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CHAPITRE VI

Maladies des abeilles* — Moyens de guérlson.

Après avoir prévenu plusieurs fois les apiculteurs, dans le cours de cet ouvrage, du tort irréparable qu'ils font à leui^ ruches en enlevant le pollen mal à propos et sans profit, puisque cette substance, qui est le véritable pain des abeilles et qui leur coûte des peines infinies à récolter, n'est d'aucun usage pour nous, je n'aurais peut-être pas dû consacrer un chapitre aux maladies des abeilles. Je n'en connais d'ailleurs qu'une seule, terrible il est vrai, car elle entraîne souvent la perte entière du rucher qui en est attaqué. Mais, comme la privation du pollen ou son altération, ainsi que celle du miel, en est la seule origine, il est facile de la prévenir. La privation du pollen et l'altération du miel proviennent toujours d'une pratique défectueuse ou de l'ignorance du propriétaire d'abeilles.

Je ne connais qu'une seule exception à cette règle, et la voici : c'est quand le pollen que les abeilles mangent est altéré par l'humidité. 11 peut s'altérer dans les ruches où Teau a pénétré, dans celles à dessus

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plat, par exemple ; les vapeurs, ne pouvant s'écouler le long des parois, retombent en eau sur les gâteaux et occasionnent ainsi la moisissure du pollen. Gomme c'est la construction vicieuse des ruches qui en est la cause, il est facile d'en prévenir les conséquences désastreuses, en renonçant à un genre de ruche défectueux. La position du rucher y est aussi pour quelque chose; ainsi, dans les lieux bas et humides, le pollen s'altère très-facilement: il est encore aisé de remédier à cet inconvénient, en plaçant le rucher dans un endroit mieux aéré.

Le seul cas où cette cruelle maladie attaque les ruches sans qu'il y ait de la faute du propriétaire, c'est lorsque les abeilles n'ont pas finit en temps opportun une provision de pollen suflisante pour le couvain el pour elles-mêmes; si dans une semblable circonstance, le printemps est froid, humide, pluvieux, le pollen s'en trouve altéré sur les fleurs mêmes, et comme par suite le miel est aqueux, il n'est pas étonnant que ces deux causes réunies soient dulBsantes pour donner la dyssenterie aux abeilles. Dès qu'on s'en aperçoit, il faut y porter remède; autrement les ruches succombent promptemont, ou du moins les abeilles sont décimées précisément à une époque où la population ne saurait être trop nombreuse.

On a indiqué une foule de remèdes à cette maladie. Un seul.m'a toujours paru efficace, c'est celui qui est indiqué par M. Frémiet ; le voici :

On met dan3 un vase un litre de bon vin vieui, un quart de kilogramme de sucre blanc, autant de miel

de première qualité, une trentaine de gouttes de bonne cau-de-vie, une pomme de reinetle, deux poires de saint-germain bien écrasées, et on fait cuire le tout à consistance de sirop pour le donner aux abeilles malades.

Je pense que la pomme de reinette et la poire de saint-germain ne sont point de nécessité absolue.

Il faut verser cette liqueur sur des rajons vides et propres qu'on aura mis dans une assiette ; les abeilles descendent sur ces gâteaux et peuvent sucer le sirop sans s'engluer aucunement.

Pour la dénudation du corselet, la maladie des antennes, le vertige, etc., etc., ces maladies ne sont pas connues des apiculteurs qui soignent convenablement leurs abeilles. On ne les voit que là où le propriétaire des abeilles a substitué une nourriture préparée par lui à celle que la nature leur a destinée.

Il en est de même des maladies qui attaquent le couvain. Lorsqu'on oblige ces pauvres petites bêtes à vivre de mauvaises drogues sucrées, le couvain s'en ressent aussitôt. S*il ne périt pas, la plupart des abeilles qui en proviennent sontinflrmes, ainsi que l'a remarqué M. Debeauvoys.

J'engage les personnes qui auraient observé ces signes de décadence chez leurs abeilles à moins les tourmenter, à ne plus les obliger à travailler contre les règles de la nature et à ne pas se substituer à celleci en ce qui concerne leur nourriture. D'ailleurs le premier effet que produisent les matières sucrées que l'on donne aux abeilles, c'est d'altérer la constitution

de la reine, qui alore donne celle ponle viciée dont M. Debeauvoys se plaint si juslement. C'est aussi pour les abeilles que Dieu a créé les fleurs. C'est pour nous qu'elles sont belles, mais le nectar et le pollen qu'elles contiennent sont la seule et vraie nourriture d'une foule d'insectes; et pour les abeilles rien ne peut la remplacer.

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