‹ Les abords de la région inconnue [microforme]Chapitre 73 sur 90 · FRERE · texte numérisé non relu

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nent naissance à des questions qui sont intimément unies à la géographie des parties encore inconnues des régions arctiques.

Les points extrêmes que les explorateurs aient encore atteints sur les côtes du Groënland sont par environ 82° à l’ouest et 76° à l’est; ces deux points sont à 600 milles de distance. Comme il y a eu des habitants à ces deux points et qu’un intervalle inhabitable les sépare des établissements plus au sud, on peut en inférer que, plus au nord, l’intervalle inconnu est ou a été habité. Sur la côte ouest du Groënland on découvrit, en 1818, qu'une petite tribu habitait l’âpre côte entre 76 et 79 degrés de latitude nord; leur canton était borné au sud par les glaciers de la baie de Melville qui arrêtent toute marche dans cette direction et au nord par le glacier de Humboldt, tandis que le Sernik-souk, le grand glacier de l’intérieur, les réduit à vivre sur la côte. Ces habitants des hautes terres arctiques, ces hommes arctiques, en un mot, forment environ 140 âmes, et leur existence dépend des trous et des chenaux d’eau qui restent ouverts pendant l’hiver et qui attirent les animaux. Il est donc certain que là où de semblables conditions se rencontrent, on

peut trouver l’homme. La question de savoir si la

côte inexplorée du Groënland est habitée dépend donc de l'existence de courants et de circonstances analogues à celles qu’on rencontre dans la partie septentrionale de la baie de Baffin. Mais cette question n’est pas même entièrement ouverte à la conjecture. Il est vrai que les « hommes arctiques »

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drent au D' Kane qu'il ne savaient personne habitant au delà du glacier de Humboldt et c'est le point atrème indiqué par Kalahierua (le garçon indigène qui était à bord de l’Assis{ance), sur sa carte étonnamment exacte. Mais, de leur côté, les Esquimaux d'Upernavik ne savaient rien d’indigènes au nord de la baie de Melville jusqu’au premier voyage de Sir Jean Ross. Et pourtant nous savons maïntenant qu’il y a ou qu’il y a eu des habitants au nord du glacier de Humboldt, à la limite extrême de la région inconnue; car Morton, le steward du Dr Kane, trouva un patin de traîneau fait d'os sur la rive du côté

M nord de ce glacier. Il règne également une tradition

à chez les hommes arctiques, qu'il y a des troupeaux | de bœufs musqués loin au nord sur une île dans

une mer sans glace. L'expédition du capitaine Hall, en 1871-72, en trouva des traces jusqu’à 81° 30' nord. On a de semblables indications sur la côte est du Groënland. En 1893, le capitaioe Clavering trouva douze indigènes au cap de Borlase-Warren, par 75° nord; mais quand le capitaine Koldewey hiverna dansle voisinage, en 1869, il n’en trouva plus aucun, bien qu'ii y eût là de nombreuses traces de leur séjour et des moyens nombreux de subsistance. À la baie de Melville, les glaces forment une barrière infranchissable qui empêche les hommes arctiques d'émigrer au sud sur la côte ouest; et sur la côte est, la rive fermée par les glaces, entre les découvertes de Scoresby et les Iles du Danebrog, empèêcherait les hommes vus par Clavering de prendre une direction méridionale, Il y a donc lieu de croire

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qu’au temps de la visite de Koldewey, ils avaient émigré au nord.

Ces considérations mènent à la conclusion qu'il y a ou qu'il y a eu des habitants dans la région inexplorée au nord des régions connues du Groënland. Si tel est le cas, l’étude des traits caractéristiques d’une population qui aura vécu pendant des générations dans un isolement complet aurait un grand intérêt scientifique.

On peut avec probabilité jeter quelque lumière sur les migrations mystérieuses de ces tribus septentrionales, dont on trouve des traces dans toute baie et dans tout cap du triste groupe des Iles de Parry, et ces migrations peuvent se trouver être les vagues les plus éloignées de grands événements accomplis à une grande distance et chez d’autres races. Bien des circonstances peuvent aider à expliquer l’origine de ces tribus septentrionales encore inconnues. Ainsi, si elles se servent de l’iglou (hutte en pierre des Esquimaux), on pourra les supposer parentes des Groënlandais ; des huttes de neigeindiqueront quelque migration des rives de l’Amérique ou de la Boothia ; et des yours de pierre feraient croire à une marche de la côte de Sibérie à travers une région tout à fait inconnue. Le mode de construction des traîneaux serait une autre indication d’origine, comme aussi la nature des armes, des vêtements et des ustensiles. L'étude de la langue d’une tribu longtemps isolée ne serait pas non plus sans intérêt, et les points de coïncidence ou de divergence de cettelangue, comparés aux dialectes du

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Groënland, du Labrador, de la Boothia et de la Sibérie, mèneraient à des découvertes particulières etoriginales. Le D' Hooker a montré que le problème relatif à la flore arctique ne pouvait être résolu que par l’étude des conditions physiques de htitudes plus élevées que celles qu’on a explorées jusqu'ici. De même, l’explication des énigmes relaives aux migrations de l’homme dans la zone arctique dépend des points de repère qu'on peut trouver dans la condition d’une tribu ou de tribus à l'extrême nord.

Ce sont là des théories; les résultats acquis par les découvertes polaires les montreraient non pas certainement, mais probablement bien fondées. Mais il y a d’autres recherches qui fourniraient sans aucun doute de précieux résultats pour l’étude de l’homme. Ce seraient des notices préparécs avec soin sur les crânes, les traits, Îa statrire, la dimension des membres, l’état intellectuel ei moral des individus appartenant à la tribu inconnue et jusque À isolée ; sur leurs idées religieuses, sur leurs superstitions, leurs lois, leur langage, leurs chant: etleurs traditions; sur leurs armes et leur mode de chasse; et sur leur habileté à se représenter la togographie de la région qui est le théâtre de leurs migrations (4).

(1) Le questionnaire remis aux officiers de la nouvelle exédition arctique de l'Angleterre, contient des séries de questions sur ces différents points rédigés par les hommes les plus compétents de l’Institut Anthropologique de Londres, MM, Franks, Beddoe, Lane Fox, Tylor, etc. (TRAD.)

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