‹ Les abeilles et l'apicultureChapitre 7 sur 42 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

¥ariétés d'ouYiiëres. — Récolte do miel, du pollen,

de la propolis.

MJutkge» dirers de la propolis. — Importance du pollen.

Nourriture des larwes.

Certains auteurs prétendent qu'il existe plusieurs variétés d'ouvrières ; cette observation est-elle bien oxîicte? y a-t-il réellement de grandes et de petites ouvrières incapables de remplir telle ou telle fonction?. . . Hubert a parlé de cette diversité comme d'une chose qui méritait d'être attentivement observée, mais il ne l'a pas affirmée positivement. De nos jours, on est revenu sur ce sujet, et, sans avoir acquis aucune preuve, on n'a pas craint de donner cette supposition comme une chose avérée. Nos devanciers étaient plus jaloux de leur réputation d'observateurs véridiques. Quant à moi, voici ce que j'ai remarqué sur ce sujet ou vu de mes propres yeux. On sait que les alvéoles qui ont servi à un grand nombre d'éducations setrouvent à la fin fort rétrécis par les toiles dont les larves ont tapissé leurs parois et que les abeilles ne savent ou ne peuvent jamais enlever. Or, ce rétrécissement.

d'abord insensible, devient, au bout de quelque temps, assez remarquable pour avoir une influence fâcheuse sur la taille de l'insecte qui y naît : il ne peut y prendre le développement nécessaire. Cette cause toute naturelle explique la différence de taille qui existe entre des abeilles d'une même ruche; cette différence est plus sensible encore si la ruche renferme des rayons de construction très-ancienne et des alvéoles récemment bâtis.

S'ensuit-il de là que ces petites abeilles ne puissent remplir les mêmes fonctions que les autres, et que celles dont la taille est plus développée soient inhabiles aux soins du ménage? Je ne saurais le croire, car ce fait me semblerait contre nature. Au reste, malgré les investigations les plus actives, je n'ai rien observé qui soit propre à le confirmer. Mais ce dont j'ai acquis l'entière certitude, c'est que les jeunes abeillea se consacrent particulièrement à la récolte du miel et du pollen et à l'élaboration de la cire; je ne les ai jamais surprises soignant les larves, bâtissant et terminant les alvéoles, employant la propolis comme je l'ai dit plus haut, se vouant enfin aux soins du ménage. J'ai souvent donné à quelques abeilles enfermées des portions de gâteaux contenant du couvain à élever, et quand parmi ces prisonnières il s'en trouvait de vieilles, elles en prenaient soin, tandis que les jeunes abeilles ne s'en occupaient jamais. Elles laissaient mourir de faim ces larves, et ne savaient ou ne voulaient pas même couvrir et sceller celles dont l'accroissement était terminé. Cependant je ne me hâterai pas de

conclure : ce serait imiter ceux dont je blâme la témérité.

Quoi qu'il en soit de ces prétendues variétés, est-il rien de plus intéressant que de voir dans une belle journée de printemps cette multitude d'abeilles se précipiter hors de la ruche et s'éloigner de toute la vitesse de leurs ailes dans toutes les directions, tandis que d'autres, en pareil nombre, arrivent en droite ligne des lieux où elles ont été butiner? Mais comment s'y prennent-elles pour se charger de toutes ces petites boules ou plutôt de ces petits pains rouges, bleus, jaunes, verts, de toutes les nuances enfln, que vous voyez attachés à leurs jambes postérieures lorsqu'elles arrivent? J'ai observé qu'elles ont pour règle invariable de ne jamais entrer successivement dans des fleurs de familles diverses. Lorsque je parlerai delà nourriture des jeunes reines, j'aurai occasion de revenir sur ce sujet. Il est très-probable qu'elles ont besoin degarderpur de tout mélange le pollen qu'elles destinent aux larves dont les fonctions ne sont pas les mêmes.

