CHAPITRE V
EAialin eondait par ane vieUle reiae.
Cependant le garde-chasse vint annoncer que la ruche la plus éloignée allait aussi jeter un essaim. Cette fois, il n'y avait pas de pavillon protecteur où Ton
Jeune abeille vue au microscope.
put se réfugier et être en même temps assez rapproché des abeilles pour jouir du spectacle de leur émigration. M. de Lémansfeld désigna aux curieux un
2Sl QIATRIÈME PARTIE.
endroit qui se trouvait précisément à deux pas de la ruche en travail d'enfantement ; mais, tandis qu^uii rayon de soleil l'illuminait obliquement, de jeunes arbres très-feuillus prêtaient un abri presque impénétrable au jour, sans empêcher tout à fait l'observateur caché derrière ce massif de voir les abeilles se jouer en tourbillonnant au sortir de la ruche. M. X.. . en saisit une au passage, et, l'ayant placée au foyer d'un microscope, la fit voir éclairée par un rayon de soleil. C'était une jeune abeille dont les ailes et les poilsqui recouvraient certaines parties du corps avaient encore toute leur fraîcheur.
L'attention se reporta bientôt sur la ruche en travail, dont le bourdonnement augmentait à chaque instant.
On ne voyait encore que l'avant-garde ; bientôt cependant les abeilles défilèrent en troupes serrées, et l'essaim tout entier tournoya dans les airs. Mais cette fois ce n'avait pas été sans de longues hésitations ; on eût dit qu'un obstacle les retenait au logis. Les abeilles se livraient depuis longtemps à leui's courses circulaires, loreque le garde-chasse, impatienté de les voir s'agiter sans succès, se pencha près de la ruche, cherchant à- découvrir si la reine, victime de quelque empêchement imprévu, ne se trouvait pas sur le tablier ou dans les environs.
Tout à coup il fit signe à M. deLémansfeld d'approcher. «Voyez donc, monsieur, lui dit-il; serait-ce par hasard une reine, cette petite bête toute noire? Elle est pourtant plus grande qu'une ouvrière, continua-
l-il en la saisissant délicatement ; mais si c'est là une reine, elle doit être bien vieille.
— Oui, vraiment, c'est bien là une reine, répliqua M. de Lémansfeld, une vieille reine en effet. Donnezla-moi, je vous prie. »
Et, la prenant dans ses mains, il la porta vers ses amis, la montrant d'abord à M. X....
a Oh! qu'elle est chétive! s'écria celui-ci ; je ne m'étonne plus qu'elle n'ait pas pu s'élever dans les airs : ses ailes sont toutes frangées, déchiquetées.
— Comment, c'est là une reine! fit l'un.
— C'est là le chef d'un grand peuple ! dit l'autre.
— Pauvre général ! poursuivit un troisième ; je ne suis plus surpris de la prudence que tu mettais dans tes opérations ; tu n'es plus qu'un vieil invalide!
— Eh bien ! celle -pauvre reine loute vieille, tout usée qu'elle soit, n'en esl pas moins chère à ses sujets, à ses enfants plutôt ; voyez comme les abeilles sont maintenant inquiètes, comme elles rentrent et ressortent tumultueusement. C'est qu'elles sont à la recherche de leur reine. Nous ferons bien de nous éloigner, à moins que nous ne la leur rendions au plus vite.»
Cependant M. X.... déclara ne vouloir pas rendre la reine ; il espérait forcer les abeilles à en élire une autre parmi les jeunes, qui étaient prèles à sortir. « Ce ne sera qu'un simple retard, dit-il; dans quelques jours l'essaim se reformera de nouveau, et alors il aura à sa tête un chef jeune et fécond.
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On se relira donc du champ d'observation en entportant la malheureuse reine; cette imprudente tentative d*cmigration lui coûta le trône et la vie, car ello ne put supporter longtemps sa captivité.