de la (lyssenterie, puisque par une taille mal raisonnée on ne les a pas privées de pollen, elles peuvent envoyer dans les premiers jours de mai une forte colonie, sans se trouver ensuite trop affaiblies ; cette colonie, se trouvant établie à une époque où les fleurs sont almndantes, prospérera à son tour.
Enfumoir adapté à l'cxlrémité d'un i^uflct.
. J'ai parlé de réunir des populations diverses ; celte opération demande quelques précautions. Il faut d'abord mettre les abeilles en état de bruissement ea les enfumant avant la réunion ; puis il est nécessaire de réitérer les bouffées de fumée à deux ou trois reprises, d'abord afin d'opérei'un mélange complet, et ensuite parce que cette fumée déguise leur odeur naturelle et les empêche de se reconnaître entre elles. On se sert à cet effet, soit d'un enfumoir adapté à l'extrémité d'un soufflet ordinaire, soit d'une canne creuse, espèce de tuyau de fer batlu, long d'un mètre
environ. A l'une de ses extrémités on adapte Fenfumoir, petit tube divisé intérieurement par une toile métallique; par ce dernier moyen, on est dispensé d'avoir un aide, et, comme les abeilles enfumées ne sont nullement redoutables, on peut souffler soimême avec la bouche, conduire Tenfumoir d'une main et opérer de l'autre. 11 est très-rare que l'on soit piqué.
Lorsque tout est préparé pour le transvasement des abeilles-, on dispose la ruche à opérer comme il a été dit* précédemment, sans avoir besoin de lenir les abeilles prisonnières ; ce qui au reste serait impossible, puisqu'il faut se réserver un espace pour y introduire l'extrémité de Tenfumoir.
Bientôt les abeilles se mettent en état de bruissement, puis elles se dirigent vers la ruche supérieure, montent le long de ses parois et abandonnent pour toujoui^s leur ancienne demeure. Il ne faut point se hâter ; il est nécessaire daller peu à peu et de ne pas leur envoyer trop de fumée à la fois : car la fumée les aveugle, et alors, au lieu de quitter les rayons, elles s'y cramponnent et se fourrent dans les cellules, d'où il est impossible de les déloger. En agissant avec douceur, on est bientôt maître de la vieille ruche, où souvent on ne retrouve pas une seule abeille. On voit combien il est aisé d'opérer ces réunions.
En résumé, ma méthode conduit aux résultats suivants : elle procure de la cire en abondance ; elle renouvelle les ruches à peu près chaque année, et ainsi elle les soustrait aux ravages des fausses teignes ; les
alvéoles ne servant guère qu'une saison, leur capacité n'est point diminuée par les toiles dont les larves les tapissent et que les abeilles ne peuvent enlever; ces dernières peuvent acquérir toute la grandeur et la force de celles qui naisssent dans les conditions les plus favorables ; les reines âgées, incapables de travailler à la propagation de l'espèce, sont forcées de céder la place à de plus jeunes, plus actives et plus fécondes.
Mais revenons à nos cylindres. En en faisant usage, on pourra facilement se procurer un miel supérieur en qualité à celui qui se récolte par les procédés ordinaires, sans tracasser les abeilles, comme on le fait en se servant des ruches à cadres de MM. de Prokopovitsch et Debeauvoys, et sans être obligé de passer un temps précieux à des opérations délicates, à des manipulations assez désagréables et toujours fort longues et fort minutieuses, suivant le dire même de ceux qui les conseillent.
Chaque espèce de fleur a une odeur qui lui est propre, et donne un miel dont les qualités sont particulières. Le mélange de tous ces parfums, qui se neutralisent l'un l'auti^e, n'est ordinairement pas trèsagréable. 11 en est de même pour les qualités. Ainsi, le nectar que les abeilles recueillent sur la fleur de l'oranger diffère totalement de celui qu'elles' puisent sur les bruyères, etc. C'est là un fait sur lequel je n'ai pas besoin d'insister.
