RS 252 LES ABORDS
« En partant, nous enterrâmes notre bagage dans la crevasse d’un glacier où nous avions dormi, et où il était à l’abri des ours rôdeurs, et avec le trai. neau de chiens, nous nous dirigeâmes, en traversant un champ de neige, vers les hautenrs qui étaient élevées de 1,000 à 3,000 pieds. En atteignant le cap proéminent et rocheux de la Germania, j'observai la latitude méridienne (81° 57’ nord), Là, nous laissâmes le traîneau, et attachés à la corde, nous traversâmes le névé d’un glacier, qui descendait vers notre gauche en degrés gigantesques. Mais les nombreuses crevasses qui obstruaient notre chemin, aussi la certitude d’avoir atteint la latitude de 82° 5’ nord, après une marche de cinq heures depuis midi, nous amenèrent à abandonuer toute découverte ultérieure, et nous étant dirigés vers le nord pour dix-sept jours, nous nous arritâmes sur la hauteur du cap Fligely.
« Nous étions maintenant en position de juger de l'étendue de l’eau de la côte, c'était une polyni limitée par une vieille glace dans laquelle flottaient des masses de glace de formation récente.
« Comme je tiens à me borner ici à rapporter des faits, je m'abstiendrai de toute discussion relative à la navigabilité et à la nature de ces parties
de l'océan Arctique, qui n’ont encore été vues par!
personne.
« Il n'y a cependant aucun doute que les faits observés et la vue que nous avions du haut du cap Fligely, parlent aussi peu en faveur de 12 théorie de l'existence d’une mer libre au Pôle, qu’en faveur
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de celle d’après laquelle le bassin polaire est courert de glace toute l’année. La vérité se trouve probablement être entre ces deux extrêmes. L'espoir de trouver une mer navigable par des latitudes qui n’ont pas encore été atteintes, n'est pas encore teint, et il est très-possible qu'on le réalise en sernant la côte; mais cet événement dépend en grande mesure des circonstances d'une année favorable.
« Le succès d’une expédition envoyée pour atkindre la plus haute latitude possible, dépend aussi en grande partie de la route choisie. La rnute par le détroit de Smith, qui a été soutenue en Angeterre, semble à cet égard offrir le plus d'avange. Les raisons théoriques qu’on avance en faveur de cette route sont puissamment corroborées par & fait que, par là, une très-haute latitude a déjà été iteinte en plusieurs occasions. Si une expédition téussissait à atteindre un port d’hivernage, par une ktitude aussi haute que celle atteinte par l’expéltion américaine, elle serait en mesure, au moyen de grands voyages en traîneau le long de la côte, d'atteindre dans le courant du printemps une latilude que par une autre route on ne pourrait atteindre qu'avec de beaucoup plus grandes difficultés.
« Notre route au nord de Novaïa-Zemlia n’est d'aucune importance dans la question, car c’est à notre glaçon et non à nos propres efforts que nous devons d’avoir été poussés en avant. Les difficultés que tout navigateur qui nous succéderait renconterait sur cette route, peuvent s’imaginer d’a-
nenenneneenonensnennnnens | près ce fait qu’à notre retour nous trouvâmes la mer encombrée de glace à un tel degré que la na-
vigation, même en bateau, était à peine possible, et
qué nous fümes obligés de hisser nos bateaux sur la glace des centaines de fois et de les traîner surla glace. Nous n’aurions certainement pas pu revenir avec notre navire, bien que l'été de 1874 ait été exceptionnellement favorable,
« Mais si une expédition est équipée dans le but, non d'atteindre la plus haute latitude possible, mais d'étudier la nature des régions arctiques, l'in. térieur du Groëland mériterait le premier examen,
« Mais ce qui nous entourait était alors pour nous d’un intérêt plus immédiat que la question de la navigabilité d’une partie éloignée de l'océan Arctique. Nous avions devant nous des terres étendues, couvertes de montagnes et bordant un large détroit qui se dirigeait vers le nord-est, et que nous pûmes suivre des yeux, jusqu’à une latitude d'enrviron 83° nord, où l’imposant cap de Vienne, forme l'extrémité occidentate d’une région à laquelle je donnai le nom de Petermann.
« La Terre du Prince Rodolphe s’étendait vers le nord-est, son point le plus extrême visible étantun promontoire rocheux enveloppé de nuages, mi une latitude de 82° 20° nord, auquel nous donnimes le nom de l’amiral Sherard Osborn,
« Deux autres endroits visilés par nous, ma non à cette occasion, reçurent le nom de deu éminents marins de l’Angleterre, des amiraux Col linson et Back.