Voyons maintenant comment elles s'y prennent pour récolter le miel et se charger du pollen. Suivons l'une d'elles sur une fleur de melon, par exemple. Le pol- ^len de la famille du cucurbitacé est d'un jaune plus ou moins pâle ; on en voit aussi de jaune foncé, d'orangé et presque rougeâtre. Celui du melon est ordinairement d'un assez beau jaune. A peine descendue dans la fleur, l'abeille entr'ouvre un des sacs où se trouve la poussière fécondante, qui esta l'état de pâte

molle. Elle en saisit avec ses mandibules une petite quantité el la fait entrer de force dans les deux petites corbeilles dont ses jambes de derrière sont pourvues ; elle s'aide, à cet effet, de l'organe qu'on nomme improprement sa trompe, dont elle se sert comme d'unballoir. Aussitôt que sa provision de pollen est faite, elle descend au fond de la fleur, perce le réservoir qui contient le miel, et y introduit sa trompe ; comme le nectar est abondant dans ces fleurs-là, il lui faut peu de temps pour en emplir sa vésicule. Chargée de butin, elle prend directement jambe postérieure la route la plus droite pour retour- '"' '" microscope. ner à sa ruche, qu'elle reconnaît sans jamais s'y méprendre.

Mais voici d'autres abeilles qui rentrent précipitamment; elles aussi sont chargées, et cependant ce n'est pas du pollen qui remplit leurs corbeilles ; on voit que c'est une autre substance, brune, presque transparente. Ces abeilles ne sont pas allées .sur des fleurs; leur vésicule n'est pas pleine, cela se voit à leur taille itiince et à leur air dégagé. La matière qu'elles rapportent avec tant d'empressement est la propoliSy dont elles ont besoin pour fortifier leurs rayons et calfeutrer toutes les ouvertures et les fentes par où leurs ennemis pourraient pénétrer. Elles s'en servent aussi pour enduire ou plutôt pour ensevelir

r.2 PREMIERE PARTIE.

les corps des insectes, limaces, souris et autres petites bêtes, lorsque, après les avoir tuées, elles n'ont pu les entraîner hors de leur demeure.

Cette substance est une espèce de résine d'une odeur aromatique et d'une amertume extrême.

Elles vont la chercher sur certains arbres dont les bourgeons sont enduits d'une matière visqueuse. Le peuplier, par exemple, leur en fournit beaucoup; mais la propolis du peuplier n'est pas très-aromatique. Or, comme elles en rapportent de diverses nuances, vertes, brunes, jaunes et plus ou moins parfumées, il faut conclure qu'elles en ramassent sur des plantes où nous n'en avons pas encore observé.

Celte récolte paraît causer un certain trouble parmi les abeilles.

« Les abeilles d'une de mes ruches, dit l'illustre aveugle de Genève, ne pouvant sortir à cause des pluies qui survinrent, furent trois semaines sans rapporter de propolis ; leurs gâteaux conservèrent une blancheur parfaite jusqu'au commencement de juillet, époque à laquelle l'atmosphère se disposa plus favorablement pour mes observations. Un temps serein, ,une température élevée, engagèrent les abeilles à la récolte de la propolis. On les voyait revenir de la campagne chargées de cette gomme qui ressemble à une gelée transparente ; cette substance avait alors la couleur et l'éclat du grenat; on la distinguait aisément des pelotes farineuses que les autres abeilles apportaient en même temps. Les ouvrières chargées , de propolis se joignirent aux grappes qui pendaient

'lu haut do la ruche ; on les voyait parcourir les couches anlérieures du massif; quand elles étaient parvenues aux supports des gâteaux, elles s'y reposaient; elles s'arrêtaient quelquefois sur les parois verticales de leur demeure, en attendant que les autres ouvrières vinssent les débarrasser de leur fardeau.

ce Nous en vîmes effectivement deux ou trois s'approcher de chacune d'elles, prendre avec leurs dents la propolis sur les jambes de leurs compagnes et partir aussi tôt avec ces provisions. Le haut de la ruche présentait l'aspect le plus animé ; une foule d'abeilles s'y rendaient de toutes parts ; la récolte, la distribulion et les divers emplois dé la propolis étaient alors leur occupation dominante ; les unes portaient entre leurs dents la matière dont elles avaient déchargé leurs pourvoyeuses et la déposaient sur les montants du châssis ou sur les supports des gâteaux ; les autres se hâtaient de l'étendre comme un vernis avant qu'elle fût durcie, ou bien elles en formaient des cordons proportionnés aux interstices qu'elles voulaient mastiquer.