Ceci posé, on comprend que chaque fleur paraissant à une époque donnée, si Ton récolte exclusive-
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ment le miel provenant d'une seule espèce de fleurs, il en aura le parfum, et il participera des qualités de la plante dont il aura été extrait.
Or, d'après les anciennes méthodes, il est impossible de jouir de ces diverses espèces de miel ; on esl même forcé de se contenter de cAn'i que les abeilles ont mélangé en le transportant d'une partie de la ruche dans l'autre. J'ai pu m'assurer que c'était là une de leurs occupations favorites.
D'après ma méthode, la ruche supérieure, de moindre dimension que Tancienne, est occupée en partie par le couvain ; les abeilles n'y trouvent donc pas de place vacante, le haut étant toujours plein de miel réservé pour leurs besoins ; elles sont pour ainsi dire forcées de laisser le miel là où les butineuses l'ont déposé, du moins jusqu'après la grande ponte de la reine.
Une fois les cellules devenues libres par la naissance ou plutôt la sortie des jeunes abeilles, le miel est transporté dans la partie supérieure; mais comme je n'attends pas ce moment et que je récolte chaque fois qu'il se trouve une certaine quantité de miel dans le cylindre, j'évite anx abeilles nn travail inutile.
Lors donc que le cylindre renferme quelques beaux rayons de miel du poids de deux ou trois kilogrammes environ, je n'attends pas plus longtemps pour m'en emparer; car il vaut mieux renouveler cette récolte que de laisser aux abeilles le temps de travailler le miel et la cire comme elles ont l'habitude de le faire.
J'ai déjà dit en quoi consiste le travail que les abeilles font subir au miel. Quant à la cire, elles emploient un temps considérable à la réédifîcation des rayons.
Cette opération, chef-d'œuvre de leur industrie, étant sans utilité pour nous, et même nuisible à la couleur du miel, qui devient plus jaune dans les cellules réparées, il vaut mieux Tempêcher lorsqu'on le peut que de la laisser faire. Voici en quoi elle consiste.
La cire vierge est très-blanche ; mais plus tard elle prend une belle couleur dorée, ou plutôt rousse ; elle finit peu à peu par devenir presque noire et entière» ment opaque.
Plusieurs auteurs ont attribué ce changement de couleur à la chaleur de la ruche, ou à Thumidité qui y règne, et même à ces deux causes réunies. Il n'en est rien. En voici la preuve. Plusieurs fois j ai renfermé des rayons neufs et vierges encore dans des ruches très-peuplées, en prenant tout simplement la précaution de les tenir hors de la portée des abeilles au moyen d'une toile métallique.
J'ai toujours remarqué que, malgré un long séjour au centre de la ruche, exposés à la chaleur et aux vapeurs humides auxquelles on attribue la couleur plus ou moins foncée de la vieille cire, ces rayons restaient parfaitement blancs, tandis que ceux qui dataient de la même époque étaient devenus d'un brun foncé.
Il suffit d'ailleurs de visiter l'intérieur d'une ruche
pendant les chaleurs; on pourra se convaincre que la couleur obscure que prennent successivement les rayons est due à un travail particulier des abeilles. J^ai observé de plus des rayons dont une partie seules ment avait pris une nuance jaune, ce qui ne pouvait cire attribué qu'à un travail partiel des abeilles. Ces observations coïncident parfaitement avec les expériences que M. Huber a tentées sur ce sujet, et que j'ai vérifiées avec le plus grand soin. M. Huber nous a laissé de précieux détails sur le travail des abeilles à cette occasion, et il attribue justement la peine qu'elles se donnent de reconstruire leurs admirables édifices à la nécessité d'adjoindre la propolis plus tenace et plus forte à la cire qu'houes avaient employée pure en commençant. En effet, les cellules blanches sont extrêmement friables dans les temps froids; elles s'amollissent trop par la chaleur; elles ne pourraient pas, sans cette précaution, soutenir le poids du miel ou du couvain. Mais ee travail est en pure perte pour nous ; il leur prend un temps précieux dans un moment oij les fleurs abondent. Il ne faut donc pas attendre que les grillages se garnissent d'un plus grand nombre de rayons; il est au contraire plus avantageux de récolter deux fois qu'une. Les abeilles travaillent avec plus d'activité ; si on leur rend le même grillage, auquel on a laissé un commencement d'ouvrage, elles s' empressent de réparer la perte qu'on leur a fait éprouver.
