CHAPITRE MI
De la miellée. — De« falsllieatloii» du commeree.
La miellée végétale est une espèce de Iranssudation qui se manifeste pendant les chaleurs, surtout pendant les temps orageux, sur les feuilles de certains arbres. On a remarqué que le chêne vert est particulièrement sujet à se couvrir de miellée, mais que les leuilles des anciennes pousses, d'un ïissu ferme, sont seules propres à la fournir, car on n'en voit jamais sur les jeunes. La ronce, le houx, le mélèze, le pin franc, etc., se couvrent aussi de miellée. Quelquefois, après une pluie d'orage, Técorce de certains arbres se fend et laisse suinter une liqueur sucrée dont les abeilles sont fort avides.
On comprendra que cette liqueur, quelque douce et agréable qu'elle puisse être aux abeilles, ne contient aucun des principes qui rendent le miel aussi uûle dans ses usages qu'excellent comme nourriture. La miellée est, il est vrai, une ressource très-précieuse pour les abeilles, car elle paraît précisément à l'époque i,\\ les champs ne leur offrent que quelques fleui^s
rares et desséchées ; mais son mélange avec le miel n'en diminue pas moins considérablement la valeur et les qualités de ce produit.
C'est donc une nécessité de recueillir le miel du printemps avant que les abeilles l'aient altéré par son mélange avec une substance privée d'arôme et de toutes les qualités qu'on recherche dans le miel.
Quant à la miellée animale, produit d'un insecte hideux et dégoûlail t, je pense que tout le monde partagera ma répugnance pour le miel qui en contiendrait, malgré les noms à'élixir^ de liqueur délicieuse que certains auteurs donnent aux excréments de» pucerons, dont les abeilles paraissent assez friandes. Un apiculteur dont j'ai oublié le nom a pourtant écrit un ouvrage pour enseigner la manière de multiplier ces insectes (les pucerons) comme pouvant succéder aux fleurs du printemps et en tenir lieu pendant Tété. Les pucerons extraient la sévcâcre de certains arbres, la transforment dans leur corps en une liqueur sucrée cl la rejettent sous forme de déjection. Aussi cet auteur leur donne le nom de fabricants de miel.
Quelque répugnance que Ton puisse avoir pour ce genre de fabrication du miel, il est du moins tout à fait inoffensif, et l'altération qu'il apporte par son mélange avec le nectar des fleurs n'a d'autre inconvénient que de diminuer les qualités et la valeur de celui-ci; mais il n'en est pas de même des altérations qu'on fait subir au miel commun dans le commerce, pour lui donner l'apparence du miel de Narbonne, si recherché des consommateurs. Je ne veux point
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parler de rinnocente supercherie de quelques marchands, qui ajoutent à du miel non cristallise une certaine quantité de sucre blanc en poudre. Ils se procurait par là, il est vrai, un profit illicite et trompent les acheteurs sur la qualité, mais c'est une tromperie sans danger pour la santé publique.
La fraude que je veux signaler est autrement coupable, puisqu'elle peut causer un véritable malaise aux amateurs de beau miel blanc. La substance employée pour blanchir le miel est très-corrosive; lorsqu'on a mangé de ce miel, on sent dans l'arrière- Iwuche un feu, une âcreté qui irrite et excite à la toux. Qu'on juge donc de l'effet qu'il doit produire sur les malades, qui justement ont besoin d'adoucissants, et sur les enfants, dont les fibres sont si délicates et la peau si tendre.
Il est impossible de juger de la qualité du miel à la simple vue; les marchands sont parvenus à lui donner la couleur la plus flatteuse et le parfum le plus agréable; c est donc seulement au goût qu on peut reconnaître s'il est falsifié. Le miel pur, quelles que soient son origine et sa nuance, ne doit laisser aucun arrière-goiit désagréable; il ne doit ni irriter le palais ni communiquer une impression brûlante à la gorge. Lorsqu'on n'a pas eu soin d'enlever lout le jpollen, il a une apparence trouble, un goût farineux, et cependant aromatique, qui peut ne pas plaire, mais qui prouve souvent mieux en faveur de sa pureté que lorsqu'il est blanc et transparent.
On s*imagine que le mie. ferme doit être lout à fait
naturel, mais il n'en est pas toujours ainsi ; lorsque les substance* qui doivent le blanchir ont été mélangées pendant son état de fluidité, il devient ferme et grenu comme le miel le plus pur. Celui qui est grenu et coulant tout à la fois peut être, malgré cette apparence, très-pur; cela prouve seulement qu'on Ta manipulé avant qu'il se soit raffermi.