« Rien de plus varié que leurs opérations ; mais ce que nous étions le plus intéressés à connaître, c'était l'art avec lequel elles appliquaient la propolis dans les alvéoles; nous fixâmes notre attention sur celles qui nous parurent disposées à s'en occuper. Lorsqu'elles en eurent atteint la superficie, elles y déposèrent la propolis. Quand d'autres ouvrières eurent convenablement préparé les cellules, les eurent polies et ratissées à l'aide de leurs dents, elles en sortirent en reçu-

lant, s'approchèrent du las de propolis; une d'elles, que nous suivions, y plongea ses dents et tira un fil de matière résineuse; elle le rompit aussitôt en écartant sa tête brusquement, le prit avec les crochets de ses pattes antérieures, et rentra dans la cellule qu'elle venait de préparer. Elle n'hésita point à placer le filet entre les deux pièces qu'elle* avait aplanies, et au fond de l'angle que celles-ci formaient ensemble ; mais elle ,trouva sans doute ce cordon trop long pour l'espace qu'il devait recouvrir, car elle en retrancha une partie ; elle se servait tour à tour de ses pattes antérieures pour l'ajuster et l'étendre entre deux pans, ou de ses dents pour l'enchâsser dans le sillon anguleux qu'elle voulait garnir de cette matière.

« Après ces différentes opérations, le cordon de propolis parut encore trop large et trop massif au gré de cette abeille; elle se remit tout de suite à le ratisser, et chaque coup tendait à enlever quelques parcelles. Lorsque ce travail fut achevé, nous admirâmes l'exactitude avec laquelle ce cordon était ajusté entre les deux pans de l'alvéole. L'ouvrière ne s'en tint pas là : elle se retourna vers une autre partie de la cellule, fit agir sa mâchoire contre la cire, sur les bords des deux autres trapèzes, et nous comprîmes qu'elle préparait encore la place que devait recouvrir un nouveau filet de propolis. Nous ne doutions pas qu'elle ne s'approvisionnât sur le tas qui lui avait fourni précédemment; mais, contre notre attente, elle tira parti de la portion qu'elle avait retranchée du premier lîlet, l'arrangea dans l'espace qui lui était destiné, et

lui donna toute la solidité et le fini dont il était susceptible. D'autres abeilles achevèrent l'ouvrage que celle-ci venait de commencer. Tous les pans de l'alvéole furent bientôt encadrés par des filets de propolis; les abeilles en placèrent aussi sur les orifices. »

Cette description ne nous donne- t-elle pas une haute idée de la sagacité de ces petits êtres?... N'agissentils pas comme s'ils étaient doués d'un esprit capable de réflexion et même de prévoyance?

L'abeille n'est pas seulement architecte habile pour construire sa demeure, elle est aussi peintre pour l'orner. Quand son édifice est terminé et qu'elle lui a donné tout le soin désirable, elle le peint en jaune, et rien n'est plus curieux que de la voir à l'ouvrage ; à l'aide de sa langue fourchue, dont elle se sert comme d'un pinceau, elle met les cellules en couleur, au dehors comme au dedans. Jusqu'à présent personne ne sait où elle prend cette belle couleur jaune dont elle dore ses gâteaux.