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« Nous ne voulons pas mettre en avant de nouvelle théorie sur la distribution des terres autour du Pôle; mais les côtes, aussi bien que les gigantesques glaciers, nous donnèrent certainement l'impression d’avoir pénétré dans un groupe d'îles d'étendue considérable,
« Les innombrables icebergs que nous rencontrâmes dans tous les fiords de la Terre de Francçois- Joseph, étaient un fait remarquable; car, au sud de cette terre, c'est-à-dire dans la mer de Novaïa- Lemlia, on en rencontrait à peine. Nous ne sommes pas en mesure d'attribuer la présence de ces icbergs à des courants océaniques, bien que leur absence dans la mer de Novaïa-Zemlia, semble indiquer qu'ils trouvent une issue vers le nord.
« Ayant planté le drapeau austro-hongrois sur le point extrême atteint par nous, et déposé dans une fente de rochers un document qui attstait notre passage, nous nous dirigeâmes vers notre navire qui était à quelque 160 milles, derrière nous, au sud.
« Ayant rejoint à l’île d'Hohenlohe nos camarades qui attendaient notre retour avec impatience, forçant notre marche, et nous débarrassant de tout ce qui nous embarrassait, sauf la tente et les provisions, nous arrivâmes bientôt à de plus basses htitudes ; mais après avoir traversé les glaçons de limposante île de Ladenbourg, et atteint le cap Ritter (49 avril), nous devenions inquiets en obser- Yant que l’eau de la mer avait traversé les couches inférieures de la neige, tandis qu’un sombre ciel
d’eau était suspendu au-dessus de la large entrée du détroit de Markham. En prenant notre repos de la nuit, nous entendions distinctement le grincement de la glace et le bruit du flot qui battait contre le rivage.
« Le jour suivant, nous trouvâmes un tceberg, non loin des Iles de Hayes, avec de l’eau libre devant nous, et nul bateau pour la traverser. L'eau se dirigeait rapidement vers le nord, probablement sous l'influence de la marée. La partie méridionale du détroit d'Autriche avait été convertie en une Plynia et à trente pas d’où nous étions l'écume fouet- {ait la glace. Après avoir erré pendant deux jours, pendant un horrible ouragan de neige, nous réussimes, en suivant la mer et les murs des glaciers, à traverser cette eau libre qui nous fermait le retour, et c’est avec un sentiment de délivrance que nous mîmes le pied sur la glace solide près du cap Francfort. Nos dernières craintes disparurent quand nous vimes que notre navire n'avait pas dérivé, et le 24 avril, nous trouvâmes le Tégéthoff au même point, au sud de l’ile Wilczek, où nous l'avions vissé trente jours auparavant. Quelques jours furent nécessairement consacrés au repos; car, bien que nous eussions mangé la chair de huit ours, tués par nous pendant notre voyage, cette addition à notre régime n’était pas suffisante pour contre-balancer la diminution de notre force due aux efforts extraordinaires que nous devions faire pour tirer un traineau huit et dix heures d’un trait, avec un repos de cinq heures par nuit,
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« Notre troisième voyage en traîneau fut consacré à une exploration de la vaste Ile de Mac Clintock. Brosch, Haller et moi y primes part, avec le traineau de chiens. A la distance d'environ 40 milles de notre navire, nous fîimes l'ascension d’une haute montagne et nous pûmes examiner le pays jusqu’à environ 46 de longitude est. C’est une région monlagneuse, et les montagnes ont une grande ressemblance avec les Ambas d’Abyssinie. La chaîne a son point culminant au pic de Richthofen, d'environ 5,000 pieds de hauteur. Une glace épaisse et pressée couvrait la mer au sud, aussi loin que l’œil pouvait atteindre, ce qui n’encourageait nullement notre espoir d’un prompt retour.
« À la fin de ce voyage, le capitaine Weyprecht mesura une base sur la glace près du navire; nous considérâmes que nous avions fait tout notre possible pour atteindre le but de l’expédition, et nos pensées se dirigèrent exclusivement vers le retour.
« La période immédiatement avant le départ
fut consacrée à refaire nos forces. Nous primes
congé de la tombe de notre défunt camarade, et du pays que le caprice d’un glaçon nous avait permis de découvrir. Le 20 rai, le soir, les drapeaux furent cloués aux mâts, scène affligeante pour nous bus, et nous partimes pour revenir chez nous. » Quandles explorateurs abandonnèrent le Tégéthoff, leur équipement était des plus simples, car les cirtonstances leur défendaient d’emporter aucun objet deluxe, et en plus des vêtements qu’il portait sur son dos, chaque membre de l'expédition n'avait
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