On sait que le miel conservé en rayons se vend beaucoup plus cher que celui qui a été coulé, quelle
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que soit sa beauté. Il n'est pas rare d'en rencontrer chez les marchands de comestibles du prix de six francs le kilogramme, tandis que le miel en barrique ne s'élève guère au-dessus de trois francs. Dans le temps de la floraison des acacias, on obtient du miel «entant la fleur d'oranger, car il y a une très-grande analogie entre le parfum de Tune et de l'autre fleur. Le tilleul donne aussi un miel très-eslimé, et une foule de plantes aromatiques peuvent nous oflrir un miel qui participe aux parfums délicieux de plusieurs d'entre elles, ainsi qu'à leurs qualités médicinales.
Cette méthode a aussi cela d'avantageux, que ne louchant pas à la partie supérieure de la ruche, on est assuré que les abeilles ne manquent de rien pendant la mauvaise saison. En outre, il est très-rare qu'elles déposent du pollen dans le cylindre; le miel qu'on y récolte est donc tout à fait exempt de ce mélange qui lui donne une apparence trouble et lui communique un goût sauvage qui est loin d'être agréable.
Lorsque la saison des fleurs est passée, les abeilles cessent de travailler sous le grillage. Alors on enlève le cylindre, et on remet la ruche telle qu'elle était auparavant, avec l'assurance de n'avoir enlevé que le superflu.
La fécondité de la reine, une population nombreuse, active et bien portante, l'abondance des provisions, doivent nécessairement favoriser la sortie des essaims; en effet, on peut être assuré de les obtenir quinze jours
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au moins ava»t l'époque ordinaire. Ou ne saurait se figurer la prodigieuse différence qui existe entre deuxessaims dont Tun est sorti quelques jours seulement avant Tautre.
Mais voypns d'abord quelles sont les conditions d'un bon essaim.
Un bon essaim pèse ordinairement de deux kilogrammes à deux kilogrammes et demi. On en voit même qui dépassent ces chiffres, mais ces cas sont assez rares.
Un kilogramme d'abeilles vivantes et bien approvisionnées, comme elles le sont en quittant la mère ruche, se compose d'environ sept mille abeillies, et non de dix ou onze mille, comme l'avancent certains auteurs qui ont sans doute calculé d'après des abeilles mortes et desséchées. Ainsi la population d'un fort essaim peut s'élever de quinze à vingt mille individus, ce qui est déjà fort raisonnable.
Un essaim médiocre ne se compose guère que de huit à douze mille abeilles, et les petits essaims du mois de juillet complent à peine de trois à six mille individus.
La population d'un fort es$aim, composé comme je l'ai dit, de quinze à vingt mille abeilles, pourra amasser avec d'aulant plus de facilité d'abondantes provisions, que les abeilles sont en nombre suffisant pour pourvoir à tous les besoins du ménage, à l'éducation du couvain, à la garde et à la ventilation de la ruche, sans négliger la récolte du miel ni la construction des magasins.