La manière dont les abeilles placent le miel dans les cellules est aussi une preuve très-remarquable de leur intelligence. On sait que le miel nouveau est trèsfluide, très-coulant; on sait aussi que les cellules sont disposées comme des verres à boire qu'on aurait entassés l'un sur l'autre, non debout, comme lorsque nous voulons les emplir d'un liquide quelconque, mais couchés sur le côté, l'ouverture dirigée un peu vers le haut de la ruche ; observation très-importante : car cette construction inclinée, en donnant une plus grande solidité

aux rayons, contribue à retenir le miel dans les alvéoles. Malgré cela, si les ouvrières essayaient d'emplir tout d'un coup les cellules, le miel s'écoulerait le long des gâteaux et engluerait les abeilles : ce qui serait désastreux, car il est rare qu^elles survivent à cet accident.

Elles ont réussi à parer à cet inconvénient, et voie» comment : le miel, sous l'action de la chaleur ordinaire de la ruche, s'évapore et se recouvre d'une espèce de peau qui prête facilement et empêche la partie la plus liquide de s'écouler. Les abeilles mettent à profit cette circonstance, introduisent le nouveau miel par un petit trou qu'elles pratiquent adroitement dans^la peau, et, quand la cellule est remplie, elles la couvrent avec un couvercle de cire suffisamment fort pour conserver leur provision et scellé hermétiquement* Les gâteaux contenant du miel se distinguent facilement de ceux où il y a du couvain. Les premiers ont un couvercle plat, tandis que celui des autres est bombé.

Avant de quitter ce sujet, voyons quel est l'usage du pollen dont les jeunes abeilles sont particulièrement chargées de pourvoir la ruche. Celui qu'elles rapportent en si grande quantité sert-il à leur nourriture et «n celle des larves, ou bien le convertissent-elles en cire, comme le prétendent certains savants modernes, malgré les assertions de Huber et les nouvelles preuves que j'ai apportées dans un de mes précédents ouvrages?...

Les expériences du célèbre aveugle sont pourtant

si concluantes, si bien décrites, qu'il est difficile de comprendre comment les hommes instruits ont osé les rejeter sans se donner la peine de les examiner.

Voici comment M. Huber rend compte de ses expériences sur le pollen. Après avoir enlevé jusqu'aux moindres parcelles de pollen, il renferma soigneusement les abeilles d'une de ses ruches d'observation, afin de les empêcher d'en aller récolter de nouveau. Le premier et le second jour, il ne se passa rien de remarquable ; les abeilles étaient tranquilles; mais le troisième jour on entendit un grandbruit dans la ruche; impatient de voir ce qui l'occasionnait, il ouvrit un des volets et il remarqua que tout élait en confusion ; le couvain avait été abandonné, les ouvrières couraient en désordre sur les gâteaux, elles se précipitaient par milliers au bas de la ruche; celles qui se trouvaient vers la porte rongeaient avec acharnement la grille dont elle était garnie ; leur intention n'était pas équi voque, elles voulaient sortir dd prison.

11 fallait qu'un besoin impérieux les obligeât à chercher ailleurs ce qu'elles ne pouvaient trouver dans leur demeure. Craignant de les faire périr en les empêchant plus longtemps de suivre leur instinct, M. Huber leur accorda la liberté ; mais il était lard, le soleil était couché. L'heure n'était pas favorable à la récolte, les abeilles voltigèrent à l'entour de la ruche et ne s'écartèrent point. L'obscurité croissante et la fraîcheur de l'air les obligèrent à rentrer.

La nuit calma probablement leur agitation, car elles remontèrent paisiblement sur leurs gâteaux; l'ordre

paraissait rétabli, on prolîta de ce moment pour rel'ermer la ruche.

Pendant cinq jours que dura la captivité des abeilles; elles manifestèrent le même désir de sortir de leur prison ; chaque soir elles semblaient dans le délire ; alors on les faisait sortir ; mais la soirée étant fort avancée leur liberté leur devenait parfaitement inutile, et elles étaient Ibrcées de rentrersans avoir pu se procurer cequi élaitsi nécessaire à leur tranquillité. Enfin, voulant connaître en quel état se trouvait le couvain, on leur accorda pleine et entièie liberté. Alors on examina les cellules qui avaient contenu les œufs, le couvain ; elles étaient vides ; ni œufs, ni vers, ni gelée, lout avait disparu, les larves étaient mortes de faim. En supprimant le pollen, on avait privé les abeilles de lout moyen de les nourrir.

Dans une autre expérience, voulant s'assurer de l'usage qu'elles feraient du pollen, on en répandit sur la table de la ruche; les abeilles, ayant aperçu le pollen, se jetèrent avec avidité sur cette poussière, ou plutôt sur celle pâle, car, une fois emmagasiné, le pollen prend la forme d'une pâte plus ou moins sèche. Elles en prirent avec les dents et en firent entrer dans leur bouche. Celles qui en avaient mangé le plus avidement remonlèrent avant les autres sur les gâteaux, s'arrêtèrent sur ceux qui contenaient des ^larves, y entrèrent la tête la première, et il est probable qu'elles offrirent à leurs nourrissons celte gelée dont ils sont constamment pourvus dans l'état ordinaire. Si les savants s'étaient donné la peine de répé-

1er les expériences de Huber, ils se seraient é vile le ridicule de vouloir enseigner ce qu'ils ignoraient eux-mêmes.

Quand les abeilles ne sont pas pressées de fournir aux larves leur nourriture habituelle, elles consacrent bien plus de temps à la fabrication de la gelée.

On trouve toujours, dans les ruches qui contiennent du couvain, une multitude d'abeilles posées sur un ou deux gâteaux contenant du miel non bouché et du pollen. Leur attitude immobile, leur trompe plongée dans le miel et leurs ailes étendues, qu'elles agitent de temps en temps par une espèce de frémissement, ne laissent aucun doute sur les fonctions de ces abeilles. Elles ne quittent cette position que pour aller manger un peu de pollen, et retournent ensuite vers le miel. Après avoir fait ce manège pendant un certain temps, elles vont vers les alvéoles qui contiennent les larves, etelles y dégorgent la gelée qu'elles ont fabriquée.

Aussi voit-on, dans certains jours du printemps, à la suite des pluies de longue durée, les abeilles des ruches qui sont privées de pollen transporter hors do leur demeure une multitude de larves de tout âge, qui sont probablement mortes de faim. Elles n'attendent même pas leur mort pour les enlever de leur berceau et lés jeter au loin, car j'en ai remarqué qui s'agitaient pendant que les nourrices les entraînaient hors de la ruche.

C'est donc par suite d'une mauvaise coutume, et par ignorance, que nos paysans retranchent avec soin

tout gâteau contenant du pollen. Bien des personnes auront remarqué cette circonstance sans y attacher beaucoup d'importance; si elles ont demandée l'homme qui taillait leurs ruches pourquoi il enlevait une chose qui n'avait que peu de valeur, mais qui pouvait être utile aux abeilles, il aura peut-être répondu que c'était afin de débarrasser les mouches du rouget qui encombre inutilement leurs gâteaux. Il paraît même que les gens de la campagne considèrent le pollen comme une cause de maladie pour les abeilles.

D'après ce qui vient d'être dit, on a pu se convaincre de l'utilité de cette substance pour l'élève des larves. Privées de pollen, les abeilles ne sauraient nourrir la nombreuse postérité de la reine, et la population ne larderait pas à s'éteindre. Mais ce n'est encore là qu'une partie des maux qui frapperaient nos ruchers. Les abeilles elles-mêmes ont besoin d'une nourriture plus substantielle que le miel ; tant que la belle saison dure, elles peuvent se procurer du pollen, qui est pour elles ce qu'est le pain pour nous ; l'enlèvement de cette substance se fait donc peu sentir pendant la saison des fleurs : il n'en est plus de même lorsqu'elles sont forcées de rester au logis. Aussi, dès que le soleil vient de nouveau réchauffer l'atmosphère, les abeilles, qui consomment davantage, n'ayant que du miel pour toute nourriture, prennent la dyssenterie, et l'on voit souvent des ruchers entiers périr de cette terrible maladie, alors que le retour des beaux jours promettait à l'apiculteur de nombreux essaims et d'abandantes récoltes.

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