Dans les journées les plus favorables à la sécrétion au miel, les abeilles redoublent d'activité. On a remarqué qu elles peuvent rapporter leur poids de miel en faisant trois ou quaire voyages par jour, Or, bien qu'elles en fassent un plus grand nombre, établissons notre calcul sur cette donnée. Comme on pourrait douter de l'exactitude d'une semblable assertion, je veux prouver que rien n'est plus aisé. Voulant savoir au jusle combien une forte population pouvait récolter de miel en un jour, et comparer ce résultat à celui d'une ruche faible, j^avais imaginé de placer quelques ruches sur une espèce de balance, et chaque soir je prenais note de Taugmentalion ou de la diminution de pesanteur de mes ruches. 11 m'était bien facile de le savoir, à quelques grammes près, au moyen de poids que j'ajoutais ou que je retranchais. Je pouvais ainsi me rendre compte de la consommation journalière des abeilles en les pesant soir et malin, et comparer la différence des produits d'une ruche faible avec ceux d'une ruche bien peuplée, toute proportion gardée. Or, d'après mes expériences, je puis établir les calculs suivants.
Supposons un essaim logé dans sa nouvelle demeure le 20 mai; s'il pèse deux kilogrammes et demi, et qu'il y ait eu du 20 mai au 20 juin dix jours de grande récolle, dix de médiocre, et dix jours de récolte à peine suffisante pour la subsistance de la peuplade, la récolte s'élèvera à trentekilogrammes.il faut en retrancher la moitié qui aura servi à la nourriture du couvain et des abeilles; reste donc quinze
kilogrammes. Eh bien ! ces quinze kilogrammes seront évidemment le bénéfice qne Tessaim précoce aura produit en sus de ce qu'aurait donné un essaim sorti un mois plus tard.
Là ne se bornent pas les avantages que le premier essaim aura sur Taulre.
Les provisions étant abondantes et les abeilles nombreuses, elles pourront construire des édifices en suffisante quantité pour élever tous les œufs pondus par la reine, ce qui augmentera prodigieusement la* population : car, si cette reine est féconde, elle pondra de deux à Irois cents œufs par jour, quantité énorme, mais qui n'est point exagérée, puisque, dans une bonne année, une ruche peut envoyer jusqu'à quaire colonies, fortes, Tune dans l'autre, de dix mille individus.
Dans les années très-favorables, la ponle s'élève même quelquefois jusqu'à soixante mille œufs!...
Or, voici quels sont les résultats d'une forte population.
D'après des expériences répétées, on peut regarder comme une chose positive qu'il faut douze mille abeilles pour que les travaux ne soient pas interrompus, même dans la saison la plus favorable. Si un essaim est composé de vingt mille individus, non-seulement la prodigieuse fécondité de la reine sera utilisée en entier, mais l'excédant de la population sera employé à l'approvisionnement de la ruche. Il est facile de concevoir que deux kilogrammes d'abeilles faisant, sans qu'aucun des travaux intérieurs en souffre, trois
et même quatre ou cinq voyages par jour, la recolle sera bientôt assez abondante pour qu'o» puisse en prendre une partie sans nuire aux travaux. Au contraire, Tessaim qui ne quitte la nnère ruche que le 20 juin arrive bientôt à une époque où le petit nombre de fleurs que le soleil n'a pas desséchées ne contient que fort peu de miel , Les abeilles se trouvent alors forcées de suspendre la construction des alvéoles destinés h Taccroissement de la famille, et la ponte de la reine est sacrifiée, chose très-facheuse sous tous les rapports : car la population n'augmente pas, et, si Tautomneest peu favorable, la ruche est en grand danger de ne pouvoir passer l'hiver*.
On comprendra facilement quels sont mes motifs en recommandant aux apiculteurs de ne garder que des ruches très-peuplées, puisque sans cela il n'y a que des mécomptes à attendre, au lieu de profils certains.
* J'ai compté près de cinquante mille alvéoles dans une ruche bien peuplée ; environ huit mille étaient occupés par des œufs, des larves et des nymphes, quatre ou cinq mille par du miel clarifiée et du pollen, et une dizaine de mille par du miel pur. Le reste était entièrement